Marguerite Barankitse

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Marguerite Barankitse (Maggy ou l'ange du Burundi), née en 1957 à Ruyigi, est une militante humanitaire burundaise vouée à l'amélioration du bien-être des enfants et à la lutte contre la discrimination ethnique. Après avoir sauvé 25 enfants d'un massacre dont elle a été témoin lors des conflits tragiques entre Hutu et Tutsi au Burundi en 1993, Marguerite Barankitse a décidé de créer la Maison Shalom, un refuge pour aider les enfants dans le besoin et leur donner accès aux soins de santé, et à l'éducation.

En 22 ans, la Maison Shalom est devenue un vaste complexe d'écoles, d'hôpitaux et d'un réseau de soins dans le but d'améliorer la vie des enfants du Burundi grâce à un développement intégré et durable visant à instaurer une paix durable dans son pays.

Cependant, en 2015, «Maggy» a été forcée de fuir son pays et tout ce pour quoi elle avait travaillé, après que le Burundi se soit plongé dans une crise politique. Elle a décidé alors de consacrer toute son énergie à aider les réfugiés burundais dans les pays voisins. Comme elle le dit habituellement, sa vision est d'instiller la dignité chez les réfugiés et de leur permettre de garder leurs rêves en vie. Elle a reçu de nombreux prix.

Biographie[modifier | modifier le code]

Marguerite Barankitse sur un timbre arménien en 2017

Le père de Marguerite, Michel Barankitse, décède d'un cancer en 1962. Le grand-père de Maggy demande alors à la mère de Marguerite de remplacer le patronyme de ses deux enfants par celui de leur père décédé. De « Habonimana » (qui signifie « Dieu qui veille » en kirundi), leur nom de famille devient « Barankitse » (« on m'en veut » en kirundi)[a 1].

À l'école primaire, Marguerite obtient de bons résultats, ce qui lui permet de poursuivre ses études. De 1970 à 1976, elle est interne au lycée de Bujumbura[a 2],[a 3].

Marguerite Barankitse commence en 1979 sa carrière de professeur de français à l’école secondaire de Ruyigi[1].

Marraine de Chloé, elle l'adopte à la mort de sa mère en 1981[a 4]. La même année, elle part au séminaire de Lourdes, afin de suivre une formation, puis rentre à Ruyigi en 1983 et reprend l'enseignement[a 5]. Indignée par le fait que d'excellents élèves hutus soient refusés en classe supérieure, Maggy réclame un même droit à l'enseignement pour tous. Suspendue de ses fonctions, elle dépose plainte contre l'État. En 1986, elle remportera le procès[a 6].

Elle accueille chez elle des orphelins aussi bien Tutsis que Hutus ; elle est alors considérée comme « traîtresse »[1].

Titulaire d'une bourse d'étude, elle part en 1988 pour Fribourg, à l'école Benedict[2] pour suivre des études d'administration jusqu'en 1990[3] et revient à Ruyigi en 1991 comme secrétaire de l'évêché. Elle interrompt ses études durant 6 mois pour accompagner sa mère, gravement atteinte d'un cancer, qui décède en 1989[a 6].

Le dimanche au matin, c'est le début de la guerre civile burundaise. Occupée à préparer la messe, Marguerite Barankitse voit les assaillants entrer dans l’évêché. Entravée, elle assiste à de multiples assassinats, dont ceux d'amis proches, dans l'évêché en flammes[a 7]. Quelques heures plus tard, une fois le feu éteint, elle recherche un abri pour 25 enfants rescapés et elle-même. Avec d'autres rescapés, elle trouve refuge dans la maison d'un travailleur humanitaire, Martin Novak[a 8],[a 9]. Ils y resteront sept mois[a 10]. Quelque temps après la tuerie, Maggy, aidée du vicaire et de prisonniers, enterre les soixante-douze corps proche de l'évêché[a 11].

Le mardi , tous les travailleurs humanitaires sont évacués en hélicoptère. Maggy refuse l'invitation de Martin de partir avec eux[a 12]. Ce même jour, elle recueille Aline, orpheline Tutsi de 5 ans, unique rescapée de sa famille, blessée grièvement au visage et sur tout le corps[a 13].

Un comité provincial s'organise progressivement, composé de Tutsis et de Hutus. Il se réunit quotidiennement dans la maison de Martin[a 14]. Avec le bureau de développement diocésain et les coopérants humanitaires, des distributions de nourritures sont mises en place[a 15].

Peu après, suffocante et muette, Maggy quitte Ruyigi pour le couvent des carmélites, situé à Musongati[a 16]. Une fois rétablie, elle revient à Ruyigi[a 17].

En février 1994, elle témoigne auprès de la brigade de Ruyigi, ce qui la confronte une nouvelle fois à la haine. Puis elle témoigne de nouveau en juin 1994, au tribunal de Gitega, en ayant rédigé préalablement son testament[a 18]. Elle nomme une nouvelle fois les assassins, et est accueillie au seuil de sa porte par des jets de pierres[a 19].

Impuissante face aux massacres, elle crée alors l'organisation non gouvernementale « Maison Shalom », destinée à accueillir et protéger les orphelins de guerre[4],[5],[6],[7].

Menacée, elle est forcée de fuir le pays en 2015[8] pour la Belgique[9]. Elle continue cependant son action depuis la Belgique en faveur des enfants burundais et des pays voisins[10], notamment au Rwanda[11]. En 2016, elle a ouvert le Centre Communautaire Oasis de Paix pour les écoliers, offrir un soutien psychosocial aux victimes de torture et de viol et mettre en œuvre des activités de développement durable dans des domaines tels que la santé, l'éducation, la formation professionnelle, la culture et la génération de revenus[12].

La Maison Shalom[modifier | modifier le code]

Avec l'aide d'amis européens et burundais[a 15], elle organise un réseau qui parvient à venir en aide à un nombre d'enfants sans cesse plus grand. En mai 1994, l'évêque de Ruyigi prête une école qui sera transformée en un refuge pour enfants nommé « maison Shalom ». Ce nom vient d'un chant religieux[13]. Elle ouvre ensuite d'autres centres pour enfants : « Oasis de la Paix » à Gisuru et « Casa della Pace » à Butezi. Maggy mobilise des mécènes, et même l'armée belge[14], pour bâtir un hôpital avec dispensaire, consultations, bloc opératoire, pavillons pour convalescents. L'établissement n'est pas réservé aux seuls orphelins mais est ouvert à tous. Chloé est la fille que Maggy adopte lorsqu'elle a 16 ans. En 2005, Chloé obtient son diplôme de médecine en Italie et se consacre à l'hôpital de la « maison shalom[15] ».

En 2014, on estime à 20 000 le nombre d'enfants ayant bénéficié de son aide directement ou indirectement[5].

Accusée d’insurrection[16], le ministère burundais de l'Intérieur interdit les activités des organisations de la société civile burundaise ainsi que celle de la Maison Shalom[9].

Distinctions[modifier | modifier le code]

L'étendue de son action ainsi que le fait qu'elle accueille les enfants indépendamment de leur origine Tutsi, Hutue ou Twa lui valent une immense reconnaissance de par le monde entier :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Laurent Larcher, « La Fondation Chirac honore Marguerite Barankitse, « l’ange du Burundi » », sur la-croix.com, (consulté le 19 janvier 2016).
  2. « Burundi: La "Maison Shalom" dans le collimateur du pouvoir », sur cath.ch, (consulté le 19 janvier 2016).
  3. Florence Aubenas, « Maggy, 40 ans, Burundaise, recueille des orphelins Hutus et Tutsis. Elle risque sa vie, mais se dit choisie par Dieu. La folle Ruyigi. », sur liberation.fr, (consulté le 19 janvier 2016).
  4. « Marguerite Barankitse et Louise Arbour honorées par la Fondation Chirac », sur elle.fr, (consulté le 19 janvier 2016).
  5. a et b Sabine Cessou, « Marguerite Barankitse, la « Maman nationale » du Burundi », sur rfi.fr, (consulté le 19 janvier 2016).
  6. Françoise Wallemacq, « Burundi: les "Princesses des enfants" s'inquiètent pour la paix », sur rtbf.be, (consulté le 19 janvier 2016).
  7. (en-US) Katherine Marshall, « Burundi's Great Mother: Maggie Barankitse », sur Huffington Post, (consulté le 23 juillet 2018)
  8. Maria Malagardis, « Marguerite Barankitse, l’icône des opposants condamnée à la fuite », sur liberation.fr, (consulté le 19 janvier 2016).
  9. a et b Nicolas Gros-Verheyde, « Au Burundi, ambiance de terreur. « On frappait à la porte des maisons, on ciblait », Maggy Barankitse », sur bruxelles2.eu, (consulté le 19 janvier 2016).
  10. Marguerite Barankitse, la joie rebelle d’une maman universelle
  11. (en-GB) Joe Shute, « Why the 'Angel of Burundi' fears her country is sliding back into genocide », The Telegraph,‎ (ISSN 0307-1235, lire en ligne)
  12. (en) « Oasis of Peace: Giving Burundian refugees new lease of life », The New Times | Rwanda,‎ (lire en ligne)
  13. Matthieu Millecamps, « Au Burundi, apprendre à «vivre debout» pour dépasser les conflits ethniques », sur rfi.fr, (consulté le 19 janvier 2016).
  14. « Les maisons d’orphelins de Maggy », sur lalibre.be, (consulté le 19 janvier 2016).
  15. Géo No 349 mars 2008
  16. « Burundi: le gouvernement suspend "provisoirement" les activités des principales ONG locales », sur slateafrique.com, (consulté le 19 janvier 2016).
  17. (en) Peter Tatchell, « African success stories », sur theguardian.com, (consulté le 19 janvier 2015).
  18. a b et c http://www.maisonshalom.org/fr/34/maggy-et-la-maison-shalom
  19. « The working group “Shalom - For Justice and Peace” », sur working group (“AK”) Shalom
  20. (pt) « Sampaio distingue Mário Soares e Marguerite Barankitse », sur publico.pt, (consulté le 19 janvier 2015).
  21. (de) Sara Sundermann, « Gemeinsam das Grauen überleben Bremer Solidaritätspreis für Esther Mujawayo-Keiner », sur weser-kurier.de, (consulté le 19 janvier 2015).
  22. (es) César Peguero, « "Si las cosas no van bien en Africa aquí tampoco irán bien" », sur elperiodicoextremadura.com, (consulté le 19 janvier 2015).
  23. (en) « 2 Africans are honored for helping free children », sur deseretnews.com, (consulté le 19 janvier 2015).
  24. « Maggy Barankitse - World's Children's Prize », sur worldschildrensprize.org (consulté le 23 juillet 2018)
  25. a et b « « L'Ange du Burundi » lauréate de la distinction Nansen pour les réfugiés », sur unhcr.fr, (consulté le 19 janvier 2015).
  26. a et b « La distinction Nansen 2005 pour les réfugiés est décernée à « l'Ange du Burundi » : Marguerite Barankitse », sur unhcr.fr, (consulté le 19 janvier 2015).
  27. (it) « Premiati », sur gentes.fvg.it (consulté le 19 janvier 2015).
  28. (en) « 2008 Opus Prize Winner », sur opusprize.org (consulté le 19 janvier 2015).
  29. Karen Lajon, « Un Ange au Burundi », sur lejdd.fr, (consulté le 19 janvier 2015).
  30. (en) Sue George, « Why we are involved in this competition », sur theguardian.com, (consulté le 19 janvier 2015).
  31. (it) « A Barankitse premio Federico II per la Pace », sur domaniandriese.it, (consulté le 19 janvier 2015).
  32. « Maggy Barankitsé, « créatrice » d'une génération pacifique », sur nordeclair.fr, (consulté le 19 janvier 2015).
  33. Discours de Marguerite Barankitse à la remise du Prix pour la prévention des conflits 2011 par la Fondation Chirac.
  34. Marguerit Barankitse, lauréate du Prix pour la prévention des conflits 2011, Fondation Chirac.
  35. François d’Alançon, « Le prix Aurora remis à la Burundaise Marguerite Barankitse », sur http://www.la-croix.com/, (consulté le 24 avril 2016).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christel Martin, La Haine n'aura pas le dernier mot : Maggy, la femme aux 10 000 enfants, Paris, Albin Michel, , 217 p. (ISBN 2-226158588) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  1. p. 73.
  2. p. 54.
  3. p. 60.
  4. p. 84.
  5. p. 62-63.
  6. a et b p. 64.
  7. p. 43.
  8. p. 45-46.
  9. p. 87.
  10. p. 93.
  11. p. 80.
  12. p. 88.
  13. p. 91.
  14. p. 90.
  15. a et b p. 100-102.
  16. p. 103.
  17. p. 105.
  18. p. 106.
  19. p. 107.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]