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Marche du retour (2018)

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Marche du retour
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Des Palestiniens traînent une section de la clôture de sécurité qu'ils ont arrachée, à la frontière entre Gaza et Israël
Informations
Date
Localisation Frontière entre la bande de Gaza et Israël
Caractéristiques
Organisateurs Hamas
Associations
Participants Membres du Hamas, du Jihad islamique palestinien, résidents locaux
Revendications « droit au retour », opposition au transfert de l'ambassade américaine à Jérusalem, fin du blocus,
Nombre de participants Environ 30 000
Types de manifestations Manifestations; tentatives d'incursions en territoire israélien; projections d'engins explosifs, de cocktails Molotov, de pierres en direction de militaires israéliens; envois de cerfs-volants incendiaires vers Israël
Répression
Blessés Plusieurs milliers
Morts 113[1]

La Marche du retour (2018) est l'édition annuelle d'une manifestation organisée par les Palestiniens pour commémorer la Nakba, l'exode palestinien de 1948 lors de la première guerre israélo-arabe[2],[3]. La date annuelle en est le 15 mai, lendemain de la date anniversaire de la proclamation de l'État d'Israël. En 2018, année du 70e anniversaire de cet exode, les organisateurs ont annoncé que la marche, aussi appelée la « Grande marche du retour », se déroulerait du 30 mars au 15 mai[4], date qui correspond également à la date alors prévue pour le déménagement officiel de l'ambassade des États-Unis en Israël à Jérusalem. La Grande marche du retour prend la forme d'une campagne constituée d'une série de manifestations initiée le 30 mars 2018 dans la bande de Gaza, le long de la frontière avec Israël. La mobilisation des manifestants, dans sa dimension populaire, est inspirée par « le droit au retour  »[3] et pour Yahya Sinwar, chef du Hamas dans la bande de Gaza, les manifestations se poursuivront jusqu'à ce que la frontière disparaisse[5].

Le , premier jour de la marche du retour, est aussi la Journée de la Terre. Cette journée de commémoration rappelle que le 30 mars 1976, six manifestants qui s’opposaient à la décision d’Israël d’exproprier des terres appartenant à des Arabes israéliens en Galilée avaient été tués lors de confrontations avec les forces de sécurité israéliennes[6],[7],[8],[9].

Les responsables israéliens ont déclaré que les manifestations étaient utilisées par le Hamas pour lancer des attaques contre Israël. Les manifestations se répètent chaque vendredi. Mais le lundi 14 mai, jour de l'inauguration de l'ambassade des États-Unis à Jérusalem, la sévère répression d'une manifestation jugée menaçante fait une soixantaine de victimes et se heurte à la réprobation internationale. Seuls, les États-Unis soutiennent Israël devant le Conseil de sécurité de l'ONU, alors que les pays européens comme la France évoquent une « réponse inadéquate et disproportionnée » de la part d'Israël[10].

Le 19 mai, on comptabilise depuis le début du cycle de manifestations 113 morts[1] et des milliers de blessés palestiniens[11].

Contexte

La situation dans la bande de Gaza approche dans cette première partie de 2018 d'un point critique en raison de l'absence de réconciliation entre le Fatah et le Hamas, de l'arrêt du financement de l'UNRWA par les États-Unis et du blocus israélo-égyptien[12],[13]. Le long de la frontière, la tension reste vive avec la construction de tunnels sous la frontière par le Hamas permettant des infiltrations en Israël et le développement d'une barrière anti-tunnels par Israël[14]. En février, des engins explosifs disposés le long de la frontière blessent des soldats israéliens et entraînent des représailles aériennes israéliennes[15]. Plusieurs infiltrations sont signalées à partir de la frontière de Gaza et trois Palestiniens armés de couteaux et de grenades sont arrêtés en Israël à une quinzaine de kilomètres de cette frontière le 27 mars[16]. Dans la semaine qui précède la manifestation, le Hamas organise un grand exercice militaire[17] rassemblant selon le Hamas 30 000 militants[18].

L'initiative de cette grande marche revient à un journaliste de 33 ans sur Facebook qui réagissait à la décision des États-Unis de transférer leur ambassade à Jérusalem. Cette initiative est ensuite amplifiée par des associations avant qu'un comité de pilotage ne voie le jour[19].

La « marche du retour » est prévue pour durer six semaines, du 30 mars, jour de la Terre, jusqu'au 15 mai, jour de la Nakba, et également date de l'installation de l’ambassade américaine à Jérusalem[20]. Elle vise à réclamer le droit au retour des réfugiés palestiniens qui ont fui ou ont été chassés de leurs terres pendant la guerre civile qui a opposé les communautés juives et arabes de Palestine pendant les derniers mois du Mandat britannique de Palestine puis la première guerre israélo-arabe qui a suivi.

Cette marche est dénoncée par Israël qui met en garde les Palestiniens s'ils menacent la frontière[21]. Le chef d'État-Major de l'armée israélienne, Gadi Eizenkot rappelle que ses troupes ont l'autorisation de tirer et ne permettront pas « qu'on s'infiltre en masse en Israël, ni qu'on endommage la barrière, et certainement pas qu'on arrive jusqu'aux communautés israéliennes riveraines de Gaza »[21].

Durant les semaines qui ont précédé le 30 mars, le Hamas exhorte les habitants de la bande de Gaza à se rassembler à proximité de la barrière frontalière pour commémorer le jour de la Terre des Palestiniens puis, de là, à conquérir tout Israël et Jérusalem[22].

Dès le premier jour de manifestations, le 30 mars 2018, le chef du Hamas à Gaza, Yahya Sinwar se rend sur le lieu des manifestations et y annonce que des manifestations similaires se dérouleront chaque vendredi « jusqu'à ce que la frontière disparaisse [...] et jusqu’à ce que les Palestiniens reviennent sur ces terres dont ils ont été expulsés il y a 70 ans »[23] et « jusqu'à ce que la frontière disparaisse »[5]. Le 10 mai, il annonce être prêt à mourir avec d'autres chefs du Hamas pour mettre fin au blocage de la frontière[24] et le lendemain, il déclare : « Mais dites-moi, quel est le problème si des centaines de milliers de personnes franchissent ces barbelés qui ne sont même pas une frontière reconnue? Cette clôture, ce n’est pas une vache sacrée ou un tabou qu’on n’a pas le droit de toucher »[25]. Quant au chef du Hamas, Ismaël Haniyeh, il annonce vouloir « transformer la commémoration de la nakba palestinienne en nakba du projet sioniste »[25].

Première journée de manifestations - Journée de la Terre - 30 mars 2018

Manifestations

Avant-même le début des manifestations, le gouvernement israélien lance une campagne pour tenir le Hamas responsable de tous les actes de violence pendant les manifestations, notamment par le biais d'avertissements en arabe enjoignant les Palestiniens à ne pas participer à une marche « dangereuse »[26],[27]. Le gouvernement israélien pressent aussi des incidents le long de la frontière israélienne et double presque les forces stationnées le long de la frontière, déploie des unités spéciales, des drones, et 100 tireurs d’élite qui ont la permission d’ouvrir le feu[28]. Le porte-parole en arabe du premier ministre israélien et le ministre de la Défense ont menacé sur leurs comptes Twitter les manifestants qui s’approchaient de la frontière de blessures graves ou mortelles[29]. Le ministère de la Santé palestinien, contrôlé par le Hamas[30], déclare qu'un tir de l’artillerie israélienne avait tué un paysan palestinien travaillant près de la zone frontière avant la période principale d’affrontement.

Lors de la Journée de la Terre, 30 000 Palestiniens environ participent à la première journée de manifestations de cette « Marche du retour », dans la bande de Gaza en plusieurs endroits le long de la frontière entre la bande de Gaza et Israël. Cette journée est une des plus violentes de ces dernières années[31]. Les Forces de Défense d’Israël ont tué 17 Palestiniens[32] et affirment que la plupart d’entre eux étaient des activistes de la branche militaire du Hamas ou d’autres organisations djihadistes. Le Hamas annonce 1 416 blessés : par balles réelles, par balles en caoutchouc ou par intoxication au gaz lacrymogène. Ce chiffre est contesté par l'armée de défense d'Israël[20]. Aucun bilan indépendant des parties n’est disponible[33],[34],[35]. Pendant les manifestations, des groupes palestiniens composés principalement de jeunes hommes brûlent des pneus, jettent des cocktails Molotov, des pierres à la fronde, des grenades et des explosifs[36] en direction de militaires israéliens[26],[37],[38],[39]. Parallèlement des palestiniens tentent des infiltrations armées en territoire israélien, des sabotages de la barrière [40],[41] et des centaines d'incendies volontaires des champs israéliens[42].

Carte de la Bande de Gaza

Cinq camps de tentes ont été mis en place de 500 à 700 m de la barrière séparant Israël de Gaza, près de la zone interdite de 300 m imposée par Israël[43] :

  • An-Nahda à l’est de Rafah ;
  • Al-Najar à l’est du quartier Khuza’a, à Khan Younès ;
  • le camp d’Al Bureij, au milieu de la bande de Gaza ;
  • Malaka, une zone à l’est de la ville de Gaza ;
  • Abou safiya, dans la ville de Jabaliya et au poste de contrôle de Beit Hanoun, au nord de Gaza[44],[45],[46].

Selon l’armée israélienne, jusqu’à 30 000 personnes ont été transportées en autobus par le gouvernement de Gaza vers le site de la manifestation. Des familles entières, hommes, femmes et enfants, participaient aux marches[47]. La majorité des manifestants dans les campements étaient absents de la zone de la barrière de sécurité et n’ont pas pris part aux violences. Cependant, des centaines de jeunes Palestiniens ont ignoré les avertissements émis par les organisateurs et les militaires israéliens qui leur conseillaient de se tenir éloignés de la zone frontalière[48]. Lorsque certains manifestants ont commencé à jeter des pierres et des cocktails molotov, Israël a répondu en déclarant la bande de Gaza « zone militaire fermée » et en ouvrant le feu sur les manifestants.

Human Rights Watch déclare : « Alors que certains manifestants près de la barrière frontalière ont brûlé des pneus et jeté des pierres, Human Rights Watch n’a pu trouver aucune preuve de manifestant possédant des armes à feu ou qu’un membre de Tsahal ait été menacé par des armes à feu lors des manifestations. » L’organisation estime qu’il existe des preuves que des Palestiniens qui ne représentaient pas de menace vis-à-vis des gardes israéliens ont été abattus par l’armée israélienne. L'organisation non-gouvernementale International Crisis Group indique quant à elle que deux membres du Hamas armés ont tenté de s'approcher de la frontière[49].

Victimes

Un total de 17 Palestiniens ont été tués, dont beaucoup ont été signalés par l’armée israélienne comme membres du Hamas. Plus de 1 400 auraient subi des blessures d’après le Ministère de la Santé de la bande de Gaza[50], dont :

  • 758 blessés par des tirs à balles réelles,
  • 148 par des balles en caoutchouc,
  • 422 blessés à cause de l’inhalation de gaz lacrymogène,
  • 88 blessés par d’autres causes.

Une autre source mentionne 773 blessés par des tirs réels[51].

Les hôpitaux de campagne mis en place dans les manifestations ont été en mesure de traiter 405 blessés et en ont transféré 1 010 autres à l’hôpital de la ville pour des soins supplémentaires. Un porte-parole de l’Hôpital Al-Shifa a déclaré que 284 blessés ont été admis pour traitement, la plupart souffrant de blessures par balle réelle, dont 70 avaient moins de 18 ans. 11 blessés étaient des femmes[52].

Les bilans ultérieurs font état de 19 morts ce 30 mars 2018[53].

Morts pendant la manifestation

Selon Israël, dix des seize manifestants tués ont été identifiés comme appartenant à des groupes terroristes. Le Hamas, considéré comme un groupe terroriste par les États-Unis, l'Union européenne et Israël, a reconnu avoir perdu cinq des membres de son organisation militaire[54].

Victimes identifiées par l’armée israélienne comme des membres du Hamas

  • Mohammed Naeem Abou Amr (Mohammed Abu Omar, 22 ans, Rafah), membre de la branche militaire du Hamas, et selon TSAHAL impliqué dans les creusements de tunnels[55].
  • Ahmed Ibrahim Ashour Odeh (19 ans), membre de la branche militaire du Hamas[56].
  • Jihad Ahmed Fraina (33 ans), membre de la branche militaire du Hamas ; selon TSAHAL, il commandait la compagnie Sheikh Radwan dans l’aile militaire du Hamas[55].
  • Mahmoud Saadi Rahmi (33 ans, Shuja'iyya), membre de la branche militaire du Hamas.
  • Abd al-Fattah Bahjat Abd al-Nabi (18 ans), qui aurait reçu un tir dans le dos alors qu’il fuyait la zone frontalière[57]. TSAHAL affirme qu’il était militant du Hamas, cependant sa famille nie qu’il ait fait partie de la branche militaire. Il n’a pas reçu les honneurs funéraires réservés aux combattants djihadistes[58].
  • Ibrahim Salah Abou Shaar (20 ans), activiste du Jihad selon TSAHAL.
  • Sari Walid Abu Odeh, membre de la branche armée du Hamas venant de Beit Hanoun.
  • Hamdan Isma’il Abu Amsha (28 ans), autre membre de l’aile militaire du Hamas de Beit Hanoun.

Autres victimes

  • Jihad Zuhair Abu Jamous, un membre supposé par TSAHAL des Brigades des martyrs d’Al-Aqsa.
  • Naji Abu Hijir
  • Mohammed Kamel Najjar, qui a reçu une balle dans l’estomac près de Jabaliya.
  • Wahid Nasrallah Abu Samour
  • Amin Mahmoud Abu Mouammar (38 ans, Rafah)
  • Abd al-Qader Marhi al-Hawajri
  • Bader Fayek al-Sabbagh[59] (20 ans), tué d’un tir à la tête. Son frère, qui était présent déclare qu’il fumait une cigarette avec lui derrière un groupe de lanceurs de pierres[60].
  • Faris al-Raqid (29 ans), membre du Jihad islamique palestinien[61].

Négociations sur les corps de deux victimes palestiniennes de la journée et de victimes israéliennes antérieures

Deux hommes armés, Muhammed Mhareb al-Arabiyeh et Moussab Zuheir Anis al-Saloul (qui, selon le site internet du Hamas était un membre de leur aile militaire[62]), ont été abattus probablement le 30 mars dans la zone d'exclusion définie par Israël[63]. Selon le Adalah_–_The_Legal_Center_for_Arab_Minority_Rights_in_Israel (en) pour les droits des membres de la Minorité Arabe en Israël, leurs corps ont été laissés sur le sol dans la zone tampon établie par Israël, dans la zone de Jahr Al-Dik à l’intérieur de Gaza, à une distance de 150 m de la frontière. Ils n’ont pas pu être secourus et évacués en raison de leur proximité avec une zone interdite où Israël a déclaré que toute personne détectée risquait d’être abattue[63]. Les forces israéliennes ont retrouvé les corps et affirmé que les deux hommes avaient tenté de forcer la clôture armés de fusils d’assaut AK-47 et de grenades à main. Un porte-parole de l’International Crisis Group parle de « deux hommes armés du Hamas, distincts de la foule des manifestants, [qui] ont essayé de s’approcher de la clôture et ont été tués par les forces israéliennes ».

Israël a annoncé, le 1er avril, qu’il conserverait les corps de ces hommes plutôt que de les renvoyer à Gaza. Israël est actuellement à la recherche d’Avera Mangistu, Hisham al-Sayed, et Jumaa Abu Ghanima, trois malades mentaux qui ont erré dans la bande de Gaza et qui sont actuellement détenus par le Hamas, ainsi qu’à la recherche des corps de Hadar Goldin et Oren Shaul, des soldats qui auraient été tués dans le conflit à Gaza de 2014. Israël détient déjà les corps de 24 Palestiniens tués avant les incidents[64].

Réactions

Le président palestinien Mahmoud Abbas a déclaré un jour de deuil, le 31 mars.

L’escalade de la violence dans la bande de Gaza inquiète l’ensemble du monde arabe. La Jordanie et l’Égypte ont condamné l’utilisation de la force par Israël, indiquant que cela est préjudiciable à la paix[65]. Le Président turc Recep Tayyip Erdogan et le Premier Ministre Israélien Benjamin Netanyahu ont eu des échanges virulents ; en particulier, M. Erdogan a qualifié la réponse israélienne d’« attaque inhumaine ». Il note une critique internationale grandissante de l’armée Israélienne[66]. À la demande de l’ambassadeur du Koweït, Mansour Al-Otaibi, le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies a initié une réunion d’urgence à la suite de ces violences, le 30 mars[67]. Une résolution du Conseil de Sécurité pour une enquête indépendante couvrant les événements a été bloquée par les États-Unis, et rejetée par Israël. Son Ministre de la Défense, Avigdor Lieberman, a déclaré que les soldats ont effectué les actions nécessaires pour assurer la sécurité aux frontières[68],[69]. Le Secrétaire Général de l’ONU, Antonio Guterres, a constaté que la situation « souligne l’urgence de revitaliser le processus de paix visant à créer les conditions d’un retour à des négociations constructives ».

Le roi Salmane d'Arabie saoudite demande, après les événements de Gaza, au président Trump de relancer le processus de paix et la création d'un État palestinien, après les propos de son fils, le prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS), qui avait déclaré à un magazine américain qu'Israël avait le droit de vivre en paix sur son territoire[70].

6 avril 2018 - deuxième journée de manifestations

Le 6 avril 2018, le Hamas organise une « journée des vieux pneus », au cours de laquelle des milliers de pneus sont brûlés et annonce une prime de 3000$ au famille des tués[71]. L'armée israélienne décrit les évènements comme une « catastrophe écologique »[72].

Lors de la deuxième manifestation de la Marche du retour, environ 20.000 Palestiniens se sont rassemblés près de la frontière. Neuf palestiniens ont été tués et plus de 400 aurait été blessés par l'armée israélienne, qui à également tiré à balles réelles selon ses procédures sécuritaires de règles d'engagement[73]. Le Hamas affirme qu'Israël à tiré sur un journaliste, ce qui est démenti par l'armée et le ministre de la défense Avigdor Libermann qui décrit Yasser Murtaja comme étant un terroriste du Hamas[74]. Un photo-journaliste palestinien de 30 ans, Yasser Murtaja, est décédé après avoir été touché au ventre par un tir de sniper israélien. Yasser Murtaja portait un gilet marqué "Press" et il était en train de filmer quand il a été touché. Lieberman affirme que le Hamas porte parfois des gilets de journalisme[75]. Quatre autres journalistes palestiniens ont été blessés par des tirs israéliens, dont un grièvement. L'union des journaliste israéliens a exigé des explications au chef d'état-major de l'armée israélienne, Gadi Eizenkot, concernant les tirs sur les journalistes et les ordres donnés aux forces armées à la frontière concernent la presse[75].

Arrivant sur un des sites de manifestation prévus où il reçoit un accueil de héros, le chef du Hamas à Gaza Yahya Sinwar s'adresse aux milliers de manifestants à nouveau rassemblés devant la frontière israélienne et avertit que « Le monde doit s'attendre à notre grand mouvement, quand nous briserons la frontière et prierons à Al-Aqsa »[76], ce qu'Israël avait déjà dit ne tolérer à aucun prix[77]. Selon l'armée israélienne, des dizaines de milliers de manifestants, abrités par la fumée de pneus en feu, se sont approchés de la barrière frontalière pour la briser, ont lancé des engins explosifs et des cocktails Molotov[78].

Le 10 avril, le chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh, déclare que les manifestations se poursuivront jusqu'à ce qu'elles atteignent leur but : « Nous rentrerons en Palestine et dans nos villages, nous rentrerons à Jérusalem, nous ramènerons notre peuple depuis tous les lieux de refuge et de diaspora, afin qu'il regagne la terre sainte » [...] « Des dizaines de milliers de Gazaouis marcheront vers la Palestine, vers leurs villages et vers leurs villes »[79].

Réactions

Majed Bamya, représentant de la Palestine à l’ONU, a déclaré au journal L'Humanité que « Nous sommes face à un meurtre prémédité. Les plus hauts dirigeants israéliens avaient annoncé avant la manifestation qu’ils se préparaient à la réprimer dans le sang »[80].

Après la mort d’un journaliste palestinien blessé vendredi par des tirs de soldats israéliens, l'ONG Reporters sans frontières a condamné « les tirs délibérés de l’armée israélienne contre des journalistes »[81]. Pour le ministre de la Défense Avigdor Liberman, le photo-journaliste palestinien avait mis sa vie en danger en manœuvrant un drone au-dessus des soldats israéliens[82].

La France, par l'intermédiaire de la porte-parole du ministère des Affaires étrangères, a condamné les tirs indiscriminés de l'armée israélienne et a demandé à ce que la lumière puisse être faite sur ces « graves événements »[83].

Le 8 avril, Fatou Bensouda, Procureure de la Cour pénale internationale, publie une déclaration où elle exprime être « extrêmement préoccupée par la violence et la détérioration de la situation dans la bande de Gaza »[84]. « Quiconque incite à commettre ou commet des actes de violence notamment en ordonnant, en sollicitant ou en encourageant la commission de crimes relevant de la compétence de la CPI ou en y contribuant de toute autre manière s'expose à des poursuites devant la Cour » a mis en garde la procureure[85].

13 avril 2018 - troisième journée de manifestations

De nouveau heurts se produisent le vendredi 13 avril et font un mort et 120 blessés, Israël affirmant que les manifestants avaient tenté d’endommager ou de faire une brèche » dans la clôture le long de la frontière et avaient lancé des cocktails Molotov et un « engin explosif », le Hamas disant que les manifestants — moins nombreux ce vendredi — ne présentaient aucune menace pour les soldats israéliens[86].

Réactions

Le 19 avril 2018, le Parlement européen vote une résolution balancée qui condamne et Israël et le Hamas. Il « condamne les meurtres et les blessures de manifestants palestiniens innocents dans la bande de Gaza au cours des trois dernières semaines et demande instamment à l’armée israélienne de s’abstenir de recourir à la force meurtrière contre des manifestants non armés » et « condamne les attaques terroristes du Hamas et d’autres groupes militant contre Israël depuis la bande de Gaza, y compris par les tirs de roquettes, les infiltrations en territoire israélien et la construction de tunnels ». « L’utilisation intentionnelle de la force meurtrière contre des manifestants qui ne constituent pas une menace imminente pour la vie ou de blessure grave viole le droit international des droits de l’Homme et dans le contexte de l’occupation est une violation grave de la quatrième Convention de Genève. » « le Hamas semble viser à l’escalade des tensions » et les parlementaires « condamnent fermement la tactique continue du Hamas d’utiliser des civils dans le but de protéger les activités terroristes »[87].

Durant la semaine qui se termine, l'Égypte a essayé sans succès à maintes reprises de convaincre le Hamas de cesser les marches et les manifestations de masse[88].

20 avril 2018 - quatrième journée de manifestations

L'armée israélienne aérolargue des tracts d'avertissement aux manifestants[89].

Le ministère de la santé palestinien à Gaza rapporte que quatre manifestants palestiniens dont un adolescent de 15 ans, ont été tués et 729 autres blessés par les tirs israéliens lors des manifestations de ce vendredi. Selon l'armée israélienne l'adolescent tué avait franchi les barbelés et se dirigeait vers la barrière principale. Liebermann rejette la responsabilité sur le Hamas qui encourage les enfants à participer aux violences [90].

L'armée israélienne rapporte que les manifestants ont fait voler des cerfs-volants porteurs de cocktails Molotov et parfois décorés de swastika au-dessus du territoire israélien[88].

Réactions

Réagissant à ces quatre décès, l'Union européenne demande le 21 avril une enquête complète sur ce qui est arrivé durant ce quatrième jour de manifestation[91].

Nathalie Portman annonce qu'elle ne participera pas à la cérémonie du Genesis Prize Foundation en lien aux évènements[92].

Le 25 avril, le chef du bureau politique du Hamas, Ismaël Haniyeh déclare que les manifestations continueront durant tout le Ramadan, donc après le 15 mai, pour dénoncer le plan de paix de Donald Trump et le transformer en une « gifle retentissante à l'administration américaine »[93].

27 avril 2018 - cinquième journée de manifestations

Le 27 avril 2018, trois Palestiniens ont été tués par l'armée israélienne lors du cinquième vendredi de manifestations. Selon le ministère gazaoui de la Santé, 154 personnes ont dû être hospitalisées après avoir été blessées par des balles ou avoir inhalé des gaz lacrymogènes[94].

Au total, 42 Palestiniens ont été tués et 5500 blessés depuis le début de la "grande marche du retour" le 30 mars. L'armée israélienne est mise en cause pour ses méthodes. Etant donné le nombre de morts et la nature particulière des blessures infligées aux manifestants palestiniens, des interrogations se font jour sur les munitions employées par Tsahal ainsi que sur ses méthodes de tirs. Ceux-ci génèrent en effet de très graves blessures handicapantes à vie[95].

Selon l'armée israélienne, le jour de manifestation à été le plus violent du mois et Israël publie les vidéos de surveillance d'une « centaines de tentatives d'infiltrations ». Des centaines de manifestants tentent de brûler la barrière et de s'infiltrer, tout en lançant des explosifs, des bombes incendiaires, des lancés de pierres[96]. Des images de drones montrent le modus operandi du Hamas, basé sur l'installation de postes avancés et l'utilisation d'écran de fumée de pneus brûlés pour ensuite s'approcher de la barrière sans être détecté. Une autre tactique utilise la foule de manifestants, en rempant jusqu'à la barrière[97]. L'armée israélienne met en cause le Hamas d'inciter les enfants à participer aux confrontations violentes et la décrit comme une stratégie de bouclier humain[98].

Réactions

Zeid Ra'ad Zeid Al-Hussein, Haut-Commissaire de l'ONU pour les droits de l'Homme, a reproché à Israël un usage de la force excessif contre les manifestants[99].

Comme de nombreux enfants prennent par au mouvement, Mahmoud Abbas appelle à les éloigner de la frontière avec Israël[100].

4 mai 2018 - sixième journée de manifestations

Cette journée semble avoir été plus calme que les précédentes, le bilan ne faisant apparaître que des blessés, mais toujours en nombre important, 431 cette fois-ci[101].

D'autres incidents se produisent toutefois le long de la frontière entre Gaza et Israël : dans les semaines qui précèdent ce 4 mai, les Gazaouis ont souvent lancé des cerfs-volants transportant du liquide inflammable, du charbon et de sacs de sucre permettant une combustion lente et longue. Ces dispositifs ont causé d’importants incendies dans les champs cultivés israéliens. Le 5 mai, des avions israéliens ont bombardé une de base de lancement de cerfs-volants incendiaires du Hamas, située au nord de la bande de Gaza. Le même jour, une explosion a fait 6 morts à Gaza, le Hamas les attribuant à un dispositif d’espionnage israélien qui se serait auto-détruit après avoir été découvert. Les médias palestiniens évoquent, eux, un « accident du travail », les terroristes ayant été tués par leur propre bombe. Trois Palestiniens sont tués en essayant de franchir la frontière le 6 mai, selon un communiqué de l'armée israélienne[102]

Réactions

Le 9 mai, Yahya Sinwar, chef du Hamas dans la bande de Gaza, déclare que lui et d’autres hauts responsables sont « prêts à mourir avec des dizaines de milliers de personnes » quand les manifestations atteindront leur point culminant lors de l’inauguration de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem et et lors de la journée de la Nakba[103] dans la semaine du 14 mai.

11 mai 2018 - septième journée de manifestations

Lors des manifestations du vendredi 11 mai auxquelles participent environ 5 000 personnes, un Palestinien est tué et 167 autres blessés selon les sources palestiniennes[104], ce qui porte à 53 morts le nombre de palestiniens tués depuis le début des manifestations[104]. Les manifestants continuent à faire voler des cerfs-volants incendiaires[104] et incendient le poste-frontière de Kerem Shalom, interrompant ainsi le trafic de marchandises et le ravitaillement en gaz et électricité de la bande de Gaza. Le poste frontière est fermé à partir du 13 mai par les Israéliens pour permettre les réparations[105].

14 mai 2018 - huitième journée de manifestations et inauguration de l'ambassade des États-Unis à Jérusalem

Le 14 mai, les affrontements redoublent. Selon le bilan publié par le gouvernement français, 60 Palestiniens sont tués et près de 2 400 blessés[106], dont plus de cinquante sont des membres du Hamas[107] et trois, des membres du Jihad islamique palestinien, soutenu par l'Iran[108].

Un manifestant résume ses motivations pour Paris-Match : « On ne vient pas ici pour le plaisir, ni pour se faire tuer. On est là pour défendre le droit au retour sur nos terres, pour protester contre le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem . Mais si nous avions du travail, de l’argent, ces manifestations auraient beaucoup moins de succès ». Et le journaliste qui l'interroge, précise que la situation à Gaza est catastrophique avec le chômage, le blocus d'Israël et celui de l'Égypte, et avec la lutte fratricide entre le Hamas et l'Autorité palestinienne qui ne paye plus les fonctionnaires gazaouis[109]. Un autre « marcheur » résume les raisons de sa présence pour Al-Jazeera : « Un, nous voulons que la résolution 194 de l'ONU, qui demande le retour de tous les réfugiés palestiniens dans leurs terres devienne effective. Deux, nous voulons que le siège génocidaire imposé à Gaza par l'apartheid israélien soit levé. Trois, nous refusons d'accepter la décision de transférer l'ambassade américaine dans la Jérusalem occupée »[110].

Selon l'armée israélienne, 40 000 Gazaouis manifestaient en douze lieux différents le long de la frontière au pic des manifestations. Des milliers d'autres étaient assemblés à quemques centaines de mètres de la frontière. Vers quatre heures de l'après-midi, au moment de l'inauguration de l'ambassade américaine à Jérusalem, des groupes menés par Hamas ont essayé de franchir la frontière en plusieurs points. Trois des personnes tuées étaient en train de poser des explosifs et les soldats ont du répondre à plusieurs tirs les visant. L'aviation israélienne a aussi frappé douze fois la bande de Gaza en réponse aux attaques contre les soldats israéliens. Un site d'entrainement du Hamas a été frappé à cinq reprises[111],[112].

Toujours selon l'armée israélienne, un renseignement avait été reçu qui indiquait qu'un commando du Hamas prévoyait de détruire à l'explosif partie de la barrière frontalière pour permettre un infiltration en masse en Israël. Quand le commando de huit terroristes apparaît en sortant de la manifestation, deux véhicules blindés israéliens franchissent la barrière et sont immédiatement attaqués à l'explosif et aux armes légères par le commando qui tirait de deux endroits différents situés à 200 mètres et 30 mètres de la frontière. Depuis le territoire israélien, les soldats israéliens, un tank et l'aviation ouvrent alors le feu sur les huit terroristes qui sont tués[113].

Selon Al-Jazeera, parmi les milliers de blessés palestiniens, 74 étaient des enfants, 23 des femmes et huit des journalistes. Des centaines de manifestants s'approchèrent à plusieurs centaines de mètres de la barrière, et d'autres encore plus près en brûlant des pneus et en lançant des pierres[114].

15 mai 2018 - neuvième journée de manifestations - Journée de la Nakba

En ce dernier jour annoncé de manifestations, celles-ci sont moins importantes que le jour précédent, 4 000 personnes seulement y participant. Selon le ministère de la Santé de Gaza, deux Palestiniens auraient été tués et 160 blessés[115].

Réactions

Le 15 mai, l'ambassadrice américaine à l'ONU déclare qu'Israël a fait preuve de retenue[116]. Le même jour, l'ambassadrice d'Israël en Belgique est interrogée à la station de radio belge La première et indique « je regrette beaucoup pour chaque humain décédé même si ce sont des terroristes, 55 terroristes qui viennent près de la barrière pour essayer de passer sur le territoire israélien [117],[118],[119]. Elle est convoquée par le Ministre des Affaires étrangères qui indique : « On peut entendre beaucoup de choses, mais il y a des limites » et « cela dépasse l'entendement »[119].

Le 15 mai, l'ambassadeur d'Israël en Turquie et le consul général de Turquie à Jérusalem sont expulsés[120],[121],[122]. Le président turc, Recep Tayyip Erdoğan et le premier ministre israélien échangent des insultes sur Twitter[123],[124],[125]. L’Afrique du Sud condamne « l’agression violente des forces armées israéliennes » et rappelle également son ambassadeur en Israël[126]. Le soir l'armée israélienne livre 53 tonnes de matériel médical à la bande de Gaza dans un convoi de huit camions humanitaires[127].

Le Royaume-Uni, l'Allemagne et la Belgique demandent une commission indépendante « sur ce qui s'est passé », pour « faire la lumière sur les violences et les affrontements sanglants dans la zone frontalière ». Lors d'entretiens téléphoniques avec le président palestinien Mahmoud Abbas et le roi de Jordanie Abdallah II, Emmanuel Macron condamne « les violences des forces armées israéliennes »[128]. L'organisation Reporters sans frontières saisit la Cour Pénale Internationale pour « crimes de guerre commis par l'armée israélienne contre des journalistes palestiniens » concernant Yasser Murtaja et Ahmed Abou Hussein qui ont été tués par balle. La procureure Fatou Bensouda déclare peu après « mon équipe suit attentivement les développements sur place et examine tout crime présumé qui pourrait être du ressort » [129]. L'autorité palestinienne rappelle ses ambassadeurs des quatre pays européens ayant envoyé des représentants à la cérémonie d'ouverture de l'ambassade des Etats-Unis à Jérusalem: l'Autriche, la Hongrie, la République tchèque et la Roumanie[130].

Dans un éditorial, le journal Le Monde évoque une « journée sanglante à Gaza : des Palestiniens abandonnés et déshumanisés » et estime que « ce qu’il restera, surtout, de cette journée est le spectacle schizophrène et obscène des réjouissances diplomatiques américano-israéliennes à Jérusalem pendant qu’un carnage était perpétré, à une centaine de kilomètres de là, sur des civils cherchant à franchir une frontière, sans autre arme que leur désespoir »[131].

Le 16 mai, l'UNICEF envoie du matériel médical d'urgence. L'organisation déclare que du 30 mars au 15 mai 2018, plus de 1000 enfants ont été blessés dans la bande de Gaza. Beaucoup de ces blessures sont graves, incluant des amputations[132].

Didier Billion géopolitologue de l'IRIS refuse de décrire le Hamas comme groupe terroriste et assure que le groupe a « évolué ». Selon son opinion « Prétendre que tous ces gens sont des terroristes, c’est de la communication politique, parfaitement organisée, avec des lobbyistes français pour relayer la ligne de l’Etat d’Israël chez nous »[133].

Plusieurs manifestations rassemblant plus d'un millier de personnes ont été organisées en France en soutien au peuple palestinien[134] dont une par des détenus de la prison de Fleury-Mérogis[135].

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