Marcelle Tinayre

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Marcelle Tinayre
Description de l'image Marcelle Tinayre.jpg.
Nom de naissance Marguerite Suzanne Marcelle Chasteau
Naissance
Tulle
Décès (à 77 ans)
Grosrouvre
Activité principale
Auteur
Genres

Marcelle Tinayre, née Marguerite Suzanne Marcelle Chasteau à Tulle le et morte à Grosrouvre le , est une femme de lettres française, auteur de nombreux romans d'inspiration catholique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fille d'Émile Chasteau (1842-1918), dessinateur d'art, et de Louise Saigne (1850-1926), institutrice originaire de Haute-Auvergne, Marcelle Chasteau épouse en 1889, à Paris, Julien Tinayre (1859-1923), peintre et graveur, lui aussi fils d'un artiste originaire d'Auvergne (Issoire)[1] et de Victoire Guerrier (1831-1895). De cette union naissent quatre enfants : Louise (1890-1962), Suzanne (1891-1896), Noël (1896-1995), sculpteur, et Lucile (1898-1992), avocate.

Elle fait plusieurs séjours en Haute-Auvergne, en particulier à Vic-sur-Cère, dont elle avait visité tous les environs et étudié l'histoire[2].

Elle contribue à la fondation de La Veillée d'Auvergne en 1908. Elle rédige des articles pour la presse quotidienne, notamment dans Le Petit Journal, pendant la Grande Guerre.

Elle fréquente le salon littéraire de Madame Arman de Caillavet, où elle rencontre des personnalités littéraires tels que Paul Bourget et Anatole France.

En 1904, elle fait partie des cofondatrices du prix Vie heureuse (futur prix Femina)[3].

En 1911, elle participe à un cycle de conférences à la Salle des agriculteurs, rue d'Athènes en compagnie d'Antonio de La Gandara[4], de la duchesse de Rohan, de madame Rostand, d'Henri de Rothschild, Léo Clarétie, Maurice Donnay, Massenet, André de Fourrières…

Réunion du jury du Grand Prix Flaubert de littérature chez Marcelle Tinayre (assise au centre) en 1923 (fonds Agence Meurisse/BnF).

En 1923, elle fait partie du jury du Grand Prix Flaubert de littérature dont les autres membres sont Judith Cladel, Henri de Régnier, René Boylesve, Élémir Bourges, J.-H. Rosny aîné, Antoine Bourdelle, Sébastien-Charles Leconte, Marius et Ary Leblond, Jean Royère et Auguste Gilbert de Voisins. Remis à trois écrivains[5], il semble que ce prix n'ait eu aucune suite, la « généreuse personne ayant doté le prix » s'étant révélée être l'un des récipiendaires, ce qui provoqua matière à scandale[6].

En 1934, elle est élue membre du jury initial du prix Jeunesse.

De 1941 à 1944, elle écrit dans Voix françaises, un journal franchement pétainiste, ce qui suffit sans doute à la plonger après guerre dans les oubliettes de l'histoire littéraire, mais l'amplitude de son œuvre et les origines de son succès sont depuis dix ans le fruit de nouvelles recherches[7].

Le domicile parisien de Marcelle Tinayre se situait 19 rue de Lille, dans l'ancienne demeure de Charles Floquet[8].

Elle possédait par ailleurs une maison au 4 route du Buisson à Grosrouvre, dans les Yvelines ; leur maison était dite des « Timayres du bas  » pour la différencier de celle des « Tymaires du haut », où elle, son mari Julien Tinayre, et son beau-frère, le peintre voyageur Louis Tinayre (1861-1942), sont enterrés.

Réception critique[modifier | modifier le code]

Les romans de Marcelle Tinayre ont rencontré un gros succès auprès du public, avec 40 éditions pour La Maison du péché, tandis que Héllé totalisait 110 000 exemplaires en 1916.

Mais son engagement politique contre les révolutions communistes devait mettre en partie un terme à une carrière si bien engagée. En particulier, la courageuse publication en 1924 du Livre proscrit : scènes de la Révolution communiste de Hongrie, évoquant les atrocités de Béla Kun et de sa République des soviets de Hongrie, qu'elle traduit et adapte, a dressé contre elle les critiques littéraires et les milieux intellectuels parisiens de gauche. L'origine de cet intérêt pour la Hongrie prend sa source dans le passé de son époux, le graveur Julien Tinayre, qui passa sa jeunesse dans ce pays avec sa mère, Victoire, et toute sa fratrie[9].

De son vivant, ses romans sont traduits en anglais, en allemand, en suédois, en russe. James Joyce analysa La Maison du péché et loua « la sobriété de la narration » et « le charme merveilleux qu’elle laisse deviner derrière la profondeur et la complexité des personnages », ajoutant que « l’histoire est traitée avec une telle maîtrise et une telle originalité qu’elle se classe bien au-dessus du roman de Paul Bourget. » C'est en 1903 que Joyce (qui ne s'intéressait guère à George Sand) publia dans The Daily Express de Dublin son compte rendu de La Maison du péché, qu'il oppose à des œuvres à ses yeux informes de Bourget et de Huysmans. À la fin de son article, il écrit :

« Malgré la piété et l'innocence dont [Marcelle Tinayre] revêt les moindres variations de sentiment et les manifestations les plus diverses de la nature humaine, on sent dans l'esprit de l'auteur la présence constante de l'horrible image du Christ janséniste qui plane comme un spectre de tristesse et de désolation sur toute cette tragédie[10]. »

Les critiques Alain Quella-Villéger et France Grenaudier-Klijn[11] ont fait valoir qu'un roman comme La Rebelle ose aborder en 1905, et nullement dans un sens catholique et moralisateur, la question de l'avortement ; qu'un texte comme La Veillée des armes (1915), rédigé dans les mois qui suivirent la mobilisation générale d'août 1914, restitue avec une sobriété et une précision inédites, quasi sociologiques, l'atmosphère de Paris.

Modeste et indépendante, Marcelle Tinayre avait refusé en 1908 qu'on lui fasse donner la Légion d'honneur, déclarant qu’avec le ruban elle aurait « l’air d’une vieille cantinière ».

Le Bulletin de l'université du Texas, présentait Marcelle Tinayre comme la George Sand du Limousin, tandis que le journal The Nation, soulignait tout l’intérêt du roman, « cette lutte entre la science moderne et les forces humaines rétives et ignorantes. »[Quand ?]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • L’Oiseau d’orage, Paris, Calmann-Lévy, 1894
  • La Rançon, Paris, Calmann-Lévy, 1894 [1re éd.]
  • Avant l’amour, Paris, Calmann-Lévy, 1897, rééd. 1909
  • Hellé, Paris, Calmann-Lévy, 1898, rééd. 1908 - Prix Montyon de l'Académie française, 1900
  • La Maison du péché, Paris, Calmann-Lévy, 1902
  • La Vie amoureuse de Francois Barbazanges, Paris, Calmann-Lévy, 1903
  • La Rebelle, Paris, Calmann-Lévy, 1905, rééd. 1921
  • La Consolatrice, Paris, L’Illustration, 1907-1908
  • L’Amour qui pleure, Paris, Calmann-Lévy, 1908
  • Notes d’une voyageuse en Turquie : jours de bataille et de révolution ; choses et gens de province ; premiers jours d’un nouveau règne ; la vie au harem, Paris, Calmann-Lévy, 1909
  • L’Ombre de l’amour, Paris, Calmann-Lévy, 1909 ; réédition Lamazière-Basse, Maiade éditions, 2007
  • La Douceur de vivre, Paris, [s.n.], 1910
  • Une journée de Port-Royal, 1910, Paris, C. Meunier, illustrations et gravures par Julien Tinayre.
  • La Veillée des armes. Le départ : août 1914, Paris, Calmann-Lévy, 1915 ; rééd. Des Femmes, 2015
  • Perséphone, Paris, Calmann-Lévy, 1920
  • Les Lampes voilées, Laurence - Valentine, Paris, Calmann-Lévy, 1921
  • Mademoiselle Justine de Liron, Paris, Bossard, 1921
  • Priscille Séverac, Paris, Calmann-Lévy, 1922
  • Le Bouclier d’Alexandre, Paris, L’Illustration, 1922, illustr. par Gorguet
  • La Légende de Duccio et d’Orsette, Paris, L’Illustration, 1923
  • La Vie amoureuse de Madame de Pompadour, Paris, Flammarion, 1924
  • Madame de Pompadour, Paris, Flammarion, 1924
  • Le Livre proscrit ; scènes de la révolution communiste en Hongrie, Paris, Plon (première édition en 1925) ; traduction et adaptation (avec Paul-Eugène Régnier) de l'ouvrage de souvenirs de Cécile de Tormay
  • Fille des pierres, Paris, Hamy, 1925, avec Cécile Tormay, réédition en 1990
  • Un drame de famille, Paris, Calmann-Lévy, 1925
  • Figures dans la nuit, Paris, Calmann-Lévy, 1926
  • Saint Jean libérateur, Paris, L’Illustration, 1926
  • Une provinciale en 1830, Paris, P. Lafitte, 1927
  • Terres étrangères : Norvège, Suède, Hollande, Andalousie, Paris, Flammarion, 1928
  • Contes d'Andersen, traduction et adaptation, 1929
  • L’Ennemie intime, Paris, L’Illustration, 1931
  • La Femme et son secret, Paris, Flammarion, 1933
  • Château en Limousin, Paris, L’Illustration, 1934
  • Histoire de l’amour, Paris, Flammarion, 1935
  • Gérard et Delphine [I]: La porte rouge, Paris, Flammarion, 1936
  • Sainte Marie du feu, Paris, L’Illustration, 1938
  • Gérard et Delphine [II]: Le rendez-vous du soir, Paris, Flammarion, 1938
  • Est-ce un miracle?, Paris, Flammarion 1939
  • Châteaux disparus, Paris, Firmin-Didot, 1940

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Son père Jean-Joseph, dit « Jules Tinayre » (1821-1871) mourut fusillé à Paris pendant la semaine sanglante. Il est, entre autres, le père du peintre voyageur Louis Tinayre (1861-1942) qui fut élevé par sa mère Victoire.
  2. Histoire qu'elle réutilise en 1934 dans son roman Gérard et Delphine. La Porte Rouge, où elle mentionne la famille Pagès des Huttes.
  3. « Le premier jury de 1905 », sur prixfemina.org, en ligne.
  4. Dédicace de l'auteur de Vie amoureuse de F. Barbazanges : « A M. Antonio de La Gandara qui raconte si bien avec des couleurs et des lignes, ce que j'essaie de peindre avec les mots - 15 mars 1907 » (coll. privée).
  5. Les trois récipiendaires étaient Pierre Mille, Jean Viollis, François de La Guérinière.
  6. « Photographie : le jury du Prix Flaubert chez Marcelle Tinayre (1923) », sur le site J.-H. Rosny de Fabrice Mundzik, 25 octobre 2014, en ligne.
  7. A. Quela-Villéger [2003], op. cit., p. 442.
  8. D'après « Les Trois prix Flaubert », article publié dans Le Petit Parisien du 17 mai 1923.
  9. Lire à ce propos l'article de Claude Schkolnyk, « Les Tinayre, une famille de médiateurs culturels entre la France et la Hongrie », dans Cahiers du Centre de recherche historique, juillet 1991.
  10. Cité par R. B. Kershner, dans Joyce, Bakhtin, and Popular Literature: Chronicles of Disorder, Chapel Hill, The University of North Carolina Press, 1989.
  11. [PDF] « Omission ou exclusion ? Marcelle Tinayre et le canon littéraire », dans Voix plurielles, vol. 8, no 2, 2011.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Mireille Havet, « Visite à Marcelle Tinayre », dans Les Nouvelles littéraires, 3 décembre 1922.
  • Pierre Trintignac, « Les écrivains de chez nous : Mme Marcelle Tinayre », dans Le Courrier du Centre, 30 août 1934.
  • Nelly Sanchez, « La Maison hantée. Réflexions sur la conception de l'écriture chez Marcelle Tinayre », dans Création au féminin, Presses universitaires de Dijon, coll « Kaléidoscopes », vol. 1, 2006, p. 33-41.
  • Alain Quella-Villéger, Belles et rebelles. Le roman vrai des Chasteau-Tinayre, Bordeaux, Aubéron, 2003.
  • Laurent Bourdelas, Du pays et de l'exil. Un abécédaire de la littérature du Limousin, Les Ardents Éditeurs, 2008.
  • France Grenaudier-Klijn, Une littérature de circonstances. Texte, Hors-texte et ambiguïté générique à travers quatre romans de Marcelle Tinayre. Bern: Peter Lang, 2004 (262p). (Cette monographie porte sur Avant l’amour, La Rançon, Hellé et La Rebelle).
  • France Grenaudier-Klijn, ‘La femme et son secret : Marcelle Tinayre et les femmes’. Passées sous silence. Onze femmes écrivains à relire. Patrick Bergeron, ed. Valenciennes : Presses Universitaires de Valenciennes, Coll « Pratiques et représentations », 2015,  pp. 43-60.
  • France Grenaudier-Klijn, 'Omission ou exclusion ? Marcelle Tinayre et le canon littéraire'. Voix plurielles 8-2 (2011): 65-78.
  • France Grenaudier-Klijn, ‘L’homme tinayrien, ce faux héros : le personnage masculin dans trois œuvres de Marcelle Tinayre.’ Écrire les hommes. Masculinité et personnages masculins dans l’œuvre des romancières de la Belle Époque. France Grenaudier-Klijn, Elisabeth-Christine Muelsch and Jean Anderson, eds. Presses universitaires de Vincennes (France), 2012, pp. 133-154. (Les trois textes sont : La Vie amoureuse de François Barbazanges, la nouvelle 'La Consolatrice' dans le recueil L'Amour qui pleure et L'Ombre de l'amour)
  • France Grenaudier-Klijn, ‘The mother as femme fatale: God, Eros and Thanatos in Marcelle Tinayre’s La Maison du péché.’ Aimer et mourir. Love, Death and Women’s Lives in Texts of French Expression. Eilene Hoft-March and Judith Holland Sarnecki, eds. Newcastle upon Tyne: Cambridge Scholars Publishing, 2009: 128-151.
  • France Grenaudier-Klijn, ‘Jouissance des vierges. La topique de la virginité dans deux romans de Marcelle Tinayre.’ Nineteenth-Century French Studies 33-1.2 (Fall-Winter 2004-05): 163-75. (L'article porte essentiellement sur Avant l'amour et Hellé).
  • France Grenaudier-Klijn, 'Mater Dolorisa: Motherhood Reclaimed in Three Novels by Marcelle Tinayre'. Women in French Studies 9 (2001): 40-53 (il s'agit de La Rançon, Hellé et La Rebelle).
  • France Grenaudier-Klijn, ‘Le Rôle du vêtement : étude d’une description vestimentaire dans un roman de Marcelle Tinayre.’ New Zealand Journal of French Studies 21-2 (2000) : 15-25. (article consacré à La Rançon)

Liens externes[modifier | modifier le code]