Marcelle Pardé

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Marcelle Pardé
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Marcelle Pardé vers 1935-1937.

Naissance
Bourgoin-Jallieu
Décès (à 53 ans)
Ravensbrück
Nationalité Française
Pays de résidence France
Profession
directrice d'établissements scolaires
Autres activités
Résistante

Marcelle Pardé, née le 14 février 1891 à Bourgoin-Jallieu[1] et morte le 20 janvier 1945 à Ravensbrück, est une déportée résistante[2] française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Collège Marcelle-Pardé à Dijon.

Marcelle Pardé sort de l'École Normale Supérieure de Sèvres en 1914, en pleine guerre. Se mettant au service des hôpitaux militaires dans l'École de Sèvres même puis en Bretagne, elle se retrouve finalement près de sa famille à Chaumont où elle est nommée au lycée de garçons. Elle passe alors ses loisirs à agir comme infirmière à l'hôpital militaire local. Le quartier général du corps expéditionnaire américain s'étant installé à Chaumont en 1917, la maison familiale de Chaumont-le-Bois est réquisitionnée en partie pour loger plusieurs officiers de l'État-Major du général Pershing. Cette proximité lui fait s'intéresser aux États-Unis et accepter en 1919 un poste d'enseignement du français au prestigieux collège universitaire de Bryn-Mawr (Pennsylvanie) où elle fait carrière jusqu'en 1929. Elle peut alors profiter d'une liberté exceptionnelle pour une femme de sa génération, se promenant régulièrement à cheval et apprenant à conduire une voiture. Revenue en France pour se rapprocher de sa mère dont la santé décline, elle obtient en 1930 la bourse Albert Kahn pour mener une enquête sur l'état des écoles françaises au Moyen-Orient. Cette mission la conduira en Espagne, en Égypte, en Palestine, en Syrie et en Perse. Elle gagne Bagdad et parcourt la Perse en auto de la Mer Caspienne à l'Océan Indien. Au retour, un grave accès de paludisme la retient plusieurs semaines à Alep. Elle revient par l'Asie Mineure, Constantinople, la Yougoslavie et l'Autriche[3]. Après une période de convalescence, elle devient directrice du lycée de jeunes filles Edgar-Quinet à Bourg-en-Bresse en 1932[4] puis directrice du lycée de filles de Dijon en 1935. À la déclaration de guerre, ses amis de Bryn Mawr, inquiets, lui offrent rapidement un poste aux États-Unis, mais elle refuse de quitter sa patrie en danger. Le gouvernement français lui confie une mission délicate d'enseignement et de propagande française en Turquie en 1939.

Peu de temps après son retour de mission en mars 1940, elle cherche à se rendre utile à la France puis après juin à la Résistance. Elle parvient finalement à s'engager dans les Forces Françaises Combattantes en liaison directe avec Londres en juillet 1942. Dès 1943, elle est lieutenant au sein du réseau Brutus, coordonnant la collecte de renseignements militaires et coordonnant avec d'autres unités résistantes. Suite à des arrestations effectuées à Paris en juillet 1944, elle est arrêtée le 3 août 1944 avec sa fidèle secrétaire Simone Plessis, compagnonne résistante de la première heure et déportée avec elle à Ravensbrück le 15 août 1944[5],[6], où Marcelle Pardé meurt d'épuisement, de famine et de maladie en janvier 1945. Les témoignages venant de ces lieux infernaux concordent à donner d'elle une image de grandeur d'âme et de force chrétienne étonnante. Elle fut pendant les quelques mois qui lui restaient à vivre le soutien spirituel du camp, empêchant ses sœurs prisonnières de sombrer dans l'abrutissement bestial complet en leur donnant des causeries diverses et cultivées, empreintes de sérénité qui leur donnaient le goût de renaître[7]. Sa promotion à la Légion d'honneur du 27 novembre 1946 souligne l'exemple qu'elle donna à Ravensbrück « par son calme courage et son dédain de l'ennemi. »

Le lycée qu'elle dirigea à Dijon prit son nom à la fin de la guerre, avant que celui-ci ne devînt un collège en 1967. Le lycée professionnel issu de son lycée de Bourg-en-Bresse a également été baptisé à son nom[8].

La Médaille de la Résistance française fut décernée à Marcelle Pardé en 1945. La même année, le Collège de Bryn Mawr créa une bourse ``Marcelle Pardé`` en mémoire de leur collègue. Elle reçut le grade de Chevalier de la Légion d`Honneur et la Croix de guerre avec palme à titre posthume en 1946. En 2002, Marcelle Pardé se voyait également octroyer le titre de « Gardien de la Vie » par L'Association Française pour l'Hommage aux Justes en reconnaissance de son action déterminée pour la sauvegarde de ses élèves juives lors de ses années de résistance à l'occupation.

Peu de temps avant son arrestation en août 1944, elle confiait à sa nièce Madeleine Pardé (elle aussi d'ailleurs résistante, en cachette de ses parents): « Quand on a cinquante ans, pas d'enfant, que peut-on faire de mieux que de mourir pour son pays? »

Famille[modifier | modifier le code]

Marcelle Pardé est la sœur de Maurice Pardé (1893-1973), éminent potamologue de renommée internationale, et d'Isabelle Pardé (1900-1993), artiste-peintre[9]. Son petit-neveu Philippe Couillard est le Premier ministre de la Province de Québec depuis 2014.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Archives départementales de l'Isère, registres de l'État-civil :
    « L’an mil huit cent quatre-vingt-onze et le quatorze février à deux heures du soir par-devant nous Volozan Pinet Ennemond, adjoint délégué, officier d’Etat-Civil de la ville de Bourgoin (Isère) est comparu M. Pardé Léon Gabriel Charles, âgé de vingt-six ans, garde général des Forêts, demeurant à Bourgoin, lequel nous a présenté un enfant de sexe féminin, né aujourd’hui à huit heures du matin en son domicile, rue Docteur Polosson, de lui déclarant et de Leboeuf Jeanne Augustine Louise, âgée de vingt-deux ans, sans profession, son épouse auquel enfant il a déclaré vouloir donner les prénoms de Marcelle Berthe. Les dites déclarations et présentations faites en présence de Messieurs Caral Jérôme soixante-cinq ans principal honoraire et Marthouret Michel cinquante-et-un ans notaire domiciliés à Bourgoin.
    Après lecture du présent acte le déclarant et les témoins ont signé avec nous. »
  2. Journal officiel de la République française no 048 du 25 février 1996
  3. Albert Heuvrard, « Mademoiselle Marcelle Pardé », Le Miroir Dijonnais et de Bourgogne, no 189,‎ , p. 4982-4983
  4. Bourg se souvient, p. 4, paragraphe "Lycée Pardé".
  5. "Livre Mémorial des Déportés de France" de la Fondation pour la mémoire de la déportation Tome 3 p. 124
  6. MemorialGenWeb.org - Marcelle PARDÉ
  7. Simone Bertrand, Mille Visages un seul Combat, Les Femmes dans la Résistance, Les Éditeurs Français Réunis, , p. 76
  8. Qui était Marcelle Pardé sur le site du lycée Marcelle-Pardé.
  9. Cercle Généalogique de Haute-Marne, "Isabelle Pardé", Leurs ancêtres étaient Haut-Marnais, 2004.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • "Le Lycée pendant l'occupation (1939-1944)", in : Le Lycée de Jeunes Filles de Dijon, 1897-1967, par Marie-Jeanne Ormancey, ouvrage broché édité par le Collège Marcelle Pardé, coopérative scolaire, en 1998.
  • "Bulletin des Anciennes Élèves du Lycée Marcelle-Pardé de Dijon", année 1967 : une brève biographie (3 pages) écrite par une compagne de l'École de Sèvres de Mlle Pardé.
  • Archives familiales de Hélène Pardé-Couillard, nièce de Marcelle Pardé. Hélène Pardé étudia elle même à Bryn-Mawr en 1954-1955 en tant que boursière ``Marcelle Pardé``.