Marcelle Gauvreau

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Marcelle Gauvreau
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Marcelle Gauvreau, directrice de l'École de l'Éveil. 1941. Jardin Botanique de Montréal.
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Marcelle Gauvreau, née le à Rimouski et morte le , est une naturaliste et enseignante québécoise.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

Marcelle Gauvreau est la fille du docteur Joseph Gauvreau. Sa famille s’est installée à Montréal alors qu’elle avait deux ans. Jeune, elle a passé plusieurs étés à la campagne. C’est d’ailleurs en séjournant à la maison d’été que possédait son père, près de la rivière Beaudette, qu’elle a développé un intérêt pour les sciences de la nature.

Études et carrière scientifique[modifier | modifier le code]

De 1920 à 1924, elle a complété une formation en Arts et Sciences, au couvent Mont-Sainte-Marie, à Montréal. En 1929 elle s’est inscrite à la faculté de Lettres et de Philosophie de l’Université de Montréal. Elle a abandonné le programme un an plus tard afin de se consacrer à l’étude des sciences de la nature. Ainsi, le , elle s’est inscrite comme étudiante à temps plein à l’Institut de botanique de Montréal. L’année suivante, elle a obtenu un certificat de botanique générale et un certificat de botanique systématique. De 1933 à 1935, elle a suivi les cours de zoologie et de pédagogie des sciences naturelles du professeur Henri Prat et ceux de paléobotanique, de botanique économique, de biologie générale et de floristique donné par le frère Marie-Victorin. En plus de ses études en sciences de la nature, Marcelle Gauvreau a aussi suivi une formation en bibliothéconomie à l’Université McGill[1]. Cependant, elle a choisi de poursuivre des études de deuxième cycle en botanique. Sous la direction de Jules Brunel, elle s’est lancée dans la rédaction d’un mémoire sur les algues marines du golfe et de l’estuaire du Saint-Laurent[2]. Parallèlement à ses propres études, elle a collaboré à l’œuvre du Frère Marie-Victorin, notamment en élaborant le glossaire et l’index de la Flore laurentienne (1935). De plus, pour répondre à la demande du professeur Jacques Rousseau de l’Institut botanique, elle a produit une bibliographie exhaustive des écrits du Frère Marie-Victorin. Ce document allait être publié dans les Annales de l’Acfas[3] afin de souligner l’accession du botaniste à la présidence de l’organisation. Les travaux qu’a effectués Marcelle Gauvreau pour le Frère Marie-Victorin ont considérablement ralenti ses propres activités de recherche. Néanmoins, elle a fait preuve de persévérance et avec l’appui de différents membres de la communauté scientifique du Québec et d’un imminent chercheur étranger, William Randolph Taylor, elle a finalement obtenu son diplôme de maîtrise, en . En effet, après six années de recherche, à l’âge de 32 ans, ses efforts ont été couronnés. Puisqu’il n’existait à l’époque que très peu d’ouvrages sur les algues du Québec, les étudiants et professeurs de la Faculté de Sciences de l’Université de Montréal ont insisté pour que son mémoire soit publié. C’est ainsi qu’en 1956, le Jardin Botanique l’a édité sous le titre : Les algues marines du Québec. Marcelle Gauvreau est l'auteure d'un livre, quatre brochures et 238 articles.[3]

Implication au sein de la SCHN et des Cercles des Jeunes Naturalistes[modifier | modifier le code]

En , elle est devenue rédactrice de la chronique mensuelle des Cercles des Jeunes Naturalistes publiée dans la revue L’Oiseau bleu[1]. Elle y a collaboré jusqu’en . De 1938 à 1954, elle s’est aussi occupé de la rédaction d’une chronique hebdomadaire au sujet des CJN dans le journal Le Devoir. De 1938 à 1950 elle a occupé le poste de chef du secrétariat de la SCHN et du CJN. C’est en 1956, qu’elle a été élue présidente de la Société Canadienne d’Histoire Naturelle.

L’École de l’Éveil[modifier | modifier le code]

Avec l’appui du Frère Marie-Victorin, elle a fondé une école unique au Québec : « L’École de l’Éveil »[4]. Les objectifs de cette école étaient similaires à ceux du CJN. Il s’agissait d’un programme d’initiation à l’histoire naturelle destiné aux enfants de quatre à sept ans. Ses fondateurs souhaitaient transmettre à leurs jeunes élèves leur amour de la nature, mais ils visaient aussi à leur apprendre à développer leur sens de l’observation. Le programme incluait des excursions à la campagne, ce qui permettait aux enfants d’élaborer des collections de plantes, d’insectes et de minéraux. Durant les premières années, les cours d’une durée d’une heure et pour une vingtaine d'enfants, avaient lieu dans un salon de l’Hôtel Pennsylvania, sur la rue Saint-Denis, en face de l’Université de Montréal[5]. Ensuite, de 1939 à 1957, c’est au Jardin botanique qu’ils ont eu lieu[6]. Finalement, à la suite d'une mésentente avec les autorités de la ville de Montréal, Marcelle Gauvreau a décidé de démissionner de son poste au Jardin Botanique et d’instaurer l’Éveil à l’intérieur de l’Institut Cardinal-Léger sur la rue Beaubien à Montréal[7]. Par la suite, plusieurs autres succursales ont été ouvertes, notamment à Ville d’Anjou, Duvernay, Rivière-des-Prairies, Rosemont et Saint-Léonard.

Correspondance avec Marie-Victorin[modifier | modifier le code]

De 1933 jusqu'au décès du frère Marie-Victorin, en 1944, Marcelle Gauvreau a entretenu avec celui-ci une correspondance régulière au sujet de la sexualité humaine[8]. L'historien Yves Gingras a publié en 2018 les lettres de Marie-Victorin[9]. Celles de Marcelle Gauvreau n'ont été publiées qu'un an plus tard[10], la permission n'ayant pu être obtenue avant.

Les deux correspondants étant célibataires, aucun des deux n'a une connaissance directe de l'autre sexe. Chacun des deux se confie et interroge son interlocuteur sur l'anatomie et la physiologie de l'un et de l'autre, sans négliger les aspects psychologiques et moraux. De nombreux signes montrent qu'ils partagent une amitié très proche de l'amour qui respectera toutefois les interdits et règles de bienséance de l'époque. « Ai-je besoin de vous dire combien j'ai besoin de vous, de vos conseils, de vos réconfortantes paroles. Quand vous n'êtes pas là, vous voyez que je deviens folle! M. Teuscher a bien raison de dire qu'à vous voir on se sent mieux[11]! » Leurs échanges sur les questions sexuelles sont très détaillés. Marie-Victorin lui prête même des livres sur l'anatomie et la physiologie sexuelles et des romans érotiques pour l'instruire et lui demander son avis. C'est ainsi, par exemple, qu'en , Gauvreau tape un long document de notes éparses à propos du livre Human Sex Anatomy de l'obstétricien Robert Latou Dickison. Elle note entre autres : « Le désir sexuel serait plus intense du 22e au 28e jour, et à son maximum le 26e jour. C'est bien ce que je vous avais dit! »

Les échanges, toutefois, tout en étant intimes, demeurent cantonnés dans la perspective scientifique et humaine, tout en étant empreints d'une solide relation de confiance.

Postérité[modifier | modifier le code]

Elle est l'un des personnages du film Les fleurs oubliées de André Forcier[12]

Publications[modifier | modifier le code]

  • 1943 : Plantes curieuses de mon pays
  • 1956 : Les algues marines du Québec (mémoire de maîtrise)
  • 1959 : Plantes vagabondes
  • 1960 : Plantes curieuses

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Janson, Gilles, « Marcelle Gauvreau, femme de science et éducatrice (1907-1968) », Cahier n° 34, Société historique et culturelle du Marigot,  : [1]
  • Chauvette, Louise, Marcelle Gauvreau (1907-1968). Biographie d’une québécoise scientifique au milieu du XXe siècle, mémoire de maîtrise en histoire, Montréal, Université du Québec à Montréal, Montréal, 1991.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Lepage, Françoise., Histoire de la littérature pour la jeunesse : Québec et francophonies du Canada ; suivie d'un Dictionnaire des auteurs et des illustrateurs, Orléans (Ont.), Éditions David, , 826 p. (ISBN 2-922109-24-0 et 9782922109245, OCLC 41661550, lire en ligne), p. 623
  2. Gingras, Yves, « Marie-Victorin à la recherche de la flore laurentienne », Cap-aux-Diamants : La revue d'histoire du Québec, no 46,‎ (ISSN 0829-7983 et 1923-0923, lire en ligne, consulté le )
  3. a et b « Marcelle Gauvreau et ses écrits », Le front ouvrier,‎ (lire en ligne)
  4. « Une école nouveau genre "L'éveil" », L'oiseau bleu,‎ (lire en ligne)
  5. « Chronique universitaire : l'école de l'Éveil », Le Canada,‎ , p. 6 (lire en ligne)
  6. « L'art d'éveiller les petits à la connaissance de ce qui les entoure », La Presse,‎ , p. 18 (ISSN 0317-9249, lire en ligne)
  7. Germaine Bernier, « Les vingt-cinq années d’une fondation féminine canadienne-française », Le Devoir,‎ , p. 8 (ISSN 0319-0722, lire en ligne)
  8. Yves Gingras, « Les combats du frère Marie-Victorin », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 58, no 1,‎ , p. 91 (ISSN 0035-2357 et 1492-1383, DOI https://doi.org/10.7202/010974ar, lire en ligne, consulté le )
  9. Lucia Ferretti, « Frère Marie-Victorin, Lettres biologiques. Recherches sur la sexualité humaine, présentées par Yves Gingras, Montréal, Boréal, 2018, 276 pages », Les Cahiers de lecture de L'Action nationale, vol. 13, no 1,‎ , p. 36–36 (ISSN 1911-9372 et 1929-5561, lire en ligne, consulté le )
  10. Marcelle Gauvreau, Lettres au frère Marie-Victorin. Correspondance sur la sexualité humaine, présentées par Yves Gingras et Craig Moyes, Boréal, 2019, 278 pages.
  11. Lettre du 11 avril 1937.
  12. Constance Cazzaniga, « Les fleurs oubliées: Tapis rouge magique pour un film qui l'est tout autant », sur hollywoodpq.com, Hollywood PQ, (consulté le )

Liens externes[modifier | modifier le code]