Marcel Noguès

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Marcel Noguès
Image illustrative de l'article Marcel Noguès

Naissance
Paris (4e arrondissement)
Décès (à 24 ans)
Paris (16e arrondissement)
Allégeance Drapeau de la France France
Arme Aviation
Grade Sous-lieutenant
Années de service 1914 – 1918
Conflits Première Guerre mondiale
Distinctions Chevalier de la Légion d'honneur,
Médaille militaire,
Croix de Guerre avec dix palmes et trois étoiles,
Military Cross

Marcel Noguès, né à Paris (4e arrondissement) le , décédé à Paris (16e arrondissement) le (à 24 ans), est un as de l'aviation français pendant la Première Guerre mondiale, crédité de treize victoires avec, comme spécialité, les ballons d'observation allemands drachens[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines familiales[modifier | modifier le code]

Marcel Joseph Maurice Noguès est né à Paris (4e arrondissement) le  ; il est le second fils de Auguste Richard Louis Noguès (1843-1939), professeur de Mathématiques spéciales[Note 1], et de Joséphine Marie Marchand (1860-1947)[3].

Formation[modifier | modifier le code]

Après l'obtention avec mention du baccalauréat ès-sciences (mathématiques élémentaires), comme son frère aîné avant lui[Note 2], Marcel Noguès fait ses classes préparatoires au Lycée Janson-de-Sailly dans le 16e arrondissement de Paris où son père est professeur de Mathématiques spéciales[2]. Élève de Mathématiques spéciales préparatoires (Mathématiques supérieures) , il termine second de sa classe lors de l'année scolaire 1912-1913[2],[Note 3]

Brillant élève, Noguès est aussi un sportif sociétaire du Racing club de France où il pratique l'athlétisme[Note 4]. Cette même année scolaire 1912-1913, il est sacré le 1er mai 1913 champion inter-scolaire de saut en hauteur avec un saut de 1,70 m – il mesure 1,80 m[4] – au stade de La Faisanderie dans le Parc de Saint-Cloud ; une semaine plus tard, il remporte le 200 mètres haies du challenge Duvignau de Lanneau à la Croix-Catelan. Il est plus tard champion de Paris de saut en hauteur ex-æquo avec Géo André[5].

L'année scolaire suivante 1913-1914, il est élève de Mathématiques spéciales[2] et se présente sans succès aux concours des Grandes écoles, dont celui de l'École polytechnique. Il s'apprête à redoubler quand éclate la Première Guerre mondiale : le 1er août 1914 l’Allemagne mobilise et déclare la guerre à la Russie ; en France, le gouvernement décrète la mobilisation générale le même jour, à 16 h.

Le 4 septembre 1914, Noguès signe à Valence (Drôme) un engagement volontaire pour la durée de la guerre[4].

Service pendant la Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Noguès est incorporé au 6e Régiment d'artillerie le 4 septembre 1914[6] et est nommé brigadier[Note 5] le 26 novembre 1914. Il est muté ensuite au 107e Régiment d’artillerie lourde le 1er novembre 1915[6] et est nommé le même jour maréchal des logis[Note 6].

Après s'être porté volontaire pour suivre un entrainement de pilote, il est détaché de l'artillerie à l'aviation[Note 7], le 24 janvier 1916[7]. Il obtient le brevet de pilote no 3486[8], le 20 mai 1916. Il suit alors un entrainement plus poussé à Dijon[9], Ambérieu[10], Avord[11], Cazaux[12], Pau[13] et le 4 janvier 1917, il rejoint l'Escadrille N 12[6],[14], 'N' comme Nieuport sur lesquels volent les pilotes.

Le 4 mars 1917, il partage une victoire avec Xavier de Sevin[15], en abattant un avion ennemi au-dessus d'Autrecourt. Il en remporte une seconde le 12 avril, au sud du bois des Forges. Le jour suivant, Nogues est abattu à Sapigneul, probablement par le lieutenant Albert Dossenbach (en), As allemand aux 15 victoires[16], pilote de l'escadre von Richthofen sur son Jasta 36 (en)[6],[17],[18].

Capturé par les Allemands, il est porté disparu. Prisonnier à Dülmen (Rhénanie-du-Nord-Westphalie), il est transféré le 18 mai avec un autre prisonnier à Benaho (Bavière) ; il fausse compagnie à son gardien et réussit à franchir la frontière germano-hollandaise dans la nuit du 21 au 22 mai 1917. Après une escale en Angleterre, il arrive à Paris le 11 juin et rejoint son escadrille le 13 juin 1917, prêt à reprendre le combat.

Il reçoit la Médaille militaire le 13 juillet pour son évasion et est promu de maréchal-des-logis au grade d'adjudant le 20 juillet 1917[6]. Il est nommé ensuite le 3 octobre 1917 sous-lieutenant à titre temporaire, nomination entérinée par le Journal officiel du 20 avril 1919[19].

Le 13 août 1917[1], il est blessé par un shrapnel. Une fois guéri, il est réaffecté le 11 avril 1918 à l'Escadrille SPA 57[20], au sein de laquelle il pilote désormais des SPAD. Noguès remporte une victoire sur un Albatros au-dessus de Mailly-Raineval, le 2 mai 1918. Il accumule de nouvelles victoires en mai et juin, la plupart seul, même s'il en partage une avec Jean Fraissinet[21]. Le 4 juillet, pour sa neuvième victoire, il abat un ballon d'observation drachen, avec André Petit-Delchet (en)[22].

Cette victoire lui vaut d'être nommé le 26 septembre 1918 Chevalier de la Légion d'honneur pour prendre rang du 26 juillet 1918[23],[Note 8]. Nogues abat le 29 septembre 1918 son cinquième ballon et remporte du même coup sa treizième et dernière victoire[1].

Après-guerre[modifier | modifier le code]

À la fin de la guerre, Nogues est transféré le 5 novembre 1918 à l'Escadrille 172. En plus de ses autres décorations, il se voit remettre la Croix de Guerre avec avec dix palmes et trois étoiles[Note 4].

Il se présente au concours spécial d'admission à l'École polytechnique de 1919 destiné aux candidats qui, mobilisés, n’ont pu concourir pendant la guerre[Note 9] et est reçu 16e[24], mais ne peut se présenter le 17 novembre pour le début des cours.

Le 5 octobre 1919 en effet, Marcel Noguès décède à son domicile d'une embolie quelques heures après avoir reçu accidentellement un coup au larynx lors d'un match de rugby à Colombes comme trois quart aile sous les couleurs du Racing club de France[5],[Note 4],[Note 10]. Ses obsèques sont célébrées le 10 octobre en l'église Notre-Dame de Passy[Note 11].

Chronologie des victoires[modifier | modifier le code]

Marcel Noguès est crédité de 13 victoires homologuées dont cinq sur les ballons d'observation allemands drachens et de 2 victoires non homologuées[8],[18],[25].

Victoire n° Date Escadrille Aéronef abattu Lieu du combat
1 N 12 EA Autrecourt - Verdun (55)
2 N 12 EA sud du bois des Forges (55)
3 SPA 57 Albatros D Mailly-Raineval (80)
NH SPA 57 Albatros D sud Montdidier (80)
4 SPA 57 Scout Lassigny (60)
5 SPA 57 Albatros C Étrépilly (02)
6 SPA 57 Scout bois de Belleau (02)
7 SPA 57 Biplace bois de Pareuil (51)
8 SPA 57 Albatros D sud de Reims (51)
9 SPA 57 Drachen Coëmy (51)
10 SPA 57 Drachen nord d'Anthenay (51)
NH SPA 57 Biplace Rosnay (51)
11 SPA 57 Drachen La Ville-aux-Bois-lès-Pontavert (02)
12 SPA 57 Drachen Craonne (02)
13 SPA 57 Drachen nord-est de Sommepy (51)

Distinction et hommages[modifier | modifier le code]

Distinction[modifier | modifier le code]

Il est nommé chevalier de l'ordre de la Légion d'honneur le [23],[Note 8]. Décoré de la Médaille militaire, de la Croix-de-Guerre avec dix palmes et trois étoiles, il reçoit également la Military Cross[Note 4].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Bernard Busson, Héros du sport – Héros de France, Paris, éditions d'art Athos,‎ , 221 p. (lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Norman Franks, Over the front : a complete record of the fighter aces and units of the United States and French Air Services, 1914-1918, London, Grub Street,‎ (ISBN 978-0-948-81754-0 et 0-948-81754-2, lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jacques Mortane, La guerre des Ailes : Traqués par l'ennemi, chap. III : Un record de vitesse : Marcel Noguès, Baudinière, 1929, p. 41–53 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Daniel Porret, Les «As» français de la Grande Guerre, vol. 2, Paris, Service historique de l'Armée de l'air,‎ (ISBN 2-7170-0741-5 et 9782717007411, lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article

Iconographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. À la naissance de son fils Marcel, Auguste Richard Louis Noguès est professeur de Mathématiques spéciales au lycée Charlemagne dans le 4e arrondissement de Paris depuis le 17 octobre 1891 ; il obtient ensuite le 3 août 1897 sa mutation pour le Lycée Janson-de-Sailly dans le 16e arrondissement de Paris jusqu'à sa retraite le 1er janvier 1910[2].
  2. Maurice Charles Richard Noguès (1889-1975) est polytechnicien de la promotion 1909.
  3. « Mathématiques spéciales préparatoires : Brigol, Noguès, Dumont, de Vitry, Cournot, Condemine, Brice, Aubaile, Guiot, Marchal. » [lire en ligne]
  4. a, b, c et d « ATHLÉTISMEMort du lieutenant Noguès.
    Le lieutenant Marcel Noguès, qui participait, dimanche, à un match à Colombes, entre le Racing-Club de France et le Paris Université-Club, reçut dans les premières cinq minutes du jeu un coup de coude sur le larynx. La violence du choc lui fit perdre connaissance ; il revint bientôt à lui, pour assister sur la touche à la partie, puis fut reconduit à son domicile par un de ses amis. L'accident, ou plus juste l'incident, ne paraissait pas sérieux. Hélas ! on apprenait, hier, que le lieutenant Noguès était mort, à sept heures et demie, dimanche soir, d'une embolie.
    Entré au Racing en 1913, alors qu'il était élève au lycée Janson, Marcel Noguès remportait cette année-là le championnat inter-scolaire de saut en hauteur.
    Pendant la guerre, engagé volontaire dans l'artillerie lourde, il passait ensuite dans l'aviation et était nommé officier. Rapidement, il devenait un de nos as et mettait à bas treize avions boches officiellement homologués. Descendu et fait prisonnier, il s'évadait d'Allemagne et revenait prendre place dans une escadrille.
    Le lieutenant Marcel Noguès, qui était chevalier de la Légion d'honneur, décoré de la Médaille militaire, de la Croix-de-Guerre avec dix palmes et trois étoiles, de la Military Cross, venait d'être reçu dans un excellent rang à l'École polytechnique.
    Sa mort a soulevé la plus vive émotion dans les mileux sportifs et plus particulièrement au Racing-Club de France où il ne comptait que des amis. »

    in "Le Figaro" du 10 septembre 1919 [lire en ligne]
  5. Depuis le début du XIXe siècle, dans les armes dites « à cheval » de l'armée française, le grade de brigadier est équivalent à celui de caporal. Les armes montées ou dites « à cheval » sont la cavalerie (devenue arme blindée et cavalerie), l'artillerie, le train et la gendarmerie.
  6. Premier grade de sous-officier de l’armée française, le sergent est appelé maréchal des logis au sein des armes dites « à cheval » ou « montées ».
  7. L'histoire de l'Armée de l'air française débute avec l'aéronautique militaire en 1909, qui dépendait alors de l'Armée de terre française. C'est la plus ancienne force aérienne au monde. L'Armée de l'air est devenue une arme à part entière le .
  8. a et b « NOGUÈS (Marcel-Joseph-Maurice), sous-lieutenant (active), à titre temporaire au 107° rég. d'artillerie lourde, pilote aviateur : pilote d'une énergie exceptionnelle et d'une bravoure admirable. A abattu, récemment deux avions en flammes, remportant ainsi ses sixième et septième victoires. Une blessure. Médaillé militaire pour faits de guerre. Cinq citations. » [lire en ligne]
  9. « Pour endiguer le flot de démobilisés qui, telle une vague déferlante, se pressèrent aux portes de l'institution, un second concours, appelé « spécial », pour le différencier du précédent, s'ouvrit en août 1919. Il avait été créé, comme dans d'autres écoles supérieures ou universités dans le double dessein de préserver les droits des (dé)mobilisés et de reconstituer les cadres vidés par la guerre. ... À cet effet, les autorités mirent en place des centres de préparation peu éloignés des lignes de front, à Strasbourg, Metz, Nancy, Besançon, qui comprenaient à peu près le même nombre de candidats militaires, répartis d'après leur âge. Les plus jeunes se trouvaient à Besançon. Ils composèrent dans ces quatre localités ou à Fontainebleau et le jury fut dédoublé. Ce concours « spécial », réservé aux candidats incorporés qui, en raison de leur présence sous les drapeaux, n'avaient pu prendre part aux concours normaux, ou qui avaient participé au concours de 1914 interrompu par la guerre, offrit un programme identique à celui du concours « normal ». Mais les compositions de calcul, chimie, dessin graphique et langue vivante obligatoire furent supprimées et leurs coefficients reportés sur d'autres matières.
    Les candidats infirmes ou blessés, qui ne pouvaient faire certaines compositions, telles l'épure ou le dessin graphique, bénéficièrent de nombreux aménagements. Une moyenne générale leur fut attribuée à chaque composition non exécutée en raison d'une infirmité. L'épreuve d'aptitude physique fut supprimée pour tout le monde. Des points supplémentaires, accordés au titre du service militaire, majorèrent le total obtenu. »

    in L'École polytechnique de 1914 à 1920, Bernard VILLERMET, Bulletin N° 10 de SABIX [lire en ligne]
  10. Voici en quels termes M. René Arrault rapporte dans le Bulletin du Racing le dernier adieu de Noguès à ses camarades.
    « Dans la soirée du dimanche 5 octobre, nous le reconduisions chez lui, le capitaine Marcel Arnaud, notre ami Loiseau et moi, et nous conserverons tant que nous vivrons la vision de son dernier adieu, de son dernier Merci ! et de son long salut accompagné d'un sourire... Ceux qui ont été dans cette soirée, sans s'en douter, ses derniers camarades, ont, en apprenant sa fin inopinée, vu un doute surgir dans leur esprit. Ils se sont demandés s'il n'avait pas eu, malgré les diagnostics rassurants, le sentiment de sa fin prochaine, et, s'il n'avait pas été victime de son cran. Tous ceux qui ont connu le lieutenant Marcel Noguès ne seront pas étonnés qu'on ait pu faire cette hypothèse que, repoussant toute aide, il avait voulu se raidir, narguer une fois de plus la mort, et l'attendre debout. »[5]
  11. « Les obsèques du lieutenant Noguès.
    Les obsèques du lieutenant aviateur Marcel Noguès, dont nous avons annoncé la mort accidentelle, seront célébrées demain vendredi, en l'église Notre-Dame-de-Grâce de Passy. Réunion à dix heures, 5, rue Vital.
    Le Racing-Club de France, dont le lieutenant Noguès était membre, a décidé de ne pas jouer de matches dimanche prochain en signe de deuil. »
    [lire en ligne]

Référence[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Over the front : a complete record of the fighter aces and units of the United States and French Air Services, 1914-1918
  2. a, b, c et d Auguste Richard Louis Noguès (1843-1939) [lire en ligne]
  3. Guillaume de Tournemire, « Marcel Joseph Maurice, NOGUÈS », sur le site de généalogie Geneanet (consulté le 16 août 2015).
  4. a et b « Document n°3 du dossier de Marcel Joseph Maurice Noguès dans la [[base Léonore]] », base Léonore, ministère français de la Culture.
  5. a, b et c in Bernard Busson, Héros du sport – Héros de France, Paris, éditions d'art Athos,‎ , 221 p. (lire en ligne)
  6. a, b, c, d et e « Document n°4 du dossier de Marcel Joseph Maurice Noguès dans la [[base Léonore]] », base Léonore, ministère français de la Culture.
  7. Mémoire des hommes, base des Personnels de l'aéronautique militaire, Marcel Maurice Noguès [lire en ligne]
  8. a et b NOGUÈS Marcel Joseph Maurice sur le site Ciel De Gloire.com
  9. Écoles de Dijon - Longvic
  10. École d'Ambérieu]
  11. École d'Avord
  12. Écoles de tir aérien de Cazaux
  13. Écoles de Pau
  14. Escadrille N 12 – MS 12 – N 12 – SPA 12
  15. (en) Joseph de Sevin sur le site The Aerodrome
  16. (en) Albert Dossenbach sur le site The Aerodrome
  17. Les «As» français de la Grande Guerre
  18. a et b (en) Marcel Noguès sur le site The Aerodrome
  19. Nomination au grade de sous-lieutenant, JO du 20 avril 1919 [lire en ligne]
  20. Escadrille MS 57 – N 57 – SPA 57
  21. (en) Jean Fraissinet sur le site The Aerodrome
  22. (en) André Petit-Delchet sur le site The Aerodrome
  23. a et b « Document n°1 du dossier de Marcel Joseph Maurice Noguès dans la [[base Léonore]] », base Léonore, ministère français de la Culture.
  24. Liste d'admission à l'École polytechnique, in Journal officiel du , [lire en ligne].
  25. Marcel Noguès (victoires, biographie) sur le site Les As oubliés de 14-18
  26. Le site de Frédéric Humbert, consacré au rugby.