Marcel Mariën

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Marcel Mariën
Naissance
Anvers, Belgique Flag of Belgium.svg
Décès
Bruxelles, Belgique Flag of Belgium.svg
Activité principale
Écrivain
Poète
Éditeur
Auteur
Langue d’écriture Français
Mouvement Surréalisme
Genres
Poésie, essai

Œuvres principales

  • Théorie de la révolution mondiale immédiate
  • Le radeau de la mémoire
  • La marche palière
  • L'activité surréaliste en Belgique
Signature de Marcel Mariën

Marcel Mariën (Anvers, - Bruxelles, ) est un écrivain surréaliste belge, poète, essayiste, éditeur, photographe, cinéaste, créateur de collages et d'objets insolites. Il est en 1979 le premier historien du surréalisme en Belgique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Anvers d'une mère wallonne, couturière, et d'un père flamand, manœuvre d'usine souvent chômeur[1], Marcel Mariën est mis en nourrice[1]. Il entre en 1933 au lycée d'Anvers où il éprouve des difficultés d'adaptation, l'enseignement y étant entièrement donné en flamand. À quatorze ans il lit L'Émile de Jean-Jacques Rousseau, Le jour de ses quinze ans, il est placé comme apprenti chez un photographe et s'essaie lui-même à la photographie[2]. La même année, il fréquente l'École populaire supérieure pour les travailleurs et rencontre dans une exposition à Anvers deux tableaux de René Magritte. En 1936, il lit Mémoires écrits dans un souterrain de Dostoïevski, découvre les livres et les revues surréalistes, commence à écrire des poèmes dans leur esprit. Coursier et gratte-papier chez un agent de change dont il détourne quelques sommes, il va en 1937 voir, à vélo depuis Anvers, René Magritte chez lui à Jette, 135 rue Esseghem, y rencontre le même jour Paul Colinet puis, place de Brouckère, Louis Scutenaire, Irène Hamoir, Paul Nougé, et participe en septembre à l'exposition surréaliste organisée par E. L. T. Mesens à Londres. Il y expose son premier objet, L'introuvable (titre donné par Magritte), ses lunettes, qu'il vient de casser, réduites à un seul verre et deux branches[3].

Faisant à partir de janvier 1939, pour dix-sept mois, son service militaire à Anvers, Mariën collabore en janvier 1940 à L'Invention collective de Magritte et Ubac. Lors de l'invasion de la Belgique, il soigne les blessés à l'hôpital d'Anvers avant d'être évacué en mai, transportant avec lui deux grandes valises bourrées de livres dont il réussira à ne pas se séparer. Replié sur Dunkerque et Berck, il est fait prisonnier, regagnant à pied Anvers puis traversant la Belgique en camion, mené en train à Nuremberg puis au camp de Görlitz en Haute-Silésie, affecté près de Hohenelbe (Vrchlabi, en tchèque) au déboisement et au terrassement. Après neuf mois de captivité, il est en 1941 libéré à Anvers, retrouve à Bruxelles (en bicyclette) Magritte, Nougé, Scutenaire, Ubac et rencontre Christian Dotremont. Il fonde alors les éditions L'Aiguille aimantée (nom donné par Nougé) qui publie notamment Moralité du sommeil de Paul Éluard, avec trois dessins de Magritte, et fait la connaissance d'« Elisabeth » (Altenloh) qui est durant dix ans l'une de ses passions les plus durables et dont il élève l'un des deux fils[4].

Mariën participe rapidement avec Scutenaire et Nougé à l'invention des titres des peintures de Magritte. À partir de 1942 il se rend fréquemment à Paris transportant clandestinement pour un commerce illégal des toiles de Renoir, Picasso, Léger, Chirico ou Magritte. « De 1942 à 1946, je vendis un nombre important de dessins et de tableaux, attribués principalement à Picasso, Braque, Chirico, tous confectionnés par Magritte », écrit-il lui-même[5]. Il peut ainsi publier plusieurs ouvrages sous l'enseigne Le Miroir infidèle. Autour de la revue La Main à plume, il rencontre à Paris Queneau, Leiris, le peintre Dominguez. En août 1943 il publie la première biographie de Magritte dont il défendra en 1947, dans Les corrections naturelles, la « période Renoir ». À Louvain il prononce avec Christian Dotremont une conférence sur le surréalisme. En 1945 Mariën collabore à la revue Le Ciel bleu avec Paul Colinet et Dotremont, commence de publier avec Magritte une série de prospectus et tracts mystificateurs et subversifs (L'imbécile, L'emmerdeur et L'enculeur, ces deux derniers saisis par la poste), publie La terre n'est pas une vallée de larmes (Breton, Char, Colinet, Dominguez, Dotremont, Éluard, Irène Hamoir, Magritte, Picasso, Queneau, Scutenaire, Ubac) et, en 1946 et 1947, édite la collection Le Miroir infidèle.

En 1948 Mariën s'installe comme bouquiniste à Schaerbeek (Au Miroir d'Elizabeth, sur une suggestion de Nougé[1]), survivant grâce à des travaux de dactylographie. Il envisage avec Nougé la reprise de Correspondance. « Par nécessité autant que par désespoir sentimental »[6], il s'engage en décembre 1951 à Rotterdam comme garçon de mess sur le « Silver Ocean », battant pavillon suédois, cargo équipé de cales frigorifiques pour le transport des fruits. Il fait ainsi la navette entre les Antilles françaises (Fort-de-France ou Basse-Terre) et la Normandie (Rouen ou Dieppe), pratiquant la contrebande de cigarettes et de parfums. Son retour à Bruxelles est fêté le 8 mars 1953 par un banquet, chez Geert van Bruaene, auquel participent Goemans et Colinet, E. L. T. Mesens, René et Georgette Magritte, Irène Hamoir et Louis Scutenaire[7]. Mariën vit alors quelque temps avec une prostituée du quartier de la gare du Nord, écrit des articles pour le conseiller culturel soviétique, écoule sur la proposition de René Magritte, avec son frère Paul Magritte, un stock de 500 faux billets de 100 francs belges qu'il assure dans ses mémoires avoir été dessinés et gravés par le peintre[8]. En mars 1953 il rencontre Jane Graverol lors de vernissage d'une exposition de Magritte qu'elle organise dans la cave de Temps mêlés qu'a fondé en décembre 1952 André Blavier à Verviers. Durant une dizaine d'années il vivra avec elle une liaison tumultueuse. Ils fondent ensemble avec Nougé qu'ils ont recueilli, dévasté par l'alcoolisme, à Verviers[9], la revue Les Lèvres nues, subversive, anticléricale et staliniste, qui paraît en avril 1954. Il rompt la même année avec Magritte et publie en janvier 1956 Histoire de ne pas rire, recueil des écrits théoriques de Nougé.

Mariën raconte encore dans ses mémoires une escroquerie dont il a l'idée en 1958. Au concours organisé par la société dans laquelle il travaille et patronné par une marque de poudre de lessive, il fait gagner, ayant la connaissance de la moitié des réponses, d'importantes sommes à des comparses. Le concours est cependant rapidement suspendu comme constituant une infraction à la réglementation des jeux de hasard. Avec ses gains illicites[10] Mariën, après avoir réalisé en 1958 un film expérimental de cinq minutes, Opus Zéro, produit et réalise en 1959 le film L'Imitation du cinéma, dont Tom Gutt est l'acteur principal, farce érotico-freudienne contre l'Église, qui provoque lors de sa projection le 15 mars 1960 un scandale suivi le 17 d'une plainte déposée au parquet de Bruxelles. Le film sera encore projeté à Liège, à Anvers dans une salle des fêtes et à Paris au Musée de l'Homme puis, la demande d'autorisation repoussée, interdit en France en février 1961. En juin 1962 Mariën confectionne contre Magritte le tract apocryphe Grande baisse, illustré d'un billet de cent francs à l'effigie du peintre, qui présente un barème définitif de ses œuvres à des prix dérisoires et mystifie jusqu'à André Breton[11]. Ayant vendu tout ce qu'il possède[12], il part en 1963 pour les États-Unis tenter de rejoindre, en vain, une jeune nièce d'« Elizabeth ». Il s'y fait garde-malade, commis dans une librairie, dactylographe, et tente de vendre ses projets de films. Jane Graverol, dont il est séparé depuis quatre ans le rejoint, mais ils se séparent de nouveau quelques mois plus tard. Tandis qu'elle rentre en Europe, Mariën traverse les États-Unis, de Philadelphie et Chicago à San Francisco.

En 1964 Mariën s'embarque pour le Japon puis Saigon, non sans participer au passage selon ses mémoires à un trafic de lingots d'or, Singapour et Hong Kong. À partir de septembre il travaille durant seize mois à Pékin comme correcteur du journal de propagande La Chine en construction, croise Chou En-laï, Tchen Yi et Teng Siao-ping, prenant rapidement une conscience « horrifiée », écrira-t-il, de « la supercherie monumentale du pseudo communisme chinois » et de « la condition authentiquement faite à l'homme » sous son régime qu'il dénoncera dans une série d'articles publiés dans Le Soir et dans le jounal danois Politiken[13] Ayant rompu son contrat il passe par Hong Kong, le Viêt Nam, la Malaisie, l'Inde, le Pakistan et l'Égypte pour débarquer à Marseille en mars 1965.

Rentré à Bruxelles, Mariën publie en 1966 L'Expérience continue de Paul Nougé et de très nombreux textes inédits des surréalistes belges dans Les Lèvres nues de 1968 à 1975 (douze numéros) et dans la collection Le Fait accompli (135 numéros), notamment les écrits de Magritte et le Journal de Nougé. Ses publications seront illustrées d'œuvres de Jane Graverol, Valentine Hugo, Hans Bellmer, Magritte, Yves Bossut et Claudine Jamagne. Une première exposition, Rétrospective et nouveautés, 1937-1967, présente en 1967 ses collages, de caractère érotique pour les uns, pornographique pour les autres, et ses objets, composés à partir de 1966. « J'ai nommé étrécissements les résultats d'un procédé que j'ai expérimenté pour la première fois au cours de l'été 1964. Manœuvrant à l'estime une paire de ciseaux, je découpais une image de magazine (...) L'arbitraire esthétique intervenait de façon inattendue - à mes yeux, hautement opportune - pour sauver de l'insignifiance et de la banalité des images particulièrement ingrates à l'état brut, soit qu'elles émanassent de simples prospectus publicitaires trouvés dans ma boîte à lettres, soit d'images sorties de magazines galants (...). », écrit Mariën[14]. À la préface provocante qu'écrit alors Scutenaire, Mariën répondra en 1972 par une satire féroce de l'auteur des Inscriptions. Mariën se marie en août 1969 avec Gudrun Steinmann [15] puis divorce.

À l'occasion de la dixième biennale de poésie organisée en 1970 au casino de Knokke, il édite et distribue un carton composé de deux volets détachables, dont l'un avec la mention « Bon pour sauter une poétesse »[16]. La même année il provoque une affaire judiciaire en dénonçant l'exposition de faux Magritte dans une galerie de Bruxelles. Pour avoir rappelé son passé de collaborateur des nazis, notamment comme critique d'art pour le journal de Léon Degrelle Le Pays réel[17] il est, en 1973, traîné en justice par Marc Eemans mais, défendu par Tom Gutt, gagnera le procès en 1975. Cette action l'incitera à éditer en 1973 un long tract intitulé Autant en rapporte le vent dans lequel il apporte une justification argumentée de son rappel du passé collaborationniste de Marc Eemans. Une nouvelle passion l'attache à Hedwige Benedis, qui meurt prématurément[18].

Mariën publie en 1979 l'ouvrage de référence sur l'histoire du surréalisme en Belgique, L'activité surréaliste en Belgique (1924-1950). Il multiplie dans ces années ses photographies de nus[19]. En 1983 Georgette Magritte lui intente un procès à la suite de la publication du Radeau de la mémoire, dans lequel il raconte ses aventures avec Magritte, et en 1988 Irène Hamoir après l'édition d'éléments de la correspondance de Scutenaire (à propos de l'exclusion du groupe d'André Souris). Mariën, qui chaque fois répond par des tracts, n'en édite pas moins en 1990 l'ensemble des lettres que Scutenaire lui a adressées entre 1936 et 1976.

Marcel Mariën meurt en 1993 d'un cancer, à la clinique César de Paepe à Bruxelles. Cinq personnes suivent le cercueil, dont « Bernadette », la kinésiste de Mariën qui, au-delà, s'occupait entièrement de sa maison, le conduisait dans ses courses et répondait à son besoin de photographier des nus artistiques, dans son grenier ou son jardin[20]. Au cimetière de Schaerbeek Christian Bussy fait graver sur sa tombe une phrase extraite de l'un de ses derniers carnets : « Il n'y a aucun mérite à être quoi que ce soit »[21]. Après sa mort une plaque « Marcel Mariën a passé dans cette maison les dernières années de sa vie », proposée par un admirateur, est apposée par le nouveau propriétaire à l'entrée de son logis rue André Van Hasselt à Schaerbeek. L'héritière anglaise de Mariën la jugeant inesthétique, son seul nom est alors barré et la reproduction d'une de ses œuvres, une clé dont le rond forme serrure, recouverte d'un cache [22].

Son activité incitera son adepte Jan Bucquoy à brûler une peinture de Magritte lors d'un happening en 1991.

Bibliographie sélective[modifier | modifier le code]

Réédition de revues[modifier | modifier le code]

  • Les Lèvres nues, réédition en fac-similé des douze numéros de la première série (1954-1958), augmentée par Marcel Mariën et Roger Langlais de nombreux documents et d'un index. Plasma, coll. "Table Rase" (dir. R. Langlais), 1978. Rééd. Allia, 1995, 10 fascicules brochés sous emboîtage.

Film[modifier | modifier le code]

Sur Mariën[modifier | modifier le code]

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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Christian Bussy, Les surréalistes au quotidien : petits faits vrais ; préface d'Olivier Smolders, Bruxelles, Les Impressions nouvelles, 2007, p. 168
  2. chez Gevaert à Anvers, selon Christian Bussy, Les surréalistes au quotidien : petits faits vrais ; préface d'Olivier Smolders, Bruxelles, Les Impressions nouvelles, 2007, p. 71
  3. reproduit en couverture de Xavier Canonne, Le surréalisme en Belgique, 1924-2000, Actes Sud, Paris
  4. Christian Bussy, Les surréalistes au quotidien : petits faits vrais ; préface d'Olivier Smolders, Bruxelles, Les Impressions nouvelles, 2007, p. 113
  5. Marcel Mariën, Le radeau de la mémoire, p. 101. La plus large part des éléments de cette biographie est tirée de cet ouvrage dans lequel Mariën se remémore son itinéraire, non sans précisions scabreuses. Christian Bussy ajoute à cette liste de faux peints par Magritte les noms de Paul Klee et Max Ernst. Il précise que Marïen pour ces voyages en train se déguisait en peintre, avec sa palette, comme si c'était lui qui les avait peints : « les douaniers se vissaient le doigt sur la tempe » (Christian Bussy, Les surréalistes au quotidien : petits faits vrais ; préface d'Olivier Smolders, Bruxelles, Les Impressions nouvelles, 2007, p. 156)
  6. Xavier Canonne, Le surréalisme en Belgique, 1924-2000, Actes Sud, Paris, 2007, p. 80
  7. Xavier Canonne, Le surréalisme en Belgique, 1924-2000, Actes Sud, Paris, 2007, p. 109
  8. Marcel Mariën, Le radeau de la mémoire, p. 175-180
  9. Christian Bussy, Les surréalistes au quotidien : petits faits vrais ; préface d'Olivier Smolders, Bruxelles, Les Impressions nouvelles, 2007, p. 181
  10. Xavier Canonne, Le surréalisme en Belgique, 1924-2000, Actes Sud, Paris, 2007, p. 158
  11. Xavier Canonne, Le surréalisme en Belgique, 1924-2000, Actes Sud, Paris, 2007, p. 195. Xavier Canonne ajoute à la page suivante que, par « un clin d'œil involontaire », « le dernier billet à être imprimé par la Banque nationale de Belgique avant le passage à l'euro fut consacré à René Magritte, par une coupure d'une valeur de 500 francs. »
  12. Christian Bussy, Les surréalistes au quotidien : petits faits vrais ; préface d'Olivier Smolders, Bruxelles, Les Impressions nouvelles, 2007, p. 109
  13. Christian Bussy, Les surréalistes au quotidien : petits faits vrais ; préface d'Olivier Smolders, Bruxelles, Les Impressions nouvelles, 2007, p. 60
  14. Marcel Mariën, dans Marcel Mariën, Galerie Defacqz, Bruxelles, 1967 (p. 18)
  15. Photographie du mariage dans Christian Bussy, Les surréalistes au quotidien : petits faits vrais ; préface d'Olivier Smolders, Bruxelles, Les Impressions nouvelles, 2007, p. 158
  16. tract reproduit dans Xavier Canonne, Le surréalisme en Belgique, 1924-2000, Actes Sud, Paris, 2007, p. 233
  17. dans un Avertissement du livre de René Magritte Manifestes et autres écrits, Les Lèvres Nues, Bruxelles, 1972.
  18. Christian Bussy, Les surréalistes au quotidien : petits faits vrais ; préface d'Olivier Smolders, Bruxelles, Les Impressions nouvelles, 2007, p. 90
  19. Alors qu'elle prépare à son sujet une thèse universitaire « Chantal » ouvre « une porte à l'œuvre, la grande porte d'ailleurs, à l'œuvre photographique de Marcel Mariën » (Christian Bussy, Les surréalistes au quotidien : petits faits vrais ; préface d'Olivier Smolders, Bruxelles, Les Impressions nouvelles, 2007, p. 85
  20. Christian Bussy, Les surréalistes au quotidien : petits faits vrais ; préface d'Olivier Smolders, Bruxelles, Les Impressions nouvelles, 2007, p. 94, 118 et 119
  21. Xavier Canonne, Le surréalisme en Belgique, 1924-2000, Actes Sud, Paris, 2007, p. 304
  22. Christian Bussy, Les surréalistes au quotidien : petits faits vrais ; préface d'Olivier Smolders, Bruxelles, Les Impressions nouvelles, 2007, p. 79 ; photographie p. 78