Mankind Project

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Mankind Project
Logo de l’association
Cadre
Forme juridique organisme sans but lucratif
But Mouvement de formation à la « masculinité sacrée », dédiée aux hommes
Fondation
Fondation 1984 (États-Unis)
Fondateur Rich Tosi
Bill Kauth
Ron Hering
Origine Wisconsin (États-Unis)
Identité
Siège Illinois (États-Unis)
Méthode Éducation
Financement Cotisation des membres, dons
Volontaires 45 000 (2019)[1]
Slogan Changer le monde, un homme à la fois
Site web https://mankindproject.org/

Le Mankind Project (MKP) est un organisme à but non lucratif qui propose des stages de formation destinés à aider les hommes à accepter leurs émotions.

L’organisation est créée aux États-Unis en 1984 par Bill Kauth, Ron Hering et Rich Tosi, en s’inspirant du mouvement mythopoétique et des travaux de Robert Bly. Pour en faire partie, les participants doivent effectuer un weekend de formation initiatique, le « New Warrior Training Aventures » (en français « Aventure initiatique du nouveau guerrier »). En 2020, elle revendique 70 000 participants à ce dernier.

L'organisation est régulièrement décrite comme masculiniste[2],[3],[4],[5] et comparée à une secte du fait du secret qui entoure ses formations.

Historique[modifier | modifier le code]

Dans les années 1970, Robert Bly professe le besoin pour les hommes de renouer avec leur part féminine et de célébrer les qualités dites féminines pour atteindre une harmonie entre les sexes[6]. Robert Bly s’inspire de la psychanalyse de Jung et affirme la nécessité de développer des figures mythiques qui servent de modèles aux hommes[6]. Selon Edouard Leport, auteur d’une thèse de doctorat soutenue en 2020, Bly altère cependant rapidement son discours vers une culpabilisation des femmes, selon lui responsables des maux des hommes, discours repris plus tard dans les activités organisées par le MKP[6].

En 1984, le psychothérapeute Bill Kauth, le professeur d'université Ron Hering et l’ancien Marine Rich Tosi créent le New Warrior Network (en français « Réseau du nouveau guerrier »), en s’appuyant sur les travaux de Robert Bly et en réaction, selon ses fondateurs, à la seconde vague féministe[6],[3]. Il n’est possible de faire partie du réseau qu’en participant à la formation intensive « New Warrior Training Adventure » (NWTA ; en français : « Aventure initiatique du nouveau guerrier »)[3],[7],[8]. Celle-ci vise, entre autres, à développer de nouveaux comportements basés sur les valeurs d'authenticité, de responsabilité et de leadership. Les participants explorent la colère, l'anxiété ou le manque de direction dans leur vie[9].

En 1993, Ron Hering déclare que l’objectif des sessions est de « surmonter l’homophobie, apprendre à exprimer ses émotions, à pleurer et à faire confiance »[10]. Bill Kauth met en place dans les années 1990 des formations plus longues, dont une « formation d’intégration » qui dure une nuit par semaine pendant 10 à 12 semaines[7], et qui peut faire l'objet d'un suivi ou support ultérieur[7].

En 2020, selon l’association, plus de 70 000 hommes dont 3 400 francophones ont participé à leur programme intitulé « Aventure initiatique du nouveau guerrier »[11].

Impact[modifier | modifier le code]

Une étude menée par des chercheurs de l'université de Maryland, de Portland et du Michigan a étudié l'impact du week-end d'initiation sur 293 hommes ayant participé à 45 différents week-ends entre 2006 et 2009. Ils observent une amélioration de l'humeur, une réduction de la dépression et une relation plus apaisée aux femmes.[12]

D'autres travaux de recherche se sont intéressés à l'impact du week-end. Goll (2005-2006) relève des effets positifs sur la "réalisation de soi" et la "maturité spirituelle"[13]. Burke, Maton, Mankowski et Anderson (2014) observent des changements positifs sur les croyances, le niveau de satisfaction; ainsi qu'une réduction de la dépression et des conflits hommes-femmes. Les changements portent sur une période de deux ans post-week-end[14].

Certains principes du MKP ont été appliqués dans des prisons américaines[9] dans le cadre du projet Freedom Within Prison[15], encourageant les détenus à travailler sur leurs émotions. Un article de recherche publié dans l’American Journal of Community Psychology (en) en 2010 relève des effets positifs sur les prisonniers ayant participé au projet[16],[17].

Fonctionnement[modifier | modifier le code]

Les informations sur le fonctionnement des ateliers du MKP, intitulés « New Warrior Training Aventures (NWTA), sont limités du fait que les organisateurs et participants invoquent la confidentialité, officiellement pour préserver le mystère de l’initiation et éviter des attentes préconçues de la part des participants[18]. Les NWTA visent à aider les hommes à accepter leurs émotions et développer une nouvelle vision d’eux-mêmes basée sur l’authenticité et la redevabilité[18].

Le format typique du NTWA est une retraite de 48 heures sur un weekend, encadrée par des formateurs issus de l’organisation, pour un coût entre 350 et 650 $[18]. Les participants sont isolés du monde extérieur et ont des interactions thérapeutiques entre eux et les encadrants via une initiation, des discussions de groupes, des jeux et d’autres activités[18]. Certains de ces weekends, les « Gateway », sont destinés spécifiquement aux hommes GBTQ[19]. Selon l’association, en comptant l’encadrement, 90 % des participants y sont gay, bisexuels, transgenres, queer ou en questionnement[19]. Les stages et formations sont organisés dans des centres du MKP qui sont libres de choisir leurs prix[18]. Certains proposent des bourses ou encouragent des membres du mouvement à sponsoriser des participants[18].

À l’issue du weekend, les participants sont invités à une formation de 8 semaines — à raison d’un jour par semaine — destinée à les aider à intégrer les apprentissages de l’atelier dans leur vie quotidienne[18]. Ils sont également encouragés à former ou rejoindre des groupes de support mutuel (i-groups pour integration groups), dans lesquels ils effectuent un travail d'introspection[18],[20].

Implantation[modifier | modifier le code]

En 2009, l’association est présente dans 9 pays[9]. En 2021, elle est présente dans 23 pays[21].

Affiliations[modifier | modifier le code]

Le MKP est affilié avec des groupes de formation similaires :

  • Becoming a man (BAM)[22],[23]
  • Woman Within, pendant féminin du MKP[24]
  • Inner circle foundation[9]

Critiques et controverses[modifier | modifier le code]

Masculinisme[modifier | modifier le code]

L'organisation appartient selon plusieurs sources à la sphère des mouvements masculinistes[2],[3],[4],[25],[26],[27],[28].

Tendances sectaires[modifier | modifier le code]

L'activiste anti-secte Rick Alan Ross (en) affirme que le ManKind Project semble utiliser des méthodes de contrôle mental, comme la limitation du temps de sommeil et de la nourriture des participants, ou encore l'isolation du monde extérieur, les injonctions au secret et l'intimidation[29]. Du fait du secret qui entoure ses formations, l’organisation a également été comparée au New Age ou à des pratiques proches des sectes[30]. Le MKP répond qu'il n'a pas les caractéristiques d'une secte telle que communément définie, comme le fait d'avoir un chef charismatique unique ou de séparer les gens du monde extérieur[31].

En France, l'association — créée en 1999 — est surveillée par la Miviludes[2],[32],[5]. Elle a constaté des « comportements dangereux et violents » à l’issue des stages, « notamment à l'encontre des femmes des membres de l'association »[5].

Mort de Michael Scinto[modifier | modifier le code]

En 2005 un Américain âgé de 29 ans, Michael Scinto[11] se suicide quinze jours après avoir participé à l'« Aventure initiatique du nouveau guerrier » en sur conseil de son mentor aux Alcooliques anonymes, lui-même membre du MKP[33]. Ses parents intentent un procès à l'organisation, qu'ils considèrent responsable du suicide de leur fils[29].

Deux jours après son retour de la retraite organisée par le ManKind Project, Scinto se rend à l'hôpital Ben Taub pour chercher de l'aide psychiatrique[29]. Trois jours après sa sortie de l’hôpital, Il envoie alors une lettre au bureau du shérif dans laquelle il accuse l’organisation d’enlèvement et détaille les rituels et activités dont il a été témoin : des marches nus avec les yeux bandés, des hommes nus frappant des poulets cuits avec un marteau, ou encore des hommes assis nus en cercle qui raccontent leurs historiques sexuels en se passant un godemichet en bois[29]. Deux semaines après le weekend de formation, alors qu’il était sobre depuis 16 mois, il recommence à prendre des drogues et de l'alcool, puis se suicide[29].

Les parties signent un accord en 2008, dont les termes n'ont pas été rendus publics, même si une copie des documents du procès sont mis en ligne par Warren Throckmorton[34], révélant une partie de l'accord conclu qui est alors repris dans la presse[35],[36].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Note[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Pascale Fougère (dir.), Rapports femmes/hommes : tendances et débats, La Métropole de Lyon, , 155 p. (lire en ligne [PDF]), p. 144
  2. a b et c Émilie Ton, « La nébuleuse masculiniste », sur LExpress.fr, lexpress, (consulté le ).
  3. a b c et d « J’ai appris à devenir un homme dans la forêt », sur www.vice.com (consulté le ).
  4. a et b « Les nouveaux guerriers », sur lequatreheures.com (consulté le )
  5. a b et c « État des lieux – nouvelle tendances des dérives sectaires » (version du 20 mai 2021 sur l'Internet Archive), sur interieur.gouv.fr, .
  6. a b c et d Edouard Leport, Quand les pères montent la garde : Discours, pratiques et conscience de domination dans les mobilisations collectives de pères séparés, , 559 p. (lire en ligne [PDF]), p. 67-68
  7. a b et c Edward Read Barton, « Reframing masculinity in a men’s mutual help organization, the Mankind Project: an introduction to the experience reports », International Journal of Self-Help & Self-Care, vol. 8, no 1,‎ , p. 5-9 (lire en ligne)
  8. (en) Christopher K. Burke, Kenneth I. Maton, Eric S. Mankowski et Clinton Anderson, « Healing Men and Community: Predictors of Outcome in a Men’s Initiatory and Support Organization », American Journal of Community Psychology, vol. 45,‎ , p. 186–200 (DOI 10.1007/s10464-009-9283-3, lire en ligne).
  9. a b c et d Welser 2009.
  10. (en) « Men’s Movement Leader Killed in Murder-Suicide », (consulté le ).
  11. a et b « MKP France », (consulté le )
  12. (en) KENNETH I. MATON University of Maryland Baltimore County ERIC S. MANKOWSKI Portland State University, Oregon CLINTON W. ANDERSON American Psychological Association, Washington, DC EDWARD R. BARTON Michigan State University, East Lansing DAVID R. KARP Skidmore College, Saratoga Springs, New York BJÖRN RATJEN ManKind Project of Canada West, Ltd., LONG-TERM CHANGES AMONG PARTICIPANTS IN A MEN’S MUTUAL-HELP ORGANIZATION, , 28 p. (lire en ligne)
  13. Goll, J, Impact of men's initiation on self-actualization and spiritual maturity, International Journal of Self Help & Self Care, 2005-2006
  14. Anderson, C. A., Maton, K. L., Burke, C. K., Mankowski, E. S, & Stapleton, L. M., Change in conventional masculinity and psychological well-being among participants in a mutual help organization, International Journal of Self Help& Self Care, Vol. 8, No. 1, , p61-84
  15. « OUR HISTORY - Freedom Within Prison Project », sur freedomwithinproject.org (consulté le )
  16. Christopher K. Burke, Kenneth I. Maton, Eric S. Mankowski et Clinton Anderson, « Healing men and community: predictors of outcome in a men's initiatory and support organization », American Journal of Community Psychology, vol. 45, nos 1-2,‎ , p. 186–200 (ISSN 1573-2770, PMID 20094770, DOI 10.1007/s10464-009-9283-3, lire en ligne, consulté le )
  17. (en-US) Hannah Seligson, « These Men Are Waiting to Share Some Feelings With You », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le )
  18. a b c d e f g et h Wesner 2009.
  19. a et b (en-US) « Gay Houstonians Say ManKind Project Helped Them Conquer Internalized Homophobia », sur OutSmart Magazine, (consulté le )
  20. « Hommes en mâle d’identité », sur Le Soir Plus (consulté le )
  21. (en) « Who We Are », sur ManKind Project, theManKindProject (consulté le ).
  22. « Becoming a Man | UChicago Urban Labs », Program that promotes thinking slower reduces violent-crime arrests by 50%, improves graduation rates by 19%, sur urbanlabs.uchicago.edu (consulté le )
  23. (en) Erick Trickey, « Group Therapy Is Saving Lives in Chicago », sur POLITICO Magazine (consulté le )
  24. Lucas Armati, « Être un homme libéré, c’est pas si facile : les drôles de stages du Mankind Project », sur Télérama, (consulté le ).
  25. « Hommes en mâle d’identité », sur Le Soir Plus (consulté le ).
  26. La Libre.be, « Vague à l'homme », sur LaLibre.be, (consulté le ).
  27. Mélanie Geelkens, « "Le féminisme, ce cancer" : comment la mobilisation antiféministe s'organise », sur Site-LeVif-FR, (consulté le ).
  28. (en) Paul M. Pulé et Martin Hultman, Men, Masculinities, and Earth : Contending with the (m)Anthropocene, Springer Nature, , 648 p. (ISBN 9783030544867, lire en ligne), p. 31.
  29. a b c d et e (en) Chris Vogel, « Naked Men: The ManKind Project and Michael Scinto. » (version du 11 janvier 2020 sur l'Internet Archive), Village Voice Media, Houston Press, .
  30. Wesler 2009.
  31. (en-US) « Frequently Asked Questions: Is the ManKind Project (MKP) a Cult? », sur ManKind Project (consulté le )
  32. « À la recherche de la « masculinité » », sur UNADFI (consulté le ).
  33. « Naked Men: The ManKind Project and Michael Scinto | Houston Press », sur web.archive.org, (consulté le )
  34. Certified Document Number 37853765 (20 pages), certification signed by Theresa Chang, District Clerk, Harris County, Texas (June 3, 2008), containing three documents: Defendants' Motion to Enforce Settlement Agreement (May 20, 2008) (pp. 1–4); Settlement Agreement (Exhibit A, April 10, 2008) (pp. 5–9); and Full and Final Release and Settlement Agreement (Exhibit B, undated) (pp. 10–20); Harris County, Texas, District Court, 333rd Judicial District, Cause No. 2007-43994; https://www.wthrockmorton.com/wp-content/uploads/2009/01/nwtascinto.pdf
  35. Chris Vogel, « A New Retreat for the ManKind Project Houston », Houston Press,‎ (lire en ligne, consulté le )
  36. Daniel Villarreal, « Controversial ManKind Project reaches out to gay community », Dallas Voice,‎ (lire en ligne, consulté le )

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Boris Lulé, Initiation masculine, dépolitisation masculiniste. La recomposition de la domination masculine par le mouvement mythopoétique. Comprendre l’antiféminisme de l’intérieur, Lyon, , 116 p.
  • (en) Tracie Welser, « The Mankind Project », dans Jodi O'Brien, Encyclopedia of Gender and Society, vol. 1, SAGE, , 976 p. (ISBN 9781412909167, lire en ligne), p. 501-502

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]