Manfred Reyes Villa

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Manfred Reyes Villa Bacigalupo (né le à La Paz) est l'ex-préfet de Cochabamba (2006-2008) et l'ex-maire de la ville éponyme (1993-2000). Candidat de droite à la présidentielle de 2002 et de 2009, il s'est enfui aux États-Unis en décembre 2009, étant mis en examen en Bolivie dans quatre affaires différentes (notamment pour abus de biens sociaux et détournement de fonds publics, pour un montant de 2,4 millions de dollars[1], mais aussi dans le cadre de l'enquête sur le massacre d'octobre 2003 lors de la « guerre du gaz » [1],[2], au cours duquel entre 70 et 100 personnes ont été tuées) [3].

Carrière militaire[modifier | modifier le code]

Fils du général Armando Reyes Villa, Manfred Reyes a étudié au Collège israélite de La Paz, intégrant en 1973 le Collège militaire de l'armée, d'où il sortit sous-lieutenant en 1982. Il travailla alors au bataillon de la police militaire de La Paz, avant de devenir chef de sécurité du dictateur Luis García Meza. Élève en 1976 de l'Ecole des Amériques de Panama, il fut aussi agrégé militaire de l'ambassade bolivienne au Brésil et aux États-Unis, et secrétaire général du groupe des agrégés militaires d'Amérique du Sud à Washington D.C..

Entrepreneur[modifier | modifier le code]

Il quitta l'armée en 1986 avec le grade de capitaine, pour se lancer dans les affaires aux États-Unis, devenant vice-président de Crawford International Silver Spring au Maryland, et président de MAREVI International (nom formé autour de ses initiales), basé à Miami.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

De retour en Bolivie, il adhéra au début des années 1990 à l'Action démocratique nationaliste (ADN), le parti de droite dirigé par l'ex-dictateur Hugo Banzer, et fut ainsi élu conseiller municipal de Cochabamba, la troisième ville du pays, obtenant la vice-présidence du conseil en 1992. Il quitta ensuite l'ADN pour fonder Nouvelle force républicaine (NFR), un parti d'extrême-droite régionaliste, et fut alors élu maire de Cochabamba, fonction qu'il conserva de 1993 à 2000.

Parallèlement, Manfred Reyes fut élu président de l'Association des gouvernements municipaux autonomes de Bolivie, et nommé au niveau international représentant du Réseau d'Amérique latine des Associations municipales devant la World Association of Cities and Local Authorities Coordination, basée à Genève.

En 2000, sa décision de privatiser l'eau à Cochabamba, effectuée avec le président Banzer, déclencha d'importants conflits sociaux : la « guerre de l'eau », provoquée notamment par la décision de Bechtel de doubler les prix, finit par une défaite de la multinationale qui, sous l'effet d'une campagne internationale, décida de se retirer de la ville.

Les opérations urbanistiques de Manfred Reyes à Cochabamba auraient aussi été l'occasion pour lui de s'enrichir illégalement, qui aurait ainsi acquis plusieurs édifices à Cochabamba et aux États-Unis. Sa gestion contestée aurait aussi laissée une dette de 40 millions de dollars à la ville.

Candidat à la présidence[modifier | modifier le code]

Son parti, Nouvelle force républicaine (NFR), le présenta dès 2000 en tant que candidat à la présidentielle de 2002, qui l'opposait aux candidats des partis traditionnels, Gonzalo Sánchez de Lozada (Mouvement nationaliste révolutionnaire, MNR, droite néolibérale ; 22,5 % des voix) et Jaime Paz Zamora (Mouvement de gauche révolutionnaire, MIR, centriste ; 16,3 % des voix), ainsi qu'à l'outsider Evo Morales (Mouvement vers le socialisme, MAS, gauche; 20,9 % des voix).

Aucun candidat n'ayant obtenu de majorité absolue, le Congrès élu Sánchez de Lozada président avec l'appui du MIR, qui participa au gouvernement durant un an. Le NFR s'opposait au début à son gouvernement, avant finalement d'y participer, avec notamment le soutien du frère de Manfred Reyes, Erik Reyes Villa. Le NFR appuya en particulier la répression brutale du gouvernement en février 2003 (à La Paz) et en octobre 2003 (à La Paz et El Alto, durant la « guerre du gaz » - plus de 80 morts).

Manfred Reyes prétendit se présenter à la présidentielle de 2005 organisée par le président par intérim Eduardo Rodríguez Veltzé, tenue à la suite de la « guerre du gaz » qui avait coûté son poste à Losada ainsi qu'à son successeur, Carlos Mesa. Cependant, face à la popularité du candidat de gauche Evo Morales, il finit par soutenir l'ex-membre de l'ADN Jorge Quiroga, dirigeant du nouveau parti Pouvoir démocratique social (Podemos, droite), tandis qu'il se présentait lui-même, en tant qu'indépendant, à la préfecture de Cochabamba.

Préfet de Cochabamba, il devint alors leader de l'opposition régionaliste de droite au président Evo Morales (élu en 2005 et ré-élu en 2009). Ce conflit provoqua de violents affrontements à Cochabamba le . Manfred Reyes finit par être destitué à l'occasion du référendum révocatoire du , organisé à l'instigation du MAS au pouvoir et du MIR afin de soumettre à nouveau au suffrage universel les postes de président, vice-président, et de préfets du pays. Manfred Reyes fut destitué avec 64,81 % des voix contre lui, seulement 35,19 % des suffrages l'appuyant.

Il se présenta à nouveau à l'élection présidentielle de décembre 2009, remportée par Evo Morales avec plus de 63 % des voix (lui-même obtient 27 % des voix[4]), et s'enfuit ensuite aux États-Unis, visé par quatre mises en examen. Il est notamment soupçonné d'avoir détourné plusieurs millions de dollars lors de son mandat de préfet du département de Cochabamba, jusqu'à sa destitution par referendum. Il vit depuis lors à Miami, dans une propriété acquise pour 330 000 dollars en 2004[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Bolivie: le rival d'Evo Morales aurait fui le pays, RTBF, 31 décembre 2009
  2. Confirman huida de ex prefecto boliviano por aeropuerto de Lima, El Informador, 5 janvier 2008
  3. Evo Morales investi pour un second mandat, Le Monde avec AFP, 21 janvier 2010
  4. En Bolivie, Evo Morales réélu président, Le Monde, 7 décembre 2009
  5. « L'adversaire de Morales s'est exilé à Miami », LeCourrier,‎ (lire en ligne)