Malouinière de la Ville Bague

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Malouinière de la Ville Bague
Image illustrative de l'article Malouinière de la Ville Bague
Le bâtiment principal
Type Malouinière
Début construction 1715
Propriétaire initial Guillaume Eon
Protection  Inscrit MH (1981)
Coordonnées 48° 40′ 46″ nord, 1° 55′ 19″ ouest[1]
Pays Drapeau de la France France
Anciennes provinces de France Bretagne
Région Bretagne
Département Ille-et-Vilaine
Commune Saint-Coulomb

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Malouinière de la Ville Bague

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Malouinière de la Ville Bague

La Ville Bague est une malouinière, du XVIIIe siècle située sur la commune de Saint-Coulomb en Ille-et-Vilaine. Cet édifice fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le [2].

Les compagnies des Indes[modifier | modifier le code]

En 1661, Louis XIV confie à Colbert la charge de restaurer la puissance navale de la France, car les Portugais, Hollandais et Anglais contrôlent les commerce d'Asie (soieries, porcelaine, épices...) et en profitent seuls. Ces produits exotiques sont désormais indispensables aux Européens.

Colbert fonde en 1664 la Compagnie des Indes orientales qui « jouira du privilège exclusif du commerce dans toutes les mers des Indes et au-delà de la ligne des Îles Bourbon et de la France ». Port Louis en est le port d'attache et l'Orient se construit peu à peu.

Mais la guerre de Hollande, la ligue d'Augsbourg et certaines opérations commerciales désastreuses entrainent la ruine de la Compagnie qui doit louer ses privilèges à des négociants connus « comme étant les plus considérables du Royaume : les Messieurs de Saint Malo ».

Armoiries de la Compagnie des Indes orientale

Le malouin Danycan reprend le commerce avec le Pérou pour sa « Compagnie des mers du sud ».

Saint-Malo est alors un des tout premiers ports de France par le nombre de ses navires et la richesse de ses armateurs qui fondent la « Compagnie Malouine des Indes ».

Malgré le succès indiscutable de ces Messieurs de Saint-Malo (Dupleix, La Bourdonnais...), ils ne réussissent cependant pas à redresser la Compagnie. De plus, le régent en 1715 leur enlève le privilège du commerce de la Compagnie des Indes.

C'est Law qui la reprend en main en 1719. Il fonde alors la Compagnie perpétuelle des Indes (1719-1769), compagnie d'Occident, des Indes orientales, du Sénégal, de Chine, de Barbarie et de la Mer du Sud. Mais en 1721, c'est la banqueroute. Le système de Law, bâti sur l'émission de papier monnaie s'effondre.

Saint-Malo demeure une grande place commerciale et reste le siège d'une des nombreuses chambres régionales regroupant les actionnaires de la Compagnie (Paris, Lyon, Nantes, Bordeaux...) Entre 1725 et 1740, la Compagnie des Indes de l'Orient prospère. En ville, de riches négociants construisent des résidences et hôtels particuliers. Les navires rapportent dans leurs cales des cotonnades et soieries des Indes, du thé, de la porcelaine...).

Mais les guerres de succession d'Autriche, la guerre de Sept Ans privent la Compagnie de ses territoires d'exploitation et provoquent sa ruine financière. Louis XV décide de suspendre le monopole de la Compagnie en 1769. En 1793, la Révolution française stoppe une dernière tentative de créer une nouvelle Compagnie des Indes fondée en 1785, soupçonnée d'activités contre-révolutionnaires.

La construction des Malouinières[modifier | modifier le code]

Malouinière de la Ville Bague
Dessins d'architecture des malouinières

La prospérité de Saint-Malo date des XV et XVIes siècles, époque où commence le déclin de Saint-Servan. Sous les guerres du Roi Soleil, l'aventure maritime de Saint-Malo prend son envol. La guerre de course enrichit les corsaires, les prises étant partagées également entre le roi, l'armateur et l'équipage. Dans le même temps, le commerce maritime se développe: au trafic de la Compagnie des Indes s'ajoute le commerce avec les Pays-Bas (Delft), l'Italie (marbre), le Chili et le Pérou (métaux précieux), l'Espagne (cuir), sans oublier le commerce triangulaire Afrique – Antilles – Europe (trafic d'esclaves). L'architecture se développe aussi sous l'influence de Garangeau et des techniques de la construction navale (charpentes des chapelles en forme de coques de bateaux).

L'architecture malouine des années 1710 est très nettement représentative de la marque des ingénieurs de Roi (Garangeau, disciple de Vauban et son équipe). Cela confère à la ville de Saint-Malo une unité et une majesté classique, mais aussi une austérité presque militaire. L'utilisation du granit de Chausey était systématique. Les toits sont très hauts, les cheminées servent à raidir les pignons. Jusqu'au XVIIe siècle, les ouvertures sont percées selon les besoins. Au XVIIIe siècle, elles sont symétriques et alignées (architecture militaire). Les négociants rentabilisent leurs investissements en louant des appartements. Certains firent même construire de véritables hôtels avec cour, jardin, écuries, magasins ; ainsi, Guillaume Eon rue Saint-Vincent et François-August Magon de la Lande, rue d'Asfeld.

Jusqu'au début du XVIIIe siècle, les bourgeois malouins se contentaient de réaménager sommairement le logis traditionnel de la ferme qu'ils avaient achetée ou de petits manoirs (Limoëlou, Le Parc, La Coudre). Ces résidences se multiplièrent sur l'ensemble du territoire du Clos Poulet, puis s'étendirent vers l'ouest et vers le sud, vers Dinard (manoir de Haux, Montmarin, St Busq). Des terrains furent gagnés sur la mer, permettant le développement urbain de Saint-Malo.

C'est aux alentours de 1710 que naît véritablement un nouveau type de résidences secondaires que l'on peut désormais désigner par l'expression de « malouinière » (la Giclais, le Lupin, la Chipaudière, la Balue, le Bosc, Hôtel d'Asfeld). Le style de Garangeau est très net.

La plupart des malouinières furent construites entre 1680 et 1730, dans un rayon de douze kilomètres autour de Saint-Malo, par les armateurs malouins voulant échapper à l'univers congestionné de la ville (20000 habitants en 1750 – 2500 aujourd'hui) tout en restant assez proches (deux heures à cheval) pour pouvoir s'occuper de leurs navires et de leurs cargaisons. Elles sont situées à l'intérieur du « Clos Poulet » « Clos Poulet » signifie pays d'Aleth (région malouine) du nom du camp gallo-romain de la citadelle de Saint-Servan, point de départ vers la Cornouaille où l'on chargeait l'étain.

« Les malouinières constituent un nouveau type de demeure noble non seulement par l'ordonnance architecturale du logis, mais aussi par l'organisation générale très ordonnée des éléments traditionnels de la résidence aristocratique : parc enclos de grands murs, colombier, chapelle, communs... » (Mme F. Hammon)

Ces propriétés étaient entourées de quelques hectares de terres, acquises au coup par coup, ce qui permettait d'agrandir le domaine. Il existe plusieurs dizaines de malouinières dans les environs de Saint-Malo et dans tout le pays de Rance.

On retrouve ce phénomène autour d'autres grands ports comme Nantes, Bordeaux ou Marseille. Cela était dû à la surpopulation intra-muros ainsi qu'au manque d'hygiène et impliquait de fréquents déménagements, y compris le mobilier, du linge, de la vaisselle...

Dessin de restitution de parc à l'époque de ces Messieurs de Saint-Malo

Historique de la Ville Bague[modifier | modifier le code]

Malouinière de la Ville Bague
Vue de l'allée principale

En 1715, la Ville Bague a été construite par Guillaume Eon, neveu de Julien Eon. La famille Eon, riches négociants malouins, avait ouvert de nombreux comptoirs à l'étranger et notamment à Cadix. Un manoir plus modeste se tenait à l'emplacement de l'actuelle malouinière. Le pigeonnier, la chapelle et les murs sont donc antérieurs (fin du XVIIe siècle). Propriété successive des familles Éon (en 1670), Magon seigneurs de la Chipaudière (en 1676), Éon (en 1776). En 1768, Julie Marie Eon du Vieux Chastel épouse Jonathas de Penfentenyo, Marquis de Cheffontaines. Le marquis de Cheffontaines devient propriétaire de la Ville Bague en 1789. Avec la Révolution, la maison fut abandonnée par ses propriétaires émigrés. La rampe d'origine, fondue en 1794, fut remplacée en 1980 par celle d'une malouinière en démolition du quartier de la Madeleine à Saint-Malo. Après la Révolution, la propriété passe à la famille Esnoul Le Sénéchal qui l'occupe de 1892 à 1946. En 1975, Jacques Chauveau et sa femme Madeleine achètent la propriété et entreprennent en vingt ans un long travail de restauration de la Malouinière et du parc. Sans subvention mais grâce à la Loi Malraux, la Ville Bague retrouve sa splendeur et est aujourd'hui ouverte au public qui vient du monde entier admirer ce fleuron de l'architecture malouine.

Deux tornades ont dévasté le parc en 1987 et 1999, mais Madeleine et Jacques Chauveau ne perdront pas courage et rendront sa superbe au parc grâce au travail de Jean-François Chauvel, jardinier en chef depuis 1980.

Le papier peint panoramique[modifier | modifier le code]

Le grand salon de la ville bague

Pour les panoramiques antérieurs à 1830, le papier est rabouté, c'est-à-dire qu'il est imprimé en forme de carrés de la taille des matrices (planches de bois gravées servant à imprimer de la même manière que les batiks ou les indiennes) collés les uns aux autres de manière à former des rouleaux de la longueur désirée. Ces lés mesurent, pour les panoramiques, quatre mètres de haut sur une cinquantaine de centimètres de large. La présence de papier rabouté permet de dater les papiers peints. Première opération : le fonçage qui consiste à couvrir la surface du papier avec un colorant. Trois ouvriers se placent côte à côte le long du lé posé sur une table. Le premier couvre transversalement la surface du papier avec une brosse longue. Le second couvre longitudinalement la surface et le troisième achève le fonçage en employant une brosse aux poils plus longs et plus souples. L'impression elle-même est réalisée à l'aide de planches de bois gravées (trois épaisseurs de bois dont la dernière porte le dessin à imprimer gravé en relief). Ces planches mesurent un cinquantaine de centimètres de côté. Chaque couleur nécessite une planche. La table à imprimer est formée d'un plateau en chêne sur lequel est articulé un long levier destiné à donner une pression régulière. À droite de la table se trouve le bac à couleur. Entre chaque passage les lés sont mis à sécher. Tout ceci nécessitait des mois de travail.

Le papier peint du grand salon date de 1820 (Manufacture Dufour et Leroy) et représente l' Arrivée de Pizarre chez les Incas. Il fut posé dans les salons de la Ville Bague à la demande de Hiacynthe de Penfentenio, marquis de Cheffontaines et de son épouse Julie-Marie-Rose Eon à leur retour d'exil. Exemplaire exceptionnel dans sa version intégrale, ce panoramique est classé monument historique. Il fut déposé et vendu en 1972 et retrouvé à vendre sur le marché de l'art en 1976. Très endommagé, il a été restauré par les Beaux-Arts à Paris qui, par chance en possédaient un autre exemplaire intact au musée des arts décoratifs.

La chapelle Sainte-Sophie[modifier | modifier le code]

Malouinière de la Ville Bague
La chapelle

Construite en 1690 par Julien Eon, Sieur de la Ville Bague, et consacrée par l'évêque de Dol en 1695, la chapelle Sainte-Sophie date de l'ancien manoir qui se tenait à la place de l'actuelle malouinière. On dit qu'elle est semi-enclose car elle est en partie extérieure à la propriété. Elle possède deux entrées, une pour la famille Eon et une autre pour les habitants du village de Saint Coulomb.

Cette chapelle servait de remise à pommes de terre dans les années 1960 et était dans un état de délabrement avancé à la limite de la démolition. La toiture fut restaurée par les ouvriers des bâtiments de France qui ont conservé l'ancien plafond en forme de coque de navire inversée. Le retable provient de la chapelle Notre-Dame de Lorette à Saint-Servan. Le dallage en marbre de Carrare date du XVIIIe siècle.

Le pigeonnier carré[modifier | modifier le code]

Pigeonnier

Construit fin XVIIe siècle, il n'était encore qu'une orangerie car Julien Eon n'était pas anobli. Or, le colombier est le principal privilège de la noblesse, signe extérieur de richesse.

En 1715, Guillaume Eon fait surélever cette orangerie qui devient donc un colombier possédant trois cent vingt boulins, ce qui correspondait à cent soixante hectares, la réglementation étant très stricte (deux pigeons par hectare).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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