Malek Jân Ne’mati

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Malek Jân Ne’mati
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Portrait de Malek Jân Ne'mati.

Nom de naissance Malek Jân Ne’mati
Naissance
Jeyhunabad (en), Iran
Décès
Paris
Nationalité Iranienne

Malek Jân Ne’mati est née en 1906 à Jeyhounabad (en), un village du Kurdistan iranien. Figure charismatique, écrivain et poétesse mystique de langue kurde et persane, elle est également connue sous le nom de Cheikh Jâni ou encore Sainte Janie. Elle est la fille de Hajj Nematollah et la sœur d'Ostad Elahi. Les sources écrites retraçant sa vie sont peu nombreuses. On trouve quelques notes sur elle dans les paroles de son frère Ostad Elahi[1] dont elle était très proche. Par ailleurs, une biographie lui a été consacrée en français à l'occasion du centenaire de sa naissance, accompagnée de la traduction de quelques-uns de ses poèmes et de ses paroles[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Malek Jan est issue d'une famille appartenant à l'ordre mystique des Ahl-e Haqq (« Amis du Vrai »). Son père, Hajj Nematollah, est une personnalité spirituelle marquante qui, quelques années avant sa naissance a abandonné une vie confortable pour se consacrer à la recherche du Vrai. Dès son plus jeune âge, Malek Jan est donc initiée, comme toute sa famille, à l'ascèse, à la prière mais aussi et surtout, à la réflexion éthique et spirituelle.

Fait remarquable à cette époque et dans ces régions reculées du Kurdistan, où la naissance d'une fille était accueillie par des condoléances[3], elle reçoit, au même titre que son frère aîné une éducation complète. Elle apprend ainsi le persan et l'arabe (sa langue maternelle étant le kurde) et entreprend l'étude des grands livres révélés et de la très riche poésie iranienne dont elle s'inspirera plus tard pour la rédaction de ses propres poèmes[4]. Elle reçoit également une éducation musicale en apprenant à jouer du tanbur (luth kurde qui accompagne les chants sacrés des Ahl-e Haqq), et du setar (luth classique persan). Hajj Nematollah, qui lui vouait une affection particulière avait souhaité qu'elle porte une robe et un bonnet blancs, « de sorte que les gens ne savaient pas si c'était une fille ou un garçon »[5]. De fait, Malek Jan garda toute sa vie cet habit.

À quatorze ans, Malek Jan eut la douleur de perdre son père. Peu après, elle fut atteinte d'un affection oculaire très douloureuse qui, vers l'âge de vingt ans, la laissa complètement aveugle[5]. Sa cécité semble toutefois avoir coïncidé avec l'éveil d'une forme de passion mystique[6] qui la conduisit à se rapprocher progressivement de son frère Ostad Elahi dont elle devint une élève accomplie. Après le décès de celui-ci, c'est elle qui tout naturellement reprit le flambeau de son enseignement spirituel[7]. Progressivement, la personnalité de Malek Jan, la richesse de sa réflexion spirituelle, la pratique assidue de la charité[8] lui valurent dans le milieu profondément religieux qui était le sien, une réputation de sainteté. Un certain nombre de ses paroles et conseils, pris en notes par son entourage, ont été traduits en français[9].

Malgré son handicap, Malek Jan continua toute sa vie à étudier l'anatomie, les sciences, l'histoire, la géographie notamment grâce à des cours enregistrés sur cassette. Cette passion de la connaissance relevait chez elle tout autant d'une démarche spirituelle qu'intellectuelle. S'opposant à ce qu'elle appelait « l'esprit superstitieux »[10], Malek Jan cherchait à aborder la spiritualité comme un objet de réflexion et de connaissance, refusant l'acceptation aveugle de principes considérés comme des dogmes : « Au début, je me disais : Il faut que je comprenne par moi-même. Je ne voulais pas croire à ce que disaient les autres. Par exemple, il fallait que je comprenne par moi-même qu'il existe un au-delà, qu'il existe un Dieu, qu'il y a des lois spirituelles, que l'âme est éternelle...J'ai d'abord résolu la question de l'existence de Dieu, ensuite, j'ai compris qu'il y a un Compte et qu'aucun être ne sera lésé... »[11].

Malek Jan a cherché à développer progressivement cette façon d'aborder la spiritualité parmi les paysans de Jeyhounabad (surnommé depuis dans le pays « le village des philosophes »[12]). Dans le même esprit, elle a contribué à améliorer les conditions de vie des villageois en faisant venir l'électricité ou en inventant un système de micro-crédit à taux zéro[13]. Au sein d'une société profondément patriarcale, elle a usé de son autorité spirituelle pour défendre plus spécifiquement le droit des femmes, en apprenant progressivement aux mères à soigner leurs filles autant que leurs fils, en amenant les pères à leur laisser une part d'héritage égale à celle de leur frère[14]. Vers la fin de sa vie, Malek Jan apporta dans le culte Ahl-e Haqq un certain nombre de réformes qui contribuèrent à donner aux femmes une dignité égale aux hommes sur le plan rituel. Ces réformes qui firent l'effet d'une révolution doctrinale dans les milieux ahl-e Haqq lui valurent l'inimitié des branches les plus traditionalistes de l'ordre.

Malek Jan Nemati est décédée en 1993 en France à la suite d'une opération à cœur ouvert. Elle est enterrée dans le village de Baillou (Loir-et-Cher). Sur sa tombe a été élevé un bâtiment de pierre et de verre appelé le mémorial de sainte Janie.

Œuvres[modifier | modifier le code]

En français
En persan
  • Nur Ali Elâhi, Âsâr ol-Haqq (Traces de Vérité), tome 1 (3e édition, Téhéran, 1987) et tome 2 (Téhéran, 1991).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Nur Ali Elâhi, Asar ol-Haqq (Traces de Vérité), tome 1 (3e édition, Téhéran, 1987) et tome 2 (Téhéran, 1991). Les deux tomes sont divisés en paroles numérotées. Les références à l'ouvrage seront désormais abrégées en AH1 et AH2 suivi du numéro de la parole
  2. Leili Anvar, Malek Jân Ne'mati. La vie n'est pas courte mais le temps est compté, Diane de Selliers, Editeur, Paris : 2007. Les références à l'ouvrage seront désormais abrégées en MJN suivi du numéro de la page
  3. MJN, p. 35
  4. Un certain nombre de ces poèmes ont été traduits du kurde en français dans MJN, p. 69-103
  5. a et b AH2, 91
  6. AH2, 94
  7. MJN, p. 30 et p. 45-49
  8. MJN, p. 51-53
  9. MJN, p. 105-132
  10. Cité dans MJN, p. 42
  11. Cité dans MJN, p. 44-45
  12. MJN, p. 30
  13. MJN, p. 56
  14. MJN, p. 55

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]