Malcontents (Flandres)

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Les malcontents, parfois traduit Malcontenten, sont un parti de la guerre de Quatre-Vingts Ans actif entre 1578 et 1579. Il est essentiellement formé de membres de la grande et moyenne noblesses catholiques du Sud des Flandres : ils se recrutent surtout en Artois et Hainaut. Leur chef de file est le baron de Montigny, Emmanuel Philibert de Lalaing. Ils sont involontairement à l'origine de l'union d'Arras.

Contexte[modifier | modifier le code]

L'offensive de Don Juan et la réaction gantoise.

Depuis 1576 et la pacification de Gand, ce sont les États généraux qui assument le gouvernement des Flandres. Le calvinisme est reconnu en Hollande et en Zélande et les autres provinces rétablissent le catholicisme ; dans l'ensemble des Pays-Bas, les persécutions religieuses sont interdites dans un sens comme dans l'autre. Don Juan d'Autriche, le nouveau gouverneur général nommé par le roi, est contraint d'accepter ces termes dans un premier temps puis lance une série d'opérations militaires depuis Luxembourg et Namur. Les États lui déclarent la guerre et se radicalisent peu à peu. Malgré les tentatives de Guillaume d'Orange pour maintenir la tolérance religieuse, Bruges, Ypres et Gand imposent le calvinisme et interdisent le catholicisme.

Plusieurs grands lignages catholiques pourtant associés aux États, notamment les Croÿ et les Lalaing, s'inquiètent de cette évolution. Ils se défient en outre du poids pris par la maison d'Orange-Nassau. Après la défaite de Gembloux face à Don Juan, ces grands nobles sont suspectés par les États d'avoir volontairement favorisé l'armée royale. Ils sont renvoyés en Artois et en Hainaut, où ils cherchent à s'entendre avec les malcontents français et en particulier avec le duc d'Anjou pour expulser les troupes espagnoles qui rançonnaient le pays depuis la Furie d'Anvers.

Programme[modifier | modifier le code]

Les malcontents sont plutôt conservateurs quoique modérés. S'ils partagent l'insatisfaction des rebelles quant au mode de gouvernement de Philippe II dans les Flandres, ils sont cependant en rupture avec les Gueux sur plusieurs points importants. Ils s'inquiètent des violences calvinistes et du déclin social de la noblesse et se revendiquent comme fidèles au roi. Ils s'opposent notamment au poids croissant des villes au sein des Pays-Bas, en particulier de celle de Gand. Il existe un fort parallélisme avec le mouvement homonyme qui existe en France à la même époque : ce sont des mouvements nobiliaires, modérés sur le plan religieux et favorables à une réconciliation du roi et de sa noblesse. Contrairement aux malcontents français, qui s'insurgent contre la faiblesse du roi, les malcontents des Flandres s'opposent au pouvoir devenu dictatorial des États généraux. En outre, le parti français est avant tout iréniste, tandis que celui des Flandres est d’abord catholique.

Historique[modifier | modifier le code]

Après la bataille de Gembloux, une partie des nobles catholiques du Sud, notamment Valentin de Pardieu, un ancien page du comte de Lalaing, déserte le camp des États généraux et se réconcilie avec le roi. Les Lalaing, Emmanuel-Philibert d'abord puis également son demi-frère Philippe se trouvent dans une attitude de défiance de plus en plus ouverte vis-à-vis des États sans pour autant accepter de se réconcilier avec le roi. Le , Montigny trahit ouvertement les États en prenant avec ses troupes franco-hennuyères la ville de Menin. Il se justifie en expliquant aux délégués des États que les Gantois y avaient trahi la pacification de Gand en persécutant les catholiques de la ville. Philippe de Lalaing, capitaine général de la cavalerie des États, grand bailli et gouverneur de Hainaut, depuis longtemps hostile à la présence des troupes étrangères (c'est-à-dire espagnoles), autant qu'à l'alliance anglaise promue par Orange et la Hollande au sein des États choisit de suivre son frère.

Rapidement, Montigny et Lalaing, fervents catholiques quoique favorables à une tolérance temporaire des calvinistes, sont désignés par les États comme des traitres et des « zélotes du patenostre et de l'Ave Maria ». Philippe II pense pouvoir récupérer cette nouvelle faction qui se forme. Pardieu pense pouvoir convaincre son ancien maître de pouvoir le rallier au roi. Les deux hommes et ceux qui les suivent n'entendent pourtant pas transiger avec le roi et les troupes espagnoles et négocient leur réconciliation avec les États pour défendre le catholicisme et la pacification de Gand. C'est cependant la deuxième vague iconoclaste, en 1579, qui pousse les malcontents à se réconcilier avec le roi. Après une dernière tentative avec les États, Lalaing et Montigny acceptent la signature du traité d'Arras avec le roi puis se réconcilient formellement quelques jours après. Philippe II doit leur garantir le pardon, la restitution de leurs biens, titres et honneurs et leur promettre de donner plus de place à la noblesse dans l'administration des Flandres.

Les Croÿ, restés en marge du mouvement malgré des sympathies évidentes, désertent le camp des États sans se rallier au roi après le traité d'Arras et tentent de négocier une pacification générale garantissant la défense du catholicisme en même temps qu'une tolérance limitée des calvinistes.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Violet Soen, A. Botanski (dir.) et F. Mercier (dir.), « Les Malcontents dans les États généraux aux Pays-Bas (1578-1579), défense du pouvoir de la noblesse ou défense de l'orthodoxie », dans Le salut par les armes, Noblesse et défense de l'orthodoxie, Rennes, PUR, , p. 135-149.

Voir aussi[modifier | modifier le code]