Maladie du Nobel

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La maladie du Nobel est l'incapacité ou l'impossibilité pour les nobélisés scientifiques de reproduire ou poursuivre des recherches scientifiques après leur retour de la cérémonie du Nobel[1],[2],[3]. Elle est devenue, depuis 2012, après sa popularisation par un oncologue américain ayant décidé de lutter contre la désinformation[4],[5], une métaphore pour la tendance de certains lauréats du prix Nobel à devenir défenseurs de théories pseudo-scientifiques ou de théories du complot après avoir reçu cette récompense.

On dénombre une trentaine de nobélisés touchés par cette tendance[4].

Causes probables[modifier | modifier le code]

Le phénomène de la maladie du Nobel est principalement dû au fait que les personnes récompensées sont des champions d'un domaine très spécialisé, voire restreint et que leur visibilité auprès du grand public est largement et brusquement accrue suite à la réception du prix[4].

D'une part le ou la nouvelle nobélisée peuvent imaginer, suite à la récompense, que toutes leurs idées sont aussi justifiées ou révolutionnaires que celle qui leur a valu le prix. Le manque d'inhibition les amène alors à exprimer des opinions, raisonnables ou complotistes, de manière plus ouverte[6].

D'autre part, il est possible que les personnes nobélisées soient plus sujettes à avoir des idées folles du fait que pour recevoir un Nobel, il est nécessaire d'avoir un mode de réflexion particulier permettant d'accéder à des découvertes importantes[6].

Catégories[modifier | modifier le code]

Paranormal[modifier | modifier le code]

Les lauréats fascinés par le paranormal et des médiums sont au nombre d'une dizaine, dont Pierre et Marie Curie qui ont longtemps fréquenté la médium Eusapia Palladino ou Alexis Carrel, à la même époque que les Curie[note 1] est tout aussi fasciné par le mysticisme et croit aux pouvoirs de clairvoyance et de télépathie[6].

Théories sur l'autisme[modifier | modifier le code]

De multiples nobélisés ont émis des opinions diverses sur les origines ou le traitement de l'autisme. Parmi eux, Nikolaas Tinbergen en 1973, qui suite à ses études sur les comportements animaux ayant permis de fonder l'éthologie en déduit que l'autisme est causé par le manque d'affection maternelle[4],[note 2]. Luc Montagnier relie l'origine de l'autisme, ainsi que d'autres maladies neurologiques, à l'émission d'ondes électromagnétiques par de l'ADN[6].

Remèdes miracle[modifier | modifier le code]

D'autres font la promotion de remèdes douteux comme Louis Ignarro qui devient en 2009 un ambassadeur pour un produit d'Herbalife, une multinationale spécialisée dans les suppléments alimentaires[4]. Linus Pauling suite à ses deux Nobel, s'est consacré à la démonstration qu'il était possible de guérir le cancer à l'aide de doses élevées de vitamine C[6]. Luc Montagnier est partisan de l'homéopathie et du fait qu'il est possible de guérir le sida par le biais de la diététique[6].

Théories du complot et sorties de route[modifier | modifier le code]

Parmi les « malades du Nobel » les convictions déroutantes peuvent être multiples. Kary Mullis rédige après avoir reçu son prix en 1993, une autobiographie intitulée Dancing naked in the mind field professant sa croyance en l'astrologie qui devrait être enseignée[7], les extraterrestres[note 3], au fait que le VIH ne cause pas le SIDA et que le réchauffement climatique n'est pas causé par les humains[4]. Paul Krugman, nobélisé d'économie, indique que pour améliorer sa cote de popularité, Donald Trump pourrait être tenté de coordonner une attaque terroriste du type des attentats du 11 septembre 2001 ou orchestrer une guerre[6].

Pour sa part, Luc Montagnier, en plus de ses convictions sur l'origine de certaines maladies ou le soin à apporter contre le VIH, est un fervent partisan de la mémoire de l'eau et de la théorie de la téléportation de l'ADN[6].

D'après Wangari Muta Maathai, le virus du sida a été conçu comme arme biologique contre les noirs du continent africain[6].

Eugénisme et racisme[modifier | modifier le code]

Dans son livre L'Homme, cet inconnu (en), Alexis Carrel en plus d'exprimer son désir de s'implanter en Amérique Latine afin d'y devenir un dictateur, expose ses idées eugénistes, considérant que les « faibles d'esprit » et les hommes de science ne peuvent être mis sur un pied d'égalité[7]. Ces thèses eugénistes retrouvent un écho plus tard, à partir des années 1950 lorsque William Shockley après avoir reçu son prix s'exprime à de nombreuses reprises, et ce jusqu'à sa mort, pour la ségrégation des personnes selon leur potentiel intellectuel, et pour l'utilisation de méthode eugénistes (incitation à la stérilisation volontaire par une récompense). Ses idées s'assortissent de racisme puisqu'il considère que la plupart des personnes peu intelligentes seraient noires, l'origine de cette supposée corrélation serait génétique[7],[8].

Liste de prix Nobel touchés[modifier | modifier le code]

Nom Année Catégorie Allégations
Kary Mullis Chimie L'astrologie fonctionne et devrait être enseignée, le VIH ne cause pas le sida, le réchauffement climatique n'est pas d'origine anthropique.
Wangari Muta Maathai Paix Le sida est une arme biologique créée en laboratoire.
Luc Montagnier Médecine La mémoire de l'eau et la téléportation de l'ADN.
Paul Krugman Économie

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Marie Curie est nobélisée deux fois en 1903 et 1911, Pierre Curie une fois en 1903, Alexis Carrel est nobélisé en 1912. Schrödinger, bien que leur contemporain, reçoit le prix en 1934 et meurt bien plus tard.
  2. Il adresse cette position directement dans son discours d'acceptation du prix, (en) « Ethology and stress diseases », Discours des lauréats,‎ (lire en ligne), où il cherche à démontrer l'utilité de l'observation des comportements pour déduire les origines d'une affliction.
  3. Il dit s'être fait enlever par des extraterrestres dans son propre livre.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Fabien Goubet, « Quand les prix Nobel déraisonnent », Le Devoir,‎ (lire en ligne)
  2. (en) Henry F. Schaefer, Science and Christianity : Conflict Or Coherence?, The Apollos Trust, , 204 p. (ISBN 0-9742975-0-X, lire en ligne), p. 116
  3. (en) Graham Farmelo, The Strangest Man: The Hidden Life of Paul Dirac, Quantum Genius : The Hidden Life of Paul Dirac, Quantum Genius, Faber & Faber, , 560 p. (ISBN 9780571250073, lire en ligne), p. 256
  4. a, b, c, d, e et f Magda Antoniazzi, « Petit guide des prix Nobel qui sont complètement partis en vrille », sur Motherboard,
  5. (en) David Gorski, « Luc Montagnier and the Nobel Disease », sur Science-Based Medecine,
  6. a, b, c, d, e, f, g, h et i (en) Alex Berezow, « Paul Krugman Now Has Nobel Disease », sur American Council on Science and Health,
  7. a, b et c (en) Ross Pomeroy, « Three Nobel Prize Winners Who Went Bonkers », sur Real Clear Science,
  8. Corinne Bensimon, Natalie Levisalles, Julie Lasterade, « Y a-t-il une vie après le prix Nobel? », sur Libération,