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Maison d'enfants à caractère social

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Une maison d'enfants à caractère social (MECS) est un type de foyer d'accueil des enfants placés en France.

Héritières des orphelinats, ce sont des structures de protection de l’enfance chargées d’accueillir des mineurs placés pour les protéger et accompagner leurs difficultés familiales. Placées sous l’autorité de l'Aide sociale à l'enfance, elles jouent un rôle central dans les dispositifs d’accueil. Leur travail éducatif repose sur un équilibre entre vie collective et suivi individualisé, visant à soutenir à la fois la cohésion du groupe et le parcours propre de chaque enfant.

Le terme de « maison d'enfants » renvoie à plusieurs types de structures sanitaires et sociales chargées de la protection et de l’accompagnement des mineurs. Les maisons d'enfants peuvent être considérées comme les lointaines héritières des orphelinats du XIXe siècle, même si les structures et les pratiques professionnelles en internat se sont considérablement transformées en prenant en compte l’intérêt de l'enfant et le respect de ses singularités[1]. L’appellation « maison d'enfants à caractère social » se trouve dès 1957 dans une circulaire du ministère de la Santé et de la Population sans qu'une législation spécifique ne les réglemente. Elles sont alors sujettes à la loi du relative à la surveillance des établissements de bienfaisance privés. Les MECS sont citées dans la loi du sans davantage de précisions en termes d'équipement et d’encadrement. Le terme connaît une utilisation officielle dès 1960, lorsque l'Union nationale des caisses d'allocations familiales (Uncaf) lance une enquête sociologique et psychologique sur les 19 maisons qu'elle gère[2].

Cadre juridique et rôle institutionnel

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Le Code civil rappelle que le domicile familial est le lieu de résidence naturel de l’enfant, sauf lorsque sa protection l'exige. Le placement, demandé par l’aide sociale à l'enfance (ASE) ou sur décision judiciaire par le juge des enfants, a pour but de mettre fin à un danger immédiat et de prendre des mesures pour pallier les dysfonctionnements familiaux. Les maisons d'enfants sont des institutions associatives à caractère social au sens de la loi du et sont à ce titre chargées de mettre en œuvre une mission de service public sous l’autorité du département. Habilités par le conseil départemental ou l'État pour recevoir des mineurs, elles doivent se conformer au schéma départemental qui définit les priorités et les attendus en matière pour les établissements et les services sociaux. Ainsi, la création, l'aménagement, l'évaluation et le prix des maisons dépendent des départements. L'accueil des mineurs engage la responsabilité des mineurs lorsqu'ils commettent des infractions ou des délits pendant toute la durée du placement. Par le fait du transfert de l’autorité parentale, les maisons relèvent ainsi de l'action éducative[3].

Une mesure de protection de l’enfance

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Les maisons d'enfants occupent une place prédominante dans l’accueil des enfants placés en France. En 2021, l'Aide Sociale à l'Enfance compte 1378 MECS, soit 63 % du total rapportées à ses 2137 établissements d'internat collectif (qui comprennent aussi des foyers de l’enfance, des villages d'enfants, des lieux de vie et des pouponnières, pour un accueil de 56 800 places occupées. Si le placement en internat collectif est la principale mesure des modes d'accueil (51 %), il n'est cependant qu'une modalité devant les hébergements individualisés, le placement à domicile ou le placement chez les assistants familiaux. Enfin, ces mesures de placement ne constituent elles 54 % des mesures de protection en 2021 réalisées par les services de l’Aide Sociale à l’Enfance, aux côtés par exemple de l'Action éducative en milieu ouvert [4]

Clinique éducative

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Séparation du milieu familial

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La séparation vise avant tout à protéger l’enfant lorsque son milieu d’origine compromet son développement. L’internat assure alors une prise en charge globale en se substituant partiellement aux fonctions parentales : hébergement, éducation, sécurité et développement du mineur. À la fois lieu de protection et de transformation, il organise un cadre de vie collectif structuré, parfois fermé, où les relations sont principalement professionnelles et orientées vers l’accompagnement éducatif[5]

Le placement comporte des risques et la séparation cause une part de souffrance, elle est cependant nécessaire dans les situations de danger. La première forme de suppléance au cadre familial a d'abord pris le modèle de la substitution : remplacer une famille jugée défaillante par un milieu sain, avec le risque d'une rupture de liens. Le modèle de la subsidiarité, plus respectueux des droits des parents et des liens familiaux, s'est ensuite imposé : les professionnels doivent alors seconder les familles dans les domaines présentant des carences mais les parents gardent leur mot à dire pour ce qui relève de leur autorité parentale. La difficulté réside alors dans la collaboration avec les parents pour les décisions qui concernent l’enfant. Paul Durning plaide lui pour une troisième voie, la coéducation, une posture où chacun coopère dans l’éducation de l’enfant[1]

En pratique, cette coéducation est mise en place par des hébergements alternatifs à l'internat complet : le relais parental, l'accueil séquentiel, le placement à domicile et l'accueil parent-enfant. Dans le cadre du relais parental, la MECS joue un rôle d'accueil temporaire en cas de difficulté passagère dans la famille de l’enfant, comme une maladie. Le placement séquentiel, qui s'en rapproche, permet des allers-retours fréquents pour soulager la charge éducative des parents. Dans le placement à domicile, l’enfant reste placé au sein de la famille mais la MECS joue un rôle de suppléance. Un éducateur intervient au domicile du parent et l’enfant peut venir en internat selon des modalités individualisées. Le centre parental permet d'accueillir des familles en difficulté le temps qu'elle puisse retrouver une autonomie[1].

Vie collective et projet individuel

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L'un des enjeux du travail éducatif dans une maison d'enfants comme dans d'autres structures similaires est d'articuler la cohésion du groupe à la prise en compte des spécificités individuelles. L'individualisme, la fragmentation de l'accompagnement et le manque de formation relative aux dynamiques groupales sont autant de défis à relever pour les professionnels. La communauté d'une structure éducative est artificielle dans la mesure où les mineurs subissent le placement et doivent trouver des repères dans une institution qui se présente, au moins de manière temporaire, comme un substitut familial. Ils sont réunis par des problématiques personnelles souvent complexes et douloureuses, ce qui ne facilite pas l’entente et l'identification à l'institution. L'appartenance à un établissement spécialisé peut être vécue comme un échec. Dans cette perspective, les professionnels sont chargés d'organiser et d'accompagner le quotidien, aussi bien en ce qui concerne les moments forts (vacances, anniversaires, accueil des nouveaux) que les tâches répétitives. Ils ont un rôle d'arbitrage dans les conflits et les aspirations du groupe, d'écoute à l'égard des souffrances de chacun. Le fonctionnement d'un groupe suppose une participation des membres à la vie collective, des relations d'échange, des buts communs et un minimum de cohésion. Les réunions et les projets de groupe sont des dispositifs à même d'aider le fonctionnement de la vie en internat[6].

L'accompagnement éducatif doit symétriquement prendre en compte les singularités des individus, parfois dissimulées par les effets de groupe. La désignation d'un référent permet d'assurer le suivi d'un mineur placé par la prise en compte de son histoire et la construction d'un projet qui lui est personnel. Les modalités de cette relation privilégiée entrent en résonance avec la dynamique du groupe et nécessitent d'être formalisées par l'institution. De même que les réunions sur le plan collectif, les entretiens individuels aident à verbaliser le vécu et les perspectives d'avenir du mineur accompagné[6].

Bibliographie

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  • Martial Chenut et Laurent Vialleix (dir.) (préf. Odile Barral), Les MECS au cœur des évolutions de la protection de l'enfance : travailler avec l'impossible, Toulouse, Erès, coll. « Trames », , 408 p. (ISBN 978-2-7492-5768-6).
  • Noël Touya et Francis Batifoulier (dir.) (préf. Mathieu Klein), Travailler en MECS : maisons d'enfants à caractère social, Malakoff, Dunod, , 2e éd., 880 p. (ISBN 978-2-10-078833-0).

Références

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  1. 1 2 3 Jacques Trémintin, « Mise en perspective historique : de l'héritage asilaire au dispositif de première ligne », dans Martial Chenut et Laurent Vialleix, Les MECS au cœur des évolutions de la protection de l'enfance : travailler avec l'impossible, Toulouse, Erès, (ISBN 978-2-7492-5768-6, lire en ligne), p. 19-41.
  2. Michel Chaponnais, « Le concept de maisons d'enfants », dans Placer l'enfant en institution : MECS, foyers éducatifs et villages d'enfants, Paris, Dunod, (ISBN 978-2-10-051650-6), p. 41-52.
  3. Sofia Bento-Rossignol, « Le paradoxe de l’environnement juridique des Mecs », dans Noël Touya et Francis Batifoulier (dir.), Les MECS au cœur des évolutions de la protection de l'enfance : travailler avec l'impossible, Malakoff, Dunod, , 2e éd., 880 p. (ISBN 978-2-10-078833-0), p. 111-133.
  4. Élisa Abassi, « 74 000 jeunes accueillis dans les établissements de l’aide sociale à l’enfance fin 2021. Premiers résultats de l’enquête ES-PE » [PDF], sur https://drees.solidarites-sante.gouv.fr, Les dossiers de la DREES, (ISSN 2495-120X, consulté le ).
  5. Richard Josefsberg, Internat et séparations : peuvent-ils être des outils éducatifs ?, érès, coll. « L’éducation spécialisée au quotidien », (1re éd. 1997), 158 p. (ISBN 2-86586-481-2, BNF 36700592, lire en ligne), p. 51-57.
  6. 1 2 Noël Touya, « Nouage de l'individuel et du collectif : retour à la clinique éducative », dans Noël Touya et Francis Batifoulier (dir.), Les MECS au cœur des évolutions de la protection de l'enfance : travailler avec l'impossible, Malakoff, Dunod, , 2e éd., 880 p. (ISBN 978-2-10-078833-0), p. 331-346.

Article connexe

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