Maison Mattot

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Maison Mattot
maison du gynécologue
La façade principale vers le boulevard Frans Dewandre.
Présentation
Destination initiale
Destination actuelle
Style
Architecte
Construction
Commanditaire
Henri Mattot
Localisation
Adresse
Boulevard Frans Dewandre, 3Voir et modifier les données sur Wikidata
6000 Charleroi, Hainaut
 Belgique
Coordonnées
Carte

La maison Mattot est un immeuble résidentiel de style moderniste situé boulevard Frans Dewandre à Charleroi en Belgique. Elle est dessinée en 1937 par l'architecte Marcel Leborgne pour le directeur de la maternité Reine Astrid, le docteur Mattot. C'est une maison de ville mitoyenne composée d'un cabinet de consultation au rez-de-chaussée et d'un appartement au bel étage, logement adapté aux besoins d'une personne seule.

L'architecte dessine également le mobilier, dont ne subsistent que les éléments encastrés.

Histoire[modifier | modifier le code]

C'est dans le contexte de l'urbanisation du boulevard Dewandre de Charleroi que l'architecte Marcel Leborgne dessine[a] en 1937 une maison pour Henri Mattot[b], gynécologue[c] et directeur médical de la maternité Reine Astrid[1] érigée à proximité. Il dispose d'une longue parcelle étroite et traversante[1] en chevron[2] dont les façades avant et arrière sont nettement séparées et décalées[3]. Le bâtiment est flanqué de l'immeuble Moreau et se trouve du côté opposé du boulevard par rapport à l'immeuble Henry. Ces deux immeubles, ainsi que la maternité, sont l'œuvre du même architecte et construits à la même époque.

En 1955, lors d'un changement de propriétaire, le second étage est agrandi et une terrasse y est ajoutée[2]. La frise de tuiles dans le haut du bâtiment disparaît à cette occasion[4].

D'autres petites transformations ont été apportées pour adapter l'immeuble à la fonction de bureau, surtout dans la partie arrière[5]. En 2015, il est occupé par un bureau d'architecture[6].

Architecture[modifier | modifier le code]

Dans cette construction moderniste, Marcel Leborgne parvient à dominer la configuration particulière du terrain pour répondre correctement au programme précis « d'habitation pour un gynécologue célibataire »[7],[8].

« La volumétrie, souvent assez recherchée dans les œuvres antérieures, évolue ici vers un élémentarisme marqué, tandis que l'attention se concentre de plus en plus sur les détails et la richesse des matériaux[9]. »

Le bâtiment comporte trois niveaux.

photo en couleur d'un carrelage
Grès de Guérin avec la signature de l'architecte.

Au rez-de-chaussée, les espaces sont compartimentés selon leur fonction[2] : à l'avant, vers le boulevard Dewandre, le cabinet médical et, à l'arrière de celui-ci, une salle d'attente et des toilettes. La partie arrière de ce niveau, vers le boulevard Joseph II, est occupée par le garage, la cuisine et l'escalier de service vers le niveau supérieur[3].
En façade principale, la verrière, qui éclaire uniquement le cabinet, s'incurve doucement[7] et invite à entrer[2]. Marcel Leborgne s'est vraisemblablement inspiré de la maison Dotremont, construite en 1932 à Uccle par Louis-Herman De Koninck[7], qui use du même dispositif d'entrée[2].

Le premier étage est un vaste espace complètement ouvert, basé sur les principes de Frank Lloyd Wright[2], qui s'adapte parfaitement aux besoins d'une personne seule. Des cloisons coulissantes y permettent de séparer temporairement[3] le séjour, orienté vers le boulevard Dewandre, de l'espace hygiène et repos. En façade, la grande baie présente une légère saillie ouvrant l'espace intérieur vers le boulevard[7], il se trouve ainsi en interaction avec la rue et le paysage urbain[10]. La rotonde vitrée offre un maximum de lumière[10]. Le balcon est équipé d'un garde-corps métallique se présentant comme un bastingage[2],[d].

Le dernier étage comporte un second appartement, sans doute prévu pour des invités, et une chambre de bonne[2]. Il dispose de deux fenêtres quadrangulaires qui épousent le rythme de l'immeuble Moreau voisin[7].

Les deux premiers niveaux sont habillés de briques en grès de Guérin[11] couleur pierre de France, donnant de la clarté au revêtement[7].

Aménagement intérieur et mobilier[modifier | modifier le code]

Au rez-de-chaussée, le plan du cabinet de consultation répond à l'usage — bureau, salle d'examen et cabinet de déshabillage — et correspond donc aux critères du modernisme, tandis que le jeu de courbes et de lignes de la cage d'escalier est davantage dans l'esprit de l'Art déco[12]. La polychromie, aujourd'hui disparue, est connue par les descriptions de la revue Bâtir : c'est un mélange de bleu et de dorure à la feuille, de rouge, de teintes ébène de Macassar et abricot pâle, de verts et noirs[11],[6].

Au premier étage, toutes les fonctions sont regroupées dans un même espace[10] dans lequel seul le mobilier distingue l'usage[6]. La polychromie jouait, comme au rez-de-chaussée, sur des contrastes chromatiques[13].

Marcel Leborgne dessine également l'intégralité du mobilier[14] afin de « garantir l'ordre et empêcher d'inutiles variations »[10]. Celui-ci a aujourd'hui disparu[2], sauf les éléments encastrés qui subsistent en partie[15]. Ce mobilier a été réalisé par les Ateliers d'art De Coene frères (nl) de Courtrai[13].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Des plans et photos d'époque sont consultables dans la revue Bâtir (Flouquet 1939a, p. 106-107) et (Flouquet 1939b, p. 303 ; 307), en ligne.
  2. Aucun article ou document relatif à la maison ou la maternité Reine Astrid ne mentionne le prénom du médecin. Celui-ci est donné dans un article de la Gazette de Charleroi du 17 avril 1936.
  3. Dans certains textes, la maison est nommée Maison du gynécologue (Pouleur, Bioul et Dauchot 2007, p. 63).
  4. Le terme de style « paquebot » est parfois utilisé pour ce type d'immeuble.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Mengeot et Bioul 2015, p. 50.
  2. a b c d e f g h et i Strauven, Le Maire et Dailly 2017, p. 107.
  3. a b et c Bioul 2004, p. 215.
  4. PMDB, p. 87.
  5. Bioul 2004, p. 2015.
  6. a b et c Mengeot et Bioul 2015, p. 51.
  7. a b c d e et f Bioul 2004, p. 214.
  8. Bioul 2009, p. 85.
  9. Strauven et Van Loo 2003, p. 391.
  10. a b c et d Bioul 2004, p. 217.
  11. a et b Flouquet 1939a, p. 106.
  12. Bioul 2004, p. 216.
  13. a et b Bioul 2004, p. 218.
  14. Flouquet 1939b, p. 307.
  15. Bioul 2004, p. 217-218.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • ...À Charleroi, Marcel Leborgne, Charleroi, Espace Environnement, , 48 p., p. 27-29.
  • Le patrimoine monumental de la Belgique, vol. 20 : Wallonie, Hainaut, Arrondissement de Charleroi, Liège, Pierre Mardaga, éditeur, , 602 p. (ISBN 2-87009-588-0, lire en ligne [PDF]), p. 87.
  • Anne-Catherine Bioul, Vivre aujourd'hui dans un intérieur d'autrefois, à Charleroi, Namur, Ministère de la Région Wallonne, coll. « Études et documents / Monuments et sites » (no 10), , 245 p., p. 214-218.
  • Anne-Catherine Bioul, « Marcel Leborgne ou le choix de la modernité « humaine » », Les Cahiers de l'Urbanisme, Wavre, Service public de Wallonie/Éditions Mardaga, no 73,‎ , p. 84-85 (ISBN 978-2-8047-0029-4, lire en ligne [PDF]).
  • Pierre-Louis Flouquet, « Marcel Leborgne, habitation pour un médecin, à Charleroi », Bâtir, no 76,‎ , p. 106-107 (lire en ligne [PDF]).
  • Pierre-Louis Flouquet, « Marcel Leborgne, constructeur lyrique », Bâtir, no 80,‎ , p. 297-329 (lire en ligne [PDF]).
  • Chantal Mengeot et Anne-Catherine Bioul, Le patrimoine de Charleroi : Les fleurs de l'industrie : Art nouveau, Art déco et Modernisme, Namur, Institut du patrimoine wallon, coll. « Carnets du Patrimoine » (no 128), , 64 p. (ISBN 978-2-87522-148-3).
  • Jean-Alexandre Pouleur, Anne-Catherine Bioul et Alain Dauchot, Charleroi, ville d'architectures : Du Temps des Forteresses aux Années Folles 1666-1940, Charleroi, Espace Environnement, , 2e éd. (1re éd. 1992), 112 p. (ISBN 978-2-930507-00-2).
  • Iwan Strauven et Anne Van Loo (dir.), « Leborgne Marcel », dans Dictionnaire de l'architecture en Belgique de 1830 à nos jours, Anvers, Fonds Mercator, , 624 p. (ISBN 90-6153-526-3), p. 390-391.
  • Iwan Strauven (dir.), Judith Le Maire (dir.) et Marie-Noëlle Dailly (dir. et photogr.), 1881-2017 Charleroi métropole, Bruxelles, Mardaga et Cellule architecture de la Fédération Wallonie-Bruxelles, coll. « Guide d'architecture moderne et contemporaine » (no 4), , 367 p. (ISBN 978-2-8047-0367-7), p. 107.

Liens externes[modifier | modifier le code]