Maison Kaminski

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Plan original (1936), vue de face (rez-de-chaussée). Cote: AMMG 1936PC13

La « maison Kaminski » est un bâtiment de style moderniste français des années 1930 en Isère. Il s’agit de la première construction du Mouvement moderne à Grenoble[1],[2].

Historique[modifier | modifier le code]

Cette maison située au sud-ouest de l'hyper-centre de Grenoble fut conçue par l’architecte DPLG Fernand Kaminski (1903-1993)[3], ancien élève de l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris, et inscrit à l'ordre des architectes de Rhône-Alpes entre 1942 et 1984[4]

Fernand Kaminski a contribué à plusieurs réalisations locales, comme le château d'eau de Pont-de-Claix [5]ou l’immeuble Roux-Spitz, au 1 avenue Alsace-Lorraine (Grenoble)[3].

Cette maison fut conçue pour Paul Serméas, Directeur des biscuits Brun, propriétaire de parcelle rue des Alliés, dans une ancienne zone rurale au sud-ouest des anciens remparts de la ville, qui était devenue dans les années 30 la première zone économique du Grand Grenoble. 

Courrier accompagnant les plans finaux de construction. Cote: AMMG 1936PC13
  • Le 15 novembre 1934, Paul Serméas (père), directeur chez Biscuits Brun, chevalier de la Légion d'honneur, ingénieur Arts et Métiers, résidant à la Croix-Rouge à Saint-Martin-d’Hères, sollicite un permis de construire sur sa propriété entre la rue des Alliés et la rue Honoré de Balzac à Grenoble. 
  • Le 19 décembre 1934, Paul Serméas précise son intention d'édifier rue des Alliés un bâtiment à usage industriel (perpendiculaire aux Alliés) et un petit bâtiment à usage de conciergerie, bureau et habitation. La Ville et Paul Serméas peaufinent le projet eu égard aux besoins de la voirie. 
  • Le 22 avril 1936, Paul Serméas (père), sur un papier en tête des « Magasins généraux », entrepôt des grandes marques, bières de luxe, fûts et bouteilles au nom de René Serméas (fils), ingénieur brasseur, licencié en sciences, confirme au directeur de la voirie son accord pour céder du terrain pour agrandir la rue des Alliés. 
  • Le 23 mai 1936, Fernand Kaminski, confirme le nouveau projet de construction à la mairie, avec recul de 5 m par rapport aux plans initiaux.
  • Le 8 juin 1936, le permis de construire est accordé par le maire de Grenoble Paul Cocat[6].
  • Le 21 octobre 2005, les personnes qui occupent la maison depuis le début de la semaine sont expulsés sans procédure judiciaire[7].
  • Le 10 novembre 2005, une manifestation contre les expulsions se termine devant le 106 rue des alliés réoccupé depuis plusieurs jours. De nouveau, les occupants sont expulsés sans procédure[8].
  • En octobre 2016, la maison est de nouveau occupée[9]. Les occupants écrivent une lettre ouverte aux pouvoirs dits "publics".
  • Le 30 octobre 2017, bien que classé comme monument historique, le bâtiment est abîmé lors d'une opération de police qui fait suite a une demande de la mairie elle-même[10].

Jouxtant la villa, par une demande de permis de construire en date du 30 avril 1958, un entrepôt extérieur au toit de sheds sera ajouté en 1960, après un changement de propriété d’une part de la parcelle en faveur de Léonce Riondet, directeur de la Société des cartonnages du Dauphiné.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

La période de l’Entre-deux-guerres en France est une période de dynamisme, d’expansion, et de constructions. A Grenoble, se tient l’Exposition internationale de la houille blanche et du tourisme en 1925, sur le terrain militaire du Polygone du génie, qui deviendra le parc Mistral.[réf. nécessaire]. La nouvelle tour d’orientation d’Auguste Perret, phare de l’exposition et de la Ville face aux montagnes environnantes, donne l’exemple de nouvelles possibilités, et de nouveaux matériaux. 

C’est dans ce contexte que quelques années plus tard, Paul Serméas demande une villa, aux formes et matériaux novateurs, à Fernand Kaminski.

  • De l’extérieur de la villa, on peut reconnaitre le style moderniste, constructiviste[11], et la référence à l’École de Paris. À l’intérieur, une utilisation, épurée, du style art déco[3].
  • Architecture Moderniste, fonctionnelle, rationaliste, et style Paquebot
    L’aspect général de la villa, sur une surface de 350m2, est d'un seul bloc. Elle est élevée sur deux étages, construits sur le même modèle, coiffés d’un petit 3e étage au toit pentu, rappelant un peu les perchoirs de théâtre. Le style, en cube, est moderne, rompant avec la recherche d’ornementations des mouvements précédents. Les ouvertures donnent une luminosité maximale côté est, ouest ou sud, une constante en revanche de l’architecture des années 1930. Les garde-corps des fenêtres sont composées de grilles aux motifs carrés, géométriques. On note la présence de hublots à deux vantaux sur les façades. La teinte crème est dans le respect de sobriété revendiqué par les modernistes[3].
  • Le côté est / sud-est se distingue par une grande terrasse au 2e étage, au style paquebot, représentatif de l’art déco. Il intègre un balcon aux barrières métalliques, et de larges baies de fenêtres. Le style arrondi du 2e étage rappelle la proue d’un bateau[3]
  • L'intérieur regroupe des éléments de style épurés, comme les carrelages à trame géométrique, et un ensemble d'huisseries et de menuiseries cohérent[3].
  • L’ensemble de la villa est clairement pensé de manière fonctionnelle: hall d'entrée desservant les bureaux, escalier massif, hélicoïdal, en forme douce, en béton et cristaux de marbre, et de nombreuses pièces[3]. Le stockage de produits est effectué au rez de chaussée ou en sous sol.

Il s'agit d'un exemple unique en région grenobloise de style de l’École de Paris, du Mouvement moderne, et art déco.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1.  Calaméo - Captiv Décoration N°11-Printemps 2016
  2. « "L'architecture industrielle doit impressionner, afin de faire sentir sa force de production" Cédric Avenier »
  3. a, b, c, d, e, f et g Mémoire de l'université Pierre Mendès France, U.F.R. Sciences humaines, Histoire de l'art, "Villa 106 Rue des Alliés", Laëtitia de Charbonneau, Master 1, année 2005 - 2006, sous la direction de Danielle Moger.
  4. Tableau du "Conseil régional de l'Ordre des architectes Rhône-Alpes", 7 rue Duhamel, 69002 Lyon
  5. « Travaux de construction du château d'eau de Pont de Claix décidés en 1938 », (achevés en 1941, ndlr), extrait de « Perspectives du château d’eau : des idées pour le futur », magazine « Sur le Pont » mars-avril 2010 n° 10
  6. Archives municipales et métropolitaines de Grenoble, cotes: AMMG 1936PC13, 1936BH78, 1O22
  7. « [squat!net] - Grenoble : La mairie de Grenoble et la préfecture de l'Isère expulsent illégalement », sur old.squat.net (consulté le 15 mars 2017)
  8. « [squat!net] - Grenoble: Récit de la seconde expulsion du 106 bis rue des Alliés », sur old.squat.net (consulté le 15 mars 2017)
  9. « Grenoble : lettre ouverte aux pouvoirs dits « publics », à propos de l’ouverture d’un squat au 106 rue des Alliés » (consulté le 15 mars 2017)
  10. « Un premier compte-rendu rapide du saccage d'Ahwahnee par la police, accompagné d'une quinzaine d'interpellations - Indymedia Grenoble », sur grenoble.indymedia.org (consulté le 30 octobre 2017)
  11. "Le style constructiviste reste peu employé (villa rue des Alliés) et plutôt usité dans les sites industriels" extrait de "Grenoble 1925 La Grande Mutation", Une ville face à son développement urbain, Anne Cayol-Gerin, Historienne et chef du service patrimoine culturel, Conseil départemental de l'Isère