Maillechort

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Bijoux et colliers traditionnels islandais en maillechorts, Musée national islandais.

Le maillechort désigne un alliage de cuivre, nickel et zinc, apprécié pour son aspect argenté ou son reflet blanc métallique, et pour cette raison parfois abusivement appelé argentan ou alpacca.

Dénominations[modifier | modifier le code]

Ce type d'alliage aurait été mis au point en France, entre 1819 et 1823, par les ouvriers métallurgistes lyonnais, les Français Maillot et Chorier (ou Chortier), ce qui explique ce nom composé par abréviation technique. Le brevet aurait été déposé le 5 juin 1827[1]. Le terme, peut-être mal orthographié en maillechorl, apparaît en 1829 déjà dans l'édition de l'année du dictionnaire universelle de langue française de Claude Boiste.

Mais il existait déjà en Chine avant d'être imité en Allemagne sous le nom de Neu-Silber (nouvel-argent), d'où le nom anglais d'« argent germanique » ou german silver que prend le nickel silver. Un autre alliage comprenant ces trois métaux est appelé Melchior, du nom de son inventeur, le fabricant suisse Melchior Esslinger.

D'un point de vue métallurgique assez étroit, les maillechorts ou les argentans sont des laitons additionnés de nickel. La teneur minimale en nickel est de l'ordre de 5 %.

Compositions et propriétés caractéristiques[modifier | modifier le code]

Composition chimique[modifier | modifier le code]

Les teneurs globales en Ni et Zn doivent être inférieures à 36 % en masse pour obtenir un alliage homogène, sinon l'alliage est une solution solide :

  • soit monophasée (malléable à froid, facilement transformable par laminage, emboutissage ou repoussage) ;
  • soit biphasée (encore plus pauvre en cuivre, mais encore plus facilement usinable, et surtout filage à chaud, matriçage, etc.).

Les proportions respectives sont pour le Cu 45 % à 65 %, le Ni 5 % à 25 % et le Zn 20 % à 45 %.

Quelques alliages habituels sont : Cu63Zn28Ni9, Cu55Zn27Ni18, Cu46Zn45Ni9, Cu57Zn17Ni26.

Les maillechorts pouvaient ou peuvent encore contenir des quantités très faibles de plomb, d'étain ou de fer. À noter l'alliage au plomb, principal maillechort biphasé Cu46Zn10Ni42Pb2.

Proportions massiques de l'alliage : Cu 45 à 65 %, Ni 10 à 25 % et Zn 20 à 27 %[2].

Composition chimique d'alliages courants - Cu décroissant de gauche à droite
Désignation de l'alliage Base cuivre Cu63Zn28Ni9 Cu57Zn17Ni26 Cu55Zn27Ni18 Cu46Zn45Ni9 Cu46Zn10Ni42Pb2
Proportion massique Cu  % Cu massique 63,0 57,0 55,0 46,0 46,0
Proportion massique Zn  % Zn massique 28,0 17,0 27,0 45,0 10,0
Proportion massique Ni  % Ni massique 9,0 26,0 18,0 9,0 42,0
Proportion massique Pb  % Pb massique traces traces traces traces 2,0
Proportion massique Ni+Zn  % Ni+Zn massique 37,0 43,0 45,0 54,0 52,0

Caractéristiques techniques[modifier | modifier le code]

Cet alliage blanc, dur, peu oxydable, à faible conductivité électrique, caractérisé en général par des teintes, possède en général une bonne usinabilité et soudabilité, il est surtout excellent pour le travail à froid.

Il est en général plus dur que l'argent tout en étant légèrement plus élastique. Le matériau argent a pourtant une meilleure résonance, pour garantir les notes de la flûte, mais le maillechort moins onéreux convient.

Gamme de propriétés :

  • masse volumique : 8 600 kg·m-3 à plus de 8 750 kg·m-3 (densité : 8,6 à 8,8) ;
  • point de fusion : 980 à 1 110 °C ;
  • dureté Vickers : 75-190 ;
  • résistivité : 2,5 à 3,1×10-7 Ω·m.

Une pièce de monnaie en maillechort (tout au moins dans les alliages à moins de 25 % de nickel) n'est pas soulevée par un aimant ordinaire.

L'alliage des pièces de monnaie en maillechort de 10 et 25 centimes millésime 1939 est voisin de Cu63Zn28Ni9.

Normalisation[modifier | modifier le code]

Norme française AFNOR

  • NF A53-715 : Produits de fonderie - Pièces moulées en maillechort et nickel-cuivre - Spécifications

Utilisations[modifier | modifier le code]

Ses applications les plus courantes sont les couverts et la vaisselle (base des assiettes et couverts argentés), l'instrumentation pratique, les rivets et pièces de visserie, les fermetures Éclair, les éléments optiques, les instruments d'horlogerie et les instruments de mécanique de précision, les anciens fils de bobine de rhéostats, le plombage, etc., sans oublier les instruments de musique de la famille des cuivres et bois (flûte traversière), ainsi que les guitares où ce matériau compose les frettes, et les pièces d'archèterie, la petite bijouterie, les bijoux fantaisie, les cœurs de crucifixetc.

Cet alliage a également été utilisé dans l'industrie d'armement.

Numismatique ː monnaie et médailles[modifier | modifier le code]

Pièce de 25 centimes modèle Lindauer de 1939 en maillechort.

Il fut utilisé, en Autriche pour la frappe des 10 Haller en 1915 et 1916, en France, de 1938 à 1940 pour la frappe des 5, 10 et 25 centimes « troués » type Lindauer ainsi que certaines monnaies de nécessité. En Belgique, les pièces de 5, 10 et 25 centimes entre 1930 et 1939 sont aussi de cet alliage[3].

L'anneau extérieur de la pièce de 1 euro est composé de maillechort, le centre de celle de 2 euros également.

L'actuelle monnaie mexicaine bimétallique de 10 pesos a son centre en ce métal, l'anneau extérieur étant en bronze d'aluminium.

Il existe également de nombreuses médailles en maillechort.

Industrie automobile[modifier | modifier le code]

Les célèbres calandres des anciennes Rolls-Royce sont réalisées dans ce métal, qu'un chromage vient recouvrir.

Orfèvrerie[modifier | modifier le code]

La fabrication de couverts argentés l'utilise comme support de base, la structure maillechort étant visible lorsque l'argent de placage est usé et élimé, car l'oxydation en vert de gris toxique apparaît. Le maillechort est oxydable par le vinaigre et les autres acides alimentaires.

Modélisme[modifier | modifier le code]

Il est utilisé notamment pour fabriquer des rails de trains miniatures, car il s'oxyde moins facilement que l'acier étamé (fer-blanc) ou zingué. Malgré une conductivité électrique inférieure, il réduit l'étincelage au contact des roues, lié à la résistivité de contact (elle dépend de l'oxydation superficielle).

En plaque fine, il permet la réalisation de pièces d'une grande précision par gravure chimique puis assemblage soudé en plusieurs couches pour créer des formes complexes en trois dimensions.

Un basson long Fox, instrument avec des pièces en maillechort argenté.

Facture instrumentale[modifier | modifier le code]

Dans la manufacture d'instruments de musique, il est utilisé pour la confection de pièces à forte sollicitations et dont la durée de vie est prolongée par leur moindre usure.

Industrie de l'armement[modifier | modifier le code]

Cet alliage est utilisé pour fabriquer tout ou partie des projectiles d'armes légères de petit calibre pour le Mannlicher hollandais ou le Mauser 98.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le maillechort sur le TLF
  2. Les maillechorts, sur cuivre.org.
  3. (nl) Peter Eyckmans et Frans Morin, Belgische Munten 1832-2012, Kapellen, Peter Eyckmans, www.huisalbert.be, , 335 p., p. 65-66.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Robert Lévêque, Guy Murry, Aide-mémoire Métallurgie (Métaux et alliages, comportements mécaniques, traitements thermiques), 3e éd., Dunod, 2015, 420 p. En particulier chap. 9 sur le cuivre et ses alliages.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

  • Alfénide
  • Monel, alliage dur (en principe sans zinc) avec 2 Ni pour 1 Cu

Liens externes[modifier | modifier le code]