Magical Negro

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Le nègre magique (ou en anglais Magical Negro) est un personnage type qui vient en aide à un protagoniste blanc dans le cinéma américain[1]. Les personnages de nègres magiques, qui possèdent souvent une intuition particulière ou des pouvoirs surnaturels, ont été pendant longtemps une tradition dans la fiction américaine[2].

Spike Lee, qui discutait du cinéma avec des étudiants à l'université d'État de Washington et à l'université Yale, a dit qu'il était étonné de la décision de Hollywood de continuer d'utiliser le stéréotype. Il a fait remarquer que des films comme La Ligne verte ou La Légende de Bagger Vance utilisait le stéréotype du "super-méga nègre magique"[3],[4],[5].

Les critiques américains utilisent le terme de « nègre » (negro) parce qu'il est vu comme archaïque, et en général comme insultant, en anglais contemporain. C'est pour mieux souligner leur message : un personnage noir doté de pouvoirs magiques, qui s'en vient généreusement aider les blancs, est un retour vers d'autres stéréotypes, comme celui du Sambo ou du bon sauvage[2].

Utilisation[modifier | modifier le code]

Dans la fiction[modifier | modifier le code]

Le nègre magique est typiquement, mais pas seulement, "d'une manière ou d'une autre, intérieurement ou extérieurement, rendu incapable d'agir, soit par discrimination, soit par incapacité, soit par contrainte sociale"[6]. Il n'a pas de passé. Il apparaît simplement un jour afin d'aider le protagoniste blanc[7],[8]. Il possède souvent un genre de pouvoir magique, "défini plutôt vaguement, mais pas le genre de chose qu'on rencontre fréquemment."[7] Il est patient et sage. Souvent, il prodigue quelques mots de sagesse, et est "plus proche de la terre"[4]. Il fera quasiment tout, y compris se sacrifier lui-même, pour sauver le protagoniste blanc. C'est ce qu'exemplifie La Chaîne, film dans lequel Sidney Poitier joue le rôle du nègre magique typique[4].

Le nègre magique est utilisé comme un mécanisme scénaristique pour aider le protagoniste à se tirer d'affaire. En général, il y parvient en aidant le personnage blanc à reconnaître ses fautes et à les dépasser[4]. Même s'il a des pouvoirs magiques, sa "magie est visiblement utilisée pour aider et éclairer un personnage masculin blanc."[6],[9] Un article dans l'édition de 2009 de la revue Social Issues affirme que le nègre magique est une manifestation du délit de faciès aux États-Unis :

Ces pouvoirs sont utilisés pour sauver des blancs (quasi exclusivement des hommes) qui sont défaits, brisés, perdus, sans éducation, et les transformer en personnes capables, qui réussissent, et qui ont confiance en elles - le tout dans le contexte du mythe américain de la rédemption et du salut. C'est cet aspect du nègre magique que d'aucuns trouvent perturbant. Même si, d'un certain point de vue, le personnage peut sembler montrer les noirs sous un jour positif, il est toujours en définitive inférieur aux blancs. Il est aussi montré comme une exception, qui permet à l'Amérique blanche d'apprécier les individus noirs, mais non la culture noire[10].

En 2012, l'écrivain Kia Miakka Natisse, dans The Grip, a fait remarquer que l'acteur Morgan Freeman joue des rôles qui se conforment plus ou moins au stéréotype du nègre magique. Natisse mentionnait des rôles récents, dont celui où le docteur procure à un dauphin une prothèse de nageoire (L'Incroyable Histoire de Winter le dauphin) et dont celui avec le « mentor mourant de la CIA. Dans ces deux rôles, Freeman reprend le cliché du nègre magique, et arrive à temps pour sauver son partenaire blanc du danger. On pourrait aller jusqu'à dire que le spécialiste des gadgets de The Dark Knight Rises rentre dans le même panier. »[11]

Barack Obama[modifier | modifier le code]

En mars 2007, l'éditorialiste David Ehrenstein a employé le terme dans le titre d'un éditorial qu'il a écrit pour le Los Angeles Times, « Obama, le "nègre magique" » ("Obama the 'Magic Negro'"). Il disait :

Il est là [Obama] pour soulager la "culpabilité" des blancs, à savoir le léger sentiment de malaise qu'ils ressentent, par rapport au rôle de l'esclavage et de la ségrégation raciale dans l'histoire américaine. Il remplace les stéréotypes d'un homme noir dangereux et ultra-sexualisé par une figure inoffensive pour qui les rapports sexuels interraciaux ne présentent pas d'intérêt[12].

La parodiste Paul Shanklin en a écrit une chanson, Barack the Magic Negro, qui a fini par être diffusée dans l'émission de radio de Rush Limbaugh[13].

À Noël 2008, Chip Saltsman, un homme politique républicain qui siège au parti républicain du Tennessee, a envoyé un CD contenant 41 pistes, dont la chanson en question, aux membres du Comité national républicain pendant l'élection du conseil du Republican National Committee[14]. Une controverse s'en est suivie, entre les démocrates et les républicains. Saltsman a dû se retirer de l'élection la veille du vote[15],[16].

En septembre 2012, un article du Time par le journaliste culturel et la star de la télévision Touré, qui portait sur la réélection de Barack Obama, mentionnait l'affaire : « Si certains peuvent croire que c'est un compliment d'être considéré comme "magique", c'est en fait infantilisant et insultant, parce que cela suggère que la réussite d'un noir est tellement extraordinaire qu'elle ne peut provenir que d'une source surnaturelle. »[17]

En mai 2015, le critique de cinéma et journaliste culturel Frank Rich, remarquant que les émeutes de 2015 à Baltimore et le dîner de l'association des correspondants de la Maison-Blanche à Washington avaient eu lieu en même temps, avait écrit :

Ce qui a rendu cette coïncidence-là remarquable a été la présence dans la salle des fêtes de notre premier président afro-américain, le nègre magique, dont on attendait qu'il trouvât moyen de soulager une nation, fondée et construite sur l'esclavage, des tourments empoisonnés de plusieurs siècles d'histoire[18].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Christopher John Farley, « That Old Black Magic », Time,‎ (lire en ligne) :

    « In The Legend of Bagger Vance, one of the more embarrassing movies in recent history, Will Smith plays a magical black caddie who helps Matt Damon win a golf tournament and the heart of Charlize Theron. ... The first is the Magical African-American Friend. Along with Bagger Vance, MAAFs appear in such films as the upcoming The Family Man (co-starring Don Cheadle) and last year's prison drama The Green Mile. »

  2. a et b (en) D. Marvin Jones, Race, Sex, and Suspicion: The Myth of the Black Male, Westport (Connecticut), Praeger Publishers, , 35 p. (ISBN 0-275-97462-6, OCLC 56095393)
  3. (en) Rita Kempley, « Too Too Divine: Movies' 'Magic Negro' Saves the Day – but at the Cost of His Soul », (consulté le 17 mars 2012)
  4. a b c et d (en) Nnedi Okorafor, « Stephen King's Super-Duper Magical Negroes », Strange Horizons,‎ (lire en ligne)
  5. (en) Susan Gonzalez, « Director Spike Lee slams 'same old' black stereotypes in today's films », Yale Bulletin & Calendar, Yale University,‎ (lire en ligne)
  6. a et b (en) Heather J. Hicks, « Hoodoo Economics: White Men's Work and Black Men's Magic in Contemporary American Film », Camera Obscura, Camera Obscura, vol. 18, no 2,‎ , p. 27–55 (DOI 10.1215/02705346-18-2_53-27, lire en ligne)
  7. a et b Audrey Colombe, « White Hollywood's new Black boogeyman », Jump Cut: A Review of Contemporary Media, no 45,‎ (lire en ligne)
  8. (en) Georgia Anne Persons, Contemporary Patterns of Politics, Praxis, and Culture, New Brunswick (New Jersey), Transaction Publishers, , 137 p. (ISBN 1-4128-0468-X, OCLC 56510401)
  9. (en) Krin Gabbard, Black Magic: White Hollywood and African American Culture, New Brunswick, NJ, Rutgers University Press, , 173 p. (ISBN 0-8135-3383-X, OCLC 53215708)
  10. (en) Matthew Hughey, « Cinethetic Racism: White Redemption and Black Stereotypes in 'Magical Negro' Films », Social Problems, vol. 25, no 3,‎ , p. 543–577 (DOI 10.1525/sp.2009.56.3.543)
  11. Natisse, Kia Miakka, "Morgan Freeman, it’s time to retire the ‘Magical Negro’ role", thegrio.com, 6 juin 2012.
  12. (en) David Ehrenstein, « Obama the 'Magic Negro' », Los Angeles Times,‎ (lire en ligne)
  13. (en) Jason DeParle, « G.O.P. Receives Obama Parody to Mixed Reviews », New York Times,‎ (lire en ligne)
  14. (en) Andy Barr, « 'Magic Negro' flap might help Saltsman », www.politico.com, (consulté le 2 décembre 2014)
  15. (en) Sam Stein, « Chip Saltsman Withdraws From RNC Race After 'Magic Negro'l Star Spanglish Banner' Stirs », Huffington Post,‎ (lire en ligne)
  16. (en) Adam Nagourney, « Candidate Linked to Obama Parody Song Leaves Race for G.O.P. Chairman », New York Times,‎ (lire en ligne)
  17. (en) « The Magical Negro falls to Earth », TIME,‎ (lire en ligne)
  18. Rich, Frank, "Why do America’s riots so precisely mirror each other, generation after generation after generation?"