Madrie

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Comté de Madrie

VIIIe siècle – début Xe siècle

Description de cette image, également commentée ci-après
Carte topographique de Jean Du Bouchet -1646
Informations générales
Capitale soumise à conjecture
Langue (français)
Histoire et événements
avant 754 Création
911 incorporation à la Normandie

Entités suivantes :

Le comté (ou pays) de Madrie (Mérezais, parfois même Madrecin [1],[2]), est un ancien pagus mérovingien au contours incertains[3] s'étendant sur la partie sud est de l'actuelle Normandie orientale et l'ouest de l'actuelle Île-de-France, division mérovingienne qui fut administrée par des comtes francs du VIIIe siècle au IXe siècle pour disparaître complètement dès la première moitié du Xe[4].

Origine de la dénomination[modifier | modifier le code]

Le nom du pagus est attesté en latin médiéval sous les formes Madriacensis pagi vers 692 et [in] pago Madriacensi en 707[5].

Le suffixe latin -ensis sert à marquer l'origine à partir de toponymes ou d'autres noms propres (ethniques par exemple), il a abouti à -eis en ancien français (cf. adjectif de nationalités en -ais / -ois : anglais, français, etc.).

Dans ce cas, il ne s'applique à aucun peuple connu par les textes. En effet, on ne trouve nulle mention d'un peuple appelé Madriac-. En revanche, l'élément Madriac- est caractéristique des toponymes en -(i)acum, suffixe d'origine gauloise, localisant et marquant la propriété. Il s'agit vraisemblablement d'une forme évoluée du type toponymique gallo-roman fréquent Materiacum ayant donné régulièrement *Madriac (lénition régulière du [t]), d'où une forme latinisée *Madriacum, dont le dérivé en -ensis donne précisément Madriacensis. Les spécialistes identifient ce toponyme dans Merey (Merri 1205) actuelle commune de l'Eure dans le canton de Pacy-sur-Eure[5]. Madriac a donné Merr(e)i par évolution phonétique régulière en ancien français.

Il est probable que le pagus Madriacensis fut centré sur Merey[5].

Limites du comté de Madrie[modifier | modifier le code]

Malgré l'incertitude sur ses limites exactes, on suppose qu'il s'étendait sur les actuels confins sud-est du département de l'Eure et nord-ouest du département des Yvelines [6],[7],[8].

La Madrie avait pour limites au nord la Seine, à l'est le Pincerais, au sud le Chartrain et à l'ouest le Dreugésin et la rivière l'Eure. Dans le diocèse d'Évreux, nous avons à l'extrème nord La Croix-Saint-Leufroy in fines Madriacensis (690)[4], et Cailly-sur-Eure qui appartint en 788 à Nebelong (Nibelung/Nivelon)[9], comte de Madrie[4]. Dans le diocèse de Chartres, la région nord le long de la Seine formait l'archidiaconé du Pincerais, qui se divisait en doyennés de Poissy et de Mantes[7] : on peut intégrer le Mantois dans la Madrie.

Appartiennent à la Madrie (in pago Matriacensi, VIIIe siècle) : La Villeneuve-en-Chevrie, La Gamacherie près de Bréval, Rolleboise ; Saint-Germain-de-Secqueval près de Mantes, Bléry, Tilly, Bréval, Gille, Saussay ; Civry-la-Forêt : Sibriaci in pago Matriacensi, 753[10] ; Hermeray, Adainville, Bourdonné, Condé-sur-Vesgre[4],[7].

Les comtes de Madrie[modifier | modifier le code]

Selon l'archéologue Adolphe de Dion, l'histoire des comtes de Madrie est fort difficile à débrouiller[7]. Cette lignée est issue de la famille des Nibelungides, appelés ainsi car plusieurs portent ce nom Nibelung ou Nivelon. Ce nom, composé germanique de nibel « brouillard, nuée » (cf. allemand Nebel « brouillard ») + suffixe germanique de parenté -ung « fils de », est proche parent des termes français nuage et nébuleux, peut-être en rapport avec des histoires épiques franques comme la Chanson des Nibelungen ou l'Anneau du Nibelung.

Les comtes de Madrie (Comes Madriacensis) sont :

Du Bouchet et Mabillon établissent une généalogie faisant descendre Hugues Capet de Nebelong Ier, mais leur opinion est aujourd'hui généralement abandonnée.

Une capitale énigmatique[modifier | modifier le code]

La capitale de la Madrie n'est pas connue avec certitude. Cependant, il est probable qu'il s'agisse de Merey, théorie déjà avancée par Du Bouchet et confirmée par l'étude moderne des toponymes[5] même si le village est situé sur la rive gauche de l'Eure. Par contre, Adolphe de Dion réfute élégamment l'hypothèse de Guérard et Merlet pour le village de Méré (Yvelines). De Dion suggère alors Mantes[4], sans trop y croire. Il écrit pourtant : « Saint Leufroy, mort en 738, avait fondé en ce lieu La Croix-Saint-Leufroy vers 690, in fines Madriacencis, un monastère. Les auteurs de la vie de Saint Ouen disent que ce lieu déjà important et peuplé s'appelait Madrie et que deux routes s'y croisaient. » Or Merey est situé à environ 20 km de la Croix-Saint-Leufroy. C'est en outre impossible puisque le nom de Croix-Saint-Leufroy n'est pas cité avant 844 dans un acte de Carloman selon Marcel Baudot[14].

La carte topographique de 1646[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

Carte topographique du comté de Madrie par Jean Du Bouchet - 1646
Carte topographique du comté de Madrie, par Jean Du Bouchet - 1646

Le sieur Du Bouchet, « chevalier des Ordres du Roy, Conseiller et Maître d'Hôtel ordinaire de Sa Majesté », est cartographe. Il est le premier, dans son ouvrage Origines de la Maison de France publié en 1646, à parler du comté de Madrie et à dresser une "Carte topographique du comté de Madrie". gallica. Les limites[15] du pagus Madriacensis ne sont pas celles qu'on lui a données jusqu'aux travaux définitifs de Guérard, en 1840[7].

Partant du fait que Merey était la capitale du Madriacensis, Du Bouchet a forgé le nom de Madrie en partant de Madriacensis, et de Merey cela a donné : le Mérensais (ou Mérezais), qui ont été repris abusivement par la suite.

Mise au point de Benjamin Guérard et d'Adolphe de Dion[modifier | modifier le code]

Adolphe de Dion fit en 1869 une mise au point pour dissiper les derniers doutes[4].Tous les auteurs qui ont traité des bornes de cet ancien comté les ont beaucoup plus avancées vers l'orient et vers l'occident, mais à tort, et parce qu'ils ont mal interprété les textes dont ils se sont servis pour établir leur opinion. Du Bouchet est le premier d'entre eux qui se soit ici fourvoyé, et c'est à lui qu'il faut imputer l'erreur de tous les autres. Ayant pris le lieu nommé Madrinniacum dans une charte de la fin du Xe siècle pour la capitale du pays de Madrie, et Madriaca potestas d'un diplôme de l'an 980 pour le pays même de Madrie, il a fait de Madrinniacum Merey, village situé sur la rive gauche de l'Eure ; puis il a placé dans le pays de Madrie les villages de Mareuil, Verneuil et Saint-Léger-en-Yvelines, qui, en effet, sont dits, dans le même diplôme de l'an 980, situés dans la potestus Madriaca. Ainsi, après avoir fixé la capitale ou le centre du pagus Madriacensis à Merey, entre Anet et Pacy-sur-Eure, il a été forcé d'en étendre la circonférence jusqu'à la Seine près de Poissy, sans faire attention que Poissy, étant lui-même la capitale du pagus Pinciacensis (le Pincerais ou Poissiais), devait naturellement commander au territoire environnant. C'est d'après ces faux principes que Du Bouchet a dressé la carte du pays de Madrie qui accompagne son ouvrage. Valois, dans sa Notice des Gaules, à l'article pagus Matricensis, Lancelot, dans ses Recherches sur les pagi de la France, Fontanieu, dans son Recueil sur notre histoire, et le président Levrier, dans sa riche Collection sur le Vexin, ont adopté, au moins dans ses principaux résultats, le travail de Du Bouchet. Mais si nous examinons avec attention les pièces sur lesquelles ce dernier a bâti son système, nous reconnaîtrons aisément qu'il les a mal comprises, et que, préoccupé de la puissance des comtes de Madrie, il s'est laissé aller trop facilement, dans la critique des textes, à l'interprétation qui se montrait la plus favorable à l'idée des vastes possessions qu'il avait conçues[6],[7].

Fin du comté[modifier | modifier le code]

Les derniers comtes de Madrie datent du IXe siècle [4]. Les incursions des Vikings sont certainement responsables de la disparition de ce comté qui n'est pas relevé lors de la création de la Normandie, celui-ci se trouvant à cheval sur la nouvelle frontière. Le comté fut donc découpé : une partie de l'ouest avec La Croix-Saint-Leufroy sera englobée dans le comté de Rouen concédé à Rollon; la partie centrale formera autour de Mantes une province frontière[16] ; la partie méridionale se réunit à l'Yveline pour former un territoire qui deviendra par la suite le comté de Montfort[4].

Épilogue[modifier | modifier le code]

Le nom du comté persiste dans son acception géographique plateau de Madrie (le nord-est du département de l'Eure), terme apparu au XIXe siècle.

Un usage encore plus contemporain associe en 2002 la mémoire de ce nom à une intercommunalité : Communauté de Communes Eure-Madrie-Seine.

Références[modifier | modifier le code]

  1. STAPLETON (Thomas), Magni rotuli scaccarii Normanniæ sub regibus Angliæ, (1840), t. 1, p. xiix.
  2. comme on parle de l'Évrecin
  3. François de Beaurepaire (préf. Marcel Baudot), Les Noms des communes et anciennes paroisses de l'Eure, Paris, A. et J. Picard, , 221 p. (ISBN 2-7084-0067-3, OCLC 9675154), p. 143
  4. a, b, c, d, e, f, g et h DION (Adolphe de), Trente-sixième session tenue à Chartres au mois de septembre 1869, (1870), p. 374-384
  5. a, b, c et d François de Beaurepaire, op. cit.
  6. a et b Benjamin Guérard. Essai sur le système des divisions territoriales de la Gaule. (1832), p. 129-138.
  7. a, b, c, d, e, f et g DION (Adolphe de), Société Archéologique de Rambouillet, (1873), t.1, p. 10.
  8. BERANGER, (J.) « Le Pagus Madriacensis, son origine, son histoire, ses comtes », Revue catholique et littéraire de Normandie, (1906/07), p. 89-107.
  9. FOY (de Louis), Notice des diplômes, des chartes et des actes relatifs à l'Histoire de France. (1765), t. 3, p. 187.
  10. Dom Martin Bouquet, Recueil des historiens des Gaules et de la France (1869), t.5, p. XXXXII
  11. MABILLON (J.) Acta sanctorum ordinis S. Benedicti...-VITA S. GERMANI EPISC. PARISIENS. (1734), t.2, §XIX, p. 94 et note a ;
  12. MABILLON (J.), Res gestas ab anno christi DCCI. ad annum MCCCXLXIX (1704), t. 2, p. 169, ligne 37-39.
  13. BOURGEOIS (Luc) Chapelle priorale de St-Germain-de-Secqueval CRARM (1991), p. 13.
  14. François de Beaurepaire, op. cit., p. 97.
  15. Maur-François Dantine - L'art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes... (1784), t.2, p. 686.
  16. David Blondello, Genealogiae francicae plenior assertio, vindiciarum hispanicarum, novorum, (1654), t.2, p. 143