Madeleine Project

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Madeleine Project
Un reportage de Clara Beaudoux
Auteur Clara Beaudoux
Pays Drapeau de la France France
Genre Tweet-documentaire
Éditeur Éditions du sous-sol
Lieu de parution Blason paris 75.svg Paris
Date de parution 26 mai 2016
Nombre de pages 288
ISBN 978-2-36468-209-2

Le Madeleine Project est un web-documentaire initialement présenté sur Twitter. Publié sous forme de saison, le Madeleine Project en compte actuellement trois, respectivement mises en ligne en novembre 2015, en février 2016 et en juin 2016. Décrit comme un « feuilleton 2.0[1] », ce tweet-documentaire est un concept neuf et original qui soulève, entre autres, un débat sur les frontières de la littérature[2] de même que sur la gestion post mortem des archives personnelles.

Le 26 mai 2016, les Éditions du sous-sol ont édité une version en livre des deux premières saisons du Madeleine Project, version qui réunit tous les tweets publiés en novembre 2015 et février 2016.

Contexte d'écriture[modifier | modifier le code]

En 2013, Clara Beaudoux, journaliste web à France Info, s’installe dans un appartement parisien dont la cave n’a pas été vidée et pour laquelle le propriétaire ne possède plus la clé[3]. Prenant la décision de scier le cadenas, Beaudoux découvre, derrière la porte, une pièce remplie de coffres et de valises, qui renferment les archives de l’ancienne locataire, une prénommée Madeleine[3].

Des souvenirs de cette mystérieuse femme née en 1915 et décédée en 2012, la journaliste ne jette rien, bien qu’elle ait obtenu l’autorisation du filleul de Madeleine d’en disposer à son gré[4]. En 2015, soit près de deux ans plus tard, Beaudoux se lance dans l’exploration du contenu des boîtes[5], expérience qu’elle choisit de partager. Tous les jours du 2 au 6 novembre 2015, la journaliste publie des commentaires et des photos de ses trouvailles sur les réseaux sociaux[6]. « Je tweetais le matin ce que j’avais découvert l’après-midi précédent, [raconte Clara Beaudoux en entrevue avec le quotidien québécois La Presse]. J’écrivais à mesure dans un carnet ce que je ressentais et je le réécrivais de manière assez spontanée, sous forme de tweet, une fois à mon bureau[5]. »

Le Madeleine Project, à l'origine un simple hashtag, donne ainsi lieu à un double récit : à la fois celui de Madeleine, l’inconnue dont la journaliste trace le portrait à partir des fragments qui lui ont été légués par hasard, et celui de Clara Beaudoux elle-même, qui se découvre au fil des révélations qu’elle fait sur l’ancienne locataire de son appartement : « Madeleine m’a poussée à dire “je”, tout en me laissant de quoi me cacher, derrière elle. C’est comme si elle m’avait donnée la main pour atteindre le seuil d’un monde entre rêve et réalité, entre présence et absence, entre ce qui a été et ce qui est[7]. »

En février et en juin 2016, la journaliste récidive et explore d’autres pans de la vie de Madeleine.

Madeleine[modifier | modifier le code]

Madeleine (son nom n'est pas encore public) est née à Bourges le 7 mars 1915[8], d'un père enseignant dans l'enseignement technique et d'une mère mercière. Enfant, elle s'installe à Paris et devient plus tard institutrice à Aubervilliers et rue Championnet dans le 18e [9]. Elle meurt pratiquement centenaire en 2012[10]. Ses parents possédaient une maison de campagne à Montceaux-lès-Meaux. Célibataire, sans enfant, elle n'a pas de sépulture[11]. À son décès, sa cave contenait les souvenirs de ses parents, des lettres et cartes postales, des souvenirs de voyage, provenant particulièrement des Pays-Bas, des coupures de journaux, un manteau et du linge, des films et photographies. Son histoire doit être replacée dans le contexte de la période des Trente Glorieuses, de l'apparition de l'électroménager et des arts ménagers et de l'enseignement laïque.

Le documentaire[modifier | modifier le code]

Clara Beaudoux a présenté son documentaire - une série de tweets de 140 caractères ou moins - en plusieurs saisons :

  • Saison 1 en novembre 2015 : présentation des objets conservés dans la cave[12]
  • Saison 2 en février 2016 : entretiens avec les voisins et le filleul de Madeleine[12]
  • Saison 3 en juin 2016 : dévoilement de la correspondance amoureuse de Madeleine avec Loulou[13]

La saison 1 est écrite dans un « faux direct[12] », la journaliste laissant croire à ses abonnés qu'elle partage ses découvertes à mesure alors qu'elle rapporte en réalité ses trouvailles et ses impressions de la veille[14]. Pour les saisons suivantes, Clara Beaudoux se voit toutefois dans l'obligation de changer d'approche. En effet, puisqu'elle décide d'élargir l'objet de son enquête et de partir à la recherche des proches de Madeleine pour les interviewer, le temps nécessaire à la production du contenu devient beaucoup plus long, ce qui oblige la journaliste à mettre de côté la narration en direct[12].

D'abord publié sur Twitter, le tweet-documentaire de Clara Beaudoux a ensuite été décliné sur différents support web : Twitter en anglais, Storify, Facebook, Tumblr, Wordpress[15]. L'écriture est sur le ton de l'intimité, du tutoiement et joue sur l'émotion et l'effet de surprise. Clara Beaudoux joue sur l'effet Madeleine de Proust. Pour son enquête, elle a interrogé les voisins et le filleul de Madeleine. Ce récit est à la fois biographique et autobiographique, Clara Beaudoux se révélant au fur et à mesure en créant des parallèles avec sa vie[16].

Début 2017, Clara Beaudoux annonce l'arrivée prochaine d'une saison 4.

Réception critique et controverse[modifier | modifier le code]

À la suite de la mise en ligne, en novembre 2015, de la première saison du Madeleine Project, plusieurs médias français évoque le projet avec enthousiasme : France Inter[17], Rue89[18], La Voix du Nord[19], Femme actuelle[20], Sud Ouest, Le Berry républicain[21], France Bleu[22]. À l'été 2016, la mise en ligne de la troisième saison et la publication de la version en livre du tweet-documentaire suscitent un regain d'intérêt de la presse, dont l'accueil est globalement favorable.

Cette exposition post mortem des archives intimes de la défunte par une personne étrangère à la famille soulève toutefois des débats dans la sphère médiatique comme chez les lecteurs du Madeleine Project. Bien que le seul héritier connu de Madeleine ait autorisé la journaliste à disposer des archives de son ancêtre, le public continue de s’interroger sur la dimension éthique de l’entreprise de Beaudoux[23].

Pour certains, le Madeleine Project est une intrusion dans la vie privée d’une femme qui n’a pas demandé à entrer dans le domaine public et qui n’est plus même en mesure de défendre son droit à l’intimité[23]. Pour d’autres, le récit de Madeleine relève de l’histoire collective et demande à être diffusé, puisqu’il permet de brosser le tableau d’une époque à partir, non pas des événements tournants du siècle, mais bien du récit des individus ordinaires qui l’ont traversé[23].

Clara Beaudoux n'est elle-même pas étrangère à ces questions, qui l'ont préoccupée à plusieurs étapes du projet et plus particulièrement lors de la découverte de la correspondance amoureuse de la défunte, dont la journaliste n'a publié qu'une partie des lettres[24]. Bien qu'elle soit d'avis que le récit de Madeleine relève de la mémoire collective et « dépasse [de ce fait] le cadre de la vie privée »[25], Beaudoux rappelle avoir pris certaines précautions pour assurer l'intégrité de la défunte : l'anonymat de Madeleine, de même que celui de tous les proches cités dans le reportage, sont préservés[26]. La journaliste affirme également avoir été confortée dans sa démarche par les proches et les connaissances de Madeleine, qui ont trouvé très beau le portrait qu'elle dressait de la défunte[25].

D'autres récits[modifier | modifier le code]

Le Madeleine Project n'est pas le premier récit sur le rapport au temps qui passe, aux objets, aux souvenirs, aux données sur Internet :

Ce documentaire rappelle la disparition des témoignages des femmes, car elles écrivent peu et détruisent leur correspondance, problématique évoquée par Michelle Perrot, dans Les femmes ou les silences de l'histoire (Paris, Flammarion, 1998). Le Madeleine Project interroge aussi sur les traces que nous laissons sur les réseaux sociaux, l'exploitation des données, le droit à l'image, le droit à l'oubli et la conservation de la mémoire collective.

Il existe aussi des films documentaires sur les instituteurs tels Être et avoir de Nicolas Philibert (2002) ou Mon maitre d'école d'Émilie Théron (2015).

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Madeleine project - Editions du sous-sol », Editions du sous-sol,‎ (lire en ligne)
  2. « Twitter a 10 ans : une nouvelle poétique ? Avec Bernard Pivot. », France Inter,‎ (lire en ligne)
  3. a et b « Lectures d'été: six livres pour voyager dans le temps », LExpress.fr,‎ (lire en ligne)
  4. Clara Brunel, « Le #Madeleineproject ou le trésor de la cave numéro 16 », Le Point,‎ (lire en ligne)
  5. a et b « Sur la piste de Madeleine - La Presse+ », La Presse+,‎ (lire en ligne)
  6. Bruno Corty, « Une vie en images et en tweets », Le Figaro littéraire,‎
  7. Stéphane Bou, « La cave se rebiffe », Le canard enchaîné,‎
  8. Le Berry Madeleineproject #2
  9. sur twitter Madeleine Project
  10. sur twitter Madeleine Project
  11. sur twitter Madeleine Project
  12. a, b, c et d Violaine Morin, « La saison 3 du #MadeleineProject, ou comment des objets découverts forment le récit d’une vie », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  13. Le monde Big Browser
  14. « Sur la piste de Madeleine - La Presse+ », La Presse+,‎ (lire en ligne)
  15. Le site Internet Madeleine Project
  16. France Culture Le numérique et nous
  17. France Inter
  18. Rue 89
  19. la voix du Nord
  20. Femme actuelle Qui est cette femme...
  21. Le Berry
  22. France bleu
  23. a, b et c Camille Causse, « Camicaos - La délicate utilisation des archives intimes - Libération.fr », sur caos.blogs.liberation.fr (consulté le 26 octobre 2016)
  24. Violaine Morin, « La saison 3 du #MadeleineProject, ou comment des objets découverts forment le récit d’une vie », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  25. a et b « “Grâce au Madeleine Project, je me suis mise à dire 'je'” », Bibliobs,‎ (lire en ligne)
  26. « “Grâce au Madeleine Project, je me suis mise à dire 'je'” », Bibliobs,‎ (lire en ligne)
  27. Cité par Amélie dans un commentaire du blog Sois belle et parle
  28. Vincent Glad, « Comment ma photo m'a totalement échappé sur Internet » sur Libération, 13 novembre 2015
  29. L'œuvre hybride d'Isabelle Monnin
  30. Sur France 3 : Sylvia Guillet fait réapparaître “Une femme effacée”