Madeleine Brès

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Madeleine Brès
Madeleine Brès (1842-1921).jpg
Sa natte est enroulée tout autour de sa tête, « par pure commodité, afin de pouvoir ausculter les malades avec plus de facilité »[1].
Biographie
Naissance
Décès
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MontrougeVoir et modifier les données sur Wikidata
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Madeleine Brès, née Madeleine Gebelin le à Bouillargues, dans le Gard[2], et morte le à Montrouge[2], est la première femme française à obtenir le diplôme de docteur en médecine.

Biographie[modifier | modifier le code]

Née Gebelin, fille de charron ou de médecin selon les sources[3],[4], elle accompagne son père travaillant à l'hôpital de Nîmes. C'est là où, dès l'âge de 8 ans, prise en affection par une infirmière religieuse, elle apprend à suivre la visite et à donner quelques soins[3].

Elle a douze ans quand la famille Gebelin part pour Paris et quinze ans et un mois lorsqu'elle est mariée à Adrien-Stéphane Brès, conducteur d'omnibus, à la mairie de Lyon, le 12 avril 1858[5].

L'accès à la faculté[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

Au XIXe siècle, en France, il n'existait pas d'obstacle légal explicite interdisant l'accession des femmes à la médecine[6]. L'exclusion existe du fait même des mœurs de l'époque, la question légale ne se posait même pas, car selon Désiré Dalloz (1795-1869) « Bien que l'exercice de la médecine ne soit pas interdit aux femmes, la nature des études exigées pour être reçu à exercer cet art représente un obstacle moral à ce qu'elles puissent s'y livrer »[7].

Il existait cependant une barrière juridique implicite : la nécessité du baccalauréat pour s'inscrire en Médecine. De plus, toutes les obtentions de diplôme devaient avoir le consentement du mari, les femmes mariées n'ayant pas de majorité civile selon le droit français de l'époque.

Ce baccalauréat devient accessible aux femmes en 1861, grâce à Julie-Victoire Daubié, première bachelière française à l'âge de 37 ans. De 1861 à 1896, 299 femmes seulement obtiendront le baccalauréat[6].

Admission[modifier | modifier le code]

Madeleine Brès se présente en 1866 devant le doyen de la faculté de médecine de Paris, Charles Adolphe Wurtz, et lui demande son autorisation pour s'inscrire à la Faculté. Ce dernier lui conseille de passer son baccalauréat de lettres et de sciences.

En 1868, par un concours de circonstances extraordinaires, les femmes sont admises à s'inscrire en médecine. Le doyen Wurtz est favorable aux femmes, le ministre de l'instruction publique Victor Duruy est partisan de l'éducation des jeunes filles, et le conseil des ministres est présidé ce jour là par une femme, l'impératrice Eugénie[8]. Celle-ci, se référant à la loi du 19 ventôse an XI proclamant la liberté du travail, obtient que soit acceptée l'inscription de Madeleine Brès, acquise après délibération en Conseil des ministres.

Cette année là, quatre femmes s'inscrivent à la faculté de médecine, outre la française Madeleine Brès, il y a trois étrangères : l'Américaine Mary Putman, la Russe Catherine Gontcharoff et la Britannique Elizabeth Garrett - détentrices des diplômes nationaux reconnus équivalents au baccalauréat[8].

Madeleine Brès, alors âgée de 26 ans, est mère de trois enfants ; le maire du Ve arrondissement reçoit le consentement de son mari.

Reflétant le sentiment général de la communauté universitaire et médicale, le docteur Henri Montanier écrit en 1868 dans la Gazette des hôpitaux (n°42, p. 34-35) :

« pour faire une femme médecin, il faut lui faire perdre la sensibilité, la timidité, la pudeur, l'endurcir par la vue des choses les plus horribles et les plus effrayantes (...) Lorsque la femme en serait arrivée là, je me le demande, que resterait-il de la femme ? Un être qui ne serait plus ni une jeune fille, ni une femme, ni une épouse, ni une mère ! »[9].

L'accès refusé aux concours[modifier | modifier le code]

Ses études sont méritoires : dans sa deuxième année de médecine, en 1869, elle est élève stagiaire dans le service du professeur Broca à l'hôpital de la Pitié[10]. Dans sa troisième année, de septembre 1870 à juillet 1871, elle fait fonction d'Interne (la fonction sans le titre, « interne provisoire ») dans le même service, du fait de la guerre franco-allemande et du départ pour le front de nombreux médecins des hôpitaux. Durant le siège de Paris et sous la Commune, elle reste fidèle à son poste, se faisant remarquer par son zèle et son dévouement[11].

À cet égard, les certificats des médecins et de l'administration hospitalière sont élogieux[8]. Le professeur Broca écrit : « Madame Brès, sur ma proposition, fut désignée comme interne provisoire. En cette qualité, pendant les deux sièges de Paris, et jusqu'au mois de juillet 1871, elle a fait son service avec une exactitude que n'a pas interrompu le bombardement de l'hôpital. Son service a toujours été bien fait et sa tenue irréprochable »[11].

Lorsqu'elle entame sa quatrième année, elle demande à présenter le concours de l'Externat d'octobre 1871. Malgré l'appui du professeur Broca, le directeur des hôpitaux de l'Assistance publique lui refuse cette possibilité le , avec la motivation suivante :

« S'il ne s'était agi que de vous personnellement, je crois pouvoir vous dire que l'autorisation eut été probablement accordée. Mais le Conseil a compris qu'il ne pouvait ainsi restreindre la question et l'examinant en thèse générale dans son application et ses conséquences d'avenir, le Conseil a eu le regret de ne pouvoir autoriser l'innovation que notre Administration aurait consacrée »[8].

Madeleine Brès n'insiste pas. L'accès des étudiantes en médecine au concours d'externat ne sera effectif qu'en 1882, lorsque Blanche Edwards-Pilliet (1848-1941) devient la première française externe des hôpitaux. Le concours de l'Internat ne sera ouvert aux femmes qu'en 1886, la première française interne titulaire étant Marthe Francillon-Lobre (1873-1956)[12], reçue au concours de 1900[13].

Carrière[modifier | modifier le code]

Parallèlement à ses études de médecine, elle passe 4 ans au Muséum d'Histoire Naturelle chez Edmond Frémy (1814-1894) et 3 ans dans le laboratoire de Charles Adolphe Wurtz[1] où elle prépare une thèse de recherche, soutenue le . Son sujet est De la mamelle et de l'allaitement : elle montre que la composition chimique du lait maternel se modifie au cours de l'allaitement pour correspondre aux besoins du développement de l'enfant.

Elle obtient la mention « extrêmement bien » et sa thèse est très remarquée en France et à l'étranger. Elle devient ainsi la première Française docteur en médecine, mais elle n'est pas la première à l'obtenir en France, la Britannique Elizabeth Garrett Anderson l'a devancée de cinq ans.

Veuve, elle a la charge de trois enfants. Elle décide de s'installer en ville, Rue Boissy-d'Anglas, et de se spécialiser dans tout ce qui touche la relation entre la mère et son bébé, ainsi que l'hygiène des jeunes enfants. Elle se crée une riche clientèle bourgeoise[1].

Elle est chargée, par le préfet de la Seine, d'enseignement (causeries et conférences) aux directrices et différents personnels des écoles maternelles, crèches et garderies des vingt arrondissements de Paris.

En 1885, elle fonde sa propre crèche[14], 83 rue Nollet dans le quartier des Batignolles, où sont soignés et gardés gratuitement les enfants jusqu'à l'âge de 3 ans. Cette institution, qu'elle soutient avec son propre argent[4], sera visitée par Théophile Roussel, puis par Marie-Louise Loubet[1].

En 1891, en mission pour le ministre de l'Intérieur, elle part en Suisse étudier l'organisation et le fonctionnement des crèches et des asiles.

Elle dirige le journal Hygiène de la femme et de l'enfant et est l'auteure de plusieurs livres de puériculture.

Elle meurt à l'âge de 79 ans, presque aveugle et dans la pauvreté[3].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Œuvres et publications[modifier | modifier le code]

  • De la mamelle et de l'allaitement, E. Martinet, (lire en ligne)
    Thèse pour le doctorat en médecine présentée et soutenue le jeudi 3 juin 1875
  • L'Allaitement artificiel et le biberon, Paris, G. Masson, , 77 p. disponible sur Gallica.
  • Analyse du lait des femmes galibies, . Il s'agit de femmes caraïbes, alors en exhibition au Jardin d'acclimatation[4].
  • Mamans et bébés, .

Hommages[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • « Mme Brès (née Madeleine Gebelin) » in : Dictionnaire national des contemporains : contenant les notices des membres de l'Institut de France, du gouvernement et du parlement français, de l'Académie de médecine,Tome 4, sous la dir. de C.-E. Curinier, Office général d'éd. de librairie et d'impr. (Paris), 1899-1919, p. 146-147, disponible sur Gallica.
  • J. Poirier (dir.) et R. Nahon, Médecine et philosophie à la fin du XIXe siècle, Université Paris XII - Val de Marne, , « L'accession des femmes à la carrière médicale, à la fin du XIXe siècle », p. 25-46.
  • Portrait de Madeleine Brès dans le livre Femmes d'exception en Languedoc-Roussillon de Hubert Delobette, Le Papillon Rouge Éditeur, 2010. (ISBN 978-2-917875-13-1).
  • Jean-Louis Debré. Les oubliés de la République, Fayard (Paris) 2008, 320 pages.
  • Briquez, Cécile Lambert. Féminisation de la médecine de 1875 à 1945 Diss. 2012.
  • Jean-Louis Debré et Valérie Bochenek, Ces femmes qui ont réveillé la France, Paris, Arthème Fayard, , 374 p. (ISBN 978-2-213-67180-2).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d Fontanges Harryet, Les femmes médecins, Alliance coopérative du livre, (lire en ligne), p. 5-8.
  2. a et b Selon son acte de décès, lisible en ligne sur le site des Archives départementales des Hauts-de-Seine, Registre des décès 1921, vue 122/137, acte 535.
  3. a b et c « Madeleine BRES-GEBELIN (1842-1922) », sur www.medarus.org (consulté le 21 avril 2019)
  4. a b c et d C.-E. Curinier (dir.), Dictionnaire national des contemporains, t. 4, 1899-1919 (lire en ligne), p. 146-147.
  5. Archives municipales de Lyon, 2 E 660.
  6. a et b J. Poirier R. Nahon, p. 33.
  7. cité par J. Poirier R. Nahon 1981, p. 32-33.
  8. a b c et d J. Poirier R. Nahon, p. 25-27.
  9. Cité par J. Poirier R. Nahon, p. 35.
  10. Debré et Bochenek 2013, p. 139-143
  11. a et b J. Poirier R. Nahon, p. 39-40.
  12. « Marthe Francillon-Lobre (1873-1956) », sur data.bnf.fr (consulté le 21 avril 2019)
  13. J. Poirier R. Nahon, p. 28-29.
  14. Vue d'une salle de récréation de la crèche fondée par madame le Dr Madeleine Brès
  15. (rédaction), « À la découverte du nouvel hôpital Victor-Dupouy », Le Parisien,‎ (lire en ligne)
  16. « Nom de rues, place aux femmes », sur nantes.fr, (consulté le 26 octobre 2016)
  17. « Bibliothèques de l'université - BU SANTE », sur documentation.unicaen.fr (consulté le 27 décembre 2017)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]