Madeleine Brès

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Thèse de Madeleine Brès
par Jean Béraud, en 1875.

Fille d'un charron, Madeleine Brès, née le 26 novembre 1842 à Bouillargues, dans le Gard, et morte le 30 novembre 1921 à Montrouge, est la première Française à obtenir le diplôme de docteur en médecine.

Biographie[modifier | modifier le code]

Née Gebelin, elle a raconté dans La Chronique médicale du 1er avril 1895 comment sa vocation médicale est née « J'avais à peine huit ans quand mon père, qui était charron de son état - il n'y a pas de sot métier -, me conduisit chez les sœurs où il exécutait des travaux... ». À l'hôpital de Nîmes, une religieuse la prend en affection et lui confie quelques interventions mineures, comme la préparation de tisanes et de cataplasmes.

Elle a douze ans quand la famille Gebelin part pour Paris et n'a que quinze ans et un mois lorsqu'elle est mariée à Adrien-Stéphane Brès, conducteur d'omnibus. Depuis 1861, la voie du baccalauréat est ouverte pour les femmes grâce à Julie-Victoire Daubié et, en 1866, elle se présente devant le doyen de la faculté de médecine de Paris, Charles Adolphe Wurtz, et lui demande son autorisation pour s'inscrire en médecine. Ce dernier lui déclare qu'il le fera, mais à condition qu'elle ait son baccalauréat de lettres et de sciences, ce qu'elle obtient trois ans plus tard. Toutes les obtentions de diplôme devaient avoir le consentement du mari, les femmes mariées étant jugées irresponsables par le droit français de l'époque. Détentrice du baccalauréat, elle se représente devant le doyen de la faculté de médecine de Paris et lui fait remarquer que rien ne s'oppose plus à son inscription aux cours, d'autant que trois étrangères - l'Américaine Mary Putman, la Russe Catherine Gontcharoff et l'Anglaise Élisabeth Garrett - détentrices des diplômes nationaux reconnus équivalents, ont obtenu le droit de suivre les cours de médecine à la faculté. Manifestement, pour une Française, c'est plus délicat.

Reflétant le sentiment général de la communauté universitaire et médicale, le docteur Henri Montanier écrit en 1868 dans la Gazette des hôpitaux « pour faire une femme médecin, il faut lui faire perdre la sensibilité, la timidité, la pudeur, l'endurcir par la vue des choses les plus horribles et les plus effrayantes. Lorsque la femme en serait arrivée là, je me le demande, que resterait-il de la femme? Un être qui ne serait plus ni une jeune fille, ni une femme, ni une épouse, ni une mère ». Difficile d'être plus éloquent pour fermer, à l'aide d'arguments spécieux, les portes de la médecine aux femmes.

Même s'il y est personnellement favorable, le doyen Würtz saisit de cette candidature le ministre de l'Instruction publique Victor Duruy qui approuve lui aussi le souhait de Madeleine Brès, mais l'évoque préalablement en Conseil des ministres. Finalement, c'est l'impératrice Eugénie qui, se référant à la loi du 19 ventôse an XI proclamant la liberté du travail, obtient que soit acceptée l'inscription de Madeleine Brès, enfin acquise après délibération du Conseil des ministres ! Madeleine a alors 26 ans, est mère de trois enfants; le maire du Ve arrondissement reçoit le consentement de son mari et elle devient élève stagiaire en 1869 dans le service du professeur Broca à l'hôpital de la Pitié [1].

Avec la guerre franco-allemande et le départ pour le front de nombreux médecins des hôpitaux, elle est nommée, sur proposition du professeur Broca, "interne provisoire" jusqu'en juillet 1871. Forte de cette expérience comme interne provisoire, Madeleine Brès entend poursuivre une carrière hospitalière et présenter le concours de l'externat, puis de l'internat. Malgré l'appui du professeur Broca, le directeur des hôpitaux de l'Assistance publique lui refuse cette possibilité le 21 décembre 1871.

Madeleine Brès n'insiste pas. Veuve, elle a la charge de trois enfants. Elle décide donc de devenir pédiatre et de s'installer en ville. Elle prépare sa thèse dans le laboratoire du professeur Würtz et, le 3 juin 1875, la soutient sur le sujet "De la mamelle et de l'allaitement". Elle obtient la mention très bien et devient la première Française docteur en médecine. Cette thèse s'inscrit dans sa volonté de se spécialiser dans tout ce qui touche la relation entre la mère et son bébé, ainsi que l'hygiène des jeunes enfants. Elle n'est pas la première femme à obtenir le diplôme de médecin en France, l'Anglaise Elizabeth Garrett Anderson l'a devancée de cinq ans.

Durant sa carrière, elle officie comme professeur d'hygiène et enseigne notamment aux directrices des écoles maternelles de la ville de Paris. Elle dirige le journal Hygiène de la femme et de l'enfant et est l'auteure de plusieurs livres de puériculture. En mission pour le ministre de l'Intérieur, elle part en Suisse étudier l'organisation et le fonctionnement des crèches. Le 28 mai 1893, la première crèche[2] est inaugurée par Théophile Roussel, rue Nollet, dans le quartier des Batignolles.

Elle meurt à l'âge de 79 ans, dans la pauvreté.

Œuvres et publications[modifier | modifier le code]

  • De la mamelle et de l'allaitement [Thèse pour le doctorat en médecine présentée et soutenue le jeudi 3 juin 1875]. imp. E. Martinet, 1875, Texte intégral
  • L'Allaitement artificiel et le biberon, G. Masson (Paris), in-8° , 77 p. et pl., 1877, disponible sur Gallica

Hommages[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Debré et Bochenek 2013, p. 139-143
  2. Vue d'une salle de récréation de la crèche fondée par madame le Dr Madeleine Brès
  3. (rédaction), « À la découverte du nouvel hôpital Victor-Dupouy », Le Parisien,‎ 14 mars 2013 (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Portraits de médecins : Madeleine Brès
  • Madeleine Brès
  • « Mme Brès (née Madeleine Gebelin) » in: Dictionnaire national des contemporains : contenant les notices des membres de l'Institut de France, du gouvernement et du parlement français, de l'Académie de médecine,Tome 4, sous la dir. de C.-E. Curinier, Office général d'éd. de librairie et d'impr. (Paris), 1899-1919, p. 146-147, disponible sur Gallica
  • Un très beau portrait de Madeleine Brès dans le livre Femmes d'exception en Languedoc-Roussillon de Hubert Delobette, Le Papillon Rouge Éditeur, 2010. (ISBN 978-2-917875-13-1)
  • Jean-Louis Debré. Les oubliés de la République, Fayard (Paris) 2008, 320 pages, Extrait en ligne
  • Briquez, Cécile Lambert. Féminisation de la médecine de 1875 à 1945 Diss. 2012.
  • Jean-Louis Debré et Valérie Bochenek, Ces femmes qui ont réveillé la France, Paris, Arthème Fayard,‎ 2013, 374 p. (ISBN 978-2-213-67180-2)

Liens externes[modifier | modifier le code]