Madame de Saint-Baslemont
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Alberte-Barbe d’Ernécourt, Mme de S.-Balmon |
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| Conjoint |
Alberte-Barbe d'Ernécourt, dame de dame de Gibeaumeix, connue sous le nom de Madame de Saint-Baslemont ou encore d’Amazone chrétienne, née le et morte le au château de Neuville-en-Verdunois, est une noble et écrivaine lorraine, héroïne de la guerre de Trente Ans. Dans les sources allemandes, elle apparaît parfois sous le nom de Barbara von Baslemont.
Biographie
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Famille
[modifier | modifier le code]Alberte-Barbe d'Ernécourt naît le au château de Neuville-en-Verdunois. Elle a pour parents Marguerite Housse de Watronville et Simon d'Ernécourt. Sa famille paternelle, des marchands-tanneurs, a connu une ascension sociale à la suite de sa fortune dans le négoce et d’unions. Son grand-père paternel, aussi nommé Simon d’Ernécourt ou Simon Ier, est gouverneur de Vaucouleurs et eut 15 enfants, dont son père, dit Simon le Jeune ou Simon II. Ce dernier, né en , passe son enfance au service du duc Charles III à Nancy. Il épouse Marguerite Housse de Watronville, fille du riche bailli de Verdun, Nicolas Housse, un des hommes les plus importants du Barrois. Elle apporte en dot une partie de la seigneurie de Neuville. Le reste de cette dernière sera acheté par Simon Ier pour le nouveau couple[1]. Il devient finalement chambellan du duc Henri le Bon[2].
Son frère Nicolas étant mort en bas âge, Alberte-Barbe d'Ernécourt devient l’unique héritière des terres et du titre de son père[1].
Enfance
[modifier | modifier le code]Alberte-Barbe d'Ernécourt est éduquée par sa tante paternelle Barbe d’Ernécourt, épouse de Varin de Nyvenheim[2], qui est missionnée pour la préparer à une ascension sociale importante à la vue de son héritage. Elle s’occupe de sa nièce jusqu’à ses quatorze ans. L’éducation a lieu en sa demeure au Château d’Étrepy, près de Vitry-le-François et est très variée : travaux domestiques, religion, latin, luth, chant, cavalerie, littérature et poésie. Barbe d’Ernécourt étant une excellente cavalière, elle transmet activement cette compétence à sa nièce[1].
Mariage
[modifier | modifier le code]Le , à seize ans, son père la marie à Jean-Jacques de Haraucourt, seigneur de Saint-Baslemont[3], de très ancienne noblesse mais ruiné. Le couple demeure au château de Neuville-en-Verdunois jusqu’au départ d’Haraucourt en 1632 pour combattre aux côtés de Charles IV de Lorraine[1]. On leur connait trois enfants dont le premier Dominique né en décède au bout de quelques mois[2].
Pendant la guerre
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En , la France envahit le Barrois et la Lorraine. Son mari combat à ses frais en Allemagne aux côtés du duc de Lorraine Charles IV, comme gouverneur et bailli de Bar, un régiment de cavalerie à partir de . Défait par Othon-Louis, il est capturé et Alberte-Barbe d'Ernécourt verse une importante rançon. Il est défait en dans la région de Thann. En , il se met au service des Impériaux et se fait capturé par le maréchal de La Force dont l'acquitte de nouveau son épouse[2].
Alberte-Barbe d'Ernécourt, qui soutient le parti français à l'inverse de son époux, réside sur ses terres de Neuville-en-Verdunois. Portant vêtement d'homme et mettant à profit les connaissances militaires que son père lui avait apprises, elle va protéger ses gens contre la soldatesque de tous pays (notamment française, suédoise et croate) qui ravage la Lorraine. Elle se fait ainsi appelée « chevalier de Saint-Baslemont » (supposément son beau-frère) ou « l'Amazone chrétienne » en participant à des combats au corps à corps et en mettant en place des tactiques militaires[4].
Femme forte du XVIIe siècle, elle s'illustre dans la formation au combat des habitants des villages environnants afin de contrer les tentatives de pillage et autres exactions menées par les armées et les bandes de mercenaires. Escortant également les convois qui ravitaillent la place de Verdun, son courage impressionne les officiers ennemis français qui la font peindre par Claude Deruet dans un ensemble d'exceptionnels et rares portraits équestres (en 1646, pour le tableau exposé au musée des Beaux-arts de Nancy)[3].
Elle veille aussi sur le sanctuaire du culte marial de Thillombois et Notre-Dame-de-Benoite-Vaux, allant jusqu'à mettre en sécurité chez elle la statue miraculeuse vénérée de la Vierge entre et [2],[3].
En 1644, la peste emporte son fils Philippe âgé de quatorze ans et son mari est tué au combat au service du duc de Lorraine à Merode[3]. La nouvelle régente Anne d'Autriche interdit le travestissement des femmes et à leurs activités militaires.
En 1646, sa fille et héritière, Marie-Claude d'Haraucourt, épouse Louis des Armoises, seigneur de Jaulny et de Commercy avec comme dot le château de Neuville-en-Verdunois[2].
Écrivaine
[modifier | modifier le code]Alberte-Barbe d'Ernécourt attache de l'importance à l'éducation qu'elle donne à ses enfants et possède une vaste bibliothèque. Femme aux ressources étendues, la guerre ne l'empêche pas d'écrire des tragédies religieuses[3]. Trois pièces de théâtre lui sont attribuées, dont une seule a survécu Les Jumeaux martyrs en 1650 dans laquelle deux jumeux romains se convertissent au christiannisme.
La Lorraine des Trois-Évêchés est livrée au rude gouvernement de l'occupant français gouverné par la famille La Ferté-Sénectère[3]. Tous ses biens sont réquisitionnés et sa maison occupée[3]. Malade, elle rejoint l'ordre des clarisses de Bar-le-Duc le et revient mourir chez elle le à 53 ans.
Œuvres
[modifier | modifier le code]Seules quelques uvres ont été conservées, parmi lesquelles :
- Les Jumeaux martyrs, tragédie par Mme de S.-Balmon, Paris : A. Courbé, 1650, In-4 ̊, 144 p.
- Les Jumeaux martyrs, Alberte-Barbe d'Ernécourt, madame de Saint-Balmon ; éd. critique avec introd. et notes par Carmeta Abbott et Hannah Fournier, Genève, Droz, 1995.
- Fausse attribution : La Fille généreuse (Paris BnF, ms Français 25489). Éditée dans le Théâtre complet de Philippe Quinault, tome III, Tragi-comédies romanesques, éd. William Brooks et Catherine Marchal-Weyl, Paris, Classiques Garnier, 2020, p. 82-154.
Postérité
[modifier | modifier le code]- Portrait équestre d'Alberte-Barbe d'Ernécourt par Claude Deruet, 1646, musée des Beaux-arts et au musée lorrain de Nancy
- Son tombeau est encore visible de nos jours dans l'église de Neuville-en-Verdunois.
Références
[modifier | modifier le code]- Pierre, ... Brasme, Femmes d'exception en Lorraine, Le Papillon rouge éditeur, dl 2018 (ISBN 978-2-490379-00-2 et 2-490379-00-3, OCLC 1078372100, lire en ligne)
- Marie-Catherine Vignal Souleyreau, « Ernécourt (Barbe Alberte d’, Madame de Saint-Baslemont) », sur Correspondance et papiers d'État du cardinal de Richelieu, (consulté le )
- Elisabeth Lesimple, « Saint-Baslemont, Alberte-Barbe d'Ernécourt, comtesse de [Neuville-en-Verdunois 1607 - Id. 1660] », dans Béatrice Didier, Antoinette Fouque et Mireille Calle-Gruber (dir.), Dictionnaire universel des créatrices, Éditions Des femmes, , p. 3806
- ↑ Alfred Tranchant, Les femmes militaires de la France : depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, Cournol, (lire en ligne), p. 253
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]Biographies rédigées sous l'Ancien Régime
[modifier | modifier le code]- Abbé Desbillons, Histoire de la vie chrétienne et des exploits militaires d'Alberte-Barbe d'Ernecourt, connue sous le nom de Madame de Saint-Balmont, Liège-Paris, J.J. Tutot- veuve Babuty, 1773. Ouvrage numérisé.
- Tallemant des Réaux, Historiettes, Paris, Gallimard, La Pléiade, tome II, p. 596-97.
- Jean-Marie de Vernon, L'Amazone chrestienne, ou Les avantures de Madame de S. Balmon, Paris, chez Gaspar Meturas, 1678.
Biographies contemporaines et autres études
[modifier | modifier le code]- Micheline Cuénin, La dernière des Amazones, madame de Saint-Baslemont, Nancy, Presses universitaires de Nancy, 1992
- T. de Morembert, « Haraucourt (Alberte-Barbe d'Ernecourt, Mme Jean-Jacques de) » dans Dictionnaire de biographie française, vol. 17, Paris, [détail des éditions] , col. 610.
- Alain Cullière, « Madame de Saint-Balmon et les jésuites au théâtre, sur le thème des "jumeaux martyrs" (1650) », Grandeur et servitude au siècle de Louis XIV, actes de la journée d'étude de l'Université Nancy II (27 novembre 1997), Nancy, P.U. de Nancy, 1999, p. 23-31.
- Alain Cullière, « La fille généreuse, tragi-comédie en quête d'auteur », XVIIe siècle, 2001, p. 535-544.
- Philippe Martin, Une guerre de Trente Ans en Lorraine (1631-1661), Ed. Serpenoise, Metz, 2002, p. 143-145.
- Bruno Théveny, Femmes illustres des Vosges dans l'histoire, Chaumont, Liralest-Éditions Dominique Guéniot, , 192 p. (ISBN 978-2-87825-003-9 et 2-87825-003-6, OCLC 1236003913, lire en ligne), p. 81-84
- Anne Motta, Noblesse et pouvoir princier dans la Lorraine ducale (vers 1620-1737), thèse de doctorat d’histoire, soutenue à l’université du Maine, sous la direction de Laurent Bourquin et de Philippe Martin, 2012, p. 192 et p. 200
Liens externes
[modifier | modifier le code]- Ressource relative aux beaux-arts :
- Ressource relative au spectacle :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :