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Madame de La Pommeraye

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Madame de La Pommeraye
Gravure sur cuivre de Maurice Leloir (1884).
Présentation
Type
Créateur

Madame de La Pommeraye est le personnage principal de l’Histoire de Mme de la Pommeraye enchâssée par Denis Diderot dans son roman Jacques le Fataliste et son maître.

Publication

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L’histoire de Madame de la Pommeraye a très tôt fait l’objet d’une publication séparée de son récit-cadre : Jacques-Henri Meister en avait déjà donné, du vivant de Diderot, une édition en 15 livraisons dans la Correspondance littéraire de 1778 à 1780[1]. Lorsque Schiller en a eu connaissance, après y avoir eu accès dans l’exemplaire du baron de Dalberg[2], il a été frappé de la « Die kühne Neuheit dieser Intrigue, die unverkennbare Wahrheit der Schilderung, die schmucklose Eleganz der Beschreibung » (« la nouveauté audacieuse de cette intrigue, la vérité indubitable de la description, l'élégance sans fioritures de la description » en allemand), et il l’a traduite en allemand pour la publier dans le premier numéro de sa nouvelle revue, Die Rheinische Thalia. En 1792, Paul-Jean-Baptiste Doray de Langrais a retraduit ce texte en français sous le titre d’Exemple singulier de la vengeance d’une femme[4]. Le public n’aura accès au texte original de l’histoire de Madame de la Pommeraye que onze ans plus tard, lorsque le roman complet sera publié, chez Buisson, en 1796[5].

Prosopographie

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Madame de La Pommeraye a sacrifié sa vie et sa réputation au marquis des Arcis. Depuis son veuvage d’un mari qui la rendait malheureuse[6], « elle jouissait de la plus haute considération dans le monde, par la pureté de ses mœurs[7]:64 ». Sa liaison, non sans une longue résistance, avec le marquis des Arcis, l’a « s’était rabaissée sur la ligne commune[7]:64 », par ce dernier. Lorsque, le caractère libertin du marquis reprenant le dessus, celui-ci commence à se lasser d’elle, Mme de La Pommeraye laisse libre cours à sa vindicte. Diderot écrit que « Sa vengeance est atroce, mais elle n'est souillée d'aucun motif d'intérêt[7]:53. » Sans être intéressée, la motivation de cette vengeance est bien réelle : « Elle était vaine, et elle serait morte de douleur plutôt que de promener dans le monde, après la honte de la vertu abandonnée, le ridicule d'une délaissée[7]:54-5. » Indépendamment de sa motivation[8], la mise en œuvre de cette vengeance produira, contre toute attente, l’inverse du but recherché. Le marquis des Arcis se révèle si amoureux de sa nouvelle femme, qu’il est disposé à lui pardonner. Lui-même énonce le paradoxe sous-tendant l’échec retentissant de son ennemie : « cette Pommeraye, au lieu de se venger, m’aura rendu un grand service[7]:47 », tout du moins pendant les « trois ans[7]:48 » d’absence de la capitale du couple.

Incarnations

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Jacques le Fataliste étant l’œuvre la plus adaptée de Diderot, l’histoire de Madame de La Pommeraye, qui est le plus célèbre épisode de Jacques le Fataliste[9], a fourni ses premières sources d'inspiration au cinéma :

Notes et références

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  1. Raymond Trousson, Denis Diderot : ou, Le vrai Prométhée, Paris, Jules Tallandier, , 717 p., in-8º (ISBN 978-2-84734-151-5, OCLC 1014987204, lire en ligne), p. 582-3.
  2. (en) I. H. Smith, « The Mme De La Pommeraye Tale and Its Commentaries », AUMLA, vol. 17, no 1,‎ , p. 18–30 (ISSN 0001-2793, lire en ligne, consulté le ).
  3. (de) Fritz Berresheim, Schiller als Herausgeber der Rheinischen Thalia, Thalia und Neuen Thalia, und seine Mitarbeiter : Einleitung, die Rheinische Thalia, Thalia II-III., Schlesische Friedrich-Wilhelms-Universitat, Breslau, , vii-40 (OCLC 843332771, lire en ligne).
  4. Denis Diderot (trad. Paul-Jean-Baptiste Doray de Longrais), Exemple singulier de la vengeance d'une femme : conte moral, Londres, s.n., , 99 p., in-12 (OCLC 828824057, lire en ligne sur Gallica).
  5. Denis Diderot, Jacques le Fataliste et son maître, t. 1, Paris, François Buisson, , iv-320 p., 2 vol. ; in-8º (lire en ligne sur Gallica), p. 238 et suiv..
  6. Jean-Louis Leutrat, « L’Histoire de Madame de La Pommeraye et le thème de la jeune veuve », Diderot Studies, Paris, vol. 18,‎ , p. 121–37 (ISSN 0070-4806, lire en ligne, consulté le ).
  7. a b c d e et f Denis Diderot, Jacques le fataliste et son maître, t. 2, Paris, Maradan, , 291 p., 2 parties en 1 vol. in-12., pl. (OCLC 1449320182, lire en ligne sur Gallica), p. 54.
  8. Michel Delon, « Madame de la Pommeraye, Madame de Merteuil, même combat », Europe, Paris, vol. 60, no 637,‎ , p. 200 (ISSN 2540-2501, lire en ligne, consulté le ).
  9. Paul Norma, Histoire de Madame de la Pommeraye, Paris, Hatier, , 176 p. (ISBN 978-2-40109-998-2, OCLC 1476641592, lire en ligne), p. 7.
  10. May Chehab, « Une joyeuse dystaxie programmée : Jacques le Fataliste et son maître », dans Beatrice Barbalato (dir.), Auto/biographie, désordre, entropie, Mnemosyne o la costruzione del senso, Louvain-la-Neuve, PUL-Presses universitaires de Louvain, , 187 p. (ISBN 978-2-87558-826-5, OCLC 1140129781, lire en ligne), chap. 12.
  11. Patrick Saveau, « L'Épisode de Madame de La Pommeraye et Les Dames du Bois de Boulogne à la lumière de la dialectique du maitre et de l'esclave de Hegel », Lettres Romanes, Paris, vol. 49, nos 1-2,‎ , p. 49-55 (ISSN 2295-8991, DOI 10.1484/J.LLR.4.00910, lire en ligne, consulté le ).
  12. Kate Griffiths et Andrew Watts, The History of French Literature on Film, New York, Bloomsbury, , xiii-311 p. (ISBN 978-1-50131-181-9, OCLC 1196822689, lire en ligne), p. 277-80.