Madame de...

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Madame de…
Description de cette image, également commentée ci-après

Réalisation Max Ophuls
Scénario Marcel Achard
Max Ophuls
Annette Wademant
Louise de Vilmorin (roman)
Acteurs principaux
Pays d’origine Drapeau de la France France
Genre Drame
Durée 100 minutes (1 h 40)
Sortie 1953

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Madame de… est un film français réalisé par Max Ophuls et sorti en 1953, avant-dernier film du réalisateur. Il est adapté du roman éponyme de Louise de Vilmorin paru en 1951.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Paris, 1892. Endettée parce que dépensant sans compter, Louise, une aristocrate – d'où le titre de l'œuvre –, épouse d'un général attaché au Ministère de la guerre, coquette, frivole, revend en secret ses cœurs en diamants (des boucles d'oreilles offertes par son mari) au bijoutier chez qui ils avaient été achetés. Pour expliquer leur disparition, elle fait mine, quelques jours plus tard, au cours d'une soirée à l'Opéra, de les avoir perdus. Le général les fait chercher partout et croyant qu'on les lui a volés, déclenche un petit scandale. Informé du prétendu vol par les journaux, le bijoutier va trouver le général et lui raconte tout[1].

Amusé par les cachotteries de son épouse, le général rachète les boucles d'oreilles et les offre à sa maîtresse, en cadeau de rupture. Arrivée à Constantinople, cette dernière, qui joue et perd beaucoup au casino, vend les boucles à son tour. De passage dans cette ville, un ambassadeur, le baron Donati voit les cœurs en diamant dans la vitrine d'un marchand et les achète sur une impulsion[1].

Nommé ambassadeur à Paris, le baron rencontre Louise sur un quai de gare, s'éprend d’elle, lui fait une cour en règle (sans que cela émeuve le général qui sait que sa femme est une coquette au sang froid) et lui offre les boucles d'oreilles. Amoureuse pour la première fois, Louise accepte les cœurs sans avouer qu'ils lui ont déjà appartenu. Comprenant que sa femme lui échappe, le général lui conseille de voyager. Mais, de retour à Paris, la passion de Louise éclate au grand jour. Pour pouvoir porter les boucles prétendument perdues sans que son mari s'en étonne, elle feint, devant son mari médusé, de les retrouver fortuitement dans une paire de gants qu'elle ne mettait plus depuis longtemps[1].

Le général, bien sûr, n'est pas dupe, conte l'affaire du curieux itinéraire des boucles d’oreilles au diplomate en forçant celui-ci à reconnaître qu'il les a achetées à Constantinople, et l'oblige à reprendre son cadeau ou plutôt à le déposer chez le bijoutier (à qui le général a déjà acheté deux fois ces boucles d'oreilles, une fois pour sa femme, une autre fois pour une maîtresse) en précisant à celui-ci la somme qu'il en veut, de façon que le général puisse les racheter (une troisième fois !).

À la suite de cet imbroglio, le baron demande des explications à Louise qui s'enferre de plus belle dans ses mensonges ; déçu, le baron s'éloigne d'elle. Désespérée de perdre le seul homme qu'elle ait jamais aimé, Louise s'alite, comme perdant le goût de la vie et du monde[1].

Apportant à sa femme les boucles d'oreilles (qu'il vient de racheter une troisième fois au bijoutier), le général la trouve alitée et souffrante, ce qu'il prend pour une nouvelle comédie, tant il est convaincu de sa frivolité et de son incapacité à aimer quelqu'un d'autre qu'elle-même. Il lui donne les boucles : elle revit. Comprenant peut-être que ces boucles symbolisent maintenant pour Louise l'amour que le baron Donati a éprouvé pour elle, le général lui déclare sèchement que ces cœurs en diamant ne lui appartiennent plus, qu'elle ne les mérite pas. Il la force à les offrir à une de ses nièces qui vient d'accoucher d'un nouveau bambin. Louise en pleure de rage, de dépit ou de vrai chagrin, on ne sait.

Seulement le mari de cette nièce a des ennuis d'argent et la nièce revend au bijoutier les boucles (en prévenant sa tante par alliance qu'elle est contrainte de le faire). Louise qui tient désormais plus que tout à ces boucles d'oreilles, court chez le bijoutier et les lui échange contre d'autres bijoux (intrinsèquement beaucoup plus précieux) que le général lui avait offerts.

Comprenant enfin que sa femme aime le baron Donati à en perdre la tête, le général qui le tient pour responsable de l'état de son épouse, cherche querelle à celui-ci en se prétendant offensé d'un propos que le baron aurait tenu sur les militaires français. Le baron n'est pas un couard et maintient son propos ; le général le provoque en duel... et choisit le pistolet, puisqu'il est l'offensé. Or, il est fin tireur. Louise ne l'ignore pas. Éplorée, elle en informe le baron qui, en homme d'honneur, refuse bien sûr de se dérober. À l'aube et défaillante, Louise, accompagnée de sa fidèle nounou, se précipite sur les lieux du duel, espérant pouvoir encore séparer les deux hommes. Comme elle y arrive, un coup de feu, un seul (celui du général, car l'offensé tire le premier) se fait entendre. Louise attend le second coup de feu, celui du baron, mais il ne vient pas. Louise s'effondre, terrassée par une crise cardiaque, et succombe peu après[1].

Quant aux cœurs en diamant, elle les avait déposés, faisant un saut par l'église avant de se rendre sur le lieu du duel, sur l'autel consacré à Sainte Geneviève, sa sainte préférée, pour que celle-ci intervienne en sa faveur et arrange l'affaire qui lui faisait souci.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Autour du film[modifier | modifier le code]

Max Ophüls a modifié la fin du roman de Louise de Vilmorin. Dans le roman, Madame de… mourait en présence de son mari et de son amant en offrant une boucle à chacun… Ophüls a délaissé le mélodrame pour en faire une tragédie conforme à ses thèmes favoris : le plaisir est triste et l'amour rencontre la mort. On remarque également, comme dans d'autres films d'Ophüls, l'obsession des glaces et des escaliers.

Propos de Max Ophuls[modifier | modifier le code]

« Votre tâche sera dure. Vous devrez, armée de votre beauté, votre charme et votre élégance, incarner le vide absolu, l’inexistence. Vous deviendrez sur l’écran le symbole même de la futilité passagère dénuée d’intérêt. Et il faudra que les spectateurs soient épris, séduits et profondément émus par cette image. »

— Max Ophuls à Danielle Darrieux, pour le rôle de Louise

« Madame de... qui a beaucoup de charme, est, avec cela, une dame bien vide, n'est ce pas ? Seule chose qui me tente dans ce mince — au sens direct — roman, c'est sa construction, il y a toujours le même axe autour duquel l'action tourne sans cesse, tel un carrousel. Un axe minuscule à peine visible, une paire de boucle d'oreilles. Mais ce petit détail de la toilette féminine s'agrandit, apparaît en gros plan, s'impose, domine les destins du héros du livre et les dirige, finalement, vers la tragédie. Si je ne considère pas Madame de... comme un grand roman, je le tiens néanmoins pour une belle astuce littéraire. Et cette astuce est la forme. Cela me rappelle, dans un tout autre domaine, Boléro de Maurice Ravel : là encore, autour d’un minime axe mélodique, tourne et se développe, se complique constamment l'action, ou plus exactement, la matière harmonique. »

— Max Ophuls, in Georges Annenkov, Max Ophuls, Éric Losfeld, Le Terrain Vague, 1962

Critique[modifier | modifier le code]

  • « Dans une scène célèbre de Madame de…, les yeux fermés, la joue appuyée sur une porte qui se referme, Darrieux répète une litanie amoureuse, des mots simples qui révèlent une passion qu’elle prétend nier : "Je ne vous aime pas, je ne vous aime pas, je ne vous aime pas", dit-elle à l’homme qui s’en va… Suit alors un moment de grâce absolue, quelques secondes magiques où apparaît, dans tout son éclat, le talent qu’a toujours eu Darrieux à insuffler à ses comédies une sourde mélancolie et à parer ses drames d’une dérision légère, impalpable. Comme la certitude douce-amère qui lui aura servi de philosophie. L’idée, terrifiante et juste, que dans la vie tout ce qui est inéluctable n’a décidément aucune importance. » Pierre Murat, Télérama.
  • « Louise. C’est une coquette, femme-orchestre du flirt élégant, tourbillonnante dans les bras d’amants interchangeables, femme mariée ne se reconnaissant que des dettes financières. Un diplomate la prend un beau jour à ce piège dont elle croyait contrôler le mécanisme : celui de l’amour. Elle mesure trop tard la futilité de ses ruses et mensonges, l’impuissance contre le vertige des sentiments, le caractère dérisoire d’un langage dénué de véritable signification (son "Je ne vous aime pas, je ne vous aime pas, je ne vous aime pas" trahissant un trouble extrême). La voilà captive, trahie par ses propres mondanités : "La femme que j’étais a fait le malheur de celle que je suis devenue." Et humiliée. Danielle Darrieux immortalise cette Madame de…, déesse d’un monde d’apparat, reine des bals et des loges de théâtre. » Jean-Luc Douin, Télérama no 2308, 6 avril 1994.

Récompense[modifier | modifier le code]

Autres adaptations[modifier | modifier le code]

Le roman de Louise de Vilmorin a également fait l'objet

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d et e Danielle Darrieux, Danielle Darrieux: filmographie commentée par elle-même, Ramsay, , p. 197.
  2. Madame de..., la pièce de théâtre, sur les Archives du Spectacle
  3. (en) Madame de... sur l’Internet Movie Database, le téléfilm de 2001

Liens externes[modifier | modifier le code]