Madame Ulrich

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Madame Ulrich
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Page de titre de La Folle Enchère, de Madame Ulrich, Paris, chez la veuve Louis Gonthier, 1691

Madame Ulrich (née vers et morte après ) est une autrice de théâtre et éditrice française. Elle est, avec Catherine Bernard[1] et Charlotte Legrand[2], l'une des trois seules autrices à avoir fait jouer une pièce à la Comédie-Française au XVIIe siècle.

Biographie[modifier | modifier le code]

Madame Urich était la fille de l'un des Vingt-Quatre Violons du roi Louis XIV. Au décès de son père, alors qu'elle était âgée de treize ou quatorze ans, elle fut mise en apprentissage chez un barbier. Ulrich, un maître d'hôtel du comte d'Auvergne, fit sa connaissance et décida de la placer dans un couvent en vue de l'épouser, malgré leur grande différence d'âge[3]. Elle fréquenta les milieux libertins de son temps et s'émancipa très vite de son statut d'épouse : elle fut l'amie de la duchesse de Choiseul-Praslin, eut pour amants le comédien Florent Dancourt, Jean de La Fontaine, le marquis de Sablé, et fréquenta le cercle du duc de Bouillon.

En 1690, elle écrivit puis publia une comédie de travestissement, La Folle Enchère, qui fut créée le 30 mai 1690 à la Comédie-Française[4] et représentée devant le roi à Versailles[5]. La pièce fut longtemps attribuée à son amant Florent Dancourt[5]. L'accord au féminin de la préface, l'analyse du privilège[6] et le style de la pièce ont permis d'attester l'auctorialité de Madame Ulrich. Selon André Blanc, "la composition soignée, le rôle considérable des déguisements et leur résolution finale, une certaine confusion parfois, une intention romanesque, l'attaque même de la comédie, fort brillante, ne ressemble guère à la manière de Dancourt de cette époque[7]".

Après la mort de son ami Jean de La Fontaine[8], Madame Ulrich publia en 1696 ses Œuvres posthumes : elle composa une préface et une épître dédicatoire au marquis de Sablé, pour rendre hommage à la mémoire du poète, et y inclut des œuvres inédites (dont le conte des Quiproquos, de nouvelles versions de certaines fables, dont elle possédait les manuscrits, des vers, et deux lettres que La Fontaine lui avait écrites). Un portrait de La Fontaine lui est également attribué[9],[10].

À partir de 1699, la liberté de mœurs de Madame Ulrich déplaît au pouvoir. Les plaisirs et divertissements du début de règne de Louis XIV ont laissé place à l'austérité et à la dévotion. Le contrôle de la société et des conduites transgressives s'intensifient. Après la répression de la prostitution, on met sous surveillance les courtisanes qui ont fui le puritanisme de la Cour pour les plaisirs de Paris et de ses salons libertins. Pour discipliner ces épouses ou filles rebelles qui s'affranchissent de la tutelle maritale ou paternelle, on les enferme aux Madelonnettes[11]. À la demande de Louis XIV et de Madame de Maintenon[12],[13], les faits et gestes de Madame Ulrich sont surveillés par le lieutenant général de police René d'Argenson. D'abord envoyée avec sa fille Thérèse dans un couvent pour obtenir sa repentance, elle est ensuite régulièrement arrêtée et enfermée aux Madelonnettes, dont elle s'évade, au Refuge, puis à l'Hôpital général[14]. À partir de 1707, on ne trouve plus sa trace. D'après sa biographe Aurore Évain[15], « il semble qu'elle ait vécu les dernières années de sa vie en se faisant entretenir, sombrant peu à peu dans la prostitution ».

Loin de la « courtisane débauchée, mère indigne et muse vénale » à laquelle l'Histoire l'a longtemps réduite, Aurore Évain conclut que « les quelques éléments biographiques et littéraires que nous détenons permettent aujourd'hui de rétablir le portrait d'une femme libre, cultivée, écrivaine prometteuse [...], mais dont la reconnaissance auctoriale et la création littéraire furent violemment contrariées par les conditions sociales et morales imposées aux femmes[15] ».

La Folle Enchère[modifier | modifier le code]

La Folle Enchère met en scène une Madame Argante, bourgeoise fortunée, vieille coquette et mère ridicule, qui – pour ne pas paraître son âge et devenir grand-mère – refuse que son fils Eraste se marie. Elle devient la dupe de son fils, de son valet Merlin, d'une jeune travestie, Angélique,et de sa servante Lisette. Le stratagème va consister à convaincre Madame Argante d'épouser le faux comte, qui n'est autre qu'Angélique, la maîtresse de son fils, lors d'un faux mariage devant un faux notaire, pour lui extorquer de l'argent et lui faire accepter le mariage de son fils avec la sœur de ce prétendu comte...

La pièce multiplie sur un ton burlesque les travestissements et offre une peinture très cynique des mœurs de l'époque, où les rapports sociaux se résument à des jeux de dupes. Le travestissement d'Angélique est l'occasion de faire une satire du comportement des jeunes hommes à la mode, qui se définissent par leur capacité à jurer, à se battre et à multiplier les conquêtes[16]. Le titre est une référence au dénouement, qui conduit à la mise aux enchères et à l'enlèvement du faux comte par une fausse marquise.

La création de la pièce a lieu le 30 mai 1690 et est jouée 9 fois jusqu'au 16 juin. Une reprise a lieu les 14 et 16 janvier 1691, puis le 14 novembre à la Cour. La distribution comprenait Florent et Thérèse Dancourt, Mlle Beauval, Mlle Durieu, M. Du Périer, M. Raisin, M. Desmares, M. Beauval, et le comédien La Grange, spécialiste des rôles travestis, qui interpréta le valet Champagne déguisé en marquise.

La première édition moderne de la pièce publiée sous le nom de Madame Ulrich date de 2011[15]. La première mise en scène moderne est proposée en 2019 par la compagnie La Subversive, dans une mise en scène d'Aurore Évain.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • 1690 : La Folle Enchère, comédie, repr. à la Comédie-Française ; Paris, Veuve Louis Gontier, 1691[17] ; Saint-Étienne, Publications de l'Université de Saint-Étienne, 2011[15] ; Théâtre-Classique.net, 2019[18].
  • 1696 : Préface, portrait de Jean de La Fontaine, épître dédicatoire au marquis de Sablé, et édition des Œuvres posthumes de Jean de La Fontaine, Paris, Jean Pohier.

Mise en scène[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Base La Grange - Laodamie », sur Comédie Française (consulté le 8 septembre 2019)
  2. « Base La Grange - Le Voleur », sur Comédie Française (consulté le 8 septembre 2019)
  3. Anonyme, Le Pluton maltotier, Cologne, Adrien l'Enclume,
  4. « Base La Grange, La Folle Enchère », sur Comédie-Française (consulté le 8 septembre 2019)
  5. a et b Dancourt (1661-1725) Auteur du texte, La folle enchère : comédie / [par Dancourt], (lire en ligne)
  6. Michèle Clément et Edwige Keller-Rahbé, Privilèges d’auteurs et d’autrices en France (XVIe – XVIIe siècles). Anthologie critique, Paris, Classiques Garnier, , p. 453-456
  7. André Blanc, Le Théâtre de Dancourt, Paris, Honoré Champion, , p. 71-72
  8. « Biographie de Jean de La Fontaine, illustrée par les timbres-poste », sur www.la-fontaine-ch-thierry.net (consulté le 1er septembre 2019)
  9. « A Madame Ulrich », sur www.lafontaine.net (consulté le 1er septembre 2019)
  10. https://maitrelafontaine.fr/a-madame-ulrich-ii/
  11. Philip F. Riley, A Lust for Virtue: Louis XIV's Attack on Sin in Seventeenth-century France, Westport (Connecticut), Greenwood Press, , (sur Mme Ulrich : p. 59-60)
  12. Lettre du 3 janvier 1698, au Cardinal de Noailles : « Si Madame Ulrich veut aller avec sa fille, je lui donnerai une pension. Mais que ce soit une conversion entière : je ne veux point contribuer à gâter le couvent où on la mettrait »
  13. Lettre du 5 oct. 1699 au cardinal de Noailles : « Voici une lettre qui vous aidera à trouver Me. Ulrich : j’ai cru devoir la montrer à Me. De Dangeau, dans la crainte qu’on ne trouvât son beau-frère mêlé dans ces vilaines affaires : elle m’assure qu’il y a plus de part, qu’il est très-bien converti, qu’il vit retiré, et ne s’occupe que de très bonnes œuvres »
  14. René d'Argenson, Notes de René d’Argenson, lieutenant général de police, intéressantes pour l’histoire des mœurs et de la police de Paris à la fin du règne de Louis XIV, Paris, imp. Emile Voitelain et cie,
  15. a b c et d Aurore Evain, Théâtre de femmes de l'Ancien Régime, vol. 3 (XVIIe siècle), Saint-Etienne, Publications de l'université de Saint-Étienne, , pp. 185-187 p.
  16. (en) Jan Clarke, « Female cross-dressing on the Paris stage, 1673-1715 », Forum for Modern Language Studies (35/3),‎
  17. « Carton, Florent, sieur d’Ancourt, dit Dancourt / Mme Ulrich « Préface » in Carton, Florent, sieur d’Ancourt, dit Dancourt / Mme Ulrich La Folle Enchère : comédie. Paris, Vve de L. Gonthier, 1691, in-12° (2 p.) http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k72592r », sur idt.huma-num.fr (consulté le 1er septembre 2019)
  18. « La Folle Enchère », sur Théâtre Classique, (consulté le 8 septembre 2019)
  19. « http://ulrich.lasubversive.org/ » (consulté le 1er septembre 2019)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Aurore Évain (éd.), La Folle Enchère, dans Théâtre de femmes de l'Ancien Régime, vol. 3 (XVIIe – XVIIIe siècles), Saint-Étienne, Publications de l'Université de Saint-Étienne, 2011 [1]
  • Edwige Keller-Rahbé et Michèle Clément, Privilèges d'auteurs et d'autrices en France (XVIe – XVIIe siècle). Anthologie critique, Paris, Classiques Garnier, 2017, p. 453-456.

Liens externes[modifier | modifier le code]