Madame Claude

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Madame Claude
Description de l'image Silhouette-personne.svg.
Nom de naissance Fernande Grudet
Naissance
Angers
Décès (à 92 ans)
Nice
Nationalité Drapeau : France Française
Profession

Fernande Grudet, dite Madame Claude, née le à Angers et morte le [1] à Nice, est une proxénète française qui, dans les années 1960-1970, était à la tête d'un réseau de prostitution qui travaillait pour des dignitaires de gouvernements, des diplomates et des hauts fonctionnaires.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et formation[modifier | modifier le code]

Fernande Grudet s'invente une vie dans Allô, oui ou les Mémoires de Madame Claude (1975), signés Jacques Quoirez et qui sont truffés de mensonges et d'affabulations. Alors qu'elle a des origines modestes[2], elle affirme être née dans une famille bourgeoise, avoir reçu une éducation très stricte chez les sœurs Visitandines. Elle y raconte également que son père était un industriel alors qu'il tenait un café rue Diderot à Angers et vendait des sandwiches à la gare pour subvenir aux besoins de sa famille[3].

Du couple Grudet naissent deux filles : Joséphine, la première fille, qui meurt en 1924, à l'âge de 19 ans, puis Fernande en 1923. Elle raconte également que son père résistant meurt sous l'Occupation alors qu'il décède à l'hôpital à 58 ans, le 26 janvier 1941, d'un cancer du larynx[4]. Fernande, âgée de 18 ans, enterre son père ; sa mère est avec elle. Elle est élève à l'institution Jeanne-d'Arc puis à l'Immaculée-Conception d'Angers[4].

Fernande raconte également avoir eu une fille d'un résistant mort en déportation et qui fut élevée par sa grand-mère en province. Elle s'invente un passé de Résistance déportée au camp de Ravensbrück où elle aurait sauvé, grâce à un médecin du camp tombé sous son charme, Geneviève de Gaulle[5].

Prostitution et proxénétisme[modifier | modifier le code]

Fille-mère, elle s’installe à Paris et prend le pseudonyme de Claude, genre indéterminé qui manifeste peut-être une manière de neutralité sexuelle[5]. Elle fréquente les milieux du banditisme et se prostitue[4]. Elle monte, à la fin des années 1950, son entreprise de prostitution de luxe qu'elle anime par téléphone depuis son appartement de la rue de Marignan. Les prestations de luxe sont réservées à une élite sociale qui a les moyens de payer ses filles qui travaillent dans une maison close située au 32, rue de Boulainvilliers dans le 16e arrondissement de Paris[4]. Pendant vingt ans, elle règne sur un groupe de cinq cents filles, les fait s'habiller en robes de grands couturiers et recourir à la chirurgie esthétique[2]. Selon un ancien habitué, Mme Claude recrutait parmi les filles qui avaient échoué à devenir mannequins ou actrices. « Claude réglait toutes les factures, Dior, Vuitton, les coiffeurs, les médecins, et les filles devaient ensuite travailler pour la rembourser », explique Françoise Fabian qui a incarné la mère maquerelle en 1977. « C'était de la servitude sexuelle dans laquelle Claude prenait 30 % au passage. Elle aurait pris plus, mais elle disait que les filles l'auraient trahie si elle l'avait fait »[6]. Elle réprouve cependant le terme de « proxénétisme » et affirme leur donner une éducation pour fréquenter les dîners mondains en compagnie d'hommes importants (politiques, princes, chefs d'entreprises, etc.). Elle bénéficie à l'époque de la clémence de la police, pour les comptes rendus donnés à la brigade mondaine et au SDECE[7].

Cette vie tissée de mensonges perd de son lustre avec l’arrivée de Valéry Giscard d'Estaing au pouvoir et de Michel Poniatowski à la tête du ministère de l'Intérieur. À partir de 1976, le juge Jean-Louis Bruguière entreprend de démanteler le réseau ; le proxénétisme est sévèrement réprimé et Madame Claude est poursuivie par le fisc, qui lui réclame onze millions de francs, ses gains mensuels étant estimés à 70 000 francs, à quoi s'ajoutent les cadeaux en nature, bijoux, fourrures, automobiles[8] ; condamnée cette même année, elle épouse un Suisse pour obtenir sa nationalité puis s’enfuit aux États-Unis en juin 1977[2]. Elle prend le nom de Claude Tolmatcheff et ouvre une pâtisserie à Pacific Palisades (Los Angeles). Elle se remarie ensuite avec un barman homosexuel afin d'obtenir la carte verte, ouvre un restaurant, Le Canard, et se fait appeler Claude Cook[7]. Elle est finalement dénoncée aux services de l'immigration. Persuadée qu'il y a prescription en ce qui concerne ses ennuis fiscaux, elle revient en France, en 1985, est arrêtée et purge une peine de quatre mois de prison. À sa sortie de prison, elle devient vendeuse de jeans dans une boutique de la rue Dauphine. En 1991, elle tente de monter un nouveau réseau de prostitution avec une douzaine de filles dans un appartement du quartier du Marais[7]. Poursuivie par la justice pour proxénétisme aggravé en 1992, elle est condamnée à six mois de prison ferme, trente mois avec sursis et un million de francs d'amende pour proxénétisme aggravé. Ayant fait appel, la chambre de la cour d'appel de Paris confirme la condamnation le 4 février 1993, à trois ans d'emprisonnement dont trente mois avec sursis, à cinq ans d'interdiction de séjour et autant de privation des droits civiques[9]. Elle était défendue par Me Francis Szpiner. Elle est incarcérée à la Maison d'arrêt de Fleury-Mérogis[2] pendant dix mois puis s'installe quelque temps dans la Beauce. À partir de 2000, Fernande Grudet vivait en recluse dans un petit appartement sur la Côte d’Azur. Elle tente de revoir sa fille, en vain. Elle subit un accident vasculaire cérébral en 2013 et décède en 2015 à l'hôpital de Nice[7],[2].

Outre l'impunité dont elle a bénéficié durant bien des années, le succès de son entreprise est dû à plusieurs facteurs et en particulier à deux éléments. D'abord, à la différence de la prostitution « classique » s'exerçant dans un lieu déterminé, Madame Claude a perfectionné, pour ne pas dire inauguré, un système consistant à mettre en relation des jeunes femmes, tout à fait averties et sélectionnées avant tout pour leur allure et leur minimum de culture, avec une clientèle aisée, et ce, par le biais du téléphone (d'où le nom de « call-girls » donné à ces jeunes femmes) évitant ainsi le plus souvent à Madame Claude tout contact avec la clientèle. Les témoignages d'anciens policiers de l'ex-Brigade mondaine ont confirmé cette protection à l'occasion de l'émission Un jour, un destin sur France 2[10].[réf. nécessaire]

Mais surtout, loin d'être une proxénète classique (elle n'a jamais fait l'objet d'une plainte de la part des personnes de son réseau), elle a souvent permis à celles qui l'ont quittée de le faire sans difficulté pour continuer souvent une carrière d'actrice, de chef d'entreprise ou simplement une vie d'épouse d'un ancien client fortuné.[réf. nécessaire]

Différentes personnalités politiques auraient fait partie de sa clientèle, comme le président américain John F. Kennedy, Moshé Dayan ou le guide libyen Mouammar Kadhafi, mais aussi des célébrités du grand banditisme et de l'administration policière qui auraient assuré sa protection. Elle s'est liée avec des personnages d'origines les plus diverses, parmi lesquels Pierrot le Fou, Marlon Brando ou encore le neveu du roi Farouk, le milliardaire égyptien Ibrahimi[6].

Les confidences sur l'oreiller, transmises par Madame Claude aux services secrets, la mettaient à l'abri de tout désagrément[réf. nécessaire]. Cette situation perdura jusqu'à l'arrivée au pouvoir de Valéry Giscard d'Estaing.

À cette époque, les nouvelles dispositions législatives prises à l'encontre de la prostitution, se concrétisent par la fermeture de tous les hôtels de passe, mais aussi des « maisons » connues, comme celle de Madame Billy, autre pourvoyeuse de plaisirs pour la jet-set de l'époque[réf. nécessaire].

Enquêtes et adaptations[modifier | modifier le code]

L'histoire de Madame Claude et de son réseau a inspiré des auteurs et des cinéastes.

  • Le livre d'Élisabeth Antébi et Anne Florentin, Les Filles de Madame Claude est le premier du genre à retracer l'ascension de Madame Claude et la vie quotidienne de ses « pensionnaires ».
  • Le film Le Téléphone rose d'Édouard Molinaro lui fait référence.
  • Sa vie a été adaptée dans le film Madame Claude par le réalisateur Just Jaeckin en 1977. Une suite intitulée Madame Claude 2 est réalisée par François Mimet en 1981.
  • Une série d'ouvrages érotiques est éditée dans les années 1980 dans la collection « Les dossiers secrets de Madame Claude » (éditions E1).
  • En 1995, le documentaire Les Confessions de Madame Claude, réalisé par Patrick Meadeb, où Madame Claude se livre, face à la caméra, à Isabelle Morini-Bosc, connait un record d'audience sur TF1.

Publications[modifier | modifier le code]

  • 1986 : Claude Grudet, Le meilleur c'est l'autre, éditions Jacob Duvernet
  • 1994 : Claude Grudet, Madam, éditions Michel Lafon Dans cette « histoire de Madame Claude par Madame Claude » largement fantasmée, celle-ci s'invente une famille, trois frères (elle n'en avait pas) élevés chez les Jésuites, un père ingénieur (alors qu'il était ouvrier) et raconte qu'elle a été déportée durant la guerre, alors que son nom n'apparaît dans aucun camp de concentration.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Charlotte Oberti, « Mort de la proxénète Madame Claude, trafiquante de "vice joli" », sur france24.com,‎
  2. a, b, c, d et e Caroline Desorbay, « Mais qui était Madame Claude ? », sur lavenir.net,‎ .
  3. Claude Cancès, La Brigade mondaine, Éditions Flammarion, , p. 47
  4. a, b, c et d Meriem Lay, Madame Claude, sexe, mensonges et secrets d'État, documentaire diffusé sur France 2, le 7 octobre 2011.
  5. a et b Serge Koster, Le sexe et l'argent, Melville, , p. 77
  6. a et b Voir sur Jeuneafrique.com.
  7. a, b, c et d Dany Jucaud, « Madame Claude, Madame 30 % », Paris Match, semaine du 31 décembre au 6 janvier 2015, pages 32-35.
  8. Véronique Willemin, La mondaine : histoire et archives de la police des mœurs, Hoëbeke, , p. 221
  9. Véronique Willemin, La mondaine : histoire et archives de la police des mœurs, Hoëbeke, , p. 224
  10. Rediffusée le 7 octobre 2011.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • 1974 : Élisabeth Antébi et Anne Florentin, Les Filles de Madame Claude, Stock-Julliard

Émission radiophonique[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]