Macro-langue

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

En linguistique, une macro-langue (de l'anglais macrolanguage) désigne en général une famille de langues ou une langue qui existe sous la forme de différentes variétés non nécessairement intercompréhensibles entre elles, mais qui pour certaines raisons sont considérées comme des formes dialectales de la même langue. Cela fait souvent référence à un groupe de langues apparentées, mais qui n'ont pas de dénomination propre et qui, pour des motifs culturels, religieux, politiques, etc. se considèrent pourtant comme une seule et unique langue[1]. Le terme macro-langue est parfois employé dans un contexte de diglossie : lorsque coexistent plusieurs variétés dérivées d'une langue plus ancienne ou « classique », mais que cette langue est utilisée pour faciliter les communications entre les locuteurs des différentes variétés. Les macro-langues incluent par exemple l'arabe[2],[3], le chinois[4], le quechua, le nahuatl, ou encore le sarde. Le concept de macro-langue peut être comparé avec le concept sociolinguistique de langue-toit (Dachsprache).

Ce terme désigne également une catégorie introduite par la norme internationale ISO 639-3[4],[5]Les macro-langues sont répertoriées et cataloguées par l'organisation SIL International et utilisées depuis la 16e édition d'ethnologue.com[6].

Norme ISO 639-3[modifier | modifier le code]

Différences entre ISO 639-2 et 639-3[modifier | modifier le code]

Certaines macro-langues telles que définies par l'ISO 639-3 ne possédaient pas de langue individuelle dans l'ISO 639-2, par exemple « ara ». D'autres, comme « nor », avaient déjà leurs langues individuelles (« nno », « nob ») dans 639-2. Cela signifie que certaines langues (par exemple « arb ») qui étaient considérées par ISO 639-2 comme des dialectes d'une langue (« ara »), sont maintenant elles-mêmes, dans certains contextes, considérées dans ISO 639-3 comme des langues individuelles. 58 langues dans la classification ISO 639-2 sont considérées comme des macro-langues dans la classification ISO 639-3, sur les 62 macro-langues au total[7].

Liste de macro-langues[modifier | modifier le code]

Données officielles de SIL International[7].
ISO 639-1 ISO 639-2 ISO 639-3 Nombre
de langues
individuelles
Nom de la
macro-langue
ak aka aka 2 akan
ar ara ara 30 arabe
ay aym aym 2 aymara
az aze aze 2 azeri
(-) bal bal 3 baloutche
(-) bik bik 8 bicol
(-) (-) bnc 5 bontok
(-) bua bua 3 bouriate
(-) chm chm 2 mari
cr cre cre 6 cri
(-) del del 2 delaware
(-) den den 2 esclave
(-) din din 5 dinka
(-) doi doi 2 dogri
et est est 2 estonien
fa fas/per fas 2 persan
ff ful ful 9 peul
(-) gba gba 6 gbaya
(-) gon gon 2 gondî
(-) grb grb 5 grebo
gn grn grn 5 guaraní
(-) hai hai 2 haïda
sh (-) hbs 3 serbo-croate
(-) hmn hmn 25 hmong
iu iku iku 2 inuktitut
ik ipk ipk 2 Inupiak
(-) jrb jrb 5 judéo-arabe
kr kau kau 3 kanouri
(-) (-) kln 9 kalenjin
(-) kok kok 2 konkani
kv kom kom 2 komi
kg kon kon 3 kikongo
(-) kpe kpe 2 kpèllé
ku kur kur 3 kurde
(-) lah lah 7 lahnda
lv lav lav 2 letton
(-) (-) luy 14 luyia
(-) man man 6 mandingue
mg mlg mlg 11 malgache
mn mon mon 2 mongol
ms msa/may msa 36 malais
(-) mwr mwr 6 marwari
ne nep nep 2 népalais
no nor nor 2 norvégien
oj oji oji 7 ojibwa
or ori ori 2 oriya
om orm orm 4 oromo
ps pus pus 3 pachto
qu que que 44 quechua
(-) raj raj 6 rajasthani
(-) rom rom 7 romani
sq sqi/alb sqi 4 albanais
sc srd srd 4 sarde
sw swa swa 2 swahili
(-) syr syr 2 syriaque
(-) tmh tmh 4 touareg
uz uzb uzb 2 ouzbek
yi yid yid 2 yiddish
(-) zap zap 57 zapotèque
za zha zha 16 zhuang
zh zho/chi zho 14 chinois
(-) zza zza 2 zazaki

Exemple : le mari[modifier | modifier le code]

Le concept de macro-langue peut être illustré par la macro-langue marie, parlée en Russie. Elle est constituée de deux variétés, le mari des plaines (ou mari des prairies) et le mari des collines (ou mari des montagnes). À l'origine existait sans doute un continuum linguistique : les différentes tribus parlaient des langues proches, mais néanmoins distinctes. Lorsque ces tribus se sont unifiées, le dialecte de la tribu dominante s'est petit à petit imposé. Dans le cas des Maris, cependant, deux groupes distincts se sont formés, les Maris des montagnes et les Maris des prairies. Au fil du temps, la langue de chaque groupe s'est consolidée et différenciée de l'autre variété, à tel point que la création d'un standard unique s'est avéré impossible[8]. Suite aux efforts de standardisation et de codification, deux standards ont été créés pour chaque variété du mari[8]. Pour Zoja Zorina, « la naissance des langues maries n’est pas le résultat d’une codification : c’est au contraire parce qu’il existait deux langues différentes que la standardisation a été possible et nécessaire »[8]. Aujourd'hui, les deux langues maries sont des langues écrites et codifiées, aux règles de prononciation et de grammaire bien établies (à l'inverse de dialectes qui eux n'ont pas forcément de forme standard et sont souvent cantonnés à la sphère orale). De plus, des traductions sont effectuées entre le mari des prairies et le mari des montagnes et les habitants sont conscients de l'existence de deux langues différentes[8].

Cependant, la République des Maris a adopté en 1995 une Loi sur les langues dont l'article 1 stipule : « Les langues d’État de la république du Mari El sont le mari (des collines et des plaines) et le russe… ». Autrement dit, cette loi présente les deux langues mari comme une seule langue. Pour Zoja Zorina, la loi a créé « une langue abstraite (la « langue marie ») qui n’existe pas. »[8]. L'un des buts de la loi était de renforcer l'unité entre les Maris (selon l'idée qu'un peuple doit parler une seule et même langue), mais cela n'a fait qu'augmenter la confusion autour des deux langues maries. Finalement, la macro-langue marie est née pour des motifs politiques bien plus que linguistiques[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Bertil Tikkanen, « Languages of interethnic communication on the Indian Subcontinent (excluding Nepal) », dans Stephen Adolphe Wurm (dir.) et al., Atlas of Languages of Intercultural Communication in the Pacific, Asia, and the Americas, vol. II.1, Walter de Gruyter, (ISBN 3110134179 et 9783110134179, présentation en ligne, lire en ligne), p. 787
    « The Indo-Aryan languages or macrolanguages of the plains merge into each other, being on the local level made up of enormous dialect continua (e.g. PANJABI-HINDI-BIHARI-RAJASTHANI-PAHARI). These fluid ‘macrolanguages’ (indicated by capital letters, e.g. HINDI) may have “dialects” which are mutually unintelligible and hard to classify. »
  2. (en) Jose A. Fadul (dir.), Encyclopedia Rizaliana: Student Edition (ISBN 978-1-4303-1142-3, présentation en ligne, lire en ligne), p. 6
    « Modern Arabic is classified as a macrolanguage with 27 sub-languages spoken throughout the Arab world. »
  3. (en) Tristan James Mabry, Nationalism, Language, and Muslim Exceptionalism, University of Pennsylvania Press, , 312 p. (ISBN 0812246918 et 9780812246919, présentation en ligne, lire en ligne), p. 63
  4. a et b (en) Elizabeth J. Pyatt, « Macrolanguage vs. Dialect », sur Université d'État de Pennsylvanie,‎
  5. (en) « Scope of denotation for language identifiers », sur SIL International
  6. (en) M. Paul Lewis (dir.), Ethnologue : Languages of the World, SIL International, , 16e éd., 1248 p. (ISBN 1556712162 et 9781556712166, présentation en ligne)
  7. a et b (en) « ISO 639-3 Macrolanguage Mappings », sur SIL International
  8. a, b, c, d, e et f Zoja Zorina (trad. Vincent Lorenzini), « La situation linguistique dans la république du Mari-El », Études finno-ougriennes,‎ (ISSN 0071-2051, DOI 10.4000/efo.2322, lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Artcles connexes[modifier | modifier le code]