Maaloula

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Maaloula
(ar) معلولا
Maaloula
Maaloula, vue d'ensemble
Administration
Pays Drapeau de la Syrie Syrie
Muhafazah (محافظة) Rif Dimashq
Géographie
Coordonnées 33° 50′ 00″ nord, 36° 33′ 00″ est
Altitude 1 380 m
Localisation
Géolocalisation sur la carte : Syrie
Voir sur la carte administrative de Syrie
City locator 14.svg
Maaloula

Maaloula (en arabe : معلولا / maʿlūlā, de l'araméen : ܡܥܠܐ / ma`lā, « entrée »), est un village montagneux de Syrie au nord-est de Damas. La population y est musulmane et chrétienne. Il présente la particularité, ainsi que les villages alentours, d'abriter une population qui parle encore l'araméen (voir néo-araméen occidental). Dans les années 2000, la population sunnite est majoritaire en hiver, et aux deux tiers chrétienne l'été.

Le village doit sa renommée à ses refuges troglodytiques datant des premiers siècles du christianisme.

Histoire[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Les habitants, païens du temps de l'Empire romain, se sont convertis au christianisme dans les premiers temps de l'Église à l'époque romaine, six siècles avant la conquête arabe.

La majorité des chrétiens locaux appartiennent à l'église grecque-catholique melkite et à l'église grecque-orthodoxe d'Antioche. Le village est célèbre au Proche-Orient pour la ferveur et la solennité avec lesquelles il célèbre, chaque 14 septembre, la fête de l'Exaltation de la Sainte-Croix. On allume de grands feux sur les collines et l'on invite les habitants et les visiteurs, chrétiens ou musulmans nombreux à venir en période de paix, à de grands dîners après les cérémonies religieuses[1].

Le village abrite, parmi des monastères en ruines, le monastère Mar Takla, grec-orthodoxe, construit autour de la grotte et du tombeau de sainte Thècle, princesse séleucide et disciple de saint Paul, fêtée le 24 septembre. En haut d'un rocher qui domine le village, se dresse un antique monastère (construit au IVe siècle) desservi par un prêtre grec-catholique et dédié à Mar Sarkis et Mar Bacchus (saints Serge et Bacchus), deux saints martyrs fêtés le 7 octobre, qui étaient fort populaires dans l'Empire romain d'Orient.

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Sous le mandat français, au cours de la grande révolte syrienne, le village est attaqué et assiégé à plusieurs reprises entre et par les rebelles commandés par Ramadan al-Shallash. Les Français, qui font confiance aux populations catholiques, distribuent des armes aux villageois[2].

Guerre civile syrienne[modifier | modifier le code]

Le village, relativement épargné par les attaques jusqu'à l'été 2013. Un check-point à l'entrée du village fait l'objet d'un attentat-suicide le 4 septembre, puis des groupes armés rebelles et des islamistes du Front al-Nosra y prennent position le [3],[4]. Un certain nombre d'habitants prend la fuite. Selon certaines sources, dans la ville, les djihadistes auraient tué au moins 20 civils de confession chrétienne et enlevé 15 autres[5]. Selon d'autres sources au contraire, il pourrait s'agir de désinformation du régime, car les habitants auraient fui le village avant (seules restaient quelques dizaines de personnes) et des témoignages contestent les exactions. La mort de trois chrétiens du village a été documentée, selon certaines sources ils seraient mort en combattant[6],[7],[8],[9].

Après avoir déserté le village, l'armée syrienne lance une opération afin de le reprendre ; cette offensive est , repoussée tout d'abord à la suite de l'arrivée de renforts djihadistes[10], puis aboutie le .[réf. nécessaire]

Le , les islamistes s'emparent à nouveau de la ville et enlèvent douze religieuses du monastère orthodoxe de Sainte-Thècle[11], finalement libérées en contre 150 prisonniers du régime syrien, essentiellement des femmes[12],[13].

Selon Frédéric Pichon, les djihadistes commettent un « véritable massacre archéologique », pillant l'église conventuelle, un des plus vieux édifices chrétiens du monde, datant du début du IVe siècle, détruisant des icônes exceptionnelles[14]. Selon d'autres sources y compris des responsables religieux, il n'y a eu « ni massacre ni profanation des lieux saints », pas de destruction ni de pillage lors de la prise du village par les groupes rebelles[6],[7],[9]. De leur côté, des combattants d'opposition affirment avoir ordonné de ne pas s'en prendre aux chrétiens qui ne combattaient pas aux côtés du régime et de ne pas rester sur place afin d'éviter que l'aviation du régime ne détruise les sites historiques en les visant[15],[7].

Le village est repris par les loyalistes et le Hezbollah le [16].

Géographie[modifier | modifier le code]

Maaloula est situé à presque 1 400 mètres d'altitude, dans le Djebel Qalamoun qui fait partie de la chaîne de l'Anti-Liban à 56 km de Damas. Il descend sur le versant sud des pentes du même nom.

Population[modifier | modifier le code]

La population du village s'élève en hiver à deux mille habitants, dont la majorité sont musulmans, et elle augmente en été, jusqu'à cinq mille habitants, lorsque les travailleurs migrants (qui travaillent dans d'autres villes de Syrie, au Liban et même en Turquie) rejoignent le village de Maaloula dont ils sont originaires, ainsi que des familles de Maaloulites habitant Damas et y passent l'été en famille. La population chrétienne devient alors majoritaire durant l'été[4].

Personnalités[modifier | modifier le code]

  • Jalal Altawil (1981-), acteur, metteur en scène, présentateur de télévision et de radio, né à Maaloula.

Jumelage[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La Croix, 9 septembre 2013, p. 3
  2. Frédéric Pichon, Bernard Heyberger, Maaloula (XIXe-XXIe siècles). Du vieux avec du neuf, IFPO, 2010
  3. La Croix, 9 septembre 2013, p. 3
  4. a et b Ariane Lavrilleux, Elie Guckert et Frank Andrews, « Comment SOS Chrétiens d’Orient a utilisé le village syrien de Maaloula », sur Mediapart (consulté le 2 octobre 2020)
  5. Renaud Girard : après Daech, comment sauver le Moyen-Orient ?, entretien, lefigaro.fr, 28 octobre 2016
  6. a et b Jean-Pierre Perrin, « Le massacre des chrétiens de Maaloula a-t-il eu lieu ? », sur Libération.fr, (consulté le 8 juin 2020)
  7. a b et c « Syrie. L’attaque de Ma’aloula moins menaçante pour les chrétiens que certaines couvertures médiatiques », Un oeil sur la Syrie,‎ (lire en ligne, consulté le 8 juin 2020)
  8. (en-US) Anne Barnard et Hwaida Saad, « Assault on Christian Town in Syria Adds to Fears Over Rebels », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le 8 juin 2020)
  9. a et b Lucie Delaporte, « Syrie : Maaloula, un symbole chrétien au cœur du conflit », sur Mediapart (consulté le 8 juin 2020)
  10. En Syrie, Maaloula devient « un village fantôme », L'Orient Le Jour, 8 septembre 2013
  11. « Les rebelles syriens s'emparent de nouveau de la ville chrétienne de Maaloula », sur France 24,
  12. Yazbak, Samar, 1970-, 19 femmes : les Syriennes racontent (ISBN 978-2-234-08604-3 et 2-234-08604-3, OCLC 1114114734, lire en ligne), p. 235
  13. « Syrie : les religieuses de Maaloula libérées », La Croix,‎ (ISSN 0242-6056, lire en ligne, consulté le 4 juin 2020)
  14. Frédéric Pichon, Syrie : Pourquoi l'Occident s'est trompé, Éditions du Rocher, 2014, p. 102
  15. (ar) « لماذا هوجمت بلدة معلولا الأثرية في سوريا وما الذي حدث أثناء الهجوم؟ », sur فرانس 24 / France 24,‎ (consulté le 9 juin 2020)
  16. « La ville chrétienne de Maaloula reprise par l'armée syrienne », sur RFI,

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]