Maître de la Passion de Darmstadt

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Maître de la Passion de Darmstadt
Meister der Darmstädter Passion 001.jpg
Portement de croix, Maître de la Passion de Darmstadt, vers 1450. Musée régional de la Hesse.
Biographie
Activité
Crucifixion. Maître de la Passion de Darmstadt, vers 1450. Musée régional de la Hesse.
Adoration des mages (détail), Maître de la Passion de Darmstadt, vers 1455. Gemäldegalerie (Berlin).

On appelle Maître de la Passion de Darmstadt (en allemand Meister der Darmstädter Passion) un peintre du milieu du XVe siècle, actif entre 1435 et 1470 dans la région du Rhin Supérieur et de Souabe, et dont on ignore le nom. Il est nommé ainsi d'après deux panneaux d'un retable, conservés au Musée régional de la Hesse à Darmstadt, retraçant des épisodes de la passion du Christ, le Portement de Croix et la Crucifixion. Plusieurs autres panneaux de retables qui lui sont attribués traitent également de sujets religieux.

Style[modifier | modifier le code]

Comme Stefan Lochner à Cologne, Le Maître de la Passion œuvre à une époque charnière, entre la douceur exprimée dans le style gothique international finissant et le réalisme qui se manifestent dans le style primitif flamand venant de Flandre. Il développe toutefois son propre langage pictural, avec l'emploi de beaucoup de couleur, et de foules humaines animées[1]. L'œuvre du Maître de la Passion est caractérisée de plus par la représentation de l'effet de la lumière et de son utilisations pour l'intensification des couleurs. Le traitement subtil du clair-obscur, avec des effets d'ombres colorées et des rehauts clair, donne aux corps un relief sculptural.

Les premières de ses œuvres, les fragments du retable de Baindt de Dijon, Munich, Stuttgart et Zurich, montrent des signes d'une formation à Ulm[2]. Dans le panneau de Dijon, et bien que les figures soient plus trapues, quelques éléments stylistiques rappellent le « style doux » du début du XVe siècle : le léger fléchissement de l'attitude, la ceinture placée très haut, la taille mince et les épaules tombantes de sainte Catherine, les courbes douces de la bordure du manteau de sainte Dorothée, confèrent à l'ensemble une impression de grâce et d'élégance. La palette est nuancée, bruns, lilas, vert pomme et rouge cinabre dégradés en camaïeu. Cette harmonie colorée place le peintre à part dans la production allemande de son temps[1].

Le style et les thèmes des panneaux du retable de Darmstadt, créé vers 1445, et dont les portement de croix et la crucifixion sont deux panneaux intérieurs, témoignent de l'influence des cercles autour du Maître de la Passion de Karlsruhe qui travaillait à Strasbourg[2]. C'est là aussi que le Maître de la Passion de Darmstadt au dû avoir des contacts décisifs avec la peinture flamande, déjà connue tôt dans la vallée du Rhin supérieur.

Aucune des œuvres du peintre ne porte de signature ni de date, et aucun élément probant ne permet de connaître son identité. Cependant, les relations stylistiques qu'on perçoit avec l'art de Cologne et des Pays-Bas d'une part, et l'œuvre de Conrad Witz en Suisse d'autre part, rendent plausible son activité dans cette zone de confluence géographique.

Œuvres principales[modifier | modifier le code]

Retable de Darmstadt[modifier | modifier le code]

Retable créé vers 1445 ou 1450[3]. Deux panneaux subsistent de ce qui était un triptyque ou un polyptyque, tous deux conservés au Musée régional de la Hesse à Darmstadt.

Images du cycle des miracles du Christ (« Retable de Baindt »)[modifier | modifier le code]

Fragments d'un retable de l'ancien couvent des religieuses cisterciennes de Baindt (de) près de Ravensbourg, appelé le retable de Baindt datant de 1435[2] ou 1460 environ[3]. L'ensemble ouvert devait mesurer 2 mètres de haut sur 3 mètres de large. Les panneaux sont conservés dans divers musées.

Ces trois panneaux sont sur fond bleu et devaient prendre place à l'extérieur du retable. La distribution régulière de la lumière, dans ces panneaux, contribue à créer une impression de distance à la réalité. Le Maître utilise de façon remarquable la lumière pour intensifier les couleurs délicatement dégradées.

Après l'ouverture de la première paire de volets apparaissaient :

Les panneaux

  • La Communion de Saint Onuphre l'Anachorète. Kunsthaus de Zurich, Inventaire N° 2347
  • La Rencontre à la Porte Dorée. Kunsthaus de Zurich, Inventaire N° 2324

figuraient peut-être au registre inférieur.

Sainte Dorothée et sainte Catherine sont représentées en pied, sur un carrelage, devant un brocart d'or. Elles sont identifiées par les inscriptions sur leurs nimbes : san(c)ta thorothea virgo et sa(n)cta chaterina virgo. Dorothée est Dorothée de Césarée, reconnaissable à sa corbeille contenant trois pommes et trois roses, en relation avec la légende. Elle est couramment représentée avec le Christ enfant. Dorothée porte la couronne du martyre, de même que sainte Catherine d'Alexandrie qui l'accompagne et qu'on reconnaît aux instruments de torture : roue et épée, ainsi qu'au livre qui rappelle qu'elle était très instruite. Le fond doré ferme tout perspective. Le fond d'or est traditionnellement appliqué sur la face interne des volets. Il est réalisé à l'imitation de brocarts italiens qui circulent alors dans toute l'Europe[1].

Les saints Sébastien et Fabien également sont représentés en pied, sur un carrelage, avec leurs noms inscrits dans les nimbes. Le fond est également brocardé, le carrelage de même facture que sur d'autres tableaux. Le manteau de Sébastien, à gauche dans une belle armure, est d'un vert éclatant.

Retable de Bad Orb[modifier | modifier le code]

Retable exécuté vers 1460–1470 [3] :

Les deux panneaux sont conservés à la Gemäldegalerie de Berlin. Ils mesurent 209 × 109 cm, et sont donc très grands. Il est probable que le Maître ait fait le voyage aux Pays-Bas et ait pris connaissance de leur peinture, comme elle s'exprime dans ces œuvres ses plus achevées[2].

Retable d'Eberhardsklausen[modifier | modifier le code]

Retable peint vers 1470[3].

Les panneaux sont conservés dans l'église d'Eberhardtsklausen, lieu de pèlerinage située dans la commune de Klausen.

Autres œuvres[modifier | modifier le code]

Lui sont attribuées[3] :

  • Saint-Jean Baptiste, vers 1460(?). Collection privée.
  • Roi David, vers 1460(?). Collection privée.
  • Salvator Mundi, vers 1460. Francfort-sur-le-Main, Städel Numéro d'inventaire 2060.

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c Dubois
  2. a b c et d (de) Michael Wolfson,  Meister der Darmstädter Passion, dans : Neue Deutsche Biographie (NDB), volume 16, Duncker & Humblot, Berlin 1990, p. 710 (original numérisé).
  3. a b c d et e Kemperdick 2000

Littérature[modifier | modifier le code]

  • (de) Bodo Brinkmann et Stephan Kemperdick, Deutsche Gemälde im Städel 1300-1500, Philipp von Zabern, (ISBN 978-3805329200). Volume IV de la série des catalogues des peintures de l'Institut d’art Städel de Francfort-sur-le-Main.
  • (de) Stefan Kemperdick, « Das Oeuvre um die Berliner Tafeln », dans Gemäldegalerie (Berlin) (éditeur), Maler des Lichtes. Der Meister der Darmstädter Passion, Berlin, . Catalogue de l'exposition, Berlin 2000.
  • Isabelle Dubois, Le Maître de la Passion de Darmstadt "Sainte Dorothée et Saint Catherine", Musée des beaux-arts de Dijon, 3 p. (lire en ligne).
  • (de) Michael Wolfson,  Meister der Darmstädter Passion, dans : Neue Deutsche Biographie (NDB), volume 16, Duncker & Humblot, Berlin 1990, p. 710 (original numérisé).