Jean Hey

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Meister von Moulins 005.jpg Meister von Moulins 006.jpg Meister von Moulins 007.jpg

Triptyque de Moulins. env. 1500.
Cathédrale Notre-Dame de Moulins.

Jean Hey, également connu comme Le Maître de Moulins est un peintre, dessinateur de cartons et enlumineur français actif entre 1475 et 1505.

D'origine flamande, il travaille successivement à la cour de Charles de Bourbon puis de Pierre II de Bourbon. Hey est un de plus grand peintre de la fin du XVe et du début du XVIe siècle. Son style, influencé par Hugo van der Goes et Jean Fouquet, se modifie pour participer de l'évolution de la peinture religieuse et de portrait de son temps. Il est désormais reconnu avec certitude comme étant le Maître de Moulins.

Sources d'information[modifier | modifier le code]

Cinq documents permettent d'avoir des informations sur Jean Hey : un texte des archives de la ville de Bruxelles, une pièce des archives départementales du Rhône sur une affaire immobilière de 1488, une délibération de 1488 du chapitre cathédral, un Ecce Homo de 1494 au dos duquel une mention le lui attribue et un éloge de Jean Lemaire de Belges[1].

Historiographie[modifier | modifier le code]

Portrait présumé de Madeleine de Bourgogne, dame de Laage, présentée par Sainte Madeleine. entre 1490 et 1495.

L'hypothèse part du fait qu'existe dans les archives concernant les comptes du duc Pierre II de Bourbon, un document citant Maistre Jehan le paintre. Diverses tentatives ont donc été menées pour identifier le Maître de Moulins avec des artistes connus tels : Jean Hey ou Jean Perréal ou Jean Prévost, mais aucune n'a remporté l'assentiment général jusqu'à une date récente.

Dès 1968, Charles Sterling a proposé le nom de Jean Hey[2]. André Chastel dans sa synthèse L'Art français prend partie pour Jean Hey dans l'attribution des œuvres du Maître de Moulins.

Albert Châtelet a proposé en 2001 d'identifier le Maître de Moulins avec le peintre lyonnais Jean Prévost actif de 1471 à 1497 [3]. On citera (partiellement) la conclusion du compte-rendu de son ouvrage dans la revue Britannique The Burlington Magazine parue en juin 2002 : This is an important book. Even if the main thesis cannot be accepted. For the moment the Master maintains his anonymity. Lorne Campbell, National Gallery, London. (« C'est un livre important, même si la thèse de l'auteur ne peut être acceptée. Pour le moment, le Maître reste anonyme »).

Pierre-Gilles Girault et Étienne Hamon précisent dans « Nouveaux documents sur Jean Hey et ses clients Charles de Bourbon et Jean Ceuillette », Bulletin Monumental, no 161-2, 2003, p. 117-125 (lire en ligne) leur position sur les documents trouvés et donnent leur accord sur l'identification de Jean Hey avec Jehan le peintre travaillant pour le duc de Bourbon en 1503 défendue par Nicole Reynaud. Ils répondent aux critiques d'Albert Châtelet, qui leur répond lui-même dans le Bulletin Monumental, 161-4 p. 353-355 (Lire en ligne).

Dans son ouvrage de 2006 sur la peinture française du XVe siècle, Bottineau-Fuchs, tout en soulignant qu'Albert Châtelet défend toujours l'option Jean Prévost, adopte l'hypothèse de l'identité entre le Maître de Moulins et Jean Hey[4].

Les organisateurs de l'exposition de 2011 France 1500 identifient le Maître de Moulins à Jean Hey. Cette identification est faite à partir de l'authentification, grâce à une inscription au dos, du tableau Ecce Homo, réalisé par Hey pour Jean Cueillette, notaire et trésorier du duc de Bourbon. Selon le catalogue de l'exposition, cette identification est aussi corroborée par des documents retrouvés à Lyon mentionnant Jean Hey comme peintre du cardinal Charles de Bourbon dans les années 1480. Le catalogue attribue à Jean Hey le Triptyque de la Vierge en gloire entourée d'anges ou Triptyque de Moulins (non présent à l'exposition) et la Nativité avec le cardinal Jean Rolin, première œuvre du Maître de Moulins.

Biographie[modifier | modifier le code]

Son origine est inconnue, mais l'attribution au dos du Ecce Homo mentionne qu'il est « teutonicus », ce qui indique qu'il serait d'origine flamande[1]. Il semble être formé à Gand au début des années 1470 par Hugo van der Goes. De ce peintre, il est proche par la technique « faite d'un dessin net, d'une mise en page aux perspectives hardies, d'une lumière froide et d'un coloris éclatant »[5]. Ce rapprochement est fait à l'aide d'un des premiers tableaux de Hey : la Nativité avec le cardinal Jean Rollin. Son paysage ressemble à celui du volet du triptyque d'Hippolyte Berthioz de Poligny réalisé par Van Goes après 1475[6].

Jean Hey s'impose comme un des grands peintres en France du XVe siècle, à une époque où les artistes proprement français exécutent peu de tableaux. La plupart rayonnent dans d'autres arts et, malgré Jean Fouquet qui produit surtout des portraits miniatures, Jean Hey est une exception en France à son époque[7]. Sa personnalité est encore mal connue[4]. Il est actif essentiellement sous celui de Louis XI. Sa production se situe surtout dans le Bourbonnais (surtout à Moulins) et à Lyon[8]. Cet artiste flamand fait partie d'une cohorte de peintres et sculpteurs d'origine nordique attirés par le rayonnement de la cour de France et venant chercher protection pour vivre de leur art. Mais Jean Hey est l'un des rares, avec Nicolas Halins dit Nicolas le Flamand, à connaître le succès[9].

Au service de Charles de Bourbon[modifier | modifier le code]

Portrait du Cardinal de Bourbon.

Il est désigné comme un proche de l'archevêque Charles de Bourbon. On ne sait si ce dernier l'a recruté en Flandres ou à la cour de Jean Rolin. Il réalisé pour ce dernier un triptyque le représentant et une Nativité probablement destinée à la chapelle Notre-Dame de la cathédrale d'Autun. Ce panneau est exécuté vers 1480. Il exécute toujours à cette époque le diptyque de dévotion dit du Saint Soldat et donateur peut-être pour un proche de Charles de Bourbon[10].

En 1482, Charles de Bourbon le nomme procureur des pauvres du Christ à Lyon, fonction qui consiste à s'assurer du bon usage des legs pieux. Il délègue cette charge au plus vite à un notaire pour se consacrer à son art en tant que peintre officiel de son protecteur[5], cet office étant uniquement un moyen pour l'archevêque de rétribuer l'artiste[11]. La mention dans la pièce du chapitre cathédral de 1488 le désigne comme peintre de Charles de Bourbon, et indique qu'il est, le jour même de la mort de l'archevêque, démis de sa charge de procureur des pauvres par les chanoines[1].

Au service de Pierre II de Bourbon[modifier | modifier le code]

Le dauphin Charles-Orlant. 1492-1495. Musée du Louvre.

Il entre ensuite au service de Pierre II de Bourbon et, résidant à Moulins, travaille aux vitraux de la cathédrale Notre-Dame. On lui doit le vitrail des Popillon. À la même époque, il exécute plusieurs œuvres pour des personnes de la cour des Bourbons.

En 1490, il peint le portrait de Marguerite d'Autriche. En 1492-1493, il réalise le triptyque mettant en scène Pierre II de Bourbon, son épouse Anne de France et sa fille Suzanne, entourés de Saint-Pierre et Jean l'évangéliste.

En 1494, Jean Hey peint pour le trésorier des Bourbons un homme de douleur : Ecce Homo. C'est en décembre de la même année qu'il réalise le portrait du jeune Charles-Orlans, fils de Charles VIII et d'Anne de Bretagne. À cette époque, il réalise un frontispice pour le manuscrit Les statuts de l'ordre de Saint-Michel que Pierre de Bourbon offre au roi de France. Il peint toujours à cette même époque un diptyque dont le volet gauche (le droit est perdu) représente Madeleine de Bourgogne, épouse du chambellan des Bourbons : Bompar de Laage[10].

Jean Hey est également l'inventeur de trois statues de saint Pierre, sainte Anne et sainte Suzanne, réalisées par Jean de Chartres, au tournant de l'année 1500. Les patrons des statues n'ont pas été conservés mais leur très grande ressemblance avec les figures du triptyque de la Vierge réalisé pour la cathédrale de Moulins en 1498-1499 permet de les lui attribuer[12]. Il semble également avoir produit les dessins destinés à la réalisation d'un bas-relief destiné à un tombeau représentant La dormition de la Vierge[13].

Fin de carrière, influence et renommée[modifier | modifier le code]

« L'impact de Jean Hey dans la région a dû être considérable »[14]. Il est nommé dans un poème composé en 1504, la Plainte du désiré, de Lemaire de Belges ; où l'auteur le place sur un pied d'égalité avec Le Pérugin, Giovanni Bellini et Jehan Perréal[8],[15]. Cette mention semble prouver que Jean Hey n'est pas décédé à cette date, car de Belges l'apostrophe avec cette pĥrase : « Et toy, Iehan Hay, ta noble main chomme elle ? »[14],[16].

En 1972 la Poste a émis un timbre de Robert Cami reproduisant un tableau du musée du Louvre représentant Pierre II de Bourbon présenté par saint Pierre[17].

Style[modifier | modifier le code]

Avec son œuvre Ecce Homo, Jean Hey produit une réalisation novatrice, notamment avec la présentation d'un Christ nu, sans le manteau rouge[8]. Elle s'inspire de tableaux italiens, mais tout en s'inscrivant dans la tradition française de son temps[4].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Dessin[modifier | modifier le code]

Femme de profil, vers 1480, Musée du Louvre, département des arts graphiques, inv RF 31039.
  • Tête de jeune femme vue de profil (vers 1480)[5],[18], dessin, plume, encre brune, sur papier préparé, 19 × 14,4 cm, Musée du Louvre, Paris.

Panneaux[modifier | modifier le code]

Ce tableau est la partie droite d'un diptyque de dévotion[5]. L'analyse du dessin sous-jacent permet de voir que Hey a idéalisé et rajeuni les traits de son commanditaire. Ceci ajouté à l'exceptionnelle richesse du décor ecclésiastique, montre bien la volonté de flatter son protecteur de la part de l'artiste. Plusieurs historiens ont proposé de dater le tableau de 1476[19].
Ce tableau est très influencé par Hugo van der Goes, tout en manifestant un adoucissement[5].
Ce tableau est le volet droit d'un diptyque semblable à la formule alors mise à la mode par Jean Fouquet. Le saint guerrier représenté n'a pas encore été identifié. « Par la clarté de la mise en page, la définition estompée de ses modelés et le traitement moelleux de ses textures », il est très proche de deux œuvres originellement ensembles : le Charlemagne et l'Annonciation[10].
Ce portrait légèrement idéalisé de Marguerite d'Autriche a été réalisé avant que Charles VIII ne la répudie pour épouser Anne de Bretagne, comme en atteste les "C" et "M" qui émaillent sa robe. Le dessin préparatoire a du être réalisé par Jean Hey lors de la visite de Marguerite à la cour des Bourbon à noël 1490. la jeune fille est présentée comme une adulte en miniature, avec ses défauts atténués : « La lourdeur de la lèvre inférieure, l'arrondi de la lèvre supérieure et l'importance du nez sont bien visibles sans être soulignés, mais ils se fondent en une élégante arabesque »[20].
Volet gauche de diptyque ou triptyque. Le modèle était la fille naturelle du duc de Bourgogne Philippe le Bon et la femme de Bompar de Laage, chambellan du duc de Bourbon.
Une des premières communications sur le tableau date de 1911 avec le premier débat sur l'identification de son auteur. À cette date, l'œuvre est la propriété de M. Michy, de Chécy[23]. Cette peinture est signée à son dos « Johannes Hey Teutonicus » et est essentielle pour l'identification de l'artiste[10].
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Enluminure[modifier | modifier le code]

Apparition de saint Michel à Charles VIII. BNF, Fr.14363, f.3r

L'activité de Jean Hey en tant qu'enlumineur est relativement mal connue. Il est essentiellement un peintre de tableaux et de cartons et seule une miniature est connue de sa main. Elle lui a été commandée par son protecteur, Pierre de Bourbon pour orner un livret contenant le texte des statuts de l'ordre de Saint-Michel dans le but de l'offrir au roi Charles VIII. Sur cette miniature de frontispice, il représente une scène surnaturelle représentant saint Michel apparaissant au roi Charles VIII, en compagnie justement de Pierre de Bourbon. Le peintre y met en œuvre son talent de portraitiste et sa main est facilement reconnaissable dans la représentation de l'ange. La scène est représentée dans un cadre architectural typiquement renaissance[24].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Béghain et al. 2009, p. 627
  2. Sterling 1968, p. 26-33
  3. Châtelet 2001
  4. a, b et c Bottineau-Fuchs 2006, p. 190
  5. a, b, c, d, e et f Elsig 2004, p. 47
  6. a et b Taburet-Delahaye, Bresc-Bautier et Crépin-Leblond 2010, p. 162
  7. Taburet-Delahaye, Bresc-Bautier et Crépin-Leblond 2010, p. 28
  8. a, b et c Bottineau-Fuchs 2006, p. 192
  9. Taburet-Delahaye, Bresc-Bautier et Crépin-Leblond 2010, p. 42
  10. a, b, c, d, e et f Elsig 2004, p. 48
  11. Taburet-Delahaye, Bresc-Bautier et Crépin-Leblond 2010, p. 40
  12. Taburet-Delahaye, Bresc-Bautier et Crépin-Leblond 2010, p. 49
  13. Taburet-Delahaye, Bresc-Bautier et Crépin-Leblond 2010, p. 122
  14. a et b Elsig 2004, p. 49
  15. J. Stecher, Œuvres de Jean Lemaire de Belges, Louvain, t. III, 1885, p. 162.
  16. Lire le poème dans son intégralité en ligne : de Mély 1911, p. 317
  17. D'une valeur de 2 francs ; ce timbre porte le n° 1732 dans les catalogues Yvert & Tellier.
  18. Ce dessin à été autrefois attribué au Pérugin
  19. M. Huillet d'Istria, Le Maître de Moulins, Paris, 1961 et A. Châtelet, Jean Prévost, le Maître de Moulins, Paris, 2001.
  20. Taburet-Delahaye, Bresc-Bautier et Crépin-Leblond 2010, p. 165
  21. a, b et c Les 3 tableaux, Pierre de Bourbon, Anne de France et Suzanne de Bourbon, font partie d’un même retable. D'après la présentation de l'exposition France 1500 - Entre Moyen Âge et Renaissance (Paris, Grand Palais 6 octobre 2010 au 10 janvier 2011, le portrait de Suzanne de Bourbon aurait été découpé dans le volet initial d'Anne de France (voir catalogue de l'exposition dans la bibliographie).
  22. a, b et c La grande Galerie, journal du Louvre, sept./oct./nov. 2010, no 13.
  23. de Mély 1911
  24. François Avril et Nicole Reynaud, Les Manuscrits à peintures en France, 1440-1520, BNF/Flammarion,‎ , 439 p. (ISBN 978-2080121769), p. 350-351

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages généraux
Articles
  • Charles Sterling, « Jean Hey le Maître de Moulins », Revue de l'Art, no 1-2,‎
  • Nicole Reynaud, Jean Hey peintre de Moulins et son client Jean Cueillette, Revue de l'Art, no 1-2, 1968, p. 34-37
  • F. de Mély, « Signatures de primitifs : L'« Ecce Homo » de Jean Hey », Revue Archéologique, Presses Universitaires de France, 4e série, t. 17,‎ , p. 315-319 (JSTOR 41021744)
  • Pierre-Gilles Girault et Étienne Hamon, « Nouveaux documents sur le peintre Jean Hey et ses clients charles de Bourbon et Jean Cueillette », Bulletin monumental, Société française d'archéologie, t. 161-2,‎ (lire en ligne)
  • Martha Wolff, « Reconstitution d'une scène de la Passion peinte par le Maître de Moulins », Revue de l'Art, no 147,‎ , p. 57-68
  • Martha Wolff, « Observations on under-drawings in painting bu the Master of Moulins », dans Invention, Nothern Renaissance studies in honor of Molly Faries, Turnhout, J. Chapuis,‎ , p. 136-151
  • Philippe Lorentz, « Jean Hey », dans Dictionnaire d'histoire de l'art du Moyen Âge occidental, Paris, J.-M. Guillouët et P. Charron,‎ , p. 491-492
  • Philippe Lorentz, « La place du peintre dans les arts visuels en France au XVe siècle », dans ¿ Renaissance en France, renaissance française ?, Paris, Académie de France à Rome & Somogy éditions d'art,‎ (ISBN 978-2-7572-0173-2), p. 21-36
  • Pierre-Gilles Girault, « La Peinture de chevalet. Jean Hey et la naissance d'un genre », Dossier de l'Art, no 178,‎ , p. 18-27
  • Martha Wolff, « Le processus créatif de Jean Hey », dans Peindre en France à la Renaissance, t. 1. Les courants stylistiques au temps de Louis XII et de François Ier, Milan, Silvana Editoriale Spa,‎ , p. 195-214
  • Philippe Lorentz, « Jean Hey et le vitrail. Une œuvre méconnue du peintre des Bourbons à la cathédrale de Moulins », dans Peindre en France à la Renaissance, t. 1. Les courants stylistiques au temps de Louis XII et de François Ier, Milan, Silvana Editoriale Spa,‎ (ISBN 9788836621101), p. 179-194

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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