MGTOW

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Le logo attribué aux MGTOW dans l'épisode « Men at War » de la série Reggie Yates' Extreme UK chez BBC[1]

MGTOW (acronyme signifiant Men Going Their Own Way, soit « les hommes suivant leur propre chemin » ou « les hommes traçant leur propre voie » en français) est une philosophie et une école de pensée appuyées par des sites web et une présence sur des réseaux sociaux[2]. La communauté en ligne[3] MGTOW pourrait faire partie de la manosphère[4], qui regroupe l'ensemble des mouvements s'intéressant à la condition masculine.

Définition[modifier | modifier le code]

La philosophie MGTOW réunit les hommes qui, s'étant interrogés sur la nature de la femme et des relations hommes/femmes, pensent que le contexte socio-politico économique à l’intérieur duquel ces relations prennent corps est si inique, et si déséquilibré en leur défaveur, qu'ils tentent, chacun à leur manière - sinon de s'émanciper - d'échapper à ses effets les plus préjudiciables.

Contrairement à certaines idées reçues des critiques féministes, le MGTOW n'est ni une association avec une fondation historiquement définie ni un mouvement politique de revendication, mais une philosophie passive, individuelle et non-mixte née spontanément à plusieurs endroits épars dans le monde, qui se traduit par un choix de vie personnel d'émancipation de l'homme hétérosexuel, qui par exemple se désintéresse ou, à terme, se retire purement et simplement du jeu de la séduction, de la compétition sexuelle, de l'engagement ou de la recherche d'une quelconque relation sentimentale avec l'autre sexe (célibat volontaire), tendant autant que lui permettent son potentiel, ses capacités et sa condition socioéconomique, à un certain niveau d'autonomie ainsi qu'une forme personnalisée d'épanouissement individuel qui ne soit pas gynocentré ou dépendant de la femme.

De ce fait donc, même quand le MGTOW n'approuve ni ne promeut mais critique les actions et dérives idéologiques des courants féministes contemporains, dans les actes concrets il ne s'oppose pas plus à elles tant qu'elles ne bafouent pas elles-mêmes ses propres droits et libertés individuelles, ainsi que sa recherche de bien-être personnel qui en plus de n'être pas politique, ne les concerne simplement pas puisqu'elle ne se détermine pas par la condition féminine.

Philosophie[modifier | modifier le code]

Constat général[modifier | modifier le code]

Selon le chroniqueur Martin Daubney, les membres de la communauté MGTOW pensent et concluent que la somme du coût-avantage et du bénéfice-risque du mariage ainsi que des relations sentimentales avec les femmes, est devenue défavorable et trop risquée pour les hommes[5].

Kay Hymowitz déclare que, si certains hommes s'identifiant au MGTOW expriment leur mécontentement, c'est parce qu'ils considèrent que les femmes sont dans une majorité écrasante hypergames et manipulatrices, et estime elle-même logique que les femmes jouissant de l'égalité des sexes n'aient pas à s'en plaindre et la rejeter quand elle concerne des cadres spécifiquement avantageux pour elles, comme les rencontres sentimentales ou sexuelles (« Les femmes peuvent adopter une approche de menu chinois pour les rôles de genre. Elles peuvent toutes être ‹ laisse-moi payer pour les billets de cinéma › le vendredi soir, puis ‹ une seule rose ? C'est tout ? › le jour de la Saint-Valentin. »)[6].

Le journaliste du Business Insider Dylan Love écrit qu'« un MGTOW pleinement développé (il existe plusieurs degrés) rejette toute relation avec une femme : court terme, long terme, relation amoureuse ou autre. Il finit par fuir la société dans son ensemble. »[7]

Certaines figures antiféministes, comme Karen Straughan de Girl Writes What?!, affirment leur sympathie envers les hommes MGTOW. Karen, qui est très critique envers l'égalité des sexes telle que prônée et revendiquée par la plupart des courants féministes, considère les MGTOW comme une conséquence logique de la destruction de la famille nucléaire ainsi que du bouleversement socioéconomique et moral des rapports hommes-femmes, engendrés par le féminisme en tant qu'instrument utile du capitalisme et acteur important du consumérisme.

La vidéaste antiféministe et mère de famille NollaGirl504 affirme dans son diptyque MGTOW Its The Safest Choice que « dans le monde occidental d'aujourd'hui », avec ses connaissances et expériences personnelles nombreuses « d'injustices et de problématiques graves subies à tort par des hommes à cause des femmes », elle trouve légitime et entièrement sensé le choix pour un homme de devenir MGTOW et assume qu'elle « serait elle-même MGTOW si elle était un homme[8] ». Très critique envers la femme occidentale contemporaine et soucieuse pour son propre garçon, elle argue qu'elle préférerait le voir emprunter ce genre de voie plus tard pour son propre bien, quitte à « ne jamais avoir d'enfant avec une femme »[9].

Stades du MGTOW[modifier | modifier le code]

Selon Mack Lamoureux[2], différents stades de MGTOW existent :

  • Stade 0 : Prise de conscience de discriminations contre les hommes et rejet du mensonge que constituerait l'égalité entre les sexes ;
  • Stade 1 : Rejet des relations de couple à long terme ;
  • Stade 2 : Rejet des relations de couple à court terme et à long terme ;
  • Stade 3 : Désengagement économique, recherche d'une vie minimaliste ;
  • Stade 4 : Désengagement social par refus des interactions avec la société dans son ensemble.

Sous groupes[modifier | modifier le code]

Hommes moines[modifier | modifier le code]

Mack Lamoureux[2] signale l'existence d'un sous-groupe de MGTOW ayant choisi le célibat et l'abstinence portant le nom de Men Going Monks (« les hommes devenant moniaux »).

À la différence de l'homme moine qui a une motivation de chasteté radicale, le MGTOW ne s'interdit pas formellement des relations à court terme avec la femme (son désir de célibat ne l'obligeant pas à l'abstinence), toutefois leur intérêt commun assumé sur ce point est de demeurer détaché de celle-ci et ne lui accorder qu'une place dans leur vie qui ne soit sinon inexistante, négligeable et non déterminante pour leur évolution spirituelle et leur épanouissement personnel, s'interdisant quelle qu'elle soit la moindre forme d'engagement (formelle ou symbolique) ou de situation avec l'autre sexe qui représenterait un danger potentiel ou à haut risque envers leur bien-être, leur propre autonomie et la préservation de leurs ressources socioéconomiques personnelles, souvent justifié par les dérives idéologiques contemporaines pouvant être subies en tant qu'homme dans sa relation avec la femme (féminisation incontrôlée de la société et des législations, violences conjugales et abus divers de la part de la femme encouragés par le tabou et sa déresponsabilisation, diabolisation et partis pris à l'encontre de l'homme, systèmes en défaveur de l'homme en cas de conflit, paternité imposée ou frauduleuse, augmentation des séparations et divorces dont les conditions de partage des biens sont jugées iniques pour l'homme dans la majorité des cas, contexte d'impunité ou de complaisance encourageant fortement les fausses accusations de la part de la femme et leurs conséquences socioprofessionnelles et psychologiques irrémédiables sur l'homme même après reconnaissance de son innocence...).

Hommes herbivores[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Hommes herbivores.

Selon Roselina Salemi, journaliste de La Repubblica, le concept japonais des « hommes herbivores » est un sous‑ensemble de MGTOW[10] (bien que son apparition soit chronologiquement antérieure à l'apparition effective du phénomène MGTOW tel qu'il est conceptualisé dans le reste du monde, ses premières mentions dans les grands médias japonais remontant à au moins octobre 2006 — dénommé simplement « herbivore » dans un premier temps par le chroniqueur et rédacteur en chef Fukasawa Maki, puis complété par « homme herbivore » dans le numéro du 5 avril 2008 de la publication du périodique féminin japonais non-no par la Shueisha).

L'écrivain Mack Lamoureux chez Vice voit les hommes herbivores comme une conséquence des conditions socio‑économiques au Japon et le mouvement MGTOW comme un choix idéologique[2]. Dans un article pour le DELFI, les MGTOW sont décrits comme une réaction contre les lois féministes occidentales tandis que les hommes herbivores sont une réponse contre les rôles traditionnels au Japon, y compris celui du salaryman[11].

Dans les deux cas, il y a corrélation avec une baisse du taux de natalité.

Critique[modifier | modifier le code]

Critique des masculinistes[modifier | modifier le code]

La communauté de la séduction critique sur un même plan que les incels (« célibataires involontaires ») l'approche MGTOW, comme étant défaitiste : d'après certains d'entre eux, MGTOW serait « devenu un club des cœurs brisés pour ceux qui refusent d'assumer leurs rôles d'hommes »[2].

En désaccord avec les séducteurs, qui considèrent généralement le jeu de la séduction, des rapports sentimentaux et sexuels avec les femmes comme un jeu dont « l'homme doit apprendre les règles pour gagner », la plupart des MGTOW les considèrent (dans le contexte socioéconomique contemporain) comme un « jeu truqué dès le départ en défaveur des hommes » et duquel ils choisissent donc volontairement de « se retirer ».

De plus, à la différence de l'incel pour qui l'absence de femme dans sa vie sentimentale est subie et souvent mal vécue, le MGTOW choisit délibérément et sereinement de ne pas inclure la femme dans ses projets de vie ni au centre de ses désirs, ne la considérant pas (ou plus) comme un élément important, indispensable ou nécessaire à son bonheur personnel. Cette décision découlant d'une prise de conscience, est réfléchie et très souvent motivée par ses connaissances et expériences personnelles.

Bien qu'il partage en théorie des désaccords avec les mouvances masculinistes, de fait le MGTOW n'est pas militant et ne se place en opposition avec aucun d'entre eux, sa démarche demeurant par définition personnelle et philosophique.

Critique externe à la manosphère[modifier | modifier le code]

Certains commentateurs des grands médias désignent arbitrairement l'ensemble des MGTOW comme « complotiste[12], misogyne et haineux[13],[14] ».

Lien externe[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Épisode Men at War, deuxième épisode de la première saison de la série Reggie Yates' Extreme UK, d'une durée de 22 minutes. Visionner l'épisode en ligne.
  2. a b c d et e Mack Lamoureux, « Le groupe d’antiféministes qui a banni les femmes de sa vie », Vice Magazine,‎ (lire en ligne).
  3. (en) James McCarthy, « David Sherratt, 18, is a men's rights activist who won't have casual sex in case he is falsely accused of rape », Wales Online,‎ (lire en ligne).
  4. (en) Arthur Goldwag, « Leader's Suicide Brings Attention to Men's Rights Movement », Southern Poverty Law Center, no 145,‎ (lire en ligne).
  5. (en) Martin Daubney, « Meet the men giving up on women », sur www.thesundaytimes.co.uk, (consulté le 30 décembre 2015) : « As a result of these views, such men are making what they see as logical, factual and cost-benefit-based decisions about women, dating and sex – and their brutally stark conclusion is that it's simply not worth the risk, expense or effort. ».
  6. (en) Kay Hymowitz, « Why Are Men So Angry? », sur The Daily Beast, (consulté le 30 décembre 2015).
  7. (en) Dylan Love, « Inside Red Pill, The Weird New Cult For Men Who Don't Understand Women », Business Insider,‎ (lire en ligne) :
    « A fully-realized MGTOW (there are levels to it) is someone who shuns all relationships with women, short-term, long-term, romantic, and otherwise. He eventually shuns society as a whole »
  8. (en) NollaGirl, « MGTOW Its The Safest Choice », sur YouTube, (consulté le 1er février 2019).
  9. (en) NollaGirl, « MGTOW Its The Safest Choice Part 2 », sur YouTube, (consulté le 1er février 2019).
  10. (it) « Finalmente soli », La Repubblica,‎ (lire en ligne) :

    « "Dentro c'è di tutto: “erbivori” (nel senso di per nulla carnali) stile giapponese, ..." (Translated: "Among [the MGTOW] there are all sorts of things: "herbivores" (meaning: no carnal relations) of the Japanese type, ..." »

    .
  11. (lt) « Moterų minčių apie "tikrus vyrus" forumuose prisiskaitęs vaikinas: vyrai, susimąstykite », DELFI,‎ (lire en ligne).
  12. MGTOW, ces hommes qui détestent les femmes - 20 Minutes, 28 Juin 2017
  13. Les MGTOW ou la haine des femmes poussée à son comble - Aude Lorriaux — Slate, 29 Septembre 2016
  14. Here Are Reddit’s Whiniest, Most Low-Key Toxic Subreddits - Justin Caffier - Vice, 12 Septembre 2017 (en)