Même pas faux

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« Même pas faux » (de l'allemand « nicht einmal falsch », traduite en anglais par « not even wrong ») est un expression célèbre du physicien Wolfgang Pauli à la fin des années 1950 pour parler d'un article de physique sans intérêt. Elle est aujourd'hui utilisée pour décrire des arguments ou des explications qui paraissent scientifiques mais sont basés sur un raisonnement injustifié ou sur des hypothèses qui ne peuvent pas être prouvées ni réfutées.

La phrase est souvent utilisée pour décrire la pseudoscience ou la mauvaise science et est considérée comme péjorative[1].

Origine[modifier | modifier le code]

Wolfgang Pauli, lauréat du prix Nobel de physique en 1945, était réputé pour ces remarques acerbes envers ses collègues, s'exclamant « faux » (« Falsch ») ou « complètement faux » (« ganz Falsch ») lorsqu'il était en désaccord avec un exposé[2].

Son élève Rudolf Peierls rapporte cette anecdote peu après la mort de Pauli en 1958 : « Aucun récit sur Pauli et son attitude envers les gens ne serait complet sans parler des ces remarques critiques, pour lesquelles il était connu et parfois redouté dans le monde de la physique [...] Sans doute des anecdotes de ce type à son sujet sont apocryphes, mais les exemples suivant viennent de sources fiables ou de discussions où l'auteur [Peierls] était présent [...] Un ami montra [à Pauli] l'article d'un jeune physicien, qu'il jugeait de peu de valeur, mais sur lequel il souhaitait avoir l'avis de Pauli. Pauli répondit tristement : "ce n'est même pas faux" » [3].

Le physicien Kurt Mendelssohn dans sa biographie de Walther Nernst reprend l'anecdote, expliquant que Pauli voulait dire que l'article ne « présentait pas la moindre étincelle de créativité »[4].

Description[modifier | modifier le code]

L'expression même pas faux est utilisée pour qualifier les théories contestables, celles dont il n'est pas possible de dire si elles sont vraies ou fausses. Ces théories ne satisfont pas aux critères de réfutabilité énoncés par Karl Popper qui dit que les hypothèses scientifiques doivent pouvoir être testées[5].

En ethnologie, Martin Orans a appliqué l'expression à la publication de Margaret Mead Coming of Age in Samoa (1996)[6]. L'expression a été reprise dans le titre de l'ouvrage de Peter Woit, Not Even Wrong: The Failure of String Theory and the Search for Unity in Physical Law (2007), ainsi que dans celui de Jesus Felipe et John S L McCombie The Aggregate Production Function and the Measurement of Technical Change: Not Even Wrong, Edward Elgar Publishing, 2013 à propos de l'agrégation de la fonction de production.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Oliver Burkeman, « Not even wrong », The Guardian,‎ (lire en ligne)
  2. Peter Woit, Not Even Wrong: The Failure of String Theory and the Search for Unity in Physical Law (2007), p .6
  3. « No account of Pauli and his attitude to people would be complete without mention of his critical remarks, for which he was known and sometimes feared throughout the world of physic [...] No doubt many of the stories of this kind circulated about him are apocryphal, but the examples below come from reliable sources or from conversations at which the writer was present [...] Quite recently, a friend showed him the paper of a young physicist which he suspected was not of great value but on which he wanted Pauli’s views. Pauli remarked sadly ‘It is not even wrong.’ » - (en) Rudolf Peierls, Wolfgang Ernst Pauli, 1900-1958, Biographical Memoirs of Fellows of the Royal Society, Vol. 5, 1960, pp. 174-192.
  4. « Shortly before his death Pauli was handed the paper of a young American physicist whom his colleagues suspected of being a budding genius. After studying it carefully, Pauli, rocking sadly, gave it back with the acid comment: 'It is not even wrong', meaning that there was not a spark of imagination in it » Kurt Mendelssohn, The World of Walther Nernst : The Rise and Fall of German Science,Macmillan International Higher Education, 1973, p. 125
  5. (en) Oliver Burkeman, « Not even wrong », The Guardian,‎ (lire en ligne).
  6. Orans, Martin Not Even Wrong: Margaret Mead, Derek Freeman, and the Samoans, 1996.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Denis Monnerie, « M. Orans, Not Even Wrong : Margaret Mead, Derek Freeman, and the Samoans », L'Homme, no 143,‎ , p. 219-220 (lire en ligne).

Article connexe[modifier | modifier le code]