Mésange bleue

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Cyanistes caeruleus

Cyanistes caeruleus
Description de cette image, également commentée ci-après

Mésange bleue sur un perchoir

Classification (COI)
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Aves
Ordre Passeriformes
Famille Paridae
Genre Cyanistes

Nom binominal

Cyanistes caeruleus
(Linnaeus, 1758)

Répartition géographique

Description de l'image Cyanistes caeruleus only.png.

Statut de conservation UICN

( LC )
LC  : Préoccupation mineure

La Mésange bleue (Cyanistes caeruleus, Syn. Parus caeruleus) est une espèce de passereaux de la famille des paridés.

Facilement identifiable avec sa petite taille, sa forme un peu rondouillarde, ses fines pattes, son minuscule bec, et son joli plumage à dominante de bleu et jaune, cette mésange commune fait partie des espèces les plus emblématiques de l'avifaune européenne. Elle occupe préférentiellement les habitats pourvus de nombreux arbres et de verdure où elle trouve sa nourriture: les forêts de feuillus et les bocages sont ses milieux de prédilection, elle fréquente aussi les parcs et les jardins (jusqu'en ville). Elle partage son habitat avec d'autres espèces de mésanges (comme la mésange charbonnière) qui montrent des différences dans la distribution spatiale et dans la niche écologique exploitée.

La monogamie sociale de cette espèce est associée à des niveaux élevés d'investissement parental avec la femelle immobilisée pour l'élevage des oisillons qui se spécialise dans la couvaison et le mâle dans le nourrissage de la couvée.

Description[modifier | modifier le code]

Le sexe peut être déterminé en différenciant les couleurs du plumage.

Plus petite que la Mésange charbonnière, la mésange bleue adulte a une taille moyenne de 10 à 12 cm pour un poids moyen de 11 g (variant de 9 à 14 g)[1]. Elle se caractérise par la couleur bleue cobalt de sa calotte, comme celle de ses ailes et le dessus de sa queue[2]. Ses joues et son front sont blancs, un bandeau noir sur les yeux rejoint sa nuque bleu noir (sauf une tache blanc bleuâtre). Elle a un menton et le haut de la gorge noirs, son collier auriculaire noirâtre contourne toute la tête, de la nuque jusqu'au-dessous du bec[3]. La poitrine et le ventre sont jaunes, ce dernier étant marqué d'une zone médiane blanche autour d'une tache bleuâtre à noire qui se prolonge parfois en une très fine raie longitudinale. Son dos et son croupion sont d’une douce couleur vert-jaune amande, sa queue échancrée avec la rectrice externe seule liserée de blanc. Le bec de 8-9 mm de longueur est noir et a une pointe brunâtre, les pattes ont une couleur bleu ardoisé foncé et sont munies de griffes grises. L'iris de l'œil est brun foncé[4].

Au niveau du plumage, les sus-caudales sont bleues, les rectrices médianes bleu vif, les autres plus grises, les externes lisérées de blanc à l'extérieur. Le dessus des ailes porte une barre alaire blanche. Les rémiges sont brun noir et plus ou moins marquées de bleu au vexille externe, et lisérées de blanc à l'interne[5].

La coloration blanche et bleue du plumage est une couleur structurelle, la coloration jaune une couleur pigmentaire due aux caroténoïdes, pigments organiques apportés par l'alimentation et qui induisent des colorations du jaune au rouge[6]. Les caroténoïdes sont des précurseurs de la vitamine A qui joue un rôle important dans les défenses immunitaires. Chez la mésange, il y ainsi un compromis des allocations des caroténoïdes entre la réponse immunitaire et l'intensité de la coloration[7].

Les jeunes sont plus pâles et ternes, avec la calotte gris vert-foncé. Le dichromatisme sexuel entre oisillon mâle et femelle est déjà marqué dans le nid[8]. Les sexes sont presque indiscernables dans la nature, la femelle étant seulement un peu plus terne que le mâle avec le vexille interne des rémiges secondaires teinté de vert, le bleu plus mat. Elle a également un collier auriculaire plus étroit. Le dimorphisme sexuel se révèle cependant plus élevé sous lumière UV, le système visuel aviaire percevant davantage cette longueur d'onde que la vision humaine[9].

La queue de la mésange fait 44 à 57 mm de longueur. Son envergure est comprise entre 12 et 14 cm[5].

Écologie et comportement[modifier | modifier le code]

Cavernicole, la mésange bleue résiste bien aux hivers rudes.

Espèce familière, sociable et grégaire, l'adulte toujours très actif est sédentaire : il reste généralement toute l'année dans son environnement et ne change pas d'endroit comme le feraient, par exemple, une hirondelle ou une cigogne. La mésange bleue vivant dans les montagnes ou venant d'Europe centrale est plus nomade, le nombre d'individus et leurs limites de la distribution variant selon les saisons. Les individus subordonnés sont des migrateurs partiels[10].

Au printemps, on rencontre les mésanges bleues par paires (couples sur leur site de nidification) qui manifestent un comportement territorial et social caractéristique de la période de reproduction, le succès reproducteur étant plus conditionné par la qualité de leur territoire que la qualité parentale[11] ; en été, par clan familial comprenant généralement un couple dominant, des jeunes de l'année et quelques adultes « célibataires »[12] ; en automne et hiver, par bandes nombreuses qui entreprennent des voyages plus ou moins étendus à la recherche de sites de nourriture dont la distribution spatiale influe sur leur comportement agonistique[13].

Alimentation[modifier | modifier le code]

Mésange avec une chenille dans le bec.

En période de reproduction (printemps et été), la mésange bleue a un régime alimentaire essentiellement insectivore : elle se nourrit majoritairement d'insectes, d'araignées et de larves vivant sur les arbres et arbustes hauts, principaux sites de nutrition de ces oiseaux. Ce sont les chenilles qui sont la principale source de caroténoïdes responsables de l'intensité de la couleur jaune vif du plumage ventral, mais cette intensité n'est pas corrélée au succès reproductif (en) de la mésange[14]. En dehors de la période de reproduction, son régime est majoritairement granivore (graines, complétées de baies, de bourgeons, de nectar, de pollen, voire de sève au printemps) et un peu insectivore (œufs d'insectes, araignées)[15].

Elle sait faire preuve d'astuce en perçant la tige des roseaux secs pour dénicher les petits animaux qui y ont trouvé refuge[16].

La mésange bleue est réputée pour chasser de manière acrobatique dans la végétation, souvent suspendue tête en bas et se suspendant aux branches avec agilité pour surprendre ses proies sous les feuilles et rameaux.

C'est une visiteuse habituelle des mangeoires en hiver, se suspendant volontiers aux boules de suif. Elle aime également s'ébrouer dans les mares peu profondes afin de rafraîchir son plumage.
Il s'établit au niveau des mangeoires une hiérarchie de dominance (en) : les troupes de plusieurs individus qui s'amènent aux mangeoires comprennent généralement un couple dominant, des jeunes de l'année et quelques adultes « célibataires »[17].

Comportement social[modifier | modifier le code]

Dickcissel d'Amérique mâle perché sur un poteau métallique, chantant cou tendu et bec ouvert.

Chants et appels

Enregistrement 1 :

Écouter la Mésange bleue
sur xeno-canto

Chant[modifier | modifier le code]

On dit que la mésange zinzinule ou zinzibule, son cri devient strident à l'approche d'un danger, elle avertit ainsi ses proches ou cherche à intimider ses adversaires, comme la mésange charbonnière.

Sociabilité[modifier | modifier le code]

La formation des rondes hivernales de mésanges répond à une stratégie de protection mutuelle et de recherche optimale de la nourriture par coopération[18].

La mésange bleue, comme le mésange charbonnière, n'est territoriale qu'au moment de la reproduction. En dehors de cette période, elle devient plus sociable et plus erratique, s'associant aux autres mésanges en petits groupes plurifamiliaux[19]. Ces groupes hivernaux sont constitués de petits noyaux d’oiseaux résidents auxquels s’adjoignent sans cesse des individus nomades erratiques. La mésange bleue est monogame mais une bigamie simultanée paraît régulière au moins dans les habitats optimaux, comme le montre une étude sur la polygynie des mésanges qui conclut que ce mode de reproduction est à l'avantage des mâles, les copulations extraconjugales augmentant leur succès reproducteur sans qu'ils ne doivent intervenir dans l'élevage des jeunes[20].

Elle se joint souvent aux rondes mixtes d’autres espèces (roitelet, grimpereau, mésange charbonnière et mésange à longue queue, la mésange bleue jouant souvent avec cette dernière le rôle de « leader » et d'initiateur des déplacements)[21].

Reproduction[modifier | modifier le code]

L'offrande nuptiale se répétera et deviendra très fréquente pendant la ponte et la couvaison.
Femelle observée en position de couvaison.
Œufs de Cyanistes caeruleus, Muséum de Toulouse.
Un adulte récupérant le sac fécal d'un oisillon (juste éclos, encore nu et aveugle) afin d'assurer la propreté de leur nid.
Couvée d'oisillons nourris à la becquée.

Cycle de reproduction[modifier | modifier le code]

En automne et en hiver, la mésange bleue anime les rondes d'une dizaine d'oiseaux qui parcourent les branchages en quête de nourriture, et dort dans des cavités naturelles ou artificielles (trous que chaque individu occupe généralement seul et qui peut varier chaque soir). Dès la saison automnale, elle inspecte d'autres cavités, sites de nidification potentiels. Espèce généralement monogame (entendre monogamie sociale et non sexuelle, les taux de paternité hors-couple s'élevant de 11 à 14 % des poussins dans 31 à 47 % des nids[22]), mâle et femelle se retrouvent après la rupture de l'été. À la fin de l'hiver, les inspections de cavités se font plus fréquentes, car les derniers couples achèvent de se former ou resserrent leur union[23].

La saison de reproduction d'avril à juin débute par les comportements sexuels de parade et d'offrande nuptiale du mâle. La réflectance dans les UV informant sur la qualité phénotypique, les femelles les plus colorées sélectionnent préférentiellement pour s'accoupler les mâles qui ont des bleus électriques (phénomène d'homogamie positive)[24].

Nidification et couvaison[modifier | modifier le code]

Cavernicole et donc plus à l'abri de ces dangers de la prédation, la mésange bleue niche de préférence dans un trou d’arbre de vieux feuillu, voire dans un trou de mur ou dans tout objet humain pourvu d' orifices étroits (vieille voiture, gouttière, fissure dans une charpente, boîte aux lettres abandonnée, nichoir)[25].

Elle entrelace mousses et brindilles de son nid avec de la lavande, de la menthe, des immortelles, et d'une demi-douzaine d'autres herbes odorantes, plantes connues pour contenir des composés terpèniques tels le camphre ou l'eucalyptol, et qui possèdent des qualités antiseptiques, insecticides ou fongicides. Malgré cette action, les nids hébergent très souvent des ectoparasites, les puces de l'espèce Ceratophyllus gallinae (en) qui se nourrissent du sang des oiseaux, ce qui peut avoir un effet négatif sur le succès reproductif des mésanges[26]. Pour repérer ces herbes très spéciales, les mésanges sont donc capables de se servir de leur odorat, ce dont on doutait pour de si petits oiseaux.

Pour mieux comprendre leur comportement, un ornithologue, Marcel Lambrechts et son équipe du Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive de Montpellier se sont installés en Corse, dans une forêt proche de Calvi qui abrite un groupe de Parus caeruleus ogliastrae. Dans la revue Ecology Letters de juillet 2002, il raconte comment, avec ses collègues, il a construit des nichoirs pour ces oiseaux appréciés par les spécialistes car ils sont peu farouches. Une fois les œufs éclos, les expérimentateurs ont prélevé les herbes aromatiques. Dans la moitié des nids, ces plantes ont été purement et simplement supprimées. Dans ce cas, les mères partaient immédiatement à la recherche de ces herbacées manquantes pour les remettre dans le nid de leurs oisillons. Mais pas n'importe lesquelles : sur un total de 200 végétaux qui entouraient les abris, elles n'en sélectionnaient qu'une dizaine. Même s'il fallait, pour les trouver, voler à 200 mètres à la ronde. Dans l'autre moitié des nids, des herbes avaient été enfouies dans de petits sacs ouverts, et cachés sous les nids. Les mésanges se contentaient alors d'en renouveler les herbes, invisibles et inodores, quand elles étaient trop sèches pour exhaler leur odeur. Cette expérience a prouvé que les mésanges savent repérer les odeurs. Jusqu'ici, on pensait que seuls les gros volatiles, comme les pétrels, les pigeons, ou les oiseaux charognards, disposaient de bulbes olfactifs assez développés pour se servir de leur odorat, en plus de la vue ou de l'ouïe. Une aptitude qui prouverait que les capacités des mésanges, et probablement d'autres petits oiseaux, sont beaucoup plus étendues qu'on ne le pensait. L'expérience a aussi mis en évidence le comportement de la mésange pour protéger son nid contre les parasites, à l'aide de plantes utilisées par l'homme dans le même but[27].

La femelle pond environ deux à quatre jours après l'accouplement. La date et la grandeur de la ponte reflètent un ajustement pour répondre aux différentes contraintes de son environnement : elles semblent conditionnées par le besoin maximal en nourriture (abondance de chenilles) pour les besoins du poussin dix jours après l'éclosion[28].

La mésange bleue réalise une couvée de 7 à 16 œufs par an (d'avril à mai), parfois une deuxième en juin-juillet, la ponte durant autant de jours qu'il y a d'œufs pondus. La taille de la ponte varie selon l’altitude, la qualité de l’habitat ou le volume de la cavité[29]. La couvaison (incubation des œufs), qui dure de 12 à 14 jours, est assurée par la femelle seule. Les œufs d'un ovale plus ou moins allongé, blancs ou d'un blanc légèrement jaunâtre, avec des petites taches rousses assez éparses et souvent plus denses vers le gros bout[30]. Les fréquences de nourrissage des poussins sont assez élevées pour une telle progéniture : le poids de la ponte étant proche du poids de la femelle, le nourrissage impose aux parents jusqu'à quinze apports d'aliments par heure (chaque poussin recevant en moyenne cinquante becquées par jour pendant deux semaines), ce qui explique la reproduction printanière, au moment où la nourriture est la plus abondante[31]. Les études physiologiques de l'ornithologue Eugène Odum montrent que les parents sont à la limite de la résistance physique en fin d'élevage, un couple devant chasser 6 à 9 000 chenilles par nichée (soit près de 75 à 90 % de son alimentation à cette époque)[32].

La femelle commence l'incubation à la ponte du dernier œuf ou dès la ponte du premier. Ce dernier cas entraîne une absence de synchronisation dans les éclosions et la présence simultanée dans le nid d'oisillons de taille différente[33].

La femelle est capable de modifier le sex-ratio de sa progéniture. Si elle s'accouple avec un mâle plus attirant qu'elle repère grâce aux rayons UV émis par sa calotte bleue, les oisillons sont à 70 % mâles, mais s’il est moins séduisant, ils sont à 70 % femelles[34].

Les femelles nourrissent moins fréquemment les jeunes quand les mâles sont pâles[35]. Inversement, les mâles s'accouplant avec les femelles les plus colorées montrent un investissement parental plus important[36]. Le succès de l'investissement a donc un coût car chacun est entièrement dépendant de la qualité de l'autre et la femelle, immobilisée pendant la couvaison, doit compter sur la loyauté du mâle pour l'aider à l'élevage[37].

Les oisillons nidicoles séjournent 18 jours au nid, période très sensible car ils sont dépendants de conditions climatiques défavorables et des risques de prédation[38]. Lors de leur premières sortie, il restent près du nid puis suivent leurs parents, apprenant graduellement à se déplacer de branche en branche par petits bonds d'abord, par de courtes envolées ensuite, pour acquérir ainsi la maîtrise du vol[39]. Ils s'émancipent environ 4 semaines après la sortie du nid et atteignent la puberté avant l'âge de un an[40]. Ils sont alors devenus suffisamment indépendants pour avoir quitté leurs parents et trouvé un lieu pour se reproduire, phase appelée par les éthologues la dispersion natale ou dispersion de naissance[41].

Hivernage[modifier | modifier le code]

La plupart (quelques-unes cependant émigrent vers le Sud)[42] des mésanges bleues hivernent dans les cavités disponibles, dans les environs de leur territoire de nidification et fréquentent à cette époque les mangeoires pour compléter leur nourriture. La compétition intra et interspécifique y est parfois vive, la mésange pouvant montrer son hostilité à l'intrus, les ailes pendantes et le bec entr'ouvert en signe de menace[43].

Longévité[modifier | modifier le code]

Une mésange bleue peut atteindre une dizaine d'années mais l'espérance de vie en milieu naturel n'excède pas souvent quelques années (1 à 3 ans), le taux annuel moyen de mortalité étant de 72 %[44] en raison de son extrême vulnérabilité face à son environnement.

Répartition et habitat[modifier | modifier le code]

Répartition à l'année, l'été, l'hiver.

Cette espèce de la zone paléarctique Ouest est présente dans toute l'Europe à l'exception du nord de la Scandinavie. Elle vit jusqu'à 1 200 mètres en montagne.

Elle est sédentaire ou migratrice et occupe une grande variété d'habitats : forêts de feuillus à basse altitude (tout particulièrement ceux composés de chênes), boisements mixtes de feuillus et de conifères, terres agricoles, berges de cours d'eau, haies, parcs et jardins, y compris ceux des centres urbains, si elle y trouve des cavités de nidification. Elle est rare dans les bois de conifères, étant désavantagée par la forme de son bec pour se nourrir parmi les aiguilles de résineux[45].

Elle peut s'hybrider avec la Mésange azurée (Parus cyanus) sur les zones de sympatrie, c'est-à-dire à l'Est de son aire de répartition.


Systématique[modifier | modifier le code]

Dénomination[modifier | modifier le code]

Son nom binominal taxinomique Cyanistes caeruleus vient du grec κύανος, kuanos (« éclat bleu, métallique »), et caeruleus (« bleu foncé »). Quant à son nom vernaculaire mésange, il est issu du francique meisinga (« mésange »), probablement dérivé de l'ancien haut allemand meisa ou maisa, adjectif qui signifie « menu ». Le nom anglais de la mésange bleue, blue tit (« petite bleue ») fait également référence à cette petite taille et à la couleur bleue de son plumage[46].

L'espèce à laquelle le naturaliste suédois Carl von Linné a donné son nom de Parus caeruleus, est décrite dans la dixième édition de son Systema Naturae en 1758[47] .

Synonyme[modifier | modifier le code]

Changement de nom scientifique[modifier | modifier le code]

Des analyses génétiques en 2002 montrent l’existence de deux espèces de mésange bleue auparavant confondues : Parus caeruleus en Europe, et Parus teneriffae (en) en Afrique du Nord, sur les îles Canaries et Pantelleria[48].

Suite à des études de systématique plus poussées en 2005, l'American Ornithologists' Union sous l'impulsion de l'ornithologue Frank Gill et la British Ornithologists' Union proposent de placer la mésange bleue non plus dans un sous-genre mais un genre à part, Cyanistes[49]. La Commission de l’Avifaune Française décide en 2009 de changer le nom scientifique de la mésange bleue Parus caeruleus en Cyanistes caeruleus[50]. Ce changement de nom est adopté dans la classification de référence du Congrès ornithologique international (ordre phylogénique) (version 2.4, 2010)[51].

La Mésange bleue et l'homme[modifier | modifier le code]

Mésange bleue à une mangeoire (vidéo).
Mésange parasitée par un acarien.
Le chat domestique, même nourri par son « maître », n'en chasse pas moins par instinct et reste un redoutable prédateur des mésanges.
Blason de Mazinghien : « De sinople à une mésange au naturel perchée sur une branche ».
Timbre de la RDA.
Mésange en porcelaine.
Nature morte de Jakob Bogdani, 1710-1720.

Observation[modifier | modifier le code]

La mésange bleue fréquente volontiers les mangeoires, signe de son adaptation écologique[52]. Elle peut donc être observée sans difficulté toute l'année, même à proximité des habitations ou des boîtes aux lettres. Elle adopte facilement les nichoirs artificiels, ce qui permet l'étude précise de sa reproduction et en fait un bon organisme modèle en écologie comportementale et en biologie des populations[29].

Selon des observations dans les années 1920 au sud de Londres, des mésanges bleues et charbonnières ont trouvé une technique pour ouvrir les capsules de métal des bouteilles de lait déposées le matin sur le perron des maisons anglaises. Cette technique s'est rapidement répandue dans toute l'Angleterre, au point que les ornithologues ont pu parler d'apprentissage culturel (en)[53]. L'éthologiste Louis Lefebvre met en évidence que cette transmission culturelle est plus rapide sans imitation, l'oiseau déduisant la technique à adopter juste en observant une bouteille déjà décapsulée[54].

Menaces et protection[modifier | modifier le code]

Les mésanges spécialistes (espèces inféodées aux forêts telles que la mésange huppée, la mésange noire et la mésange boréale) subissent un certain déclin lié à des facteurs anthropiques (fragmentation et perte de l'habitat dans les aires de reproduction, de migration et d'hivernage) et des facteurs naturels (météorologiques avec les vagues de froid ou de sécheresse, prédateurs sauvages spécialisés avec les rapaces ou opportunistes avec les rongeurs, mustélidés, Pics et Corvidés)[55]. Les effectifs de mésange bleue, espèce très généraliste, varient également en réponse à des variations anthropogéniques (collisions avec véhicules et infrastructures humaines, empoisonnement par les pesticides, prédation par le chat domestique, principal prédateur des oiseaux[56] et responsable de la mort annuelle de 1,3 à 4 milliards d'oiseaux aux États-Unis[57]) ou naturelles mais, contrairement aux mésanges spécialisées, ils sont globalement stables, voire en légère progression dans la majorité de l’Europe (effectifs européens estimés entre 20 et 44 millions de couples) excepté en France (effectifs estimés entre 2 et 10 millions de couples) et en Suède (entre 750 000 à 1,2 millions de couples) où la mésange bleue est en déclin[58].

La mésange bleue bénéficie d'une protection totale sur le territoire français depuis l'arrêté ministériel du 17 avril 1981 relatif aux oiseaux protégés sur l'ensemble du territoire[59]. Il est donc interdit de la détruire, la mutiler, la capturer ou l'enlever, de la perturber intentionnellement ou de la naturaliser, ainsi que de détruire ou enlever les œufs et les nids, et de détruire, altérer ou dégrader son milieu. Qu'elle soit vivante ou morte, il est aussi interdit de la transporter, colporter, de l'utiliser, de la détenir, de la vendre ou de l'acheter s'il s'agit d'oiseaux prélevés dans le milieu naturel. Depuis l'arrêté de mars 2006 et pour respecter la réglementation européenne, ces interdictions ne s'appliquent plus aux oiseaux nés et élevés en captivité.

Utilisations[modifier | modifier le code]

Dans les vergers soucieux de limiter l'usage de pesticide, on place parfois des nichoirs à mésange afin que celles-ci mangent les vers de la pomme et les pucerons[60].

La mésange bleue se révèle en effet un auxiliaire des cultures efficace utilisé en lutte biologique, aussi bien par sa consommation de ravageurs au printemps et en été qu'en automne, période à laquelle elle stocke 14 kg de chenilles cachées sous des écorces, des mousses ou dans les cavités des arbres afin de passer l'hiver[61]. Une mésange serait ainsi capable de protéger 40 arbres fruitiers contre les insectes ravageurs[62]

Art et culture[modifier | modifier le code]

Mésange peu farouche, elle n'hésite pas à se montrer à découvert même si elle reste sur ses gardes sur les perchoirs dans les nichoirs et sur les postes de nourrissage. Cette espèce est ainsi familière à l'homme depuis longtemps et a donné lieu à quelques représentations symboliques et réalistes mais elle est peu évoquée dans la littérature. Sur une illustration du Livre de la Genèse de la bible de Koberger du XVe siècle, on peut voir une mésange bleue[63]. L'écrivain François Maspero évoque cette espèce en 2005 dans son roman Le Vol de la mésange[64]. L'artiste contemporain Wolfgang Müller (en) lui consacre une partie de son œuvre[65]. Pour des raisons esthétiques, la mésange bleue est représentée sur des assiettes décoratives, des bijoux et des figurines en porcelaine[66]. La mésange bleue et ses sous-espèces sont représentées sur les timbres. Dans la série Oiseaux de Buzin, le timbre représentant la Mésange bleue (7 fb) lancé en 1987 a connu un tirage de 38 millions 261 mille 950 exemplaires[67].

La toponymie propose plusieurs pistes concernant l'étymologie de Mazinghien, commune française située dans le département du Nord. Une étymologie populaire la fait remonter au mot patois « mazingue » qui signifie mésange, d'où le blason de la ville[68].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Juergen Nicolai, Detlef Singer et Konrad Wothe, Birds of Britain & Europe, Harper Collins Publishers, , p. 214
  2. Sigfrid Durango, Les oiseaux, Fernand Nathan, , p. 146
  3. (de) Manfred Föger, Karin Pegoraro, Die Blaumeise : Parus caeruleus, Westarp-Wiss, , p. 21
  4. Paul Géroudet, Les passereaux et ordres apparentés. Des mésanges aux fauvettes, Delachaux & Niestlé, , p. 19
  5. a et b Paul Géroudet, Les passereaux et ordres apparentés. Des mésanges aux fauvettes, Delachaux & Niestlé, , p. 20
  6. (en) « Colour schemes for birds: structural coloration and signals of quality in feathers », Annales Zoologici Fennici, vol. 35, no 2,‎ , p. 67-77
  7. (en) G. E. Hill et J. D. Johnson, « The vitamin A redox hypothesis: A biochemical basis for honest signaling via carotenoid pigmentation », Am Nat., no 5,‎ , p. 127-150 (DOI 10.1086/667861)
  8. (en) Johnsen, A., K. Delhey, S. Andersson, and B. Kempenaers, « Plumage colour in nesting blue tits: sexual dichromatism, condition dependence and genetic effects », Proc. R. Soc. Lond. B, vol. 270, no 1521,‎ , p. 1263–1270
  9. (en) Staffan Andersson, Jonas Örnborg, Malte Andersson, « Ultraviolet sexual dimorphism and assortative 389 mating in blue tits », Proc. R. Soc. London B, vol. 265, no 445,‎ , p. 445-450 (DOI 10.1098/rspb.1998.0315)
  10. (en) Henrik G. Smith and Jan-Åke Nilsson, « Intraspecific Variation in Migratory Pattern of a Partial Migrant, the Blue Tit (Parus caeruleus): An Evaluation of Different Hypotheses », The Auk, vol. 104, no 1,‎ , p. 109-115 (DOI 10.2307/4087239)
  11. (en) Robert Przybylo, David A. Wiggins et Juha Merilä, « Breeding success in Blue Tits: good territories or good parents? », Journal of Avian Biology, vol. 32, no 3,‎ , p. 214–218 (DOI 10.1111/j.0908-8857.2001.320302.x)
  12. (en) André A. Dhondt, Interspecific Competition in Birds, OUP Oxford, , p. 49-50
  13. (en) Allen W.Stokes, « Agonistic Behaviour among Blue Tits at a Winter Feeding Station », Behaviour, vol. 19, no 1-2,‎ , p. 118-138
  14. (en) Geoffrey E. Hill, « Trait elaboration via adaptive mate choice: Sexual conflict in the evolution of signals of male quality », Ethology Ecology and Evolution, vol. 6, no 3,‎ , p. 351-370 (DOI 10.1080/08927014.1994.9522986)
  15. Christian Guilleaume, Les oiseaux en hiver, De Boeck, , p. 19
  16. La vie des mésanges, article sur larousse.fr
  17. Pierre-Paul Grassé, Oiseaux, Masson, , p. 439
  18. (en) Thomas C. Grubb Jr, « Changes in the flocking behavior of wintering English titmice with time, weather and supplementary food », Animal Behaviour, vol. 35, no 3,‎ , p. 794–806 (DOI 10.1016/S0003-3472(87)80116-1)
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  20. (en) Mats Björklund, Björn Westman, « Adaptive advantages of monogamy in the Great Tit (Parus major): An experimental test of the polygyny threshold model », Animal Behaviour, vol. 34, no 5,‎ , p. 1436-1440 (DOI 10.1016/S0003-3472(86)80214-7)
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  22. (en) Bart Kempenaers, Geert R. Verheyena et André A. Dhondia, « Extrapair paternity in the blue tit (Parus caeruleus) : female choice, male charateristics, and offspring quality », Behavioral Ecology, vol. 8, no 5,‎ , p. 481-492 (DOI 10.1093/beheco/8.5.481)
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Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paul Isenmann, Die Blaumeise : Parus caeruleus, Éveil éditeur, , 72 p.
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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]