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Sultanat mérinide

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Mérinides
(ber) ⴰⵢⵜ ⵎⵔⵉⵏ (Aït Mrin)
(ar) المرينيون (al-Marīniyūn)

1244–1465

Description de cette image, également commentée ci-après
Sultanat Mérinide
Informations générales
Statut Sultanat
Capitale Fès
Langue(s) Berbère, arabe
Religion Islam (sunnite)
Monnaie Dinar
Sultan
(1er) 1215-1217 Abd al-Haqq I
(Der) 1420-1465 Abd al-Haqq II

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Le Sultanat mérinide ou marinide (en berbère : ⴰⵢⵜ ⵎⵔⵉⵏ, Aït Mrin ; en arabe : المرينيون, al-Marīniyūn) est un État du Maghreb al-Aqsa fondé par la dynastie mérinide, ou Beni Merin, d'origine berbère zénète. La dynastie règne de 1244 et 1465 et se trouve, à son apogée, à la tête d'un territoire incluant des portions de la péninsule Ibérique, le Maghreb central et l'Ifriqiya. Le sultanat est toutefois marqué par de grandes difficultés à maintenir le contrôle des territoires zianides et hafsides.

Après la défaite almohade lors de la bataille de Las Navas de Tolosa en 1212, les mérinides s'installent dans le Rif et soumettent plusieurs villes à leur tribut. Sous l'émir Abu Yusuf Yaqub ben Abd al-Haqq, leur pouvoir s'étend et, après la capture de Marrakech et la chute des almohades, le souverain prend le titre de sultan et de commandeur des croyants. Le sultanat soutient activement le royaume de Grenade et lance un djihad contre les royaumes chrétiens, leur permettant de capturer Algésiras, Tarifa, Ronda et Cadix. Les mérinides mènent une série de guerre pour la conquête et le contrôle du Maghreb central et de l'Ifriqiya, Tlemcen devenant régulièrement l'objet de luttes et de sièges. En 1347, sous le règne d'Abu al-Hasan ben Uthman, le sultanat atteint son apogée territoriale et s'étend jusqu'à Barqa.

Cependant, à partir de 1358 et l'assassinat du sultan par son vizir, le sultanat mérinide entre dans une longue phase de déclin également appelée le « règne des vizirs » ou première et deuxième éclipse mérinide. Les vizirs deviennent les véritables dirigeants et font et défont les sultans. Au début du XVe siècle, le contrôle du Détroit de Gibraltar devient également un enjeu pour les Portugais et les Espagnols qui lancent des expéditions pour occuper Ceuta et Tanger. Le dernier sultan rejette le pouvoir des vizirs wattassides et les fait tuer. Ses décisions provoquent la colère des chérifs idrissides qui se révoltent, reprennent Fès et mettent fin à la dynastie mérinide.

Les Mérinides ou Beni Merin, tiennent leur nom de Merin, fils de Wartajan lui-même descendant d'un certain Wassin, descendant de Zanat[1]. Les Mérinides sont originaires du Zab (ou Zibans) à l'est du Maghreb[2] plus précisément ils nomadisaient à l'origine dans les Zibans entre Djelfa et Biskra[3]. Les Banu ' Abd al - Wād (ou Zianides), maîtres de Tlemcen, sont des cousins des Mérinides[1].

Selon Charles André Julien la tribu des Beni Merin nomadisait dans le Zab, l'actuelle région de Biskra, lorsque, à la fin du XIe siècle, elle fut peu à peu poussée vers l'ouest par les tribus hilaliennes[4]. À la suite de l'invasion hilalienne de l'Ifriqiya au XIe siècle, ils doivent migrer vers l'ouest. Lors de la formation de l'Empire almohade, les Beni Merin errent dans les hautes plaines de l'Oranie et participent à la coalition zénète qui s'insurgea, sans succès, au XIIe siècle contre les Almohades. Les Beni Merin sont donc obligés de s'exiler plus au sud dans les confins sahariens où ils échappent aux gouverneurs et impôts almohades, menant une vie précaire mais libre[4].

Les Beni Merin y compris les Banu Wattas, prétendent être les fondateurs de Ghadamès en Libye[5],[6], ville renfermant de nombreuses bourgades appartenant aux clans mérinides des Banu Ouartajin et Banu Wattas[5].

Contrairement aux précédentes dynasties almoravide et almohade, les mérinides ne se mobilisent pas pour des motifs de réformations religieuses ou des prétentions politiques[7].

Émergence du pouvoir

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Porte de la nécropole mérinide de Chella, juste en dehors de Rabat.

À la suite de la bataille de Las Navas de Tolosa, les Banu Merin envisagent de profiter de l'affaiblissement almohade pour envahir le nord-est du Rif. Ils s'assurent un pouvoir d'influence sur plusieurs villes comme Taza, Fès et Ksar El Kébir et leur impose de payer un tribut[8]. Ce premier raid est dirigé par des intérêts économiques et de quête de prestige et d'une certaine autonomie sous la protection du pouvoir hafside[9]. Après cette victoire, le chef mérinide Abd al-Haqq meurt en 1217 dans une contre-attaque almohade. Son fils Uthman ben Abd al-Haqq lui succède. Les Mérinides prennent possession du Rif et semblent vouloir en rester là. Uthman ben Abd al-Haqq est assassiné, en 1240, par l’un de ses esclaves chrétiens et son frère Muhammad ben Abd al-Haqq lui succède[réf. nécessaire].

Vaincus à Meknès en 1240 par l'armée almohade, le nouveau souverain nommé en 1244, Abu Yahya ben Abd al-Haqq, reprend les conquêtes et parvient à contrôler les villes de Fès, Taza, Meknès, Salé et Rabat en 1248. Il agit comme ses prédécesseurs pour le compte des hafsides[10]. Pour s'assurer du soutien des territoires conquis, il instaure l'Iqtâ dans de nombreuses concessions, permettant de favoriser une gestion décentralisée tout en garantissant des levées militaires importantes. Fès devient la capitale de ce nouveau pouvoir qui scinde en deux le territoire du Maghreb Occidental. Il faut attendre son successeur, Abu Yusuf Yaqub ben Abd al-Haqq, pour que les mérinides s'émancipe du pouvoir hafside[9]. C'est à partir de son règne que l'on considère que le pouvoir mérinide est véritablement fondé[10].

Portes de Bab el-Mrissa à Salé, construites entre 1260 et 1270.

En 1260[N 1] a lieu la prise de Salé par les troupes d'Alphonse X de Castille : c'est le plus grand massacre de toute l'histoire de la ville. Salé reste pendant deux semaines aux mains des Castillans avant qu'Abu Yusuf Yaqub ben Abd al-Haqq ne vienne la délivrer[11]. La date coïncide avec la construction de l'une des plus grandes portes fortifiées du Maroc, Bab el-Mrissa (Bab Lamrissa) ; une porte maritime qui, à moitié enterrée aujourd'hui, barrait un canal et laissait passer entre ses piliers des navires pour les abriter de l'autre côté des remparts, construite par l'architecte sévillan Mohamed Ben Ali. Abu Yusuf Yaqub ben Abd al-Haqq participe personnellement au chantier[12]. Les différents territoires almohades sont progressivement intégrés et la capture de Marrakech en 1269 met fin à la dynastie almohade[10]. Suite à cela, Abu Yusuf Yaqub se fait proclamer sultan et confirme son statut préexistant d'émir[13].

Sijilmassa est prise en 1274. Les Mérinides renoncent à installer le pouvoir à Marrakech et préfèrent édifier Fès Jdid (en) « Fès-la-Nouvelle », une ville nouvelle à côté de Fès al Bali, à partir de 1276[10]. La légitimité de leur dynastie et de leur nouveau pouvoir reste complexe puisqu'ils ne peuvent s'appuyer sur aucune légitimité religieuse. Ils orientent dès lors leur politique afin de se considérer comme les héritiers des almohades avec pour objectif d'engager le djihad contre les royaumes chrétiens d'Espagne[10].

Interventions militaires

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En péninsule ibérique

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En endossant également le titre d'Amir al-Muslimin, il intervient militairement à Tanger et Ceuta en 1273, avec l'appui de la flotte d'Aragon, et engage la première guerre sainte en territoire espagnol en 1275. Il répond à l'appel de l'émir nasride de Grenade qui lui offre les villes de Tarifa, Algésiras et Ronda comme tête de pont et de ravitaillement de son expédition. Afin de tempérer Aragon, Abu Yusuf Yaqub promet de construire une église à Ceuta[14]. Cette première intervention reste mitigée, mais l'armée mérinide parvient à infliger de lourdes pertes chrétiennes à Écija face à Nuño González de Lara (en)[15].

Après avoir désigné son héritier présomptif, les neveux d'Abu Yusuf contestent ce choix. Le sultan les envoie participer aux différents jihad afin qu'ils affirment leur prétentions, permettant aux mérinides de prendre possession de quelques territoires et de s'y implanter[13]. Au total, l'armée mérinide participe à quatre expéditions militaires dans la péninsule ibérique. Le sultanat ne constitue pas une grande emprise territoriale, mais s'intègre directement dans la diplomatie andalouse. En 1284, Alphonse X restitue notamment les manuscrits arabes et, à la suite du traité du , la protection est garantie aux commerçants musulmans en territoire chrétien[15].

Par la suite, Abu Yaqub Yusuf an-Nasr qui succède en 1286 tend à négliger la péninsule ibérique. Il intervient militairement en 1291 pour empêcher la capture de Tarifa mais finit par abandonner ces territoires aux andalous. Les possessions mérinides se réduisent à Algésiras, Tarifa, Ronda et Cadix et les relations diplomatiques avec Aragon se renforcent, stabilisant la situation territoriale[15].

Au Maghreb central

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Minaret de la Mansourah à Tlemcen en Algérie : mosquée bâtie durant le siège de Tlemcen (1299-1307) dans la ville-camp de Mansourah sous le sultan Abu Yaqub Yusuf an-Nasr.

En parallèle des interventions effectuées en Espagne, les armées mérinides ne tardent pas à s'orienter également vers le Maghreb central afin de dominer les rivaux tribaux zénètes de Tlemcen[15]. Face à la montée en puissance mérinide, ces derniers se rapprochent des Nasrides et des royaumes chrétiens afin de réduire les ambitions ibériques des mérinides. Cette situation pousse Abu Yussuf à attaquer Yaghmoracen Ibn Ziane en 1281, mais ne parvient pas à entrer dans Tlemcen[16]. Une trêve est signée et le successeur de Yaghmoracen, Abou Saïd Uthman Ier, accorde une grande hospitalité aux opposants mérinides. En 1288, il emprisonne l'émissaire mérinide. Cependant, le sultan n'a pas la possibilité d'intervenir à ce moment-là à cause de la famine qui sévit et provoque la rébellion des Beni Watas[16].

Le Maghreb central devient alors un enjeu économique et politique car le contrôle du commerce transsaharien et de ses différents axes devient nécessaire au maintien du sultanat. Plusieurs routes privilégiaient désormais le Maghreb central où les connexions avec les commerçants gênois sont plus importantes[16]. En 1295, la guerre éclate par la prise de Taourirt puis, en 1296, les villes de Oujda, Taounate, Honaïne, Cherchell, Miliana, Oran, Médéa, Mostaganem et l'Ouarsenis. Les villes de Nédroma, Alger, Béjaïa et Constantine acceptent de se soumettre. En 1298, l'armée mérinide encercle Tlemcen, cependant la bataille ne débute que le [17]. Durant le long siège de huit ans, les mérinides créent la ville jumelle de Mansourah afin de détourner le commerce. Cette « Nouvelle Tlemcen » se dote d'un palais royal, d'une mosquée, de bains publics, d'un caravansérail, d'un hôpital et d'école. Elle devient en moins de trois ans un centre commercial florissant[18]. Le siège réduit à la famine les habitants de Tlemcen, mais n'aboutit pas à la capture de la ville puisque le sultan Abu Yaqub Yusuf an-Nasr se fait assassiner en 1307 par un eunuque pour une obscure affaire de harem[18].

Remous andalous et conquête de l'Ifriqiya

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Médersa Bou Inania de Meknès, 1331-51.

Au décès du sultan, Abu Thabit Amir accède au pouvoir après avoir exécuté l'héritier présomptif ainsi que tous les autres prétendants. Il fait lever le siège de Tlemcen, suivant l'avis des cheikhs du Conseil d'État. Il redirige alors l'armée vers Ceuta où un de ses cousins fait sécession[18]. Après avoir repris Tanger, il meurt le et le pouvoir passe à son frère Abu al-Rabi Sulayman qui reprend le contrôle de Ceuta[19]. Le il signe un traité de paix avec Aragon, mais ne tient pas ses engagements et refuse d'entrer en guerre contre le royaume de Grenade. À l'inverse, il soutient les nasrides qui, en retour, lui cèdent les villes d'Algésiras et de Ronda[19]. Après le décès d'Abu al-Rabi en 1310, Abu Saïd Uthman II lui succède et le sultanat entre dans une période de paix, signant des trêves avec ses voisins jusqu'en 1331[19]. Le sultanat mérinide atteint son apogée sous le règne d'Abu al-Hasan ben Uthman (1331-1348) qui entame une politique d'expansion territoriale au Maghreb central[13]. En 1333, toujours en possession de Ronda et d'Algésiras, il conquiert Gibraltar, vingt ans après qu'elle a été prise par les Castillans[20]. Il dirige ensuite l'armée vers des objectifs stratégiques pour le contrôle du commerce transsaharien et reprend le contrôle de Sijilmassa en 1332[21]. Puis, en 1337, après un siège de deux ans, Tlemcen tombe. Il poursuit sa conquête en direction de l'Ifriqiya[19]. Ce faisant, il s'assure le contrôle des principales voies commerciales[19].

La médersa de Salé, construite par le sultan Abu al-Hasan ben Uthman en 1341.

Après ces victoires, l'armée mérinide doit retourner dans la péninsule ibérique. Elle est mise en déroute le lors de la bataille du Río Salado. Plusieurs membres de la famille royale y trouvent la mort, ainsi que l'épouse du sultan. Le , Algésiras tombe également au profit des Castillans, signant la fin des ambitions ibériques de la dynastie[21]. En quête de prestige, le sultan trouve un prétexte au printemps 1346 pour envahir le reste des territoires ifriqiyen, à savoir qu'il n'a pas reçu de réponse à sa demande de mariage d'une princesse hafside[22]. La campagne débute le depuis Tlemcen et prend possession de la majorité des villes, tandis que les délégations de Gafsa, Tripoli et Bizerte annoncent leur soumission. L'armée s'empare ensuite de Constantine puis de Tunis[21].

Nécropole mérinide de Chellah, qui abrite notamment la tombe de Abu al-Hasan ben Uthman.

Après cette phase d'expansion, Abu al-Hassan tente d'organiser ses nouvelles conquêtes, positionnant des cheikhs mérinides au contrôle des villes. Cette situation provoque le soulèvement des tribus arabes qui affrontent l'armée du sultan à Kairouan, celui-ci en réchappe de peu et s'échappe, laissant sur place une situation chaotique de laquelle se dégage la rumeur de sa mort[23]. En conséquence, Abu Inan Faris, son fils, se fait proclamer roi à Tlemcen et rentre à Fès pour être proclamé sultan. Un de ses frères, également prétendant, se soulève pour la succession[21]. Selon les sources, la version diverge. Selon Michel Abitbol, Abu al-Hassan est toujours en vie et meurt en 1351 chez les Hintata avant d'être découvert par son fils Abu Inan Faris[24]. Une autre version appuyée par plusieurs auteurs est qu'Abu Inan est soutenu par les cheikhs et tue son père lors d'un affrontement militaire, ou le pousse à se réfugier et mourrir un an plus tard[13],[25],[26].

Afin de légitimer son pouvoir Abu Inan s'arroge le titre califal d'amir al-mu'mimin, alors que ses prédécesseurs se contentaient du titre d'amir al-muslimin[27]. Il reprend la politique de son père et dirige ses armées vers le Maghreb central et l'Ifriqyia. Il reprend Tlemcen aux Abd al-Wadides le , puis Béjaïa. Son ambition est rapidement interrompue par plusieurs mouvements de révoltes dans le sud du Maroc ainsi qu'à Gibraltar. Après les avoir réprimé, il revient en 1357 pour reprendre Constantine et Tunis dont le contrôle échappe de nouveau, les tribus arabes refusant de se soumettre complètement. Malade, il retourne à Fès en novembre 1358 et désigne un successeur, Abu Ziân. Un choix qui déplait au vizir et qui décide de faire étrangler le sultan afin de désigner lui-même un successeur[28].

Déclin et chute

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Règne des Vizirs

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Dinar d'or du sultan Abu Inan Faris (1348-1358).

L'assinat d'Abu Inan Faris par son vizir en 1358 marque un point de rupture dans laquelle les mérinides déclinent. La dynastie entre dans une première période de vizirat dans laquelle les vizirs gouvernent à la place des sultans qu'ils peuvent imposer ou déposer. Cette situation est le résultat des politiques antérieures d'interventions militaires incessantes et de guerres de succession qui confortent la montée en puissance des fonctionnaires et vident la trésorerie du sultanat[13]. Cette date marque le passage à une seconde phase de la dynastie mérinite, bien plus confuse, et ce jusqu'à la chute en 1465. Dix-sept sultans se succèdent sans parvenir à maîtriser les dissensions internes tandis que les vizirs gagnent en pouvoir et, à partir de 1420, sont nommés au sein des banu Wattas[27].

Charles-André Julien distingue deux périodes dans cette confusion, considérant une première éclipse mérinide dans laquelle le pouvoir est éclipsé par les vizirs et à la suite de laquelle les sultans qui suivent parviennent à restaurer un certain pouvoir. Puis une deuxième éclipse mérinide jusqu'en 1393[29]. Cette théorie n'est pas reprise par les auteurs modernes qui estiment que l'ensemble de la période voit l'affaiblissement du pouvoir des sultans, élus aux seuls souhaits des vizirs qui deviennent les véritables dirigeants[30],[31],[32].

Tombeaux des sultans mérinides à Fès

La chronologie retient plusieurs noms. Tout d'abord, Abû Ziân as-Sa`id Muhammad ben Fâris, l'héritier présomptif d'Abu Inan Faris, est écarté du trône par le vizir Hassan ibn Umar al Fududi qui lui préfère son jeune frère Abû Yahyâ Abû Bakr ben Fâris. Celui-ci est remplacé après quelques mois par Abû Salîm Ibrâhîm, fils d'Abû al-Hasan ben `Uthmân, qui règne en juillet 1359. Mais il est à son tour destitué par la milice chrétienne le afin d'être remplacé par Abu Omar Tachfin. Il ne règne que quelques mois et est renversé par Muhammad ben Yaqub, un protégé du roi de Castille qui avait séjourné à sa cour après la mort de son père Abu Inan. Bien que son règne dure un peu plus longtemps que ses prédécesseurs, il est également étranglé comme son père par son vizir à l'automne 1366 et ce dernier intronise Abu Faris Abd al-Aziz ben Ali[30].

Démembrement du sultanat

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Contrairement à ses prédecesseurs, Abu Faris se montre prudent et fait exécuter son vizir. Durant son règne, il doit intervenir à Marrakech et dans le sud du pays pour réprimer des révoltes, puis il reprend Tlemcen et parvient à restaurer la souveraineté mérinide sur le Maghreb central. Durant son règne, il semble parvenir à reprendre le contrôle sur les vizirs, jusqu'à sa mort le . À partir de cette date, le « règne des vizirs » reprend et plusieurs candidats se succèdent avec le soutien de l'une et l'autre tribus arabes et berbères. La crise dynastique et le démembrement prévisible du sultanat attire les convoitises[33]. En 1374, le sultanat est scindé en deux à la suite d'une rébellion à Marrakech. Gibraltar est rétrocédé aux Grenadins en retour de leur soutien militaire[34]. Ahmad ibn Ibrahim al-Mustansir, soutenu par les nasrides, devient alors sultan et entreprend plusieurs actions visant à reprendre le contrôle du territoire. Il organise les corsaires de Tétouan afin de réduire l'influence maritime de Castille et tente de reprendre le contrôle de Tlemcen. Cependant, les révoltes entre les cheikhs mérinides occupent la majorité de son règne. Ses successeurs, Abu Faris Abd al-Aziz ben Ahmad, Abu Amir Abd Allah et Abû Saïd Uthmân III seront également empêtrés dans la gestion de ces révoltes[35].

Tanger en 1572, aux mains des portugais.

Profitant de l’anarchie du royaume mérinide, le roi Henri III de Castille débarque en Afrique, en 1399, s'empare de Tétouan, massacre la moitié de la population et réduit l’autre moitié en esclavage. Le roi Jean Ier de Portugal s’empare de Ceuta, en 1415, et Perejil. Cette conquête marque le début de l’expansion outre-mer des Européens. L'émirat de Grenade soutient Abu Said Uthman ben Ahmad afin de contre-attaquer, mais ce dernier échoue et les nasrides se détournent vers un autre allié à Tanger. Abu Said Uthman est assassiné par son vizir en 1420 et la majorité de la famille royale est tuée, à l'exception d'Abu Muhammad Abd al-Haqq, âgé d'un an. C'est dans ce contexte que l'émir du Sultanat zianide entreprend de récupérer Tlemcen et pousse l'offensive jusqu'à Fès[36]. Le vizir Abû Zakariyâ Yahyâ al-Wattasi récupère Fès et tente de récupérer Tanger. Il parvient à libérer Arzila et empêcher que Tanger ne tombe au mains des portugais lors de la bataille de Tanger en 1437[37].

Une partie du corps expéditionnaire est faite prisonnière et l’infant Ferdinand est gardé en otage. Un traité intervient où les Portugais obtiennent le droit de rembarquer à la condition de rendre Ceuta. Ils laissent comme otage l’infant Ferdinand, pour garantir l’exécution de ce pacte. Poussé par le pape, Édouard Ier de Portugal préfère sacrifier son frère plutôt que de perdre sa place de commerce[37]. Le sultan étant trop jeune, le vizir et son successeur Ali ben Yusuf mènent des expéditions pour préserver le pouvoir mérinide. Cependant, en 1452, une nouvelle offensive portugaise s'empare de Ksar Sghir[37].

En 1458, Abu Muhammad Abd al-Haqq se retourne contre son régent et sa famille. Il les fait massacrer ; seuls deux frères survivent, dont celui qui en 1472 devient le premier sultan des Wattassides. La façon dont il recompose sa cour, intégrant un courtisan juif, mécontente fortement les chérifs de la ville. En 1465, l'imam de Kairouan, partisan des Wattassides, appelle la population de Fès à se révolter. Celle-ci tue le sultan ainsi que son ministre juif. Le chef des chérifs idrissides s'empare du pouvoir et met fin à la dynastie mérinide. Ce renversement pousse Abu Abd Allah ach-Chaykh Muhammad ben Yahya, chef des Wattassides, à tenter de reprendre Fès. Il y parvient en 1471[38].

Organisation politique

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Mode successoral

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Le mode de succession mérinide est initialement électoral, comme pratiqué chez les Zénètes. Cependant, à l'instauration d'Abu Yusuf Yaqub ben Abd al-Haqq comme sultan en 1269, ce dernier modifie le mode successoral et instaure le principe héréditaire. Ce mode de succession suscite des attitudes concurrentielles et l'apparition de multiples prétendants contestant les investitures. En conséquence, les conflits de succession, les assassinats et les révoltes sont nombreux et constituent l'un des facteur du déclin dynastique. Sur les vingts sultans, treize sont déposés dont neuf assassinés[13].

Liste des souverains mérinides

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Conseil d'État

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Les cheikhs mérinides, considérés comme émir de leurs clans, assurent la gestion de leurs clans respectifs et ont un rôle de représentation et de conseiller auprès des sultants. Cette fonction d'influence assure la rétribution financière de leur clan en contrepartie des participations militaires en fournissant des soldats et cavaliers. Les cheikhs représentent le pouvoir avant l'instauration du sultanat. Après instauration, ils constituent une institution politique parallèle à l'autorité centrale du sultan et intègrent le Conseil d'État (maglis). Par la suite, les sultans tentent de réduire l'influence des cheikhs en attribuant des fonctions au Conseil d'État à d'autres groupes sociaux[13].

Le Conseil d'État entérine les investitures des sultants et gagne progressivement en influence. Après 1358, l'autorité souveraine passe entre les mains des vizirs qui régentent le pays[13].

Fonctionnaires

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La fonction de vizir est la plus importante après celle du sultan. Il est désigné au sein des grandes familles et a des prérogatives militaires, dirigeant l'armée et la flotte ainsi que les dépenses. Sous ses ordres se trouvent les gouverneurs provinciaux et le trésorier[39]. Le rôle du vizir est important lors des succession et s'accentue particulièrement après 1358[40].

Le chambellan (hâjib) agit en tant que porte-parole du souverain. Toute personne désirant s'exprimer auprès du sultan doit passer par le chambellan. Il agit en tant qu’intermédiaire entre le palais et le monde extérieur[40].

Les cadis font office de juge dans les grandes villes et sont nommés par le sultan. Ils jugent au nom du sultan et celui qui officie à Fès le fait en tant que Grand juge (qâdî al-qudât). Ils règlent les litiges, réparent les torts causés aux opprimés, gèrent les biens des personnes irresponsables juridiquement, règles les questions d'héritage et administrent les biens de mainmorte. Ils dirigent parfois la prière et s'occupent des muezzin[41].

Le gouverneur (walî) est le représentant du sultan dans les provinces conquises. Sa fonction consiste à administrer une province, assurer la collecte d'impôt et la levée de troupe[13].

Religion et légitimité

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Contrairement à leurs prédécesseurs almoravides et almohades, le sultanat mérinide ne s'accompagne d'aucune mission religieuse et ne pose aucune fondation politico-religieuse. Cette absence entame la légitimité des souverains qui reprennent les principes du djihad pour tenter de compenser cela. Cette politique est un échec. Cependant, le sultanat mérinide a une influence dans l'enracinement du Malikisme et l'établissement de Médersa sur le territoire[42].

Afin de légitimer leur pouvoir, les mérinides honorent les descendants du Prophète, les chérifs, rompant là encore avec l'indépendance religieuse des précédentes dynasties. La première composante des chérifs, les hasanides, a pour ascendance les Idrissides. La seconde composante, les Husaynides, s'implante trop récemment, mais donnera par la suite naissance à la dynastie alaouite[43].

C'est en raison de cette faible légitimité qu'aucun souverain mérinide ne revendique le titre d'amir al mu'mimin avant Abu al-Hasan ben Uthman, seulement le titre de Commandeur des croyants, reconnaissant la prééminence des hafsides[43].

Le système fiscal mérinide repose sur des impôts légaux et canoniques : le zakât, l'ushr (dîme) et la djizia. A ceci s'ajoute les mukûs, considérées comme des taxes illégales. Les distinctions restent toutefois floues à l'exception de la djizia ciblant particulièrement les populations juives. Les revenus de la fiscalités financent les médersa. Les mérinides imposent également un tribut de protection aux villes soumises, les prémunisant du pillage. Ils instaurent également des droits de douane à 10% de la valeur des produits et chaque objet fait l'objet d'une redevance[41]. Des taxes foncières sont également prélevées sur base d'une estimation du produit de la terre, ces taxes provoquent la fuite de certains paysans[44].

Lors des conflits, la population a obligation d'offrir le gîte et des provisions aux soldats. L'armée se constitue quant à elle de soldats issus des tribus soumises à l'Iqtâ[44].

Les Mérinides ont légué un nombre important de monuments historiques au Maroc, que l'on retrouve majoritairement dans leur capitale, Fès, mais aussi dans des villes comme Salé, Meknès et Taza[45], ou en Algérie, à Tlemcen avec la mosquée Sidi Boumedienne.

Ils fondèrent également Fès Jdid, dans laquelle sont alors construits un palais et plusieurs mosquées[45].

L’époque mérinide est celle des medersas, qui sont construites en grand nombre, ce qui fera du Maroc le pays musulman qui en compte le plus[45]. La medersa « des Dinandiers » ou Seffarin est la première construite par les Mérinides.

Notes et références

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  1. Le raid a eu lieu en 1260 selon Ibn Khaldoun et en 1263 selon Luis del Mármol Carvajal signale « l'encyclopédie Imago Mundi, à l'article « Les Almoades » ».

Références

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  1. a et b Les premiers sultans mérinides, 1269-1331: Histoire politique et sociale, Editions L'Harmattan, (ISBN 978-2-296-38553-5, lire en ligne), p. 33
  2. Khaneboubi, op.cit, p.21
  3. Gilbert Meynier, L'Algérie, cœur du Maghreb classique: de l'ouverture islamo-arabe au repli (698-1518), La Découverte, (ISBN 978-2-7071-5231-2, lire en ligne), p. 171 :

    « Les Marînides sont une tribu zénète, nomadisant à l’origine dans le Zab, entre Djelfa et Biskra. Fin xie siècle, l’avancée des Arabes bédouins les pousse vers les Hautes Plaines occidentales. »

  4. a et b Charles-André Julien, Histoire de l'Afrique du Nord: des origines à 1830, Payot, (ISBN 978-2-228-88789-2, lire en ligne), p. 522 :

    « III. Le royaume Mérinide de Fès

    Origine des Mérinides

    La tribu ou confédération des Beni Merin est zénète, comme celle des Beni 'Abd el-Wad. Elle nomadisait dans le Zab, l'actuelle région de Biskra, lorsque, à la fin du XIe siècle, elle fut peu à peu poussée vers l'ouest par les tribus hilaliennes. Au milieu du XIIe siècle, lorsque 'Abd el-Moumin conquit son empire, les Mérinides erraient dans les hautes plaines de l'Oranie et participèrent à la coalition zénète qui se forma contre les Almohades. Vaincus, ils n'acceptèrent pas de se soumettre [...] et se réfugièrent dans les confins sahariens, loin des gouverneurs et des agents du fisc almohade, menant une vie précaire mais libre. Ils ne sortirent de leur retraite qu'en 1195 pour participer à la guerre sainte qui se termina par la retentissante victoire d'Alarcos. [...] A ce moment-là (début du XIIIe siècle), les Beni Merin vivaient dans ce que nous appelons le Maroc Oriental, entre Figuig et les oueds Za et Moulouya. L'été ils remontaient jusqu'à Outat el-Hajj et même Guercif pour faire paitre leur troupeaux et se procurer les quelques provisions qui leur étaient nécessaires pour l'hiver [...] »

  5. a et b Adolphe de Calassanti-Motylinski, Le dialecte berbère de R'edamès, (lire en ligne), p. X
  6. Yaḥyá ibn Šaraf al-Nawawī, Chronique d'Abou Zakaria (lire en ligne), p. 119
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  11. Qantara, centre de recherche historique méditerranéen, version d'Ibn Khaldoun sur la prise de Salé.
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  45. a b et c « Les Merinides (1258-1359) ».

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Articles connexes

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Bibliographie

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Liens externes

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