Méridien de Paris

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Salle méridienne, dite salle Cassini : le méridien de Paris y est tracé au sol.

Le méridien de Paris est le méridien passant par le centre de l'Observatoire de Paris. Il est situé à 2°20'13,82" à l'est de celui de Greenwich (conventionnellement, la valeur adoptée par l'IGN est de 2°20'14,025")[1]. Il est aussi connu sous le nom de Méridienne de France qui est sa matérialisation sur le territoire français (de Dunkerque à Perpignan). Ainsi la Méridienne de France a permis le déploiement de la nouvelle triangulation de la France.

Définition du méridien[modifier | modifier le code]

Le méridien de Paris est défini le 21 juin 1667 par les mathématiciens de l'Académie. En ce jour de solstice d'été ceux-ci tracèrent sur le sol le méridien puis les autres directions nécessaires à l’implantation exacte du futur Observatoire de Paris. Dès lors, le méridien origine pour la France était défini.

Histoire[modifier | modifier le code]

  • Le méridien est défini en 1667, époque de la construction de l'Observatoire.
  • La mesure de la méridienne de France est achevée en 1718 par Jean-Dominique Cassini[Informations douteuses] [?] et son fils Jacques Cassini. Dans les années 1740, César-François Cassini rectifiera le tracé. Ces travaux, complétés par des mesures en Laponie et au Pérou, permettent de confirmer l’aplatissement de la Terre aux pôles, contrairement à l’opinion de Jean-Dominique Cassini mais conformément à la théorie de Newton.
  • La méridienne a été mesurée à nouveau de 1792 à 1798 par Jean-Baptiste Joseph Delambre et Pierre Méchain pour servir de base à la détermination de la longueur du mètre en 1799.
  • Entre 1807 et 1808, François Arago, qui parle le catalan, poursuit avec Jean-Baptiste Biot les opérations de triangulations du méridien de Paris en Espagne. Ils les poursuivent aux Baléares, entre Majorque et Formentera. Surpris par la reprise de la guerre entre la France et l'Espagne, Arago est emprisonné au Château de Bellver, mais parvient à s'échapper pour rejoindre Paris[2].
  • Les travaux de triangulation des Baléares sont repris par Carlos Ibáñez e Ibáñez de Ibero entre 1865 et 1868. Il effectue la jonction géodésique des îles Baléares entre elles et avec l'Espagne[3].
  • Dès 1858, Carlos Ibáñez e Ibáñez de Ibero, qui dirige l'Institut Géographique d'Espagne depuis 1870, procède aux opérations de triangulation de l'Espagne[3].
  • En 1879, François Perrier pour la France et Carlos Ibáñez e Ibáñez de Ibero pour l'Espagne réalisent les travaux de jonction géodésique de l'Espagne avec l'Algérie et complètent ainsi la mesure du méridien de Paris par-dessus la Méditerranée[3].
  • Les travaux géodésiques menés en France et en Espagne s'associent également à ceux menés en Europe centrale. En 1867, l'Espagne adhère à l'Association pour la mesure du Grade en Europe (Europäische Gradmessung) dont la France est membre depuis sa fondation. Cette association qui deviendra l'Association Internationale de Géodésie est fondée en 1864 à l'initiative du Général Johann Jacob Baeyer. Ce dernier adresse en 1861 un mémoire au roi de Prusse recommandant une collaboration internationale en Europe dans le but de déterminer la forme et les dimensions de la Terre. Lors de sa création, l'association compte comme membres, l'Autriche, la Belgique, le Danemark, la France, sept états germaniques, l'Italie, les Pays Bas, la Pologne, la Suède, la Norvège, ainsi que la Suisse[4]. Lors de la conférence de 1867, l'association recommande l'adoption du mètre afin de s'assurer de l'équivalence des mesures effectuées dans chaque pays[3]. La pétition que l'association adresse aux différents états qui y sont représentés donnera lieu à la création en 1870 d'une Commission Internationale du Mètre, puis à la Convention du Mètre en 1875[3]. Ainsi, le mètre, dont la définition historique est liée à l'évaluation approximative de la longueur du méridien de Paris par Delambre et Méchain au XVIIIème siècle, est choisi par l'Association internationale de Géodésie comme unité internationale de longueur en géodésie au XIXème. Ce choix coïncide avec les progrès de la mesure du méridien de Paris qui est prolongé jusqu'en Afrique. Les géodésiens qui ont suggéré la création de la Commission Internationale du mètre s'engagent activement dans la création des institutions de la Convention du Mètre. Et l'on retrouve parmi les premiers membres du Comité International des Poids et Mesures de nombreux membres de l'Association internationale de Géodésie[5],[6],[7]. Avec la création du Bureau International des Poids et Mesures, le système métrique devient le système d'unités le plus largement employé au monde.
  • Le méridien de Paris est abandonné au profit du méridien de Greenwich lors de la conférence internationale de Washington de 1884. Ce fut l'objet d'âpres discussions entre Français et Britanniques. Une des raisons qui feront que Greenwich l'emportera, c'est qu'aux antipodes de Greenwich, il n'y a que très peu de terres habitées. L'autre raison fut l'engagement britannique d'adopter le système métrique en échange de l'acceptation de la France à renoncer au méridien de Paris. Sur les 25 pays présents, deux s'abstiendront : le Brésil et la France.
  • La loi du 14 mars 1891 fixe l'heure en France et en Algérie à l'heure du temps moyen de Paris[8].
  • De ce fait, il faudra attendre le 9 mars 1911 pour qu'une loi adoptant officiellement le méridien international de Greenwich soit promulguée[9].
  • Dans les faits[9], le texte de loi de 1911 ne fait pas référence au méridien de Greenwich, mais au « temps de Paris moins 9 minutes et 21 secondes ». Par conséquent, le méridien de Paris restera la référence temporelle française jusqu'au 9 août 1978, date à laquelle la France abandonne définitivement le méridien de Paris pour le système UTC[10].
  • Lors de la célébration de l'an 2000, Paul Chemetov a créé le concept de la Méridienne verte.

Le méridien dans la ville de Paris[modifier | modifier le code]

La Mire du Sud, dans le parc Montsouris.
Le méridien de Paris au sud du bâtiment de l'Observatoire de Paris. On remarque la présence d'un médaillon de bronze au sol (photo prise depuis le jardin de l'Observatoire).
L'un des 135 médaillons de l'Hommage à Arago.

Sur la stèle on peut lire l'inscription suivante : « Du règne de… (le nom de Napoléon a été gratté) mire de l'Observatoire - MDCCCVI ».
Si on se fie à la ligne imaginaire tracée dans le parc par les médaillons de Jan Dibbets (voir ci-dessous), on constate que la Mire du Sud n'est pas dans leur axe. Elle servait en effet à l'alignement de la lunette méridienne de l'Observatoire qui ne se trouve pas exactement sur le méridien, mais quelques dizaines de mètres à l'est de ce méridien.

  • L'Hommage à Arago : 135 médaillons de bronze de 12 cm de diamètre matérialisent depuis 1994 le tracé du méridien dans la ville. Ils ont été conçus par l'artiste néerlandais Jan Dibbets ; ils portent le nom de François Arago et des indications Nord et Sud. Certains de ces médaillons ont disparu.






Régions traversées[modifier | modifier le code]

Depuis le pôle Nord jusqu'au pôle Sud, le méridien de Paris traverse les régions et pays suivants :

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Longitude du méridien[modifier | modifier le code]

Outre sa longitude propre de 0 gr, la position du méridien de Paris a aussi été donnée par rapport à celui de Greenwich selon des chiffres légèrement différents au fil du XXe siècle. Le choix de tel ou tel système géodésique (avec des différences sur la longueur du rayon terrestre ou la position du centre de la terre) crée par exemple de petites variations pour l'angle dièdre entre les méridiens.

Les mesures effectuées aux deux observatoires de Paris et Greenwich dans les premières décennies du XXe siècle ont indiqué un décalage horaire de 9 minutes 20,921 secondes entre ces méridiens (équivalant à un angle de 2°20'13,82")[1].

► Système NTF : 2°20'14.025"
L'Institut géographique national dans son système NTF a adopté une valeur légèrement différente : 2°20'14.025"
C'est cet angle qui a été utilisé à une époque sur les cartes de l'IGN. Par exemple, la carte VIII-14 à l'échelle 1/50.000 publiée en 1969 définit ses bords ouest et est aux longitudes 6,20gr (3°14'34") et 5,80gr (2°52'58").

► Système ED50 : 2°20'16"
À la fin du XXe siècle, l'IGN indiquait sur ses cartes les coordonnées internationales dans le système cartographique européen ED50. Voir par exemple la carte 3541 Est dont le bord ouest se situe à la longitude 5gr (6°50'16").

► Système RGF93 : 2°20'11.4909"
Depuis l'an 2000, la NTF a été remplacée par la norme RGF93[11]. Ce système est basé sur le méridien de l'IERS (Service international de la rotation terrestre), situé 5.3101" à l'est du méridien international. La longitude de l'Observatoire de Paris dans le RGF93 est 2°20'11.4909"[12]. Les nouvelles cartes de l'IGN donnent les coordonnées internationales en bleu dans le système RGF93. Par rapport au méridien international, le méridien de Paris est donc décalé de 2°20'16.801".

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Quelle est la différence entre le méridien de Greenwich et le méridien de Paris ?, sur le site de l'IGN [PDF]
  2. http://www.cosmovisions.com/Arago.htm
  3. a, b, c, d et e Adolf Hirsch, LE GENERAL IBANEZ NOTICE NECROLOGIQUE LUE AU COMITE INTERNATIONAL DES POIDS ET MESURE, LE 12 SEPTEMBRE ET DANS LA CONFERENCE GEODESIQUE DE FLORENCE, LE 8 OCTOBRE 1891, Neuchâtel, IMPRIMERIE ATTINGER FRERES, , 15 p. (lire en ligne), p. 6,9,13-15
  4. « A Note on the History of the IAG », sur IAG Homepage (consulté le 29 mai 2017)
  5. « BIPM - anciens membres », sur www.bipm.org (consulté le 29 mai 2017)
  6. « BIPM - anciens membres », sur www.bipm.org (consulté le 29 mai 2017)
  7. « Past Officers (Presidents and General Secretaries) of the IAG », sur IAG Homepage (consulté le 29 mai 2017)
  8. France Auteur du texte, Bulletin des lois de la République française, Imprimerie nationale, (lire en ligne)
  9. a et b Initialement, d'après la loi du 14 mars 1891, « l'heure légale […] est l'heure temps moyen de Paris », c'est-à-dire constatée à la méridienne de l'Observatoire de Paris. En réalité, à la suite des accords internationaux, l'heure adoptée par les députés par la loi du 9 mars 1911 n'a pas été l'heure du méridien de Greenwich (une référence étrangère eût été impensable…) mais « l'heure de Paris moins 9 minutes 21 secondes ». Comme l'Observatoire de Paris est officiellement à 2° 20' 14" E de Greenwich, ce qui correspond à un décalage horaire de 9' 20,933", il y a légalement (et très théoriquement…) un décalage de sept centièmes de secondes entre l'heure légale et l'heure de Greenwich. Cette différence théorique ne correspond qu'à 1 m de décalage sur la position de l'Observatoire de Paris, et n'a pas d'incidence pratique.
  10. http://legifrance.gouv.fr/jopdf/common/jo_pdf.jsp?numJO=0&dateJO=19780819&numTexte=&pageDebut=03080&pageFin=
  11. geodesie.ign.fr
  12. geodesie.ign.fr

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]