Méreau

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Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne le nom commun. Pour la commune du département du Cher, voir Méreau (Cher).
Méreaux de la Confrérie Saint Nicolas de Paris.
Le méreau de Lirey, représentant le suaire de Turin, est en fait une enseigne de pèlerinage .

Le méreau est une sorte de « bon-pour », un signe de reconnaissance ou encore, un laissez-passer qui prend la forme la plus commune d'un jeton en métal, plus rarement d'une rondelle de cuir ou en parchemin.

Les méreaux - sans doute du latin merere : être digne de, mériter - sont désignés depuis le Moyen Âge sous les formes de merel, merelles, marelles et mereaulx. C'est la pénurie de monnaie divisionnaire qui explique leur apparition. Ils sont tout d'abord employés dans le domaine ecclésiastique à partir du XIIIe siècle comme jeton de présence des chanoines aux offices et donnaient droit à un repas ou à une portion de pain, ces derniers pouvaient ensuite en faire profiter les pauvres. Au XVe siècle, on créa même des méreaux qui valaient 5, 20, 30 ou 45 deniers que l'on pouvait échanger contre du numéraire. Le méreau est apparenté à la monnaie de nécessité.

Rapidement, de nombreuses corporations ou institutions publiques ou privées utilisèrent ce système qui connut une large diffusion jusqu'à la fin du XVIIIe siècle. L'enseigne de pèlerinage, sorte de médaille ou broche munie d’une bélière ou d'un système d'attache au chapeau ou à la cape du pèlerin est qualifiée improprement de « méreau de pèlerinage »[1].

Confondu avec le jeton utilisé à l'origine pour effectuer ses comptes sur une grille et qui n'a pas systématiquement une valeur de remplacement, les méreaux sont très instructifs par leur thèmes et inscription pour les historiens et sont recherchés par les mérellophiles, collectionneurs de méreaux.

Au temps de Calvin, les méreaux étaient distribués aux fidèles qui étaient dignes de communier à la Sainte-Cène, d'où la représentation fréquente de la coupe et du pain sur une face. Au XVIIe siècle, au temps des Assemblées « au Désert » ils serviront en outre à admettre sans crainte les assistants inconnus[2].

Dans l'ouvrage Jetons, méreaux et médailles, l'historien Michel Pastoureau explique que les activités des jongleurs avec leurs numéros de singes savants ne sauraient être considérées comme des métiers méritant rétribution et que les jongleurs s'apparentaient à des faux pauvres pervertissant l'acte de charité (3). « II y avait un caractère transgressif dans le fait de donner de l'argent à des jongleurs. Lorsqu'un joueur recevait de l'argent, cela risquait de compromettre le salut de l'âme du donateur », précise Florian Meunier. Est-ce pour cela qu'il existait un méreau de jongleur au XIVe siècle, probablement la seule monnaie de singe du monde, détenue par le Musée Carnavalet ? « Un méreau, tel un jeton, s'apparente à une fausse pièce de monnaie coulée dans un métal médiocre qui vaut de l'argent mais n'en est pas », précise Florian Meunier. Le méreau en question a, sur l'avers, un joueur de vielle à archet faisant danser un chien et, sur le revers, un singe avec une chaîne autour du cou »[3].

La mérellophilie est l'art de collectionner plus spécifiquement les méreaux. On utilise aussi plus globalement le terme de Jetonophilie.

Le Méreau est devenu en 2016 la Monnaie Locale Complémentaire du Montargois (Montargis- Loiret)[4].

Pallofe[modifier | modifier le code]

La pallofe[5] est un méreau frappé sur un flan de laiton très mince (comme une peau : pell en catalan d'où pellofe ou pallofe).

Elle jouait le même rôle qu'un méreau c'est-à-dire un contrôle de l'assiduité des chanoines aux offices. Au début des offices, chaque bénéficiaire recevait un méreau ou pallofe qu'il échangeait ensuite contre des espèces. Devant la pénurie des monnaies, à la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe siècle, les pallofes furent acceptées comme de véritables monnaies chez les boulangers, bouchers, etc. Monnaie de nécessité, les pallofes sont connues en une centaine de variétés environ.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Les méreaux de Saint-Jacques-aux-pèlerins de Paris », Le livre des mérels, bulletin du Centre National de recherche sur les jetons et les méreaux du Moyen Âge, n° spécial 43-44-45, 2001, p. 62-70
  2. 1749 - Protestants - Des "assemblées du désert" aux prisons de La Rochelle
  3. Marie Verdier, « Payer en monnaie de singe » in La Croix, 21 août 2014.
  4. « Une monnaie locale arrivera cet été dans le Montargois », La République du Centre,‎ (lire en ligne).
  5. Exemple de pallofe

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • J. Labrot et J. Henckes, Une histoire économique et populaire du Moyen Âge, les jetons et les méreaux, éd. Errance, 1989.