Mégafaune du Pléistocène

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La mégafaune du Pléistocène regroupe l'ensemble des grands animaux qui vivaient sur Terre durant le Pléistocène et se sont éteints durant l'extinction de l'Holocène. Le terme de mégafaune est utilisé pour décrire des animaux dont la masse corporelle adulte dépasse 44 kg.

Paléoécologie[modifier | modifier le code]

La dernière des glaciations quaternaires s'est déroulée entre 125 000[1] et 14 500 ans[2] avant notre ère, à la fin du Pléistocène[1]. Cet épisode glaciaire atteint son pic durant la dernière période glaciaire, quand la calotte polaire commence à progresser il y a 33 000 ans pour atteindre son maximum il y a 26 000 ans. La fonte des glaces a commencé dans l'hémisphère nord il y a 19 000 ans, et en Antarctique il y a environ 14 500 ans, ce qui conduit à une montée du niveau de la mer[2].

Une vaste steppe à mammouths s'étend de l'Espagne jusqu'à l'Alaska et le Yukon à travers l'Eurasie et le détroit de Béring. Elle est stoppée en Amérique du Nord par la glaciation du Wisconsin. Ce pont de terre était alors présent du fait du niveau de la mer plus bas et du fait qu'une plus grande partie des eaux de l'époque étaient prises dans la glace. Quand le niveau de la mer a commencé à s'élever, ce pont disparaît il y a 11 000 ans[3]. Durant la période la plus froide de cette ère glaciaire, l'Europe était plus froide et plus sèche qu'aujourd'hui, avec un désert polaire au nord et des steppes sur le reste du territoire, ou de la toundra. Les forêts et les bois étaient quasiment inexistants, à l'exception de quelques poches isolées dans les chaînes montagneuses du sud de l'Europe[4].

Les fossiles recueillis à différents points du continent ont montré que la plupart des grands animaux ont disparu vers la fin de la dernière période glaciaire. Ces animaux sont regroupés sous l'appellation de mégafaune du Pléistocène. À travers l'Eurasie l'éléphant à défenses droites s'est éteint entre 100 000 et 50 000 ans avant notre ère. L'hippopotame, le rhinocéros (Stephanorhinus), l'ours des cavernes (Ursus spelaeus), et l'imposante antilope (Spirocerus) ont disparu entre 50 000 et 16 000 ans avant notre ère. La hyène tachetée, le rhinocéros laineux et les mammouths ont disparu entre 16 000 et 11 500 ans avant notre ère. L'ancêtre du Bœuf musqué a disparu il y a 11 500 ans, tout comme le cerf (Megaloceros) même si une petite population a survécu jusqu'à il y a 7 700 ans dans l'ouest de la Sibérie[5]. Une petite population de mammouths laineux ont survécu sur l'île Wrangel jusqu'à il y a 4 500 ans[6]. La disparition de ces espèces a conduit à celle de leurs prédateurs . Ainsi le tigre à dents de sabre (Homotherium) s'est éteint il y a 28 000 ans[7], les lions des cavernes il y a 11 900 ans[8] et le léopard a disparu d'Europe il y a 27 000 ans[9]. La fin du Pléistocène s'est caractérisé par une série de sévères et rapides oscillations climatiques avec des variations locales de température de parfois 16 °C, qui sont corrélées avec la disparition de la mégafaune. Cette époque correspond également au remplacement rapide de diverses espèces par d'autres du même genre, ou d'une population par une autre de la même espèce, et ce au sein d'une aire assez large[10].

Les ancêtres des hommes modernes sont apparus en Afrique de l'Est il y a 195 000 ans[11]. Certains migrèrent il y a 60 000 ans, et un groupe s'établit en Asie centrale il y a 50 000 ans[12]. De là ils gagnent l'Europe, et on a retrouvé des fossiles humains datant d'il y a entre 43 000 et 45 000 ans en Italie[13], au Royaume-Uni[14] et dans la partie européenne de la Russie arctique datant de 40 000 ans avant notre ère[15],[16]. Un autre groupe quitte l'Asie centrale et atteint la rivière Yana en Sibérie, bien au-delà du cercle arctique il y a 27 000 ans[17]. Des fossiles de mammouths portant des traces de chasse par l'homme il y a 45 000 ans ont été retrouvés dans la baie de Yenisei dans le centre de la Sibérie[18]. Les hommes modernes font ensuite leur chemin à travers le détroit de Béring pour atteindre l'Amérique du Nord entre 20 000 et 11 000 ans avant notre ère, après la fin de la glaciation du Wisconsin mais avant que le pont ne soit inondé par la montée des eaux[19]. Ces humains ont ensuite colonisé l'Amérique. Dans le croissant fertile, la première agriculture s'est développée il y a 11 500 ans[20].

Théories[modifier | modifier le code]

Quatre théories sont proposées pour expliquer ces extinctions :

Ces facteurs ne sont pas obligatoirement exclusifs et plusieurs d'entre eux se sont peut-être cumulés.

Régions affectées[modifier | modifier le code]

Amérique du Nord[modifier | modifier le code]

Une peinture de Heinrich Harder montrant un aurochs se battant contre une meute de loups.
Sir Richard Owen et un squelette de Dinornis (moa).

La faune du Pléistocène en Amérique du Nord incluait des paresseux terrestres ; l'ours à face courte (Arctodus simus) ; plusieurs espèces de tapirs ; des Tayassuidae (dont Mylohyus et Platygonus) ; le lion américain ; des tortues géantes ; des Miracinonyx ; des tigres à dents de sabre comme Smilodon et le chat Homotherium[23] ; le loup Canis dirus ; le saïga ; des camélidés comme deux espèces aujourd'hui disparues de lamas et Camelops[24] ; au moins deux espèces de bisons ; l'élan Cervalces scotti ; le bovidé Euceratherium collinum et le bœuf musqué Bootherium bombifrons ; 14 espèces d'antilocapres (dont 13 sont aujourd'hui disparues) ; des chevaux ; des mammouths et des mastodonte ; Dasypus bellus et le genre de tatous géants Glyptotherium[25] et des Castoroides ainsi que des oiseaux comme Aiolornis incredibilis et d'autres Teratornithidae. Le saumon Oncorhynchus rastrosus vivait également à cette époque. En contraste à tout ceci, le plus grand animal actuel d'Amérique du Nord est le Bison d'Amérique[26].

Amérique du Sud[modifier | modifier le code]

La faune sud-américaine du Pléistocène était très variée, comprenant par exemple le paresseux terrestre Megatherium[27]. Le continent abritait également quelques espèces herbivores comme le litopterne Macrauchenia, Cuvieronius, Stegomastodon, Doedicurus, Glyptodon, Hippidion et Toxodon. Les principaux prédateurs de la zone étaient Arctotherium et Smilodon.

Australie[modifier | modifier le code]

L'Australie se caractérisait par les présence de marsupiaux, monotrèmes, crocodiliens, testudines, varans et de nombreux oiseaux inaptes au vol. Au Pléistocène l'Australie abritait également le plus grand kangourou connu (Procoptodon goliah), Diprotodon (un wombat géant), le lion marsupial (Thylacoleo carnifex), les oiseaux Genyornis et Dromornis, le grand serpent Wonambi et le lézard géant Megalania prisca[28],[29].

Eurasie[modifier | modifier le code]

Comme dans le cas de l'Amérique du Sud, l'Eurasie avait une partie de sa faune en commun avec l'Amérique du Nord. Parmi les espèces les plus caractéristiques d'Eurasie on notait le mammouth laineux, le mammouth des steppes, l'éléphant à défenses droites, l'aurochs, le bison des steppes, le lion des cavernes, l'ours des cavernes, la hyène des cavernes, Homotherium, Megaloceros, l'ours polaire géant, le rhinocéros laineux, le rhinocéros des steppes et Elasmotherium. Aujourd'hui le plus grand mammifère européen est le bison d'Europe.

Faunes insulaires[modifier | modifier le code]

Crâne de Canariomys bravoi (Rat géant de Tenerife). Il était une espèce endémique qui est maintenant éteinte.

Plusieurs îles avaient une mégafaune unique qui s'est éteinte au moment de l'arrivée de l'homme. Cela inclut les mammouths laineux nains de l'île Wrangel, l'île Saint Paul et des Channel Islands de Californie[30] ; des oiseaux géants de Nouvelle-Zélande comme les moas et Harpagornis (un aigle géant) ; des lémuriens géants, dont Megaladapis et Palaeopropithecus et Archaeoindris, un lémurien de la taille d'un gorille, ainsi que trois espèces d'hippopotames, une tortue géante, le crocodile Voay et Aepyornis à Madagascar ; diverses espèces de tortues géantes aux Mascareignes, un Stegodon nain à Florès et divers autres îles ; des tortues Meiolaniidae et des crocodiles mekosuchinés en Nouvelle-Calédonie ; les chouettes Tyto pollens et Ornimegalonyx et les Megalocnus dans les Caraïbes[31],[32] ; des oies géantes et canards Thambetochenini à Hawaii ; et des éléphants nains et hippopotames nains dans les îles de la Méditerranée. Les Îles Canaries étaient habitées par des animaux endémiques, disparus depuis, tels que lézards géants (Gallotia goliath), rats géants (Canariomys bravoi et Canariomys tamarani)[33] et tortues géantes (Geochelone burchardi et Geochelone vulcanica)[34].

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Intergovernmental Panel on Climate Change (UN), « IPCC Fourth Assessment Report: Climate Change 2007 - Palaeoclimatic Perspective », The Nobel Foundation
  2. a et b (en) P. U. Clark, A. S. Dyke, J. D. Shakun, A. E. Carlson, J. Clark, B. Wohlfarth, J. X. Mitrovica, S. W. Hostetler et A. M. McCabe, « The Last Glacial Maximum », Science, vol. 325, no 5941,‎ , p. 710 (PMID 19661421, DOI 10.1126/science.1172873)
  3. (en) Scott A. Elias, Susan K. Short, C. Hans Nelson et Hilary H. Birks, « Life and times of the Bering land bridge », Nature, vol. 382, no 6586,‎ , p. 60 (DOI 10.1038/382060a0)
  4. (en) Jonathan Adams, « Europe during the last 150,000 years », Oak Ridge National Laboratory, Oak Ridge, USA
  5. (en) Anthony John Stuart, Late Pleistocene Megafaunal Extinctions, Springer US, coll. « Advances in Vertebrate Paleobiology », (ISBN 9781441933157 et 9781475752021, lire en ligne), p. 257–269
  6. (en) R. Dale Guthrie, « Radiocarbon evidence of mid-Holocene mammoths stranded on an Alaskan Bering Sea island », Nature, vol. 429, no 6993,‎ , p. 746–749 (PMID 15201907, DOI 10.1038/nature02612)
  7. (en) Jelle W. F. Reumer, Lorenzo Rook, Klaas Van Der Borg, Klaas Post, Dick Mol et John De Vos, « Late Pleistocene survival of the saber-toothed cat Homotheriumin northwestern Europe », Journal of Vertebrate Paleontology, vol. 23,‎ , p. 260 (DOI 10.1671/0272-4634(2003)23[260:LPSOTS]2.0.CO;2)
  8. (en) R. Barnett, B. Shapiro, I. A. N. Barnes, S. Y. W. Ho, J. Burger, N. Yamaguchi, T. F. G. Higham, H. T. Wheeler, W. Rosendahl, A. V. Sher, M. Sotnikova, T. Kuznetsova, G. F. Baryshnikov, L. D. Martin, C. R. Harington, J. A. Burns et A. Cooper, « Phylogeography of lions (Panthera leo ssp.) reveals three distinct taxa and a late Pleistocene reduction in genetic diversity », Molecular Ecology, vol. 18, no 8,‎ , p. 1668–1677 (PMID 19302360, DOI 10.1111/j.1365-294X.2009.04134.x)
  9. (en) Elena Ghezzo et Lorenzo Rook, « The remarkable Panthera pardus (Felidae, Mammalia) record from Equi (Massa, Italy): Taphonomy, morphology, and paleoecology », Quaternary Science Reviews, vol. 110,‎ , p. 131 (DOI 10.1016/j.quascirev.2014.12.020)
  10. (en) A. Cooper, C. Turney, K. A. Hughen, B. W. Brook, H. G. McDonald et C. J. A. Bradshaw, « Abrupt warming events drove Late Pleistocene Holarctic megafaunal turnover », Science, vol. 349, no 6248,‎ , p. 602 (PMID 26250679, DOI 10.1126/science.aac4315)
  11. (en) T. D. White, B. Asfaw, D. Degusta, H. Gilbert, G. D. Richards, G. Suwa et F. Clark Howell, « Pleistocene Homo sapiens from Middle Awash, Ethiopia », Nature, vol. 423, no 6941,‎ , p. 742–7 (PMID 12802332, DOI 10.1038/nature01669)
  12. (en) « A Human Journey:Migration Routes », The genographic project, National Geographic Society, (consulté en 2015)
  13. (en) S. Benazzi, K. Douka, C. Fornai, C. C. Bauer, O. Kullmer, J. Í. Svoboda, I. Pap, F. Mallegni, P. Bayle, M. Coquerelle, S. Condemi, A. Ronchitelli, K. Harvati et G. W. Weber, « Early dispersal of modern humans in Europe and implications for Neanderthal behaviour », Nature, vol. 479, no 7374,‎ , p. 525 (PMID 22048311, DOI 10.1038/nature10617)
  14. (en) T. Higham, T. Compton, C. Stringer, R. Jacobi, B. Shapiro, E. Trinkaus, B. Chandler, F. Gröning, C. Collins, S. Hillson, P. o’Higgins, C. Fitzgerald et M. Fagan, « The earliest evidence for anatomically modern humans in northwestern Europe », Nature, vol. 479, no 7374,‎ , p. 521 (PMID 22048314, DOI 10.1038/nature10484)
  15. (en) Pavel Pavlov, John Inge Svendsen et Svein Indrelid, « Human presence in the European Arctic nearly 40,000 years ago », Nature, vol. 413, no 6851,‎ , p. 64 (PMID 11544525, DOI 10.1038/35092552)
  16. (en) « Mamontovaya Kurya:an enigmatic, nearly 40000 years old Paleolithic site in the Russian Arctic »
  17. (en) V. V. Pitulko, P. A. Nikolsky, E. Y. Girya, A. E. Basilyan, V. E. Tumskoy, S. A. Koulakov, S. N. Astakhov, E. Y. Pavlova et M. A. Anisimov, « The Yana RHS Site: Humans in the Arctic Before the Last Glacial Maximum », Science, vol. 303, no 5654,‎ , p. 52–6 (PMID 14704419, DOI 10.1126/science.1085219)
  18. (en) V. V. Pitulko, A. N. Tikhonov, E. Y. Pavlova, P. A. Nikolskiy, K. E. Kuper et R. N. Polozov, « Early human presence in the Arctic: Evidence from 45,000-year-old mammoth remains », Science, vol. 351, no 6270,‎ , p. 260 (PMID 26816376, DOI 10.1126/science.aad0554)
  19. (en) E. Tamm, T. Kivisild, M. Reidla, M. Metspalu, D. G. Smith, C. J. Mulligan, C. M. Bravi, O. Rickards, C. Martinez-Labarga, E. K. Khusnutdinova, S. A. Fedorova, M. V. Golubenko, V. A. Stepanov, M. A. Gubina, S. I. Zhadanov, L. P. Ossipova, L. Damba, M. I. Voevoda, J. E. Dipierri, R. Villems et R. S. Malhi, « Beringian Standstill and Spread of Native American Founders », PLoS ONE, vol. 2, no 9,‎ , e829 (PMID 17786201, PMCID 1952074, DOI 10.1371/journal.pone.0000829)
  20. (en) Balter, M, « Farming Was So Nice, It Was Invented at Least Twice », Science,
  21. (en) Marc A. Carrasco, Anthony D. Barnosky, Russell W. Graham Quantifying the Extent of North American Mammal Extinction Relative to the Pre-Anthropogenic Baseline plosone.org December 16, 2009
  22. Colin Nickerson, Cosmic blast may have killed off megafauna Scientists say early humans doomed, too, Boston, MA, The Boston Globe, (lire en ligne), A2.
  23. (en) L. D. Martin. 1998. Felidae. In C. M. Janis, K. M. Scott, and L. L. Jacobs (eds.), Evolution of Tertiary Mammals of North America 1:236-242
  24. (en) R. M. Nowak. 1991. Walker's Mammals of the World. Maryland, Johns Hopkins University Press (edited volume) II
  25. (en) « North American Glyptodon » (consulté le 2 juillet 2014)
  26. Ice Age Animals
  27. (es) A. E. Zurita, A. A. Carlini, G. J. Scillato-Yané and E. P. Tonni. 2004. Mamíferos extintos del Cuaternario de la Provincia del Chaco (Argentina) y su relación con aquéllos del este de la región pampeana y de Chile. Revista geológica de Chile 31(1):65-87
  28. Australia's Megafauna
  29. Death of the Megafauna
  30. Extinct dwarf elephants from the Mediterranean islands;
  31. North American Extinctions v. World
  32. Mammoths and Humans as late Pleistocene contemporaries on Santa Rosa Island, Institute for Wildlife Studies 6th California Islands Symposium, Larry D. Agenbroad, et al, December 2003. Retrieved 8 November 2015
  33. Algunas extinciones en Canarias Consejería de Medio Ambiente y Ordenación Territorial del Gobierno de Canarias
  34. «La Paleontología de vertebrados en Canarias.» Spanish Journal of Palaeontology (antes Revista Española de Paleontología). Consultado el 17 de junio de 2016.