Médioroman

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En linguistique, le concept de médioroman élaboré par Pierre Bonnaud désigne selon certains chercheurs une typologie que l'on retrouve dans une série de parlers et langues du centre de la France, et issue d'une évolution liée à l'histoire et la géographie[1],[2].

Selon les défenseurs de cette thèse géo-linguistique minoritaire, le terme Médioromanie ou France médiane désignerait en géographie un espace géographique du centre de la France allant des Alpes à l'Atlantique où l'on retrouve des liens culturels et linguistiques dépassant la traditionnelle « frontière » entre les langues d'oc et d'oïl[3]'[4].

Il ne s'agit pas d'un territoire propre, il ne possède pas de frontières, il s'agit avant tout d'un espace de relations entre différentes cultures[5]. Le terme est employé pour désigner les particularités locales de certaines régions médianes de France [6]. Une notion plus large regroupe sous ce nom les territoires romans d'Europe médiane[7].

Histoire[modifier | modifier le code]

Antiquité[modifier | modifier le code]

Latins populaires parlés en Gaule centrale aux alentours du Ve siècle de notre ère selon Pierre Bonnaud et al.

La période antique voit la première préfiguration quant aux langues gallo-romanes.

L'installation de populations celtes et la celtisation forme une premier socle culturel, linguistique et ethnique de base pour ces régions. La seconde phase est celle de la période gallo-romaine. L'organisation territoriale est marquée par les grandes voies de communication disposées d'est en ouest et qui vont aboutir à une première bipartition de la Celtique entre une orientée vers l'ouest, les deux Aquitaines, et une orientée à l'est, la Lyonnaise ainsi que les cités gauloises à l'est du Massif central.

Limousin, auvergnate et francoprovençal anciens aux alentours de l'an 1000.

La romanisation de la Gaule amène à un gallo-roman initial mais fissuré dès son origine par le phénomène de la circulation lente[8]. Ainsi, la Gaule centrale par ce phénomène va voir émerger trois grands ensembles. L'un occidental, allant initialement de l'Atlantique à Guéret en passant par les actuelles Charentes et Périgord, un second groupe central qui va de Bourges au Gévaudan passant par le territoire arverne, et un troisième allant de Dijon aux Alpes en passant la haute et moyenne vallée du Rhône. L'époque altomédiévale va voir par l'émergence des idiomes issus du latin ces groupes se structurer en langues romanes à part entière, ainsi le groupe occidental va devenir l'ancêtre du limousin, le central de l'auvergnat et l'oriental du francoprovençal[8].

Langues actuelles à fort traits médioromans actuelles selon P. Bonnaud. • Beige : Limousin. • Vert : Auvergnat. • Violet : Francoprovençal. • Bleu clair : Vivaro-alpin.

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

La période dite des grandes invasions marque l'arrivée de populations germaniques sur le territoire de la Gaule et plus particulièrement au nord de la Seine, puis de la Loire. L'établissement dans cette région d'un royaume franc marque dans cette zone l'apparition d'un superstrat germanique qui va marquer une première scission linguistique dans l'ensemble gallo-roman. Les territoires en-dessous du Massif central et du Lot sont restés davantage lié au monde romain et méditerranéen et donnant naissance au domaine d'oc strictu sensu, le provençal, le languedocien et le gascon.

Au Haut Moyen Âge, moment unique où il conservait une homogénéité, quoique relative, l'espace médioroman couvrait un territoire situé entre les deux zones évoqués précédemment et ayant pour limite sud la rivière Lot et pour limite nord l'actuelle ligne linguistique Von Wartburg[9].

L'établissement et la croissance du royaume de France est à l'origine d'un dynamisme linguistique d'oïl qui va s'étendre géographiquement mais également influencer les autres langues. Cela donne lieu à une imprégnation décroissante de la Loire au Massif central et à la Gironde. Cet aire médiane subit donc l'empreinte d'une part mais également assimile et transforme les apports reçus tout en respectant ce qui est inassimilable, c'est notamment le cas de la langue auvergnate.

Il s'agit donc d'une ancienne branche médioromane répartie en trois grands espaces liés qui donna naissance à l'auvergnat, au limousin et au francoprovençal. Cet espace médioroman est à mettre en lien avec les époques générales de l'évolution linguistique en Gaule, puis en France[10].

C'est ainsi qu'au nord de la Loire le gallo-roman donna par son superstrat germanique le domaine d'oïl, que le midi sera marqué par un conservatisme qui donnera naissance à ce qui est nommé domaine d'oc. Et que la France médiane tout en affirmant ses idiomatismes et langues face à l'intrusion de langue d'oïl/française assimilera et transformera certaines influences.

L'aire géographique des langues de la France médiane à l'époque médiévale et d'Ancien Régime correspond à celle de la Langue d'Auvergne, une des trois nations internes à l'actuel territoire français pour l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem puis de Malte, avec celle de France (oïl) et de Provence (oc)[11].

Répartition actuelle[modifier | modifier le code]

Les actuelles langues de cette aire médioromane sont réparties actuellement en deux grands groupes[12] :

Recherches et études[modifier | modifier le code]

L'étude et la recherche quant à cet ensemble linguistique s'effectue notamment au sein du groupe de recherche Groupe de Souvigny : Médioromanie - étude sur la France médiane, créé par le géographe Pierre Bonnaud, qui n'est autre qu'à l'origine du concept de médioroman, et donnant lieux à colloques et des actes de rencontres scientifiques quant à ces problématiques se tenant tous les ans dans la ville de Souvigny[15],[16].

Pour Pierre Bonnaud le concept de médioromanie est un argument supplémentaire qu'il invoque contre celui d'Occitanie[17]. Néanmoins un nombre important de chercheurs critiquent cette notion de médioromanie car elle vise avant tout à détacher l'Auvergne de l'aire méridionale, idée critiquée par un nombre important de chercheurs notamment linguistes.[18],[17].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Groupe de Souvigny, Médioromanie - Études sur la France médiane, Actes des rencontres médioromanes de Souvigny Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Fernand Braudel, L'identité de la France, t. I, Espace et Histoire , t. II et III, Les hommes et les choses, Flammarion, Paris 1987.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Antoine Paillet, « Technique agricole et ethnicité », Revue d'archéologie moderne et d'archéologie générale, Paris, Presses de l'Université Paris-Sorbonne,‎ (ISSN 0294-0965, lire en ligne)
  2. Alain Morel, Limites floues, frontières vives : Des variations culturelles en France et en Europe, Editions des Maison des sciences de l'homme, (ISBN 9782735109081, lire en ligne)
  3. Julien Rapegno, « Le centre de la France : 150ans d'instabilité régionale », La Montagne,‎ (ISSN 0767-4007, lire en ligne)
  4. Didier Nourrisson, Histoire contemporaine et patrimoine: la Loire, un département en quête de son identité, Saint-Étienne, Université Jean-Monnet-Saint-Étienne, (ISBN 978-2-86272-478-2, lire en ligne)
  5. Pierre Bonnaud, Antoine Paillet, Serge Soupel, « Le concept de Médioromanie, identité culturelle de la France médiane », Actes des 1ères rencontres médioromanes de Souvigny (27-28 Mai 2000) - Images et identité des régions de la France médiane,‎
  6. Daniel Paul, « Société et démographie dans le sud de l'Allier au XIXème siècle. Bellenaves et Ebreuil, deux bourgs en médioromanie bourbonnaise : Thèse de Doctorat - Université Paris-Sorbonne », Histoire, économie et société, Paris, Armand Colin, vol. 22,‎ (ISSN 1777-5906)
  7. Jean-Michel Boehler, « L’art d’être propriétaire sans l’être tout en l’étant : Pratiques emphytéotiques dans la campagne alsacienne aux XVIIe et XVIIIe siècles », Revue d'Alsace, Fédération des sociétés d'histoire et d'archéologie d'Alsace,‎ , p. 76-96 (ISSN 0181-0448, lire en ligne)
  8. a et b « Circulation lente », sur http://cercleterredauvergne.fr/ ; site de la société savante Cercle Terre d'Auvergne
  9. « Médioroman, Médioromanie », sur http://cercleterredauvergne.fr/ ; site de la société savante Cercle Terre d'Auvergne
  10. Pierre Bonnaud, De l'Auvergne : un fil d'Ariane pour aller de la Confédération Arverne au IIIe millénaire : essai, Nonette, Créer, (ISBN 2-84819-001-9, lire en ligne)
  11. Pierre Bonnaud, « Observations géohistoriques sur la "Langue d'Auvergne" de l'Ordre de Malte aux XVIIème et XVIIIème siècles d'après le dictionnaire d'Eric Thiou », Médioromanie - Etudes sur la France médiane - Numéro 6 - Transversales en France médiane,‎
  12. Groupe de recherche de Souvigny, Médioromanie : Etudes sur la France médiane - Numéro 4 - Ni le Nord ni le Midi : Réalités discrètes et tenaces de la France médiane - Esquisse d'un fait de civilisation, Souvigny,
  13. Serge Soupel, « Le domaine franco-provençal : Essai de synthèse sociolinguistique (Lyonnais, Savoie, Val d'Aoste, Valais) », Médioromanie - Etudes sur la France médiane - Numéro 8 - Agencements géohistoriques dans le Centre Est,‎ (ISBN 978-2-9534338-2-1)
  14. Pierre Bonnaud, Grammaire générale de l’auvergnat à l’usage des arvernisants, Clermont-Ferrand, CTA, coll. « Eubransa/Travaux »,
  15. Pierre Bonnaud, « Le Groupe de Souvigny : origines, bilan initial, perspectives », Actes des 1ères rencontres médioromanes de Souvigny (27-28 Mai 2000) - Images et identités des régions de la France médiane,‎
  16. « Souvigny, carrefour d'influences », sur http://www.ville-souvigny.com/ ; site de la ville de Souvigny
  17. a et b Philippe Martel, « Histoires d'Occitanie », Revue d'Alsace, Fédération des sociétés d'histoire et d'archéologie d'Alsace, no 133,‎ , p. 217-243 (ISSN 0181-0448, lire en ligne) « Tous deux s’emparent avec volupté des travaux controversés du géographe auvergnat Pierre Bonnaud, qui arrache son Auvergne à l’ensemble occitan pour en faire la composante centrale d’une « médioromanie » linguistique à laquelle aucun romaniste sérieux ne croit. »
  18. (de) Günter Holtus, Michael Metzeltin, Christian Schmitt, « Lexikon der Romanistischen Linguistik (LRL), Band V, 2: Okzitanisch, Katalanisch. (+ 7 S. beiliegende Einleitung) », Zeitschrift für französische Sprache und Literatur, Stuttgart, Franz Steiner Verlag, vol. 1,‎ , p. 69-73