Lune noire (astrologie)

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"Croix surmontée d'un croissant de lune"
Symbole Unicode de la Lune noire.
"Croix surmontée d'un crochet."
à ne pas confondre avec le Symbole de (1) Cérès

Selon l'astrologie occidentale, la Lune noire, parfois appelée Lilith, est le point dynamique — situé en dehors de la matière — où se trouve le second foyer de l'ellipse de l'orbite lunaire autour de la Terre, le premier foyer étant occupé par cette dernière. Un consensus chez la plupart des astrologues en fait la motivation spirituelle de l'incarnation. Les appellations « Lilith » et « Lune noire » ont été utilisées successivement et simultanément pour des référents très différents : un objet du ciel supposé, deux points du ciel distincts, un symbole à multiples significations. La coexistence de ces acceptions différentes de « Lilith » et de « Lune noire » est source de confusion. De plus, des auteurs, tels Joëlle de Gravelaine et Marc Bériault, emploient indifféremment l'un ou l'autre terme pour un même référent.

Évolution des termes[modifier | modifier le code]

Historique des différents termes employés[modifier | modifier le code]

Une représentation de la lune en 1898.
Une représentation de la Lune en 1898.

Un satellite[modifier | modifier le code]

À partir des conjectures en 1846 de Frédéric Petit[1], directeur de l'observatoire de Toulouse, la Lune noire est recherchée, en vain, en tant que deuxième satellite de la Terre, toujours invisible car en opposition avec la vraie Lune[N 1].

Lilith[modifier | modifier le code]

En 1918, l'astrologue Sepharial, théosophe kabbaliste, se basant sur des observations remontant à 1898 de Georg Waltemath, un astronome de Hambourg qui annonça avoir découvert une seconde lune terrestre[2], est le premier astrologue à utiliser ce satellite hypothétique dans ses calculs. Il nomme cette astre errant la « Lune noire ». Il lui attribue cette désignation pour soutenir son argumentation concernant son utilisation astrologique, alors qu'il affirme que cette lune possède une surface suffisamment noire pour être invisible la plupart du temps[3]. C'est par après qu'il le renomme « Lilith »[4]. Lilith, figure remontant à la plus haute Antiquité, est en effet en vogue dans la littérature de la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, notamment dans les milieux ésotériques et kabbalistiques[5].

Un point sur l'orbite lunaire[modifier | modifier le code]

"Schéma explicatif montrant le Lune noire comme le second foyer de l'orbite lunaire"
La Lune noire serait le second foyer de l'orbite lunaire, le premier étant la Terre.

Dom Néroman, cité par Georges Ruchet, définit en 1937 la « Lune noire » des astrologues comme le second foyer de l'orbite lunaire[6],[7]. Elle n'apparaît que très récemment dans les thèmes astraux[8]. La Lune noire a la même longitude écliptique que l'apogée, point de l'orbite lunaire le plus éloigné de la Terre. Étant dans la même direction, vus depuis le centre de la Terre, la Lune noire et l'apogée occupent la même place dans le zodiaque, et la Lune noire est donc souvent, en pratique, définie comme l'apogée de l'orbite lunaire. Or l'apogée est une donnée qui varie en même temps que l'excentricité de l'ellipse de la Lune[N 2]. Il y a donc en réalité une Lune noire moyenne (apogée théorique) et une Lune noire corrigée pour suivre les variations de l'ellipse lunaire (apogée réel)[9]. La majorité des analyses astrologiques est fondée sur la position de la Lune noire moyenne[10]. Certains logiciels d'astrologie offrent aujourd'hui l'option de la position « vraie » de la Lune noire[11].

"Estampe représentant une licorne"
La « Lune noire moyenne » est appelée « Licorne » par Luc Bigé.

Luc Bigé[N 3] intitule la Lune noire moyenne « Licorne » et la Lune noire corrigée « Lilith ». Selon lui, la Licorne « veut tout, tout de suite » alors que Lilith crie « j'ai peur »[12]. La distance maximale entre ces deux points est de douze degrés sur l'écliptique (c'est-à-dire sur le cercle des signes du zodiaque)[13]. Par ailleurs, Luc Bigé intitule le point du zodiaque opposé à Lilith, « Priape », et le point du zodiaque opposé à la Licorne, « Phoebus »[14]. Selon lui, Priape est un lieu de fécondité que la personne a tendance à refuser ; la « personnalité s'y construit contre la peur, grâce à la peur »[15].

Significations données aujourd'hui[modifier | modifier le code]

  • La « Lune noire satellite » est utilisée par certains astrologues américains[16]. « Bien que la littérature anglo-saxonne la nomme parfois Lilith, elle n'a aucun rapport avec le second foyer de l'orbite lunaire »[16].
  • La Lune noire moyenne reste neuf mois dans le même signe et correspond à l'apogée de l'orbite de la Lune. Dom Néroman est le premier à l'évoquer[17].
  • « Ensuite apparut la Lune noire corrigée à laquelle Louis Millat fait écho. Elle correspond au second foyer de l'orbite de la Lune. Elle a des stations directes et rétrogrades et ne s'éloigne jamais de plus de douze degrés de la Lune noire moyenne »[17]. Elle est située à environ 40 000 kilomètres de la Terre[18]. L'alchimiste et kabbaliste Jean Dubuis nomme ce point immatériel « la Terre invisible », par opposition avec le premier foyer de l'ellipse, qui est la Terre matérielle[19]. Cependant, l'appellation « Lune noire » n'est pas neutre : en astrologie, la Lune symbolise l'inconscient individuel, par opposition à l'inconscient collectif symbolisé par les planètes trans-saturniennes, et le noir a toujours représenté, dans la tradition occidentale, le processus de métamorphose, comme le souligne l'exemple de l'alchimie[20].
  • Pour compliquer le tout, en raison de sa grande proximité avec la Terre, la Lune noire corrigée est à distinguer de la Lune noire vraie, où l'on tient compte de la latitude du lieu de naissance dans les calculs. Cette Lune noire dite « vraie » est née dans les années 1990, à la suite des travaux de Guy Dupuis[17].
  • Lilith » est également le nom d'un astéroïde qui se situe dans la ceinture principales d'astéroïdes : (1181) Lilith[21]. Sa symbolique est étudiée par Jean Billon, astrologue spécialisé dans les astéroïdes[22]. Il fait clairement la distinction entre la Lilith comme objet céleste et la « Lune Noire » du plan symbolique[22].

Symbolisme[modifier | modifier le code]

La tendance est à associer des points de vue psychologiques et des visions spiritualistes. Des courants d'interprétation se dégagent mais ne sont pas cloisonnés.

Dans l'astrologie néo-traditionaliste[modifier | modifier le code]

La figure de Lilith est une entité féminine démoniaque dans le Zohar et dans les traditions sémitiques. Des auteurs s'inscrivent dans cette représentation, tout en y mêlant des concepts psychologiques du XXe siècle.

  • En 1985, Joëlle de Gravelaine, disciple du poète Jean Carteret[23], développe cette conception dans Le Retour de Lilith[24].
  • Pour Georges Ruchet, « la Lune noire c'est la perversion » car elle « surestime le Conscient et croit que tout progrès consiste en un progrès vers la conscience »[25].
  • La Lune noire d'Hadès correspond à l'« ombre » dans la personnalité. Comme Lilith, elle représente à la fois son idéal le plus élevé et sa déchéance la plus profonde. Elle génère des fantasmes et des peurs : « Ève est symbolisée par la Lune. La lune noire (Lilith) devient alors la seconde épouse, l'aspect maléfique si l'on peut dire de la Lune et contient, en tant que démon de la nuit, un fort potentiel sexuel [...]. La Lune noire symbolise une épreuve, un Karma »[26].

Dans l'astrologie d'inspiration psychanalytique[modifier | modifier le code]

Un courant actuel d'astrologues rompt avec la dominante sombre de la Lune noire. Il se réclame explicitement des travaux de Carl Gustav Jung[27].

Michèle Farat lui confère la lucidité mais aussi l'ambivalence entre manque et désir ou fascination et rejet[28].

Laurence Larzul considère une vision telle que celle de Joëlle de Gravelaine comme « obscure et infernale[29] ». Pour elle, la problématique « féminine » de la Lune noire concerne tout aussi bien l'intériorité de l'homme que de la femme, chaque individu étant composé de parts féminine et masculine[30] en accord avec l'approche jungienne de l'être[31] à travers l’animus/l'homme intérieur[32] et l’anima/la femme intérieure[32],[33]. Plus globalement, dans le courant astrologique dominant au XXe siècle inspiré de la psychanalyse jungienne, la Lune noire est l'agent du processus d'individuation[34],[35].

Pour Laurence Larzul, « la Lune noire c'est notre tentation narcissique. Elle situe le lieu où notre désir d'identification est le plus grand, où notre projection est la plus puissante car c'est le point de convergence de toutes les lignes de forces de la personnalité. S'il est bien intégré, ce narcissisme nous conduit à prendre conscience de notre être sous peine de nous confondre avec un reflet inconsistant. On ne peut fusionner avec le reflet sans risque de se noyer. Néanmoins, on ne peut non plus l'ignorer car il est originel : il faut relever le défi, jouer le jeu. C'est ce que dit Jung dans Les Techniques de différenciation[36] : « une confrontation réelle avec l'inconscient exige de la part de l'individu un effort de conscience et un point de vue conscient ferme, capable de s'opposer à l'inconscient et de parlementer avec lui. ». La Lune noire nous offre ce "point de vue conscient ferme" »[37].

Dans l'astrologie karmique occidentale[modifier | modifier le code]

"Schéma expliquant les nœuds lunaires"
Les nœuds lunaires sont les points de l'orbite de la Lune où elle traverse l'écliptique, la trajectoire du soleil dans le ciel.

Selon Laurence Larzul, à la suite de Georges Ruchet, la Lune noire en tant que point de l'orbite, comme les nœuds lunaires, a toute sa place dans la jeune astrologie karmique occidentale qui traite de l'âme, des mémoires et du karma du monde sublunaire. L'orbite de la Lune est à l'image du cycle des renaissances, autrement dit la métempsycose[8],[38].

La Lune noire est le symbole des transmutations dans les thèmes natals. Bien que libéré de l'aura sulfureuse de la Lilith des Anciens, le symbole conserve un lien avec la pensée kabbalistique, tenante, elle aussi, de la réincarnation. Mais de « responsable de la chute », et par conséquent du cycle incessant des réincarnations, la Lune noire devient l'initiatrice d'une libération karmique. Laurence Larzul déclare qu'en recherchant laquelle des maisons du thème est transitée par la Lune noire au moment de la demande de consultation, on cerne le lieu « en crise » ou en questionnement qui est à la base de la démarche de consultation[8].

Luc Bigé considère que si l'on compare la vie à un film, la Lune noire en serait l'auteur, celui qui, tout en restant caché, chercherait à donner un sens vital à l'intrigue[N 4].

Patrick Giani souligne lui aussi la fonction libératrice de la Lune noire dès lors qu'elle est conscientisée :

« Ce qu'elle renferme comme symbolique et comme pouvoir révélateur, initiatique, provient en fait du fond des âges. Tout comme avec Pluton, nous avons avec la Lune Noire accès aux mémoires de la race humaine, aux temps les plus reculés de nos premières incarnations. C'est en cela qu'elle se révèle intéressante, car à partir du moment où nous arrivons à cerner au plus profond de nous la faille, la blessure, et quelquefois la dette, nous pouvons accéder à l'autre dimension de la Lune Noire, qui est l'initiation proprement dite. »

— Patrick Giani, L'Astrologie karmique[39]

Dans l'absolu[modifier | modifier le code]

En guise d'introduction à son livre La Lune noire et les destins de Vénus, Philippe Granger décrit : « La Lune noire est un concept ou, mieux, elle est un symbole, et comme tout symbole, elle est par définition polysémique, redondante, inépuisable. On ne peut jamais épuiser la valeur d'un symbole. Et je ne crois pas que l'on puisse jamais être exhaustif en ce qui concerne la Lune noire, pas plus d'ailleurs qu'en ce qui concerne toute l'astrologie. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Astronomiquement, être en opposition avec la Lune ne rend nullement invisible, l'opposé de la nouvelle Lune étant la pleine Lune. De plus, l'existence de ce satellite contredirait les lois de Kepler : elles obligeraient un satellite en opposition avec la Lune à se déplacer sur l'orbite lunaire, où il ne serait pas stable s'il était peu visible, donc de faible masse, le point en question n'étant pas un point de Lagrange.
  2. Le grand axe de l'ellipse lunaire a une longueur constante, mais le petit axe a une longueur variable, et donc la distance des deux foyers de l'ellipse est également variable, rapporte Max Duval dans Les Cahiers Astrologiques de janvier-février 1971.
  3. un chercheur formé à la recherche fondamentale (docteur en Biologie)
  4. En filant la métaphore, les signes du Zodiaque correspondraient à l'ambiance, la mise en scène du film, les planètes du système solaire aux acteurs, et les maisons astrologiques aux lieux où se déroule l'action.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Michael E. Bakich, The Cambridge Planetary Handbook, Cambridge University Press, , 145–146 p. (ISBN 0-521-63280-3, lire en ligne).
  2. (en) « The Earth's Second Moon, 1846 - present. », sur UCDAVIS, Department of Mathematics,
  3. (en) « Bakich, Michael E. The Cambridge Planetary Handbook », sur Google Book, Cambridge University Press, , p. 148
  4. (en) « The Black Moon Lilith by Frater RIKB » (consulté le 18 janvier 2018)
  5. « Vogue dans la littérature de la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, notamment dans les milieux ésotériques et kabbalistique »
  6. Don Néroman, Les Présages à la lumière des lois de l'évolution, Sous-le-Ciel, (ASIN B003WRB03E), p. 199-203
  7. Jean Ruchet, La Lune noire : Ou l'Axe Métaphysique de l'astrologie, Dervy, , p. 9
  8. a, b et c Larzul 2002, p. 12.
  9. Des Longchamps 1997, p. 49
  10. Larzul 2002, p. 10.
  11. Larzul 2002, p. 13-14.
  12. Bigé 2004, p. 65.
  13. Bigé 2004, p. 67.
  14. Bigé 2004, p. 99.
  15. Bigé 2004, p. 64.
  16. a et b Bigé 2004, p. 32.
  17. a, b et c Bigé 2004, p. 31.
  18. Jacqueline Aimé, La Lune noire: Un monde interdit, Editions du Rocher, coll. « Astrologie », (ISBN 9782268011387), p. 29.
  19. Jean Dubuis, L'Expérience de l'éternité - Traité expérimental, Portae Lucis, , 180 p. (ISBN 9780615161075, présentation en ligne, lire en ligne)
  20. Bernard Duchatelle, L'Astrologie trans-saturnienne, vol. 20, Dervy, coll. « La Roue céleste », , 281 p. (ISBN 9782850761799)
  21. (en) « Minor Planet Center - (1181) Lilith », sur Minor Planet Center (consulté le 18 janvier 2018)
  22. a et b Jean Billon, L'Univers des astéroïdes, Association rosicrucienne, (ISBN 9782902450336)
  23. Jean Carteret, « Les Luminaires noirs », Trigone, no 2,‎
  24. Gravelaine 1999, p. 257
  25. Ruchet 1985, p. 42
  26. Hadès, Soleil et Lune Noire, Bussière, , p. 122.
  27. « Référence à Jung »
  28. Michèle Farat, Manuel complet d'astrologie karmique, Montorgueil Trajectoire, (ISBN 9782878741063), p. 120.
  29. « Le point de vue de Laurence Larzul »
  30. Larzul 2002, p. 235.
  31. Larzul 2002, p. 246.
  32. a et b Larzul 2002, p. 248.
  33. Carl Gustav Jung, Dialectique du moi et de l'inconscient, Gallimard, , 179-181 p..
  34. Marc Bériault, Lorsque la Lune Noire se lève... l'être devient autonome', Bxx éditeur inc./Editions Shanti inc., 16-17 p.
  35. Larzul 2002, p. 236 & 246.
  36. Carl Gustav Jung (trad. Roland Cohen), Dialectique du Moi et de l'Inconscient, vol. 285, Gallimard, coll. « Idées », , 274 p. (ISBN 9782070352852)
  37. Larzul 2002, p. 26.
  38. Ruchet 1985, p. 152
  39. Patrick Giani, L'Astrologie karmique : Principes de base et pratique, Jupitair, (ISBN 9791091202336, lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Sepharial, The Science of Foreknowledge,
  • Don Néroman, Les Présages à la lumière des lois de l'évolution, Sous-le-Ciel, (ASIN B003WRB03E), p. 199-203
  • Jacqueline Aimé, La Lune noire, un monde interdit, Rocher, (ISBN 9782268020167)
  • Marc Bériault, La Lune noire : Vers l'autonomie de l'être, Rocher, (ISBN 9782268035222)
  • Marie-Thérèse des Longchamps, Les Nœuds lunaires en astrologie et la Lune noire, Lanore, (ISBN 2851570684)
  • Philippe Granger, La Lune noire et les destins de Vénus, Rocher, (ISBN 9782268027616)
  • Joëlle de Gravelaine, Le Retour de Lilith : La Lune noire, L'Espace Bleu, (ISBN 9782867660061)
  • Laurence Larzul, Comprendre la Lune noire : Vous et votre inconscient, Grancher, (ISBN 9782867660061)
  • Luc Bigé, La Lune noire, un vertige d'absolu, Janus, (ISBN 9782912668127)
  • Renée Lebeuf, La Lune noire, interprète du nœud originel, Dervy, (ISBN 9782844543226)