Lune noire (astrologie)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Lune noire et Lilith (homonymie).
 Ne pas confondre avec Lilith (lune), un hypothétique objet céleste lié à l'astronomie.

En astrologie, la Lune Noire est le point immatériel où est situé le second foyer de l'ellipse de l'orbite lunaire (le premier foyer étant occupé par la Terre). Également appelée Lilith, elle est un des deux luminaires noirs - l'autre étant le soleil noir, foyer inoccupé de l'ellipse dessinée par la Terre dans sa course autour du Soleil - par opposition aux luminaires blancs que sont la Lune et le Soleil occupant les premiers foyers de ces ellipses.

L'alchimiste et qabaliste Jean Dubuis nomme ce point immatériel "la Terre Invisible", tout simplement que ce point représente le second foyer de l'ellipse formé par le parcours orbital de la Lune autour de la Terre, le premier foyer étant la Terre matérielle[1].

Histoire de la Lune Noire[modifier | modifier le code]

Lilith[modifier | modifier le code]

La Lune Noire fut recherchée en tant que deuxième satellite de la Terre, toujours invisible car en opposition avec la vraie Lune, à partir de 1846 par Frederic Petit, directeur de l'observatoire de Toulouse, et son mythe popularisé par Jules Verne dans son roman De la Terre à la Lune.

En 1918, la Lune Noire fut rebaptisée Lilith par l'astrologue Sepharial, théosophe mais aussi féru de Kabbale[2]. Toutefois, il s'agissait toujours, à son époque, de nommer un "astre errant" qui serait le Second Satellite de la terre et non l'actuelle Lune Noire, second foyer de l'orbite[3] lunaire telle que l'a définie Dom Neroman en 1937[4]. Lilith, issue du Talmud, revint effectivement en vogue dans la littérature de la fin XIXe dont les tenants furent mêlés aux milieux ésotériques et kabbalistiques. Victor Hugo, dans "la Fin de Satan" associe Lilith à Isis[5].

Plus tard, Lilith sera le nom attribué à l'astéroïde 1187 (1927CQ) qui se retrouve au sein de la ceinture principale d'astéroïdes située entre les planètes Mars et Jupiter, et dont la symbolique fut étudiée de près par Jean Billon, astrologue spécialisé dans les astéroïdes[6], via ses articles parus dans la revue Harmonie. Il y distingue, lui aussi, clairement la Lune Noire de Lilith au plan symbolique.

Dans le domaine de l'astrologie, les deux termes restent maintenant l'objet d'une certaine confusion puisque certains auteurs continuent d'associer le second foyer de l'orbite lunaire à Lilith, tandis qu'un auteur comme Laurence Larzul[7] s'est attachée à distinguer le mythe de Lilith - porteur d'une fantasmatique douteuse et sulfureuse- de la symbolique de la Lune Noire. Ceci, à la suite et en réaction à la parution du "Retour de Lilith" où Joëlle de Gravelaine[8], disciple du poète Jean Carteret[9], tendait à en perpétuer la mystique féministe entachée de culpabilité judéo-chrétienne. Pour Laurence Larzul, la problématique "féminine" de la Lune Noire concerne tout aussi bien l'intériorité de l'homme que de la femme, chaque individu étant composé de parts féminine et masculine en accord avec une approche taoïste de l'être.

Toujours selon Laurence Larzul[10], et à la suite d'un auteur tel que Georges Ruchet[11], la Lune Noire en tant point fictif calculé et déterminé à partir de l'orbite de la Lune, - comme les nœuds lunaires -, s'inscrit maintenant dans l'approche méthodique de l'astrologie karmique, laquelle s'intéresse avant tout à l'âme, aux mémoires et au karma de notre monde sublunaire. L'orbite de la Lune décrivant le "cercle des générations" dont parlait déjà un Pythagore défendant la métempsycose en son temps.

De nos jours[modifier | modifier le code]

L'astrologue Dom Neroman lui donna en 1937 sa définition actuelle (cf. supra). La Lune Noire a la même longitude que l'apogée, donnée qui varie en même temps que l'excentricité de l'ellipse de la Lune. Il y a donc en réalité une Lune Noire moyenne (apogée théorique) et une Lune Noire corrigée pour suivre les variations de l'ellipse lunaire (apogée réel)[12]. La majorité des analyses astrologiques sont basées sur la position de la Lune Noire moyenne[13]. Cependant, certains logiciels d'astrologie offrent l'option d'utiliser la position de la Lune Noire dite "vrai".

Symboles[modifier | modifier le code]

Interprétation de la Lune Noire[modifier | modifier le code]

Psychologiquement parlant, Lune Noire correspondrait à la "part sombre" (l'inconscient freudien ? Mais surtout jungien) de la personnalité. Comme Lilith, elle représenterait à la fois son idéal le plus élevé et sa déchéance la plus prononcée. Elle est censée générer de nombreux fantasmes, et de grandes peurs :

« Eve est symbolisée par la Lune. La lune noire (Lilith) devient alors la seconde épouse, l'aspect maléfique si l'on peut dire de la Lune et contient, en tant que démon de la nuit, un fort potentiel sexuel [...] La Lune noire symbolise une épreuve, un Karma »

— Hadès, Soleil et Lune Noire, Bussière, 1980 p. 122

« La lune noire c'est l'immoralisme, la perversité et le désespoir »

— Georges Ruchet, La Lune Noire, Dervy Livres, 1985, p. 57

La Lune Noire n'est apparue que très récemment dans les thèmes astraux. Son interprétation ne fait pas l'unanimité dans la profession. Une majorité des astrologues modernes s'accorde toutefois à lui donner une signification de lucidité mais aussi d'ambivalence entre manque et désir ou fascination et rejet.

Il semble qu'elle prenne toute sa place à présent dans la jeune astrologie karmique occidentale en tant que symbole de la nécessaire "transmutation" des empreintes karmiques du thème. Cette école de pensée maintient toutefois sa symbolique "maléfique" dès lors que ce point du thème n'est ni étudié, ni éclairé, auquel cas son "ombre" continue de maléficier le thème natal, agissant comme une "fatalité". Cette vision "fataliste" est en effet conforme à une astrologie classique et déterministe, tandis que l'astrologie karmique se veut évolutive et prône libre arbitre et exercice de la libre conscience en vue d'une transmutation des indications karmiques du thème natal.

Notons à ce sujet, que bien que libérée de l'aura sulfureuse d'une Lilith du Talmud, sa nouvelle inscription dans l'astrologie karmique maintient un lien avec la pensée kabbalistique, tenante, elle aussi, de la réincarnation. Mais de "responsable de la chute", et par conséquent du cycle incessant des réincarnations, elle devient l'initiatrice d'une libération karmique. Ce qui n'est pas là la moindre de ses conversions...

Plus globalement, le courant astrologique dominant au XXe siècle étant largement inspiré de la psychanalyse jungienne, La Lune Noire est devenue l'actrice majeure du processus d'individuation.

« La Lune Noire c'est notre tentation narcissique. Elle situe de lieu où notre désir d'identification est le plus grand, où notre projection est la plus puissante car c'est le point de convergence de toutes les lignes de forces de la personnalité. S'il est bien intégré, ce narcissisme nous conduit à prendre conscience de notre être sous peine de nous confondre avec un reflet inconsistant. On ne peut fusionner avec le reflet sans risque de se noyer. Néanmoins, on ne peut non plus l'ignorer car il est originel : il faut relever le défi, jouer le jeu. C'est ce que dit Jung dans « Les Techniques de Différenciation[14] ». : «... Une confrontation réelle avec l'inconscient exige de la part de l'individu un effort de conscience et un point de vue conscient ferme, capable de s'opposer à l'inconscient et de parlementer avec lui ». La Lune Noire nous offre ce « point de vue conscient ferme » »

— Laurence Larzul, Comprendre la Lune Noire[15]

Patrick Giani, auteur de nombreux livres, souligne également la fonction libératrice de la Lune noire dès lors qu'elle est conscientisée :

"Ce qu'elle renferme comme symbolique et comme pouvoir révélateur, initiatique,  provient en fait du fond des âges. Tout comme avec Pluton, nous avons avec la Lune Noire accès aux mémoires de la race humaine, aux temps les plus reculés de nos premières incarnations. C'est en cela qu'elle se révèle intéressante, car à partir du moment où nous arrivons à cerner au plus profond de nous la faille, la blessure, et quelquefois la dette, nous pouvons accéder à l'autre dimension de la Lune Noire, qui est l'initiation proprement dite." [16]

Les transits de la Lune Noire[modifier | modifier le code]

Solange de Mailly Nesle a affirmé[17] que « l'astrologue devrait permettre au consultant d'acquérir plus de recul par rapport à la situation qu'il vit, d'être en mesure de choisir avec une plus grande conscience »[18] Or (cf. supra), la Lune Noire est très liée à la compréhension des mécanismes inconscients[19]. Voilà pourquoi une astrologue férue de psychologie des profondeurs telle que Laurence Larzul déclare qu'en observant quelle maison du thème est transitée par la Lune Noire au moment de la demande de consultation, on cernera mieux le lieu "en crise" ou en questionnement qui est à la base de la démarche de consultation[20].
Il est finalement à noter qu'une consultation astrologique dure une heure, une heure et demie, parfois deux heures, tandis qu'une psychanalyse s'étend sur de longs mois, parfois des années[21].

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Jean Dubuis - L'expérience de l'éternité - traité expérimental », sur Association Portae Lucis
  2. Kim Farnell, The Astral Tramp, a biography of Sepharial, Acella Publications, 1998, ISBN 1-898503-88-5
  3. The Earth's Second Moon, 1846-present
  4. Dom Neroman, "Les présages à la lumière des lois de l'évolution", 1937 (cité dans : La Lune Noire - Georges Ruchet - Dervy Livres - 1985 p. 9)
  5. Voir "Lilith, le second satellite de la terre - Ephémérides de 1870 à 1937 de J.Desmoulins et R.Ambelain- Ed. Niclaus-1937
  6. "L'univers des astéroïdes" - Jean Billon-St Michel Éditions
  7. http://www.astrologie-karmique.com/la-lune-noire-historique.htm
  8. "Le Retour de Lilith" - l'Espace Bleu - 1985
  9. "Les luminaires noirs" conférence de janvier 1977 parue dans la revue "Trigone" n° 2 (2e trimestre 1977) - Jean Carteret
  10. Laurence Larzul, Comprendre la Lune Noire, Ed. Grancher, 2002 (réédition mise à jour et augmentée du livre paru chez de Vecchi en juin 1991).
  11. "La Lune Noire ou l'Axe Métaphysique de l'astrologie - Ed Dervy 1985
  12. Marie-Thérèse des Longchamps, Les Nœuds lunaires en astrologie et la Lune Noire, Editions Fernand Lanore, François Sorlot éditeur, 1989, ISBN 2-85157-068-4, page 49.
  13. Laurence Larzul, Comprendre la Lune Noire, éd. Grancher, 2002, ISBN 2-7339-0789-1 (notice BnF no FRBNF38895436), page 10.
  14. « Dialectique du moi et de l'inconscient »
  15. Laurence Larzul, Comprendre la Lune Noire, éd. Grancher, section "Rôle et nature de la Lune Noire", p. 26.
  16. Patrick Giani, L'astrologie karmique : principes de base et pratique, Jupitair, , p 166 p. (ISBN 979-10-91202-33-6, lire en ligne)
  17. Dans l'Album Spécial (treizième année) de la revue Les dossiers de l'histoire, page 112.
  18. Il n'est pas ici question de prévisions...
  19. Joëlle de Gravelaine, Album Spécial (treizième année) de la revue Les dossiers de l'histoire, page 104.
  20. Comprendre la lune noire, op. cité, page 131.
  21. Album Spécial (treizième année) de la revue Les dossiers de l'histoire, page 112.

Voir aussi[modifier | modifier le code]