Lumeau

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Lumeau
Lumeau
La mairie-école
Administration
Pays Drapeau de la France France
Région Centre-Val de Loire
Département Eure-et-Loir
Arrondissement Châteaudun
Canton Voves
Intercommunalité Cœur de Beauce
Maire
Mandat
Marc Langé
2014-2020
Code postal 28140
Code commune 28221
Démographie
Population
municipale
160 hab. (2016 en diminution de 13,51 % par rapport à 2011)
Densité 10 hab./km2
Géographie
Coordonnées 48° 07′ 00″ nord, 1° 47′ 11″ est
Altitude Min. 120 m
Max. 134 m
Superficie 15,28 km2
Localisation

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Site web Lumeau

Lumeau (prononcé [lymo]) est une commune française située dans le département d'Eure-et-Loir en région Centre-Val de Loire. Lumeau fait partie d'une zone écologique protégée dans la vaste plaine de céréalicultures de la Beauce. Le nom du village est d'origine gauloise et son histoire est associée à la province de l'Orléanais.

Sommaire

Géographie[modifier | modifier le code]

Situation[modifier | modifier le code]

Localisation[modifier | modifier le code]

Lumeau est situé dans la région naturelle de Beauce, dans le sud du Bassin parisien sur le bassin versant de la Loire.

Rattachée au département d'Eure-et-Loir, la commune est aux confins de la Beauce orléanaise[B 1] et de la Beauce dunoise, à 27 km au nord d'Orléans (préfecture de la région Centre-Val de Loire et du département du Loiret) et à 38 km à l'est de Châteaudun (chef-lieu d'arrondissement). Elle est ainsi dans une zone où l'influence d'Orléans est bien plus sensible que celle de Chartres (préfecture du département d'Eure-et-Loir), distante de 51 km au nord par Fains-la-Folie. Lumeau est à 92 km au sud du point zéro des routes de France (Paris-Notre-Dame).

Carte géographique de la commune de Lumeau

Communes et département limitrophes[modifier | modifier le code]

Lumeau est inséré dans un maillage de villages et hameaux, espacés de 3-4 km, qui quadrillent le territoire agricole et forment un espace social élargi. Ils constituent « une véritable aire d'interconnaissance, les échanges de population entre elles (...) sont nombreux[C 1]. »

À vol d'oiseau entre clochers d'églises, les communes les plus proches de Lumeau sont : Baigneaux (2,5 km), Loigny-la-Bataille (4,0 km), Bazoches-les-Hautes (4,1 km), Poupry (4,3 km), Tillay-le-Péneux (4,8 km), Terminiers (5,2 km), Santilly (7,0 km), Sougy (7,1 km), Dambron (6,3 km), Rouvray-Sainte-Croix (7,5 km), Artenay (7,8 km), Orgères-en-Beauce (8,4 km), Germignonville (9,3 km), Guillonville (9,7 km), Fontenay-sur-Conie (10,3 km), Patay (10,5 km), Courbehaye (11,7 km), Chevilly (11,7 km) et Janville (11,7 km). Les distances doivent être appréciées en fonction du moyen de locomotion : pour parcourir les 5,2 km de Lumeau à Terminiers, il faut une heure de marche ou vingt minutes à vélo ou un quart d'heure avec un cheval au galop ou cinq minutes en véhicule à moteur.

Communes limitrophes de Lumeau
Tillay-le-Péneux Baigneaux
Loigny-la-Bataille Lumeau Poupry
Terminiers Sougy (Loiret)

Lumeau est au voisinage de gros bourgs ruraux et villes accessibles par des routes départementales, à 8 km à l'ouest d'Artenay, à 9 km à l'est d'Orgères-en-Beauce, à 11 km au nord de Patay, à 12 km au sud-ouest de Janville et Le Puiset, à 14 km de Toury, à 24 km au sud-est de Voves et à 27 km au nord d'Orléans.

Comme toute la région agricole de Beauce, le village de Lumeau était inclus dans la province de l'Orléanais. Lumeau faisait plus précisément partie de l'élection d'Orléans, circonscription créée dans le domaine royal vers 1380 et qui était devenue une des subdivisions de la généralité d'Orléans de 1558 à 1789. La frontière nord-ouest de l'élection d'Orléans passait par Santilly, Baigneaux, Lumeau, Terminiers, Sougy et Rouvray-Sainte-Croix.

Mais lors de la formation des départements (décret de la division de la France en départements du 22 décembre 1789, promulgué le 8 janvier 1790), Santilly, Baigneaux, Lumeau, Terminiers, Poupry et Dambron sont des paroisses de l'élection d'Orléans qui deviennent des communes rattachées au département d'Eure-et-Loir[B 2],[B 3], dont la préfecture est Chartres.

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La commune de Lumeau est donc frontalière du département du Loiret avec la commune voisine de Sougy et est associée au bassin de vie de Patay. Lumeau fait partie de l'aire urbaine d'Orléans.

Village, hameaux et écarts[modifier | modifier le code]

L'habitat groupé et la faible densité de population sont typiques d'une région de forte mécanisation agricole productiviste, où chaque chef d'exploitation gère seul environ 130 hectares céréaliers[B 7], les récoltes étant commercialisées par des coopératives agricoles.

La commune comprend 89 foyers fiscaux en 2017, dont 59 familles de salariés et entrepreneurs[B 8]. Les habitations du bourg de Lumeau[L 1] s'étendent sur une longueur de 900 m et une largeur d'environ 200 m de part et d'autre de la grande rue qui prolonge la route D3.9, approximativement entre ses deux intersections avec la route D19, l'une à l'ouest et l'autre à l'est du bourg. Le site primitif du village est « situé dans une légère cuvette » où se trouve la grande mare de Lumeau[L 2], à l'intersection ouest entre la route D3.9 et la route D19. L'église et le cimetière se trouvent dans le quart nord-est du bourg.

Les hameaux d'Écuillon[L 3], Neuvilliers[L 4], Auneux[L 5], Domainville[L 6] et les écarts d'Égron[L 7] et de Tivoly[L 8] sont inclus dans le territoire de la commune de Lumeau, dont les limites territoriales modernes ont été délimitées en 1793 pour une superficie de 15,3 km². Après le bourg de Lumeau, c'est Neuvilliers qui est la plus grande concentration d'habitations : y sont comptés jusqu'à 18 foyers fin du XVIIIe siècle, 65 habitants en 1859, et 12 foyers au début du XXIe siècle.

De nombreux toponymes de communes, hameaux et lieux-dits sont identifiés dans le voisinage de Lumeau et de ses hameaux. Ils ont tous un lien avec l'histoire de Lumeau.

Rose des vents Tanon, Villeprévost
Beauvilliers, Goury
Tillay-le-Péneux, Bazoches-les-Hautes
Champdoux
Santilly
Baigneaux, Dambron
Tivoly
Rose des vents
Orgères, la Maladrerie, Loigny
Écuillon
Villours
N Auneux, Poupry, Z.A. péage de Villeneuve, Autroche, Artenay
O    Lumeau    E
S
Nonneville, Villepion, Faverolles
Guillonville,Gommiers,Terminiers
Rouvray-Sainte-Croix
Neuvilliers
Terre-Noire, Chapelle Sainte-Radegonde
Domainville, Milhouard
Égron, Boissay, Mamerault
Échelles, Sougy, Creusy, Chevilly

Le cadastre de Lumeau contient diverses dénominations de rues, chemins, réages et champarts[Note 1].

Voies de communication et transports[modifier | modifier le code]

  • Voies routières

La commune de Lumeau est accessible via quatre axes structurants de grande circulation routière :

- entre Paris et Orléans par l'autoroute A10 (sortie Sortie 13 Artenay) ouverte en 1973,
- entre Paris et Orléans par la route départementale D2020 (ancienne route nationale 20) via Artenay, partiellement sur le tracé d'une ancienne voie romaine d'axe nord-sud entre Lutèce (Paris) et Cenabum (Orléans), devenue la principale route du domaine royal capétien au Xe siècle, route pavée sur la section d'Orléans à Artenay au début du XVIe siècle et jusqu'à Toury suite à une ordonnance de Henri II en date du , route royale pavée de bout en bout dès 1577, dite grande route de Paris à Orléans[B 9], « une des routes les plus passagères de France[B 10] » jusqu'à l'arrivée de la navigation à vapeur entre Rouen et Paris et du chemin de fer entre Paris et Orléans,
- depuis Chartres par la route nationale 154 vers le sud via Allaines, partiellement par la route départementale D954 sur le tracé d'une ancienne voie romaine d'axe sud-nord entre Blois et Allaines (dénommée grand chemin de Blois à Paris[L 9]),
- depuis Châteaudun par la route départementale D927 (ancienne route nationale 827) vers le nord-est via Orgères-en-Beauce, partiellement sur le tracé d'une ancienne voie romaine entre Châteaudun et Allaines.

La desserte de Lumeau est assurée par plusieurs routes départementales :

- depuis la zone d'activités logistiques d'Artenay-Poupry via Auneux vers l'ouest sur 8 km par les routes départementales D10 et D3.9, dite route d'Artenay (dénommée en 1853 chemin de grande communication n°36 d'Orgères à Artenay[L 10]),
- depuis la maladrerie d'Orgères et Loigny via Écuillon vers l'est par la route départementale D3.9, partiellement sur le tracé d'une ancienne voie romaine d'axe nord-ouest à sud-est entre Chartres et Orléans, dite route d'Orgères (dénommée en 1853 chemin de grande communication n°36 d'Orgères à Artenay[L 9]),
- depuis Sougy via Domainville vers le nord, par la route départementale D109.3, parallèle au tracé de l'ancienne voie romaine d'axe sud-nord entre Blois et Allaines, dite route de Sougy (dénommée grand chemin de Blois à Paris[L 9]),
- depuis Tillay-le-Péneux et Baigneaux vers le sud par la route départementale D109.3, dite route de Baigneaux (dénommée en 1860 chemin de grande communication n°41 de Terminiers à Janville[L 11]),
- depuis Terminiers vers le nord via Neuvilliers par la route départementale D19, dite route de Patay (dénommée en 1860 chemin de grande communication n°41 de Terminiers à Janville[L 9]).
  • Voies antiques et chemins vicinaux à chaussée de pierre et terre

C'est au sud de la commune, vers Terminiers, qu'est situé l'embranchement des deux voies romaines qui traversent le territoire de Lumeau : il s'agit du grand chemin de Blois à Paris et du grand chemin entre Chartres et Orléans.

Une voie romaine orientée sud-nord traverse, en effet, la commune de Lumeau[B 11]. Sur le relevé de la carte d'État-Major (élaborée entre 1820 et 1866, mise à jour et publiée de 1832 à 1887[B 12], la « feuille n°79 de Châteaudun » étant datée de 1843[B 13] et publiée en 1845[B 14]), elle est nommée « ancien chemin des postes, alias chemin de Blois à Ablis ». Aussi nommée « grand chemin de Blois » ou « chemin d'Ablis, de Blois à Paris par Allaines[C 2] »[B 15], elle constitue un segment de la voie antique allant de Tours à Blois et Orléans, et qui bifurque ensuite vers Chartres ou vers Ablis en direction de Paris et Beauvais. Ce chemin de terre en provenance de Saint-Péravy-la-Colombe traverse Terminiers à la ferme de la Ferlauderie au lieu-dit Petit Échelles, longe les hameaux d'Égron et Domainville puis traverse Lumeau entre le bourg et le hameau d'Auneux. En passant par le lieu-dit moulin de Tivoly (au nord-est du bourg de Lumeau), par le réage de la Haute Borne et par Bazoches-les-Hautes au lieu-dit Chaufour, elle rejoint Allaines, ancien carrefour stratégique de 7 voies romaines à 11 km au nord de Lumeau, permettant ainsi d'emprunter notamment la voie romaine entre Allaines et Chartres, aujourd'hui route nationale 154. Dans ses branches vers Ablis, Dourdan et Paris[B 15], le tracé de la voie romaine entre Allaines et Sainville est un chemin vicinal quasi-parallèle à celui de l'autoroute A10 (à 16 km au nord de Lumeau, un alignement d'éoliennes parcourt cette voie romaine sur une distance de 13 km, visible depuis l'autoroute entre Allaines et Allainville). Sur le tracé de la voie romaine, « la sonde a constaté l'existence d'une chaussée, partie d'assez mauvais pavage, partie de pierre mêlée, et ordinairement plus ou moins enterrée. Même depuis l'ouverture de la grande route d'Orléans, cette ligne a été fréquentée comme traverse. Ses points de passage les plus saillants quant-à l'ancienneté sont, avant Allaines, Sampuy, mansion romaine du chemin de Saint-Mathurin, et au-delà, Bazoches-les-Hautes, d'où sont sorties des découvertes de monnaies, objets d'art et monuments d'âge celtique[B 16]. »
Un second axe de circulation antique a l'attribut de « chemin de César de Chartres à Orléans »[B 15]. Avant d'être transformé en voie romaine, il existait déjà comme chemin gaulois avant la conquête romaine de la Gaule[B 16] : il suit un itinéraire carnute de l'Eure, affluent de la Seine, à la Loire. D'axe nord-ouest à sud-est en ligne droite de Chartres à Orléans, il traverse Voves, Fains-la-Folie, la maladrerie d'Orgères, Loigny et Sougy. Passant à Loigny et à côté de « la Grosse Pierre de Villours » au sud du hameau d'Écuillon, cette voie longe la commune de Lumeau selon un axe orienté ouest à sud-est entre le hameau de Neuvilliers[L 4] et le lieu-dit Terre-Noire[L 12], en provenance en ligne droite du segment de route départementale D3.9 passant par la maladrerie d'Orgères (intersection avec la route départementale D927, elle-même ancienne voie romaine « chemin de César Le Mans-Sens par Châteaudun et Allaines ») jusqu'à Loigny et poursuivant en un chemin de terre en direction de Sougy, Gidy et Saran, passant aussi par la ferme de la Ferlauderie « et gagne les approches d'Orléans par les Grandes Bordes, le Bois Picard, Saran et la patte d'oie des Aydes où elle rejoint la voie venant de Chartres par Allaines[B 11] ». C'était la voie la plus directe pour relier Chartres à Orléans, mais elle nécessite de traverser la vallée de la Conie (hydronyme pré-celtique), contrairement à la voie romaine sud-nord par Allaines qui, elle, reste sur le plateau beauceron. Sur la carte d'État-Major de 1866, elle est nommée « ancienne route de Chartres à Orléans, voie gallo-romaine ». Important chemin de terre antique de Chartres à Orléans, cet axe Chartres-Orléans devient un segment de circulation principal entre Rouen et Orléans au Moyen-Age et à l'époque moderne. Il est représenté sur la carte de Cassini de 1759[B 5] et sur la carte d'état major de 1822. Fin du XIXe siècle, il est classé chemin vicinal : il a alors pour concurrent un nouveau tracé de chemin de grande communication entre Fains-la-Folie, le bourg de Fontenay-sur-Conie, le bourg d'Orgères, Nonneville, Villepion, Faverolles, le bourg de Terminiers et Rouvray-Sainte-Croix[C 3], qui devient un segment de la route départementale D.29 en substitution du tracé antique en ligne droite entre Fains-la-Folie et Sougy. Deux paires d'éoliennes, à 3 km au sud-ouest et au sud de Lumeau, sont alignées avec cette voie antique, qui matérialise la limite communale entre Lumeau et Terminiers.

Jusqu'en 1853, le chemin vicinal d'intérêt commun entre Orgères et Artenay passe par Loigny, Écuillon, Neuvilliers, Domainville, Milhouard[L 13] et Poupry, mais il est jugé « défectueux entre Lumeau et Poupry[L 10] », en raison de l'absence de drainage dans la cuvette marnière de Poupry. Ce chemin vicinal en terre est aujourd'hui bitumé uniquement entre la place du hameau de Neuvilliers et la route D19. La distance entre Ecuillon et Poupry par ce chemin via Neuvilliers est de 7,6 km, alors que la distance via Lumeau et Auneux est de 7,3 km, soit un excédent de 300 m seulement, mais le rapporteur au conseil général prétend qu'il est de 797 m. Il est alors préféré en 1853 de faire passer le trafic routier par Lumeau et Auneux en formant le chemin de grande communication n°36 d'Orgères à Artenay[L 10], devenu la route départementale D3.9.

Les parcelles agricoles sont desservies par un réseaux de chemins vicinaux et chemins d'exploitation en terre, tels que le chemin de Saint Michel (entre Loigny et Lumeau au nord de la route D3.9), le chemin d'Échelles (équidistant entre la route D.19 et le chemin de Blois à Ablis), le chemin au Loup (au nord de Neuvilliers), le chemin de la chapelle Sainte Radegonde (au sud-ouest de Neuvilliers). Un chemin d'exploitation entre Neuvilliers et le lieu-dit calvaire de Lumeau[L 14], décrit sur la carte d'État major de 1866, est visible sur une photographie aérienne de 1950 mais il a été mis en culture ultérieurement. Un autre chemin d'exploitation diparu, le sentier du Bois Salla, reliait le bourg de Lumeau au lieu-dit Villours, au nord-ouest de Neuvilliers.

  • Transport en commun routier

Les autobus des lignes 2 et 32B du réseau de mobilité interurbaine (Rémi-Transbeauce) vers Orléans, Chartres, Châteaudun, Orgères-en-Beauce et Guillonville ont des arrêts dans la commune (Neuvilliers, Grande Rue, Écuillon).

  • Transport ferroviaire

La ligne Paris-AusterlitzOrléans, est en exploitation depuis la création de la Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans en 1840 et sa desserte de Paris à Orléans via Juvisy en 1843[B 17]. La ligne est électrifiée en 1 500 V continu par caténaire en 1926. Le service assuré par le TER Centre-Val de Loire y est accessible à la gare d'Artenay, à 8 km à l'est de Lumeau.

La ligne ChartresOrléans est exploitée depuis 1872[B 17]. Le service TER Centre-Val de Loire est assuré pour le trafic voyageurs sur la section de Chartres à Voves. Une extension du service offert aux passagers comprend la réouverture après 2020 d'un arrêt pour le trafic voyageurs à Orgères-en-Beauce[C 4] qui avait été supprimé en 1937 lorsque cette ligne ferroviaire à voie unique non électrifiée devint strictement d'intérêt militaire comme ligne-école du chemin de fer et opérée par le 5e régiment du génie. Depuis 1942, la ligne de Chartres à Orléans est principalement utilisée pour la circulation des trains de marchandises : il y a une gare de fret pour le silo de la coopérative agricole Axéréal à Gommiers, entre Guillonville et Terminiers, et une autre gare de fret pour le silo Axéréal d'Orgères. La halte ferroviaire pour les voyageurs d'Orgères-en-Beauce est à 9 km à l'ouest de Lumeau, celle de Patay est à 11 km au sud-ouest de Lumeau.

  • Trafic aérien

Lumeau est à 6 km de l'aérodrome Fernand-Richard (LF2825) de Santilly[C 5], avec une piste en herbe ouverte à l'aviation légère et ULM. Lumeau est à 16 km de la base aérienne 123 Orléans-Bricy (LFOJ). Lumeau est à 80 km de l'aéroport de Paris-Orly (LFPO).

L'espace aérien au voisinage de Lumeau fait partie de la région d'information de vol de Paris (FIR Paris). Elle est structurée en aire de manœuvre terminale d'Orléans (TMA Orléans) pour l'approche Orléans-Bricy et aire de manœuvre terminale de Paris (TMA Paris)[C 6]. L'espace aérien supérieur est principalement utilisé comme route aérienne sur l'axe Paris-Bordeaux.

  • Services de mobilité innovante

La Communauté de communes Cœur de Beauce, dont fait partie Lumeau, est un « territoire d'expérimentations de nouvelles mobilités durables[C 7] ». « Les enjeux sont à la fois énergétiques, économiques, sociaux, territoriaux et numériques[C 8] », pour« développer des solutions de mobilité innovantes au service de l'employabilité (et) apporter de manière opérationnelle des solutions flexibles et pertinentes de mobilité pour répondre au fonctionnement des entreprises de la zone[C 8] », en coopération avec l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie et Transdev.

Climat[modifier | modifier le code]

Tableau climatologique séculaire[modifier | modifier le code]

Les relevés météorologiques concernant Lumeau sont caractéristiques d'un climat océanique dégradé des plaines du Centre et du Nord de la France, de type Cfb selon la classification de Köppen : « climat tempéré chaud, sans saison sèche, à été tempéré ».

Lumeau est situé au centre d'un quadrillage de 4 stations météorologiques. Lumeau est à 14 km au nord de la station météorologique de la base aérienne 123 Orléans-Bricy établie en 1936 à 125 m d'altitude[B 18], qui est une station du réseau de la veille météorologique mondiale. Lumeau est aussi situé à 14 km au sud de la station météorologique de Viabon, établie en 1993 à 138 m d'altitude[B 19], à 13 km à l'ouest de de la station météorologique de Trinay établie en 1970 à 123 m d'altitude[B 20] et à 9 km à l'est de la station météorologique de Guillonville, établie en 1995 à 132 m d'altitude[B 21].

La plus ancienne archive indiquant des événements météorologiques observés à Lumeau est le registre paroissial[L 15], témoignant d'indications météorologiques qualitatives sans mesure, par exemple pour l'hiver 1740, mais surtout de manière plus précise en 1788 avec son record de grand froid à −22,5 °C[1] et sa vague de chaleur estivale. Des mesures de température et de précipitations sont archivées dans l'Orléanais depuis au moins 1788[2], la météorologie agricole est publiée dès le XIXe siècle.
Les annales du Bureau central météorologique de France fournissent de 1877 à 1923 la pluviométrie quotidienne mesurée par l'ingénieur des ponts et chaussées d'Orléans, les relevés mensuels de température, humidité, hauteur de pluie, nébulosité et direction du vent mesurés à l'école normale d'Orléans, ainsi que des relevés à Patay et Châteaudun[3]. Elles sont suivies par le Bulletin quotidien de renseignements de l'Office national météorologique de France, avec une lacune de 1940 à 1944.
Les relevés de la station météorologique d'Orléans-Bricy, à 14 km de Lumeau, débutent en 1936 pour les mesures de la pression atmosphérique, la température minimale et l'observation des événements (brouillard, neige, orages) et en 1938 pour les multiples mesures quotidiennes de températures, mais sont manquants de mai 1940 à mars 1946 ; les mesures sont complétées par celles de l'ensoleillement en 1949, du vent en 1974 et des précipitations en 1975.

La température moyenne à Lumeau[4] au XXe siècle est de 10,7 °C. Sur la période 1901-2000, la moyenne décennale de la température moyenne oscille entre 10,1 °C et 10,9 °C. De 1938 à 2016, la température moyenne à Lumeau est de 11,0 °C. Elle atteint une moyenne de 11,7 °C entre 2000 et 2016. La hausse séculaire de température moyenne annuelle à Lumeau est de +1,3 °C depuis 1901. En raison de l’inertie thermique continentale, elle est supérieure aux +0,75 °C[5] de hausse séculaire moyenne planétaire (surface des continents et des océans) observée au XXe siècle[6] qui ont contribué à un réchauffement planétaire d'approximativement +1 °C depuis l'ère pré-industrielle (dont la température de référence est assimilée à la température moyenne de la période 1850-1900) jusqu'en 2017, c'est-à-dire une tendance planétaire de +0,2 °C par décennie[7] . La tendance de long terme à Lumeau est un réchauffement de +0.12°C par décennie de 1901 à 2016, incluant une accélération à +0.30°C par décennie entre 1981 et 2016 avec un plateau de records consécutifs de températures (augmentation de +0.01°C par décennie) entre 2000 à 2016. Le scénario climatique RCP4.5 du GIEC permet de prévoir pour 2050 une température moyenne annuelle de 13 °C, une moyenne de 27 °C de la température quotidienne maximale en juillet-août et des pics horaires jusqu'à 46 °C[8]. Cette hausse de la température moyenne s'accompagne d'une augmentation de la fréquence, de la durée et de l’intensité des épisodes caniculaires.

Les précipitations moyennes annuelles sont sur une légère tendance haussière. Sur la période 1901-2016[4], elles sont de 592 mm ; sur la période 1938-2016, elles sont de 593 mm ; sur la période 1995-2017, elles sont de 611 mm. L'augmentation séculaire des précipitations à Lumeau est de +52 mm (+0.46 mm par année) depuis 1901. L'évolution climatique conduit néanmoins à une augmentation du risque de sécheresse estivale du sol.

Tableau climatologique de Lumeau sur la période 1901-2016.
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Température moyenne (°C) 3,4 4,4 7,1 9,8 13,5 16,5 18,7 18,4 15,8 11,6 6,8 4,1 10,9
Précipitations (mm) 48,4 41,8 42,9 45,2 54,9 48,6 53,4 47 47,2 55,7 53,8 53,4 592,5
Source : Météo France & East Anglia Climatic Research Unit[4]


Évolution du tableau climatologique de Lumeau.
Période Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
1901-1950 Température moyenne (°C) 3,1 4,2 6,9 9,7 13,5 16,4 18,4 18,2 15,7 11,2 6,4 3,7 10,6
Précipitations (mm) 45,5 39,1 41,1 46,5 51,9 46,3 54,7 47,2 44,1 54,8 53,6 52 576,8
1951-1980 Température moyenne (°C) 3,1 4,4 6,8 9,5 13,1 16,2 18,2 18 15,7 11,5 6,6 4 10,6
Précipitations (mm) 50,5 46 44,6 39,7 52,4 50,9 48,3 48,7 51,9 50,2 55,6 51 589,8
1981-2016 Température moyenne (°C) 4 4,6 7,7 10,2 13,9 17 19,4 19,2 16,2 12,4 7,5 4,7 11,4
Précipitations (mm) 50,6 42 44,1 48,1 61,2 49,9 55,9 45,5 47,5 61,5 52,7 57,5 616,5
Source : Météo France & East Anglia Climatic Research Unit[4]


Température et ensoleillement[modifier | modifier le code]

Sur la période 1981-2010[B 22], la température moyenne de l'air à Lumeau est de 11,2 °C.

La moyenne pluriannuelle de la température quotidienne minimale est de 6,7 °C, les années extrêmes étant 1956 (4,8 °C) et 1994 (8,21 °C). La moyenne pluriannuelle de la température quotidienne maximale est de 15,8 °C, les années extrêmes étant 1963 (13,35 °C) et 2011 (17,57 °C).

Les hivers sont doux (4 °C) et humides. En moyenne, il y a 1 jour de grand froid (≤−10 °C). Les extrêmes de froids mensuels sont de −16,5 °C en décembre 1938, −19,8 °C atteint le et −16,4 °C en février 2012. La plus basse température quotidienne maximale est −11,0 °C, atteinte le .

Même avec une moyenne positive de la température quotidienne minimale, ll y a 55 jours de gel en moyenne annuelle, dont 9 jours de forte gelée (≤ −5 °C) et 6 jours sans dégel. De 1950 à 2010, le jour de gelée le plus précoce est le et la gelée la plus tardive est le . Entre 1938 et 2018, les occurrences de jours sans dégel sont entre le 3 novembre et le 7 mars ; entre 1988 et 2018, c'est entre le 21 novembre et le 28 février.

Les étés sont tempérés avec une température moyenne entre 16 et 20 °C entre juin et septembre. Sur la période 1981-2010 est observée une température maximale moyenne mensuelle de 25,4 °C. Depuis 1877, les plus hautes chaleurs sont de 41,3 °C le , de 40,3 °C le et de 39,9 °C le .

En moyenne annuelle sur la période 1788-2019[B 23], une température maximale supérieure à 20 °C est observée pendant 116 jours. En moyenne sur la période 1981-2010[B 24], il y a 50 jours annuels de chaleur où la température maximale dépasse 25 °C, dont 11 jours de forte chaleur où la température maximale dépasse 30 °C, à comparer sur la période 1788-2019 avec 44 jours annuels de chaleur où la température maximale dépasse 25 °C, dont 10 jours de forte chaleur où la température maximale dépasse 30 °C : la tendance est à l'augmentation du nombre de journées chaudes. En moyenne annuelle sur la période 1981-2010, il y a au plus 1 journée de chaleur caniculaire (température ≥ 35 °C et haute température nocturne).

Entre 1938 et 2018, les occurrences de jours de forte chaleur (température maximale ≥ 30 °C) sont entre le 12 mai et le 1er octobre ; les occurrences de nuits où la température minimale ne descend pas sous 20 °C sont entre le 18 juin et le 30 août. La plus haute température quotidienne minimale est de 23,2 °C, atteinte dans la nuit du . Les records de durée de vague de chaleur (température maximale ≥ 25 °C) depuis 1938 sont de 86 jours en 2018, 84 en 1947, 80 en 2003, 73 en 1959 et 1976.

Les extrêmes d'amplitudes thermiques quotidiennes observées sont une variation maximale de 23,3 °C le et une variation minimale de 0,4 °C le [9].

Température à Lumeau (station météorologique de Bricy) sur la période 1981-2010 (records de 1938 à 2019).
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Température minimale moyenne (°C) 1,1 0,9 3 4,8 8,6 11,5 13,3 13,2 10,5 7,9 4 1,7 6,7
Température moyenne (°C) 3,9 4,4 7,5 10 13,9 17 19,4 19,2 15,9 12,1 7,2 4,3 11,2
Température maximale moyenne (°C) 6,7 7,9 12,1 15,2 19,1 22,6 25,4 25,2 21,3 16,4 10,4 7 15,8
Record de froid (°C)
date du record
−19,8
25-01-1940
−16,4
07-02-2012
−12,9
01-03-2005
−4,5
30-04-1938
−3
07-05-1957
0,8
01-06-2006
3,7
17-07-1938
4,2
22-08-1946
−0,8
20-09-1952
−4,5
28-10-1950
−15,3
30-11-2010
−16,5
21-12-1938
−19,8
25-01-1940
Record de chaleur (°C)
date du record
16,6
15-01-1975
21,9
27-02-2019
26,5
25-03-1955
29,8
16-04-1949
32,7
27-05-2005
36,9
27-06-2011
41,3
25-07-2019
39,9
06-08-2003
33,8
01-09-1953
30,1
01-10-1985
21,8
06-11-1955
18,6
16-12-1989
41,3
25-07-2019
Nombre de jours avec température minimale ≤ −10 °C 0,8 0,3 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0,1 1,3
Nombre de jours avec température minimale ≤ –5 °C 3,1 2,9 0,6 0 0 0 0 0 0 0 0,7 1,9 9,2
Nombre de jours avec gel 12,1 12,1 8,2 2,8 0 0 0 0 0 1,3 6,3 11,7 54,5
Nombre de jours avec température maximale ≤ 0 °C 2,8 1,6 0,6 0 0 0 0 0 0 0 0,2 1,5 6,1
Nombre de jours avec température maximale ≥ 25 °C 0 0 0 0 3,5 9 16,2 14,7 5,1 0,9 0 0 50
Nombre de jours avec température maximale ≥ 30 °C 0 0 0 0 0,1 1,7 4,9 3,9 0,7 0 0 0 11,3
Nombre de jours avec température maximale ≥ 35 °C 0 0 0 0 0 0 0,2 0,7 0 0 0 0 0,9
Degrés jour unifiés 437,8 383,5 324,8 240,5 133,6 57,5 18,7 20,4 77,2 183,2 324,5 423,9 2 625,6
Source : Météo France[B 22] et Infoclimat[B 24]


Température à Lumeau (station météorologique de Guillonville) sur la période 1995-2010 (records de 1995 à 2019).
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Température minimale moyenne (°C) 1 1,3 2,7 4,7 8,5 11,1 12,8 13 9,8 7,7 3,9 1,3 6,5
Température moyenne (°C) 3,6 4,7 7,4 10,2 13,9 17,2 19,2 19,3 15,7 12,1 7 3,8 11,2
Température maximale moyenne (°C) 6,3 8,2 12,2 15,8 19,4 23,3 25,6 25,7 21,6 16,6 10,2 6,3 15,9
Record de froid (°C)
date du record
−14,8
07-01-2010
−17
07-02-2012
−11,5
01-03-2005
−4,7
11-04-2003
0
14-05-1995
2,1
04-06-2001
5
31-07-2015
4,5
29-08-1998
1,5
14-09-1997
−5
30-10-1997
−16,8
30-11-2010
−12,8
29-12-1996
−17
07-02-2012
Record de chaleur (°C)
date du record
14,9
28-01-2002
20,8
27-02-2019
24,1
30-03-2017
28,7
30-04-2005
32,1
28-05-2017
36,5
27-06-2011
40
25-07-2019
39,8
06-08-2003
33,3
13-09-2016
28,4
01-10-2011
21,1
07-11-2015
16,7
07-12-2000
40
25-07-2019
Nombre de jours avec température minimale ≤ −10 °C 0,5 0 0,1 0 0 0 0 0 0 0 0,1 0,4 1,1
Nombre de jours avec température minimale ≤ –5 °C 3,1 1,4 0,6 0 0 0 0 0 0 0,1 0,6 1,7 7,5
Nombre de jours avec gel 12,4 11,4 8,7 3,2 0,1 0 0 0 0 1,6 5,4 13,1 55,9
Nombre de jours avec température maximale ≤ 0 °C 2,9 0,9 0,1 0 0 0 0 0 0 0 0,3 2,2 6,3
Nombre de jours avec température maximale ≥ 25 °C 0 0 0 0,5 3,6 10,1 16,5 15,5 5,01 0,7 0 0 51,9
Nombre de jours avec température maximale ≥ 30 °C 0 0 0 0 0,1 2,1 5,6 5,5 0,8 0 0 0 13,9
Degrés jour unifiés 446,3 374,6 327,4 233,3 130,6 52,2 19,8 17,8 79,2 187,1 328,7 440,7 2 637,7
Précipitations (mm) 48,4 40,5 44,5 50,8 56,2 44,8 58,3 47,1 40,7 60,3 60 59,6 611,2
Source : Météo France[B 22], Infoclimat[B 24] et Météo-Climat[B 25]
Diagramme climatique
JFMAMJJASOND
 
 
 
6,3
1
48,4
 
 
 
8,2
1,3
40,5
 
 
 
12,2
2,7
44,5
 
 
 
15,8
4,7
50,8
 
 
 
19,4
8,5
56,2
 
 
 
23,3
11,1
44,8
 
 
 
25,6
12,8
58,3
 
 
 
25,7
13
47,1
 
 
 
21,6
9,8
40,7
 
 
 
16,6
7,7
60,3
 
 
 
10,2
3,9
60
 
 
 
6,3
1,3
59,6
Moyennes : • Temp. maxi et mini °C • Précipitation mm

L'ensoleillement annuel moyen est de 1 767 heures sur la période 1981-2010. Le minimum d'ensoleillement annuel moyen est 1 181 heures (2004)[B 23]. Les maxima d'ensoleillement annuel moyen sont 2 088 heures (2018)[B 23] et 2 307 heures (1959)[B 26]. L'ensoleillement quotidien maximal est de 8,1 heures en décembre et de 15,4 heures en juin[B 23].

En moyenne annuelle entre 1991 et 2010, il y a 60 jours de bon ensoleillement, c'est-à-dire lorsque la durée effective d'insolation est supérieure à 80% de la durée astronomique possible d'insolation, correspondant à une journée de bonne nébulosité (0 à 2 octas). Le record de bon ensoleillement est de 94 jours en 2003.

L'irradiation moyenne mensuelle est supérieure à 125 kW.h·m-2 entre mars et septembre[10], favorisant la photosynthèse et la croissance des végétaux. L'irradiation cumulée entre mars et septembre[10] est de 1 082 kW.h·m-2, soit une moyenne quotidienne de 5 kW.h·m-2. Le pic d'irradiation est observé aux mois de juillet.

En moyenne annuelle, il y a 56 jours où l'éclairement solaire direct est inférieur à 120 W·m-2, dont 45 jours entre octobre et février.

L'irradiation annuelle est de 5 004 MJ m−2, c'est-à-dire 1 390 kW.h·m-2. C'est équivalent à une irradiation moyenne de 5 kW.h·m-2 quotidiens durant les 270 jours où l'ensoleillement est supérieur à 1 heure ou équivalent à une irradiation moyenne de 8 kW.h·m-2 quotidiens durant les 166 jours où l'ensoleillement est supérieur à 5 heures.

Ensoleillement à Lumeau (station météorologique de Bricy) sur la période 1981-2010.
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Ensoleillement (h) 66,4 87,3 140,5 176,2 207 216,6 221,3 224,6 179,2 121,1 70,6 56,6 1 767
Nombre de jours sans ensoleillement 10,9 7,4 3,7 2,1 1,9 0,9 0,5 0,4 1,5 5 8,5 13,4 56,76
Nombre de jours avec ensoleillement ≥ 1 h 14,25 17,43 23,03 25,53 27,25 27,01 29,04 28,79 26,03 22,69 16,3 12,98 270,22
Nombre de jours avec ensoleillement ≥ 5 h 5,18 8,29 13,72 16,93 19,36 20,02 21,39 20,99 17,64 12,44 6,19 4,57 166,56
Source : Météo France[B 22] et Météo-Climat[B 23]


Ensoleillement à Lumeau (station météorologique de Bricy) sur la période 2000-2018.
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Ensoleillement (h) 64 90 144 178 183 208 211 205 175 126 70 71 1 724
Ensoleillement la plus basse (h)
année du record
34
2013
37
2006
68
2001
112
2001
1
2004
90
2004
111
2001
119
2004
118
2001
61
2000
1
2000
26
2002
1 181
2004
Ensoleillement la plus haute (h)
année du record
89
2002
154
2018
216
2014
263
2011
256
2018
299
2015
295
2013
283
2016
234
2018
241
2017
116
2017
149
2016
2 088
2018
Record d'ensoleillement en 24 h (h)
date du record
8,9
26-01-2008
10,6
28-02-2005
12,1
31-03-1997
13,5
29-04-1990
15,1
30-05-2009
15,4
19-06-2005
15,1
04-07-1959
14,3
04-08-2007
12,8
03-09-1999
10,9
01-10-1997
9,1
02-11-2001
8,1
07-12-2003
15,4
19-6-2005
Ensoleillement (MJ/) 157 258 450 569 576 587 623 587 504 341 187 159 5 004
Source : Météo France[B 22], Prévision-Météo[B 27] et PVGIS-CMSAF[10]


Pression atmosphérique et vents[modifier | modifier le code]

La pression atmosphérique à Bricy (125 m d'altitude) ramenée au niveau de la mer est de 1017 hPa en moyenne.

Les vents dominants apportant la pluie proviennent de l'ouest. La vitesse du vent au sol est peu élevée à Lumeau : moyennée sur des périodes de 10 min, elle est de 4,3 m/s (15 km/h) en moyenne annuelle ; la vitesse du vent moyennée sur des périodes de 10 min durant les mois de janvier est en moyenne de 18 km/h. Il y a en moyenne annuelle 51 jours avec des rafales de vent de plus de 16 m/s (58 km/h), dont 2 jours avec des rafales de plus de 28 m/s (100 km/h). En moyenne annuelle de 1961 à 1991, il y a 62 jours avec un vent violent (≥ 65 km/h) à Bricy et 33 jours à Châteaudun. Un vent extrême instantané est mesuré le avec une rafale maximale de vent de 152 km/h .

Pression et vent à Lumeau (station météorologique de Bricy) sur la période 1981-2010 (records de 1981 à 2019).
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Record de vent sur 10 minutes (km/h) 18 16,9 16,9 16,6 14,8 14 13,3 12,6 14 15,5 15,1 16,9 15,5
Record de vent (km/h)
date du record
108
03-01-2018
122,4
28-02-2010
108
25-03-1998
108
08-04-1994
99,4
25-05-2018
86,4
01-06-1997
126
02-07-2000
100,8
09-08-1994
104,4
22-09-1999
104,4
15-10-1983
108
23-11-1984
151,9
26-12-1999
151,9
26-12-1999
Nombre de jours avec rafales ≥ 57,6 km/h 6,6 5 6,2 4,7 3,3 2,4 2,6 2,4 2,8 4,4 3,8 5,4 49,7
Nombre de jours avec rafales ≥ 100,8 km/h 0,1 0,3 0,1 0,1 0 0 0,2 0 0 0,1 0,2 0,1 1,2
Pression atmosphérique au niveau de la mer (hPa) 1 019,3 1 018 1 017,2 1 015 1 015,6 1 017,1 1 017 1 016,8 1 017,4 1 016,2 1 017,2 1 018,8 1 017,1
Record de la pression la plus basse (hPa)
date du record
982
23-01-2009
969,3
25-02-1989
985,6
31-03-1992
987,4
17-04-1998
989,5
05-05-2004
995,9
26-06-1997
997,9
17-07-1987
997,7
12-08-2008
990,2
13-09-1993
980,8
31-10-2003
973,7
09-11-2010
977,2
02-12-1976
969,3
25-02-1989
Record de la pression la plus haute (hPa)
date du record
1 044,4
30-01-1989
1 040,3
12-02-1989
1 043,9
04-03-1990
1 034,4
07-04-2015
1 033,3
12-05-2012
1 033,1
08-06-2005
1 029,9
06-07-1993
1 030,2
05-08-1998
1 032,7
29-09-1986
1 035,8
24-10-1973
1 038,8
22-11-1978
1 044,4
25-12-1991
1 044,4
30-01-1989
Source : Météo France[B 22], Infoclimat[B 24] et Météo-Climat[B 23]


Humidité et précipitations[modifier | modifier le code]

La condensation de l'air humide ou l'évaporation de l'eau du sol est fonction de la température et de l'état hygrométrique.

Température et humidité à Lumeau (station météorologique de Bricy) sur la période 1961-1990.
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Température moyenne (°C) 3,1 4,3 6,6 9,3 13 16,2 18,5 18,2 15,8 11,7 6,6 3,8 10,6
Humidité relative (%) 89 85 79 74 76 74 72 72 77 84 89 90 80
Source : Météo-Centre[B 26]


À la surface du sol à 6 heures UTC à Lumeau, l'air est proche d'être saturé en humidité d'octobre à mars : l'écart entre le point de rosée et la température constatée à 6 h UTC est d'environ 1°C avec une humidité relative de l'air proche de la saturation (93%-96%) ; l'air est loin d'être saturé à 6 h UTC entre avril et septembre : l'écart est de 3 à 4 °C[B 24]. L'évapotranspiration diurne est donc facilitée entre avril et septembre.

L'humidité absolue de l'air à 6 h UTC est supérieure à 8 g·m-3 de mai à octobre avec un pic à 13 g·m-3 en juillet ; elle est de 5 g·m-3 de décembre à mars[B 24]. L'air est donc le plus sec de décembre à mars, facilitant la recharge des nappes phréatiques.

Température et humidité à Lumeau (station météorologique de Bricy) à 6 h UTC sur la période 2014-2018.
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Température moyenne (°C) 1,5 2,1 2,2 6 10,7 13,2 17,9 14,5 11,7 10,4 8,5 3,7 8,5
Humidité relative (%) 93 96 95 89 86 86 84 87 90 96 96 94 91
Source : Météo-Centre[B 26] et Infoclimat[B 24]


À la surface du sol à 17 heures UTC à Lumeau, l'air est relativement insaturé en humidité d'octobre à février, plus insaturé de mars à juin et en septembre, très insaturé en juillet et août. L'arrosage agricole l'après midi et en début de soirée est donc peu efficace.

La chute nocturne de température entre 17 h UTC et 6 h UTC est supérieure à la chute de température nécessaire pour atteindre le point de rosée calculé à 17 h UTC[B 24] pour les mois d'octobre à mars, à l'exception de janvier, résultant en la condensation d'un surplus d'humidité de l'air nocturne.

Température et humidité à Lumeau (station météorologique de Bricy) à 17 h UTC sur la période 2014-2018.
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Température moyenne (°C) 3,5 6,5 11,9 15 18,8 21,5 29,3 23,6 19,5 16,2 9,9 7,9 15,3
Humidité relative (%) 77 73 62 58 56 53 40 46 61 75 90 89 65
Source : Météo-Centre[B 26] et Infoclimat[B 24]


Des évènements majeurs de sécheresse ont été observés en France : « la sécheresse de 1989-1990 apparaît comme la plus sévère des cinquante dernières années en termes de déficits d'humidité du sol et de précipitations sur des échelles de temps longues (...) La sécheresse de 2003 se révèle ordinaire en termes de déficits de précipitation, mais atteint la seconde ou même la première place en termes de magnitude pour les déficits d'humidité du sol sur les cinquante dernières années[11]. »

Les précipitations sont relativement modérées et leurs variations interannuelles sont très faibles. Le cumul moyen annuel des précipitations a une hauteur de 643 mm d'équivalence en eau par mètre carré. La pluviométrie est équirépartie en 112 jours sur tous les mois de l'année, sur la période 1981-2010 à la station météorologique de Bricy, comparables à 637 mm sur 114 jours à la station météorologique Trinay sur la même période et à 611 mm sur 106 jours à la station météorologique de Guillonville sur la période 1995-2010.

En moyenne annuelle, il y a 41 à 44 jours de pluie avec plus de 5 mm, dont 17 jours avec plus de 10 mm de forte pluie à Trinay, Bricy et Guillonville. Les plus grandes hauteurs de précipitation quotidienne sont de 82 mm () depuis 1970 à Trinay, de 65,8 mm () depuis 1938 à Bricy, de 67,4 mm () depuis 1995 à Guillonville.

Le cumul maximum annuel, dû aux pluies, neiges, grêles et brouillards, a été enregistré en 1958 (934 mm) et le minimum en 1990 (413 mm) sur la période 1958-1998 à la station météorologique de Bricy[B 28] ; de tierces mesures antérieures à 1936 indiquent que les cumuls extrêmes de précipitation annuelle étaient en 1930 (1977 mm) et 1921 (347 mm)[B 26]. Une statistique agricole indique qu'avant 1929 « le chiffre moyen de chute des eaux (en Eure-et-Loir) est de 554 millimètres. Dans l'année la plus sèche il n'est tombé que 385 millimètres et dans l'année la plus humide (1910, année des inondations) la chute d'eau atteignit 890 millimètres[B 29]. »

Les extrêmes de nombres de jours de précipitations annuelles sont de 70 jours (1953) et 146 jours (1981). Un extrême de déficit de précipitation a été observé en France durant l'été 1976[11]. La modélisation du réchauffement climatique conduit cependant à « souligner d’abord l’évolution plus rapide et plus forte des sécheresses du sol par rapport aux sécheresses météorologiques[11]. »

Pluviométrie à Lumeau (station météorologique de Bricy) sur la période 1981-2010 (records de 1938 à 2018).
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Précipitations (mm) 52,3 44,4 46,4 49,4 64,2 44,8 59,9 50 50,5 64,4 58 58,2 643
Record de pluie en 24 h (mm)
date du record
40,9
02-01-1961
34,6
25-02-1958
26,3
15-03-1979
33
29-04-1959
65,8
30-05-2016
44,3
30-06-1953
64,4
15-07-1958
52,7
06-08-1982
44,2
06-09-1958
37,7
25-10-1981
32,6
01-11-1999
41,8
28-12-1947
65,8
30-05-2016
dont nombre de jours avec précipitations ≥ 1 mm 10,7 9,4 9,8 9,7 10,5 7,6 7,5 6,9 8,2 10,5 10,5 10,7 112
dont nombre de jours avec précipitations ≥ 5 mm 3,6 2,8 3,4 3,5 4,5 3,1 3,7 2,9 3,6 4,4 4,1 4,4 44
dont nombre de jours avec précipitations ≥ 10 mm 1,2 0,8 1,1 1,1 1,9 1,2 2 1,5 1,3 2,2 1,3 1,4 17
Source : Météo France[B 22]


Pluviométrie à Lumeau (station météorologique de Guillonville) sur la période 1995-2010 (records de 1995 à 2018).
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Précipitations (mm) 48,4 40,5 44,5 50,8 56,2 44,8 58,3 47,1 40,7 60,3 60 59,6 611
Record de pluie en 24 h (mm)
date du record
24,6
13-01-2004
31
25-02-1997
21,9
31-03-2016
40,2
29-04-2007
48,1
30-05-2016
34
04-06-2002
67,4
06-07-2001
47,6
05-08-2004
34,2
26-09-2013
30,8
05-10-2015
27,6
30-11-2003
20,8
29-12-2001
67,4
06-07-2001
dont nombre de jours avec précipitations ≥ 1 mm 9,9 9 9,3 7,7 8,8 7,1 7,9 6,8 6,9 10,3 10,7 11,9 106
dont nombre de jours avec précipitations ≥ 5 mm 3,4 2,3 3,1 3,1 3,8 2,9 3,6 2,9 3 3,8 4,2 4,8 41
dont nombre de jours avec précipitations ≥ 10 mm 0,9 0,7 1,2 1,5 1,9 1,3 1,8 1,3 1,2 2 1,6 1,3 17
Source : Météo France[B 22]


En moyenne annuelle, il y a 56 jours de brouillard, 16 jours d'orages, 3 jours de grêle et 12 jours de neige. L'épaisseur moyenne du couvert de neige constatée à Bricy est la plus grande en (30 cm).

Phénomènes météorologiques à Lumeau (station météorologique de Bricy) sur la période 1981-2010.
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Nombre de jours avec neige 3 3,8 1,3 0,9 0,1 0 0 0 0 0 1,2 2,1 12
Nombre de jours avec grêle 0,3 0,2 1 0,7 0,4 0,3 0,1 0,1 0,1 0,1 0,1 0,1 3
Nombre de jours d'orage 0 0,1 0,4 1,3 3,2 2,2 3,3 3,1 1,4 0,7 0,2 0,2 16
Nombre de jours avec brouillard 8,7 6,4 4,1 2,4 1,8 1,9 1,3 2,5 3,4 6,6 8,6 8,6 56
Source : Météo France[B 22]


Géologie et sols[modifier | modifier le code]

Géodésie du plateau de Beauce[modifier | modifier le code]

Lumeau[L 16] se situe sur le plateau calcaire de la Beauce[B 30]. Le paysage est celui d'une vaste plaine agraire à champs ouverts.

Dans le canton d'Orgères, le plateau de Beauce a une altitude moyenne de 130 m, le bois de Ménainville à Tillay-le-Péneux atteignant 140 m. Le plateau s'abaisse légèrement du nord-ouest au sud-est. Le profil altimétrique de Courbehaye à Artenay met en évidence, après la vallée de la Conie, un plateau autour de 130 m jusqu'à Loigny, Villours et Neuvilliers mais qui s'affaisse brusquement à l'est de Loigny à 125 m : cela correspond au synclinal d'Orgères qui, depuis la vallée de la Conie à Ormoy, passe entre le bourg d'Orgères et la Maladrerie (127 m), puis Loigny vers Écuillons et Lumeau, et qui atteint une altitude moyenne de 120 m après Auneux vers Poupry.

Neuvilliers et Bazoches-les-Hautes sont des points hauts locaux relatifs, Lumeau en creux. Le point haut (134 m) de la commune de Lumeau est à l'ouest de Neuvilliers en direction de Villepion, au « Haut-de-Neuvilliers, réage des Huit-Mines, champtier de Neuvilliers ». La déclivité est descendante de Neuvilliers (129 m) vers le bourg de Lumeau (122 m) et les hameaux d'Auneux (121 m) et Domainville (122 m), avec des ondulations de 2 m de Neuvilliers vers Écuillon, Domainville et Terminiers. Le dénivelé imperceptible est de 0.3%.

Trois points hauts sont identifiés comme sites du réseau géodésique de détail du nivellement général de la France (NGF) sur le territoire de Lumeau :

Le repère en laiton du réseau géodésique de base français (RGF93) à précision centimétrique le plus proche de Lumeau est au sol près de la station de pompage du château d'eau de Terminiers[L 20] où la pesanteur en 2019 à l'altitude de 133,413 m et latitude de 48° 05' 20'' est mesurée à g=9,80842042 ± 2×10-7 m·s-2 (soit 1,8 millième de plus que la pesanteur normale à l’altitude 0 et à la latitude de 45°). Des triplets de repères de nivellement sont localisés à Loigny et à Baigneaux. Une station du réseau GNSS permanent se trouve à Artenay.

Trois moulins à vent aujourd'hui disparus ont aussi pu servir de hauts repères : le moulin de Lumeau, le moulin d'Auneux et le moulin de Tivoly. Les deux premiers sont représentés sur la carte de Cassini de 1759[B 5]. Des enquêtes sur les moulins à blé identifient un moulin à vent en activité à Lumeau, an II (1793), et deux moulins à vent, an X (1801)[L 21]. Des éoliennes se trouvent sur la commune voisine de Terminiers au XXIe siècle.

Il y a en outre dix repères de nivellement dans la commune :

  • W.B.03-1 : Lumeau, faubourg Saint-Martin (altitude 124,044 m NGF)[L 22]
  • W.B.03-2 : Auneux, écurie (altitude 120,792 m NGF)[L 5]
  • W.B.03-3 : Auneux, carrefour entre les routes D109.5 et 109.3 (altitude 121,883 m NGF)[L 23]
  • W.B.N303-10 : Écuillon (altitude 126,273 m NGF)[L 3]
  • W.B.N303-11 : vestige d'une remise au moulin de Lumeau (altitude 124,446 m NGF)[L 24]
  • W.B.N303-12 : mairie de Lumeau (altitude 122,882 m NGF)[L 1]
  • W.B.N303-13 : cimetière de Lumeau (altitude 125,304 m NGF)[L 25]
  • W.B.03-35 : Neuvilliers (altitude 129,393 m NGF)[L 4]
  • W.B.03-36 : Neuvilliers, monument des mobiles de 1870 (altitude 128,793 m NGF)[L 26]
  • W.B.03-37 : château d'eau de Lumeau - point B (altitude 124,969 m NGF)[L 27]

Géologie et gisement de fossiles[modifier | modifier le code]

La Beauce en géologie correspond à la zone d'affleurement des calcaires lacustres qui se sont déposés pendant une vingtaine de millions d'années, au époques successives depuis l'Éocène moyen jusqu'au début du Miocène, et plus précisément de l'étage stratigraphique du Lutétien (47,8 Ma) jusqu'à l'étage stratigraphique de l'Aquitanien (datant de 23,03 Ma à 20,44 Ma)[B 31],[B 32].

Le calcaire de Beauce supérieur, aussi dénommé calcaire de l'Orléanais, est une formation sédimentaire lacustre caractérisée par la présence de gastéropodes fossiles Helix Aurelianensis. Il affleure avec un « faciès Pierre d'Orgères » « en bancs durs réglés, clairs, jaunâtres avec des noyaux siliceux[C 9] ». Son « assise terminale est grumeleuse, blanche, peu cohérente ; elle affleure dans la dépression de Poupry[C 9] » et est visible « dans les carrières souterraines de Terminiers et de Lumeau[C 9] ». Il est essentiellement formé de calcite (87 à 96%, c'est-à-dire de carbonate de calcium qui est le constituant principal des squelettes de micro-algues, des coquilles d'animaux marins foraminifères et d'escargots, formant les dépôts calcaires) et de quelques % de silicates (kaolinite, montmorillonite et illite dans les proportions de 2, 6 et 2 dixièmes, c'est-à-dire d'oxydes de silicium, aluminium, fer, calcium, magnésium, sodium, potassium, titane et phosphore typiques de la composition de la croûte terrestre)[C 9]. Le climat froid contemporain des glaciations quaternaires est le principal « responsable de la gélifraction des premiers mètres du calcaire de Beauce[C 10] ». « C'est, dans sa masse, une roche fracturée, où s'est installé un réseau karstique important[C 9]. »

Le toit du calcaire de l'Orléanais est partiellement recouvert d'un limon des plateaux d'une « épaisseur variant de quelques décimètres à 2 mètres[C 9] ». Il correspond à l'étage stratigraphique du Pléistocène supérieur marqué par la dernière période glaciaire du Quaternaire (glaciation du Würm dans les Alpes et glaciation vistulienne en Grande-Bretagne, Doggerland et Scandinavie) de 107 à 9,7 milliers d'années avant notre ère. Durant cette période de refroidissement global mais déjà contemporaine de la présence du genre humain dans la région, l'abrasion et l'ablation au front des glaciers nordiques[Note 2] et la fonte partielle estivale du cryosol, entraînant des fragmentations cryoclastiques de roches et des écoulements de boues, favorisent une érosion éolienne dans l'environnement périglaciaire. Les particules fines transportées par le vent dans un paysage de toundra forment des accumulations sédimentaires dans les aires de végétation herbacée dense et constituent la zone du lœss des latitudes moyennes de l'hémisphère nord. Ainsi « les vents soufflants des steppes du Nord recouvrent la Beauce de fines poussières éoliennes, la dotant du manteau limoneux auquel elle doit son actuelle richesse agricole[C 10]. » « Le limon est très homogène, d'une teinte brune à brun-rouge, très peu calcaire (calcite : 5%) et très fin[C 9] ». Son substrat est essentiellement formé de silicates (94 à 98% de poussières minérales de texture argilo-limoneuse, issues de l'érosion des roches de la croûte terrestre et formant des réseaux cristallins de types kaolinite, montmorillonite et illite) et de quelques % de calcite et matières organiques. Sa granulométrie se caractérise par des tailles d'éléments minéraux répartis en « plus de 90% de lutite et moins de 10% d'arénite[C 9] ».

Le limon est particulièrement épais dans la zone centrée sur Neuvilliers[L 4] et le lieu-dit Terre-Noire[L 12] : dans cette zone, nous avons des épaisseurs minimales allant de 1 m de limon dans les champs au sud de Neuvilliers, 1,5 m au nord-ouest du chemin au Loup et à Écuillon, 1,6 m de limon au réage le Carreau[L 28] à l'ouest de Neuvilliers, et jusqu'à une puissance de 2 m au lieu-dit Faverolles[L 29] sur la commune de Terminiers et un maximum de 2,6 m à Rouvray-Sainte-Croix. Mais, par ailleurs, nous avons des épaisseurs minimales de limon de 1,2 m à Villours[L 30], 0,8 m à la Chapelle Sainte Radegonde[L 31] et 0,2 m à Égron. L'épaisseur de limon est donc très variable et l'horizon du calcaire de l'Orléanais affleure directement à faible profondeur de labour à l'ouest de Domainville et à Égron jusqu'au lieu-dit Les Vallées[L 6], au Moulin d'Auneux[L 32], au sud du bourg de Lumeau au delà du château d'eau et du Calvaire de Lumeau[L 14], et dans une bande étroite de terrain entre Loigny, le nord d'Écuillon et le lieu-dit Malmusse[L 33] au nord du bourg de Lumeau, c'est-à-dire approximativement entre la route D.3.9 et le chemin de Saint-Michel.

Mais, il existe une particularité géologique dans la partie est du territoire de Lumeau, adjacente au bourg de Lumeau et des hameaux d'Auneux et Domainville et au nord-est du bois d'Égron, avec des caractéristiques chimiques (proportion de silicates et de calcites) et physiques (granulométrie) spécifiques. S'y trouve une formation géologique de sables et marnes de l'Orléanais (étage stratigraphique du Burdigalien, datant de 20,44 Ma à 15,97 Ma)[B 33],[B 32], horizon fossilifère d'une épaisseur de plusieurs mètres formés d'alluvions d'un ancien cours d'eau transportant les produits de l'érosion du Massif central[Note 3],[B 34],[B 35] au dessus d'une dépression du calcaire de l'Orléanais, dite cuvette de Poupry. Son épaisseur est de 4 m vers le moulin de Lumeau[L 34], c'est-à-dire à quelques centaines de mètres de la grande mare du bourg de Lumeau[L 2] dont le fond est marneux imperméable. « Dans la région de Poupry, la cote du toit du calcaire de Beauce supérieur (ou calcaire de l'Orléanais, blanc, crème, carié, vacuolaire, meuliérisé) est très variable selon que l'on est sur les bordures de la cuvette où il affleure à la cote + 125, ou au centre de la cuvette où on ne le rencontre qu'aux cotes + 105 à + 100 et même + 95, recouvert par le Burdigalien[C 10]. » La cuvette, partiellement comblée par les sables et marnes tout en restant 5 à 10 m en contrebas de la plaine environnante, forme une lentille de 29 km2 dont le bourg de Lumeau, les hameaux d'Auneux, Domainville, Mamerault, Milhouard et les villages de Poupry, Artenay-Autroche, Dambron et Baigneaux sont établis sur le pourtour.

  • Son faciès de granulométrie argileuse (marnes de l'Orléanais) se trouve à Domainville et se poursuit vers le bourg de Poupry. « La dépression de Poupry (...), dépression du calcaire de Beauce comblée par cette argile verte et jaunâtre, est un exemple typique de ces marnes vertes de l'Orléanais[C 10] ».
  • Son faciès de granulométrie sableuse (sables de l'Orléanais) se trouve à la sortie est du bourg de Lumeau et notamment dans une zone centrée sur Auneux et se poursuit vers Baigneaux. Une ancienne carrière souterraine est identifiée adjacente au sud du bourg de Lumeau[L 35] et dont l'accès serait à l'intersection entre la route d'Artenay et le chemin de Blois à Ablis : « c'est un sable jaune, fin plus ou moins pur à passées plus grossières, mêlé d'argiles sableuses bleues et ocre[C 9]. ».

Des découvertes paléontologiques[B 36],[B 37] y ont été faites en nombre depuis 1850, notamment entre 1883 et 1885, avec des gisements datant du Burdigalien comprenant d'une part des fossiles de reptiles aquatiques, poissons et mollusques (unio flabellatus, helix, melania escheri), et d'autre part des ossements et dents de vertébrés terrestres, essentiellement des mammifères[B 38] : rhinocéridés (teleoceras aurelianensis), probocidiens (mastodon turicensis), cervidés (palaeomeryx kaupi) et giraffidés (palaeomeryx), équidés (anchitherium aurelianensis), rongeurs (prolagus,sténéofiber), suidés (listriodon lockharti, hyotherium, palaeochoerus), carnassiers (pseudaelurus, genetta, ursidae, amphicyon, hyaenidae)[C 10]. Les découvertes sont principalement dans son faciès sableux :

  • Une note[L 36] d'Auguste Laugel, publiée dans les Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des sciences en date du , indique les découvertes suivantes dans une sablière d'Auneux: « une machoire inférieure de Steneofiber viciacensis » (castor), « une arrière-molaire du Mastodon tapiroides » (tapir), « une astragale de rhinocéros et des fossiles d'eau douce, probablement du genre Unio ».
  • En 1908, « à Lumeau, dans la carrière de sable appartenant à M. Piau jeune, il a été trouvé des débris fossiles, ossements, dents d'animaux, coquilles, haliotides de grandes dimensions et nacrées, reposant sur le tuf même, tout au fond de la sablière[L 37]. » « Le procès-verbal de la séance du 3 janvier 1908, de la Société d'agriculture, sciences, belles-lettres et arts d'Orléans mentionne que l'haliotide de grandes dimensions trouvée à Lumeau par M. Dumuys est analogue à certaines autres haliotides du Pacifique. » La nature des fossiles recueillis indique une sédimentation en eau douce.
  • En 1916, « au nom de M. Faucheux, carrier à Lumeau, M. Esnault fait don à la Société de plusieurs morceaux d'un fragment d'arbre silicifié qui a été trouvé dans une carrière de sable sise commune de Lumeau, sur la route d'Artenay. Enfoui dans le sable à 2 mètres 80 de profondeur, ce fragment mesurait environ 1 mètre 80 de longueur sur 20 centimètres de diamètre ; il s'est désagrégé en plusieurs morceaux lors de son extraction[B 39]. » Il s'agirait d'un tronc fossilisé de palmier[C 11].

Certains de ces fossiles sont au Musée d'histoire naturelle d'Orléans ou au Muséum d'histoire naturelle de Paris. D'autres fossiles similaires issus de cette même dépression géologique sont au Musée d'histoire naturelle de Bâle, qui les avait achetés illégalement auprès d'agriculteurs indélicats, jusqu'à ce que les douanes arrêtent ce trafic archéologique international[B 40].

Les calcaires de Beauce comprennent deux couches calcaires caractéristiques[B 31] : les « calcaires de l'Orléanais et de Pithiviers » (étage stratigraphique de l'Aquitanien) formant le calcaire de Beauce supérieur, et, après un horizon marneux (marne de Voise ou Molasse du Gâtinais), les « calcaires d'Étampes » (étage stratigraphique du Rupélien) formant le calcaire de Beauce inférieur, identifiable seulement s'il présente un faciès bien différencié des formations calcaires sous-jacentes de l'Éocène lacustre (étage stratigraphique Lutétien).

Suivent des formations argileuses : il s'agit d'une formation détritique de l'horizon Yprésien (Éocène inférieur) et d'argiles à silex, issues de la décalcification de l'horizon supérieur des sédimentations marines de craie du Séno-Turonien (période du Crétacé).

Dans l'épaisseur des calcaires de Beauce, « les isohypses du mur de la formation lacustre (...) dessinent les anticlinaux d'Ormes et d'Artenay, encadrés des synclinaux de Cercottes et d'Orgères[C 9]. » Encadré par l'anticlinal Ormes-Orléans et l'anticlinal du Merlerault-Artenay, le synclinal d'Orgères passe à Loigny, Lumeau et Poupry. « Le synclinal de Cercottes est souligné par le réseau hydrographique de la Conie du Sud, et le synclinal d'Orgères par celui de la Conie du Nord, en amont de Courbehaye[C 9] ».

Souterrains[modifier | modifier le code]

  • Hypogée de Neuvilliers

Dans le hameau de Neuvilliers (cadastre section ZK, no 26 de la commune de Lumeau), a été découvert « un hypogée, comprenant une galerie et une salle circulaire qui fait certainement partie d'un ensemble assez important[L 38] ».

« C'est en janvier 1961 que fut découvert par le passage d'une machine agricole, un petit souterrain. Il se trouve derrière les batiments d'exploitation de M. Henri Rousseau au hameau de Neuvilliers. L'étude du souterrain se fit de 1961 à 1968. Le mobilier extrait oblige à admettre l'existence en ce lieu de rites divers[L 39]. »

Étudié par l'abbé Pierre Nollent pendant plusieurs années[L 38], « cet hypogée a donné des fragments de bords de pots cassés et déposés intentionnellement (des fragments de bords seulement), et ces poteries ont été également datées du XIIIe siècle[B 41]. » « Une tête de cheval se trouvait derrière une fermeture dans le souterrain de Neuvilliers[B 42]. » Ont été aussi identifiés un chaton de bague, des palets-disques taillés dans des tuiles ou ardoises anciennes trouvés en dépôt, alignés sur les marches de l'entrée primitive du souterrain de Neuvilliers[12].

L'hypogée de Neuvilliers (« hypogée type de Lumeau ») fait partie d'un ensemble régional de souterrains[C 12] que l'on observe aussi sous l'ancien château de Terminiers ou sur les « sites de Dambron au nord d'Artenay (souterrain sous l'ancien cimetière), de Bazoches-les-Hautes et Tillay-le-Péneux »[C 13]. Leurs usages sont incertains sur des périodes allant du Ier siècle au XIIIe siècle, c'est-à-dire de « l'Empire romain païen ou à l'époque paléo-chrétienne[C 13] » jusqu'au Moyen Âge central[C 14]. Ils témoignent de la persistance de pratiques rituelles anciennes. « Les très nombreux souterrains signalés un peu partout ne sont pas si anciens qu'on a souvent voulu le dire, mais bien médiévaux. Ils n'ont pas été des refuges, sinon accidentellement ; ils n'ont pas été creusés pour relier deux points éloignés l'un de l'autre comme le voudrait une affirmation très souvent entendue et qui se révèle, toujours, entièrement imaginative ; ils avaient, selon toute apparence, une origine cultuelle : demeure de l'esprit (les traditions anciennes reconnaissent trois mondes : un premier, avec sa manifestation informelle : l'esprit ; un second, avec sa manifestation subtile : l'âme ; le troisième avec sa manifestation grossière : le corps)[B 43],[B 44]. »

  • Cachette-silo enterré de Villours

Dans sa statistique archéologique de 1864[B 16], Boisvillette décrit le souterrain de la ferme de Villours, au sud de Loigny et à l'ouest d'Écuillon. Il l'interprète avec précautions comme étant une cachette-silo pour récoltes en temps de troubles. Un souterrain similaire lui est connu au lieu-dit Pannes à Bazoches-les-Hautes. À Villours, « on descend à la galerie par un plan incliné A-B qui rachète une profondeur de 4 mètres, et l'on s'engage à gauche dans un couloir étroit qui conduit à trois chambres[B 16]. » Une autre portion de souterrain est découverte à Villours en 1966[B 45].

  • Souterrains marniers de Domainville

Plusieurs souterrains ont été découverts au hameau de Domainville en 1972, au voisinage d'un site protohistorique comprenant une grande fosse-dépotoir, des fossés et une sépulture, auxquels s'ajoutent un large fossé du Ier siècle et « un habitat datable du haut Moyen Âge. »

Au nord du hameau de Domainville, un souterrain a été découvert et fouillé en 1982. À une profondeur de 6 m et sur une longueur de 14 m, se trouvent une cavité en forme de salle oblongue, une galerie, une grande salle ovale et deux salles cylindriques annexes, ainsi qu'un puits de remontée. Outre un usage cultuel éventuel comme à Neuvilliers ou comme cachette-silo comme à Villours, une interprétation complémentaire spécifique à la dépression géologique de Poupry est l'extraction ancienne de marnes de l'Orléanais en galeries, pour l'amendement calcique (chaulage) des sols acides ou utilisables comme mortier de terre pour la fabrication du pisé, confectionné à base de terre argileuse moulée avec des branches d'arbres ou des rouches (roseaux de la Conie) selon une technique connue depuis la protohistoire, améliorée par la technique de la bauge (agglomérat de terre argileuse et de paille) au Bas-Empire romain[C 2]. Les techniques murales de pisé ou bauge, la construction en torchis et clayonnage sur ossature de poteaux tirent donc parti des ressources du sous-sol marneux.

Un souterrain similaire de trois salles, deux couloirs et un puits de remontée a été découvert proche du hameau de Mamerault[L 40] sur la commune de Poupry en 1975.

  • Carrières de pierres et sables

Le calcaire de Beauce a été utilisé comme matériau pour l'édification des dolmens du Néolithique, le pavage des voies romaines et la construction des fermes et églises depuis le Moyen-Age, les liants étant fournis par les fours à chaux.

L'usage principal est comme pierre de construction, tirant parti de la dureté du calcaire de l'Orléanais. La maçonnerie beauceronne est réalisée par remplissage des murs avec des assises de moellons calcaires régulièrement disposés et montés avec un mortier terre et chaux. Des blocs de pierre taillés sont utilisés pour l'encadrement de porte et de fenêtre ou comme pierres angulaires.

La pierre calcaire peut être aussi cuite dans un four à chaux pour la fabrication d'enduit et mortier : notons le lieu-dit Chaufour[Note 4] à Bazoches-les-Hautes qui témoigne de ladite fonction. L'hydroxyde de calcium ou « chaux aérienne éteinte » résulte de la cuisson du calcaire à 900°C puis de son hydratation ; elle sert à confectionner du mortier pour lier les pierres ou à fabriquer un enduit pour protéger la maçonnerie des intempéries. L'enduit peut être « à pierre vue », c'est-à-dire qui laisse la tête des pierres visibles, ou bien recouvrir totalement la maçonnerie.

Les techniques de construction en pierres calcaires appareillées avec enduit de chaux tirent donc parti des ressources du sous-sol calcaire.

« On extrayait autrefois la roche en affleurements à Poupry, en sous-sol à Lumeau et Terminiers. Les carrières sont pour la plupart comblées et la brique a fait son apparition[L 41]. » La terre cuite d'argiles permet la fabrication de tuiles et de briques. La brique est essentiellement utilisée pour les conduits de cheminée et peut être un substitut au chainage de pierre comme parement dans les encadrements de fenêtres et portes.

Une carrière calcaire souterraine est référencée dans la commune de Lumeau[L 35]. Quatre autres cavités souterraines sont aussi identifiées dans la commune[L 42]. Elles se trouvent d'une part à l'est du château d'eau et au nord-ouest du moulin d'Auneux et d'autre part au sud-est et à l'est d'Écuillon.

Hydrographie et hydrogéologie[modifier | modifier le code]

D'un point de vue hydrographique, Lumeau se trouve sur un plateau, entre les deux bras de la rivière Conie et son réseau hydrographique fossile avec ses prolongements assecs dont la cuvette marnière de Poupry constitue un point amont, caractérisé par un faible dénivelé et une pente douce.

Relief du bassin versant amont de la Conie, avec Lumeau sur le bord ouest de la cuvette de Poupry (le dénivelé maximal est inférieur à 25 m).

Lumeau est à 12 km de la source du bras principal de la Conie[B 46] dans le bois marécageux de Bréviande à Villeneuve-sur-Conie près de Patay et qui s'écoule par Péronville et Varize. Lumeau est aussi à 8 km des sources de la Conie du nord, aussi appelée Conie d'Orgères et de Fontenay, Rau-La-Conie ou Conie palue. Il s'agit d'une exsurgence de la nappe phréatique de Beauce, qui émerge en ruisseaux marécageux couverts de roseaux (appelés rouches et utilisés pour des toitures anciennes jusqu'au début du XXe siècle) d'une part à l'est de la ferme de Canonvilliers entre Germignonville et Viabon et d'autre part dans le bois du château de Cambray à l'est de Tillay-le-Péneux. Les ruisseaux de la Conie du nord convergent dans Fontenay-sur-Conie, s'écoulant au nord d'Orgères-en-Beauce, dans la vallée d'Ormoy et Courbehaye, puis Cormainville ; le cours d'eau arrive à Nottonville, qui est le confluent avec le bras principal de la Conie, poursuivant comme affluent du Loir[C 3]. La Conie marécageuse et infestée de moustiques était un foyer endémique du paludisme jusqu'au début du XXe siècle[C 15]. Les vestiges de canalisation du lit de la rivière remontent à l'antiquité. La rivière est partiellement canalisée en 1903 et totalement en 1918.

L'accès à l'eau sur le territoire de Lumeau est déterminé par le ruissellement des eaux de surface dans les mares du village et des hameaux et les eaux souterraines formant des nappes phréatiques accessibles par des puits. Un réseau d'adduction d'eau permet la distribution de l'eau potable aux habitations.

Il y a deux mares d'eau pluviale dans le bourg de Lumeau[L 2]. En outre, le bois d'Auneux, aux lieux-dits « la Grande Écuelle » et « le Bassin » au nord du hameau du Milhouard[L 13], forme une zone humide dans la cuvette marnière de Poupry, des travaux de drainage y ont lieu en 1928 ; les deux mares d'Auneux et la mare de Domainville y sont adjacentes. Il y a deux mares à la ferme d'Égron. Une petite zone humide affleure dans le bois de Neuvilliers. Il y une mare et deux zones humides à Écuillon.

Les puits d'accès à l'eau souterraine prélèvent dans des réservoirs aquifères naturels. D'un point de vue hydrogéologique, les aquifères sont des zones souterraines saturées en eau, constituées principalement par la sédimentation calcaire ou de craie fissurée, poreuse et perméable, qui joue un rôle équivalent à une éponge. Les aquifères principalement sollicités à Lumeau sont d'une part les calcaires de Beauce formant la nappe phréatique de Beauce, d'autre part la craie sénonienne de Beauce, associée à ladite nappe de Beauce. La commune de Lumeau fait partie de la zone de répartition des eaux souterraines des systèmes aquifères de la nappe de Beauce et de l'Albien-Néocomien, qui sont des « zones présentant une insuffisance, autre qu'exceptionnelle, des ressources par rapport aux besoins. »

  • La couche supérieure du sol, terre arable de Lumeau, comprend un gradient de mélanges d'humus (de l'époque contemporaine) et de limon des plateaux (horizons perméables d'épaisseur 0,1 à 2 m, avec une épaisseur maximale autour de Neuvilliers, déposés durant les 109 000 dernières années[13]) ; il s'agit d'une couche non saturée en eau, en équilibre hydrostatique avec la pression atmosphérique. Une variante à Auneux et Domainville comprend un gradient de mélanges d'humus et de limon puis de sables ou marnes de l'Orléanais (horizons semi-perméables). Sur tout le territoire de Lumeau, les horizons inférieurs forment une interface d'altérations physico-chimiques et biochimiques progressive des calcaires de Beauce sous-jacents ; la pédogenèse s'effectue jusqu'à des profondeurs correspondant aux altitudes 123 m NGF à 120 m NGF à Lumeau (mais 129 m NGF à Villours, 125 m NGF à Neuvilliers, 124 m NGF à Écuillons).
  • Les réservoirs aquifères sont alimentés par les eaux de pluies qui s'infiltrent dans le sol perméable et transitent dans les couches des calcaires de Beauce, fortement fissurés et dans lesquels s'est développé un important réseau karstique, notamment vers Loigny, avec des cavités à Lumeau. À certaines profondeurs du sous-sol, le calcaire sus-jacent d'une couche peu perméable devient saturé en eau et forme ainsi un aquifère.

Une description de la colonne stratigraphique à Lumeau[L 43],[L 44] permet de positionner les aquifères et masses d'eau[B 47]. Néanmoins, les coupes géologiques reportées dans les rapports de forages sont divergentes sur la nature et l'épaisseur des différents horizons et faciès des calcaires de Beauce, de marnes et sables argileux et de craie blanche à silex du Sénonien.

  • L'hydrogéologie[L 45] est principalement caractérisée par le système aquifère multicouche de la nappe de Beauce[B 48] dans des calcaires résultant d'une sédimentation lacustre.
    • La masse d'eau douce des calcaires de l'Orléanais et de Pithiviers (étage Aquitanien de l'époque Miocène, de Point stratotypique mondial 23,03 Ma à 20,44 Ma) forme une nappe phréatique : elle constitue l'aquifère de premier niveau des calcaires libres de Beauce. La qualité des eaux de cet aquifère est mauvaise à Lumeau, car la perméabilité du limon et du calcaire ne le protège pas des infiltrations de nitrate et produits phytosanitaires. Lumeau est situé à proximité du piézomètre permanent de Loigny et est entre les piézomètres de Cormainville, Guillonville et Ruan[B 49] : l'indicateur Beauce centrale[B 50] de cette masse d'eau a une cote de 114 m NGF ± 4 m de 1974 à 2018 et ± 2 m de 2004 à 2018. Les mesures piézométriques effectuées à Lumeau et à Neuvilliers en 1966 et en 2002 donnent toutes deux une altitude de 115 m NGF pour le toit saturé en eau du calcaire de l'Orléanais, d'environ 60 m de puissance.
    • L'horizon de marne de Voise (étage Aquitanien), synchrone de la Molasse du Gâtinais, est une formation argilo-marneuse poreuse mais imperméable, qui peut servir de substratum à l'aquifère du calcaire de l'Orléanais sus-jacent et protéger l'étage sous-jacent. La cote de son toit à Loigny varie de 70 m NGF à 63 m NGF selon les forages (cote 96 m NGF à Poupry). Le faciès est identique à celui qui affleure à La Folie-Herbault[C 9].
    • Les faciès du calcaire d'Étampes (étage Rupélien de l'époque Oligocène) peuvent ne pas être apparents ou ne pas être nettement différentiables sur l'essentiel du territoire de Lumeau. Contrairement à une grande partie ouest du territoire de Lumeau, la nappe dite « Beauce Étampes » est déclarée « nappe à réserver en priorité à l'alimentation en eau potable » à Auneux, Domainville et Poupry, protégée par les étages marneux Burdigalien et Aquitain (cote 82 m NGF du calcaire d'Étampes au Moulin de Lumeau ; cote 92 m NGF à Poupry pour NAEP Beauce Étampes[B 51]).
    • Suit un fin horizon argileux (étage Rupélien ; cote 61 m NGF à Loigny) sous un faciès de marne brune et de sable gris apparenté aux sables de Fontainebleau. Un « liseré d'argile verte, difficilement visible, sépare les formations lutétiennes des assises transgressives aquitaniennes[C 9] ».
    • Des calcaires de l'Éocène lacustre (étage Lutétien de l'époque Éocène, vers Point stratotypique mondial 47,8 Ma) sont identifiés comme calcaire du lac de Morancez, cristallin blanc-jaune[C 9], et marne blanche pulvérulente[C 9] de Villeau (cote 56 m NGF à Loigny, 96 m NGF à Péronville).
    • Sous les calcaires s'établit un liseré discontinu de formations semi-perméables de l'Éocène détritique (sables et grès et poudingue à silex[C 9] de l'étage Yprésien de l'Éocène inférieur, cote 76 m NGF à Péronville). Un horizon d'argiles à silex, issues d'une érosion post-Campanienne conduisant à l'altération et décalcification de la craie sous-jacente, a une épaisseur variant de 0 à une dizaine de mètres (cote 36 m NGF à Loigny). Il est identique à celui qui affleure dans la vallée de la Conie de Varize à Nottonville[C 9].
  • Des nappes aquifères plus profondes sont formées dans les couches de craies et calcaires de sédimentation marine de l'ère Mésozoïque, c'est à dire avant l'extinction Crétacé-Paléogène datée de Point stratotypique mondial 66,0 Ma.
    • Dans la strate de l'époque du Crétacé supérieur, la craie du Séno-Turonien forme une nappe de craie, semi-captive à Loigny et semi-perméable (cote du toit 30 m NGF à Loigny, 67 m NGF à Péronville, 55 m NGF à Boulay-les-Barres).
      • Elle comprend des étages de craie blanche à silex du Sénonien d'épaisseur 80 à 100 m. La craie sénonienne de Beauce (étage Santonien) est une roche de sédimentation pélagique à porosité élevée et de faible perméabilité matricielle ; elle se révèle aquifère lorsqu'elle acquiert une perméabilité secondaire par altération ou fissuration. Elle est adaptée à l'alimentation en eau potable malgré un risque de pollution par drainance de la nappe des calcaires de Beauce si la couverture d'argiles à silex est lacunaire. Lorsqu'elle est additionnellement protégée des pollutions par les marnes de l'Orléanais de l'étage Burdigalien, c'est-à-dire à l'est de Lumeau vers Auneux, Domainville et Poupry, elle forme une « nappe à réserver en priorité à l'alimentation en eau potable » (NAEP-4-Craie principale) en tant que sous-ensemble de la nappe dite « Beauce Étampes » (NAEP Beauce Étampes). Les piézomètres de Bonneval, Péronville et Loigny mesurent la hauteur d'eau dans la craie sénonienne de Beauce.
      • Suit un étage de craie marneuse du Turonien inférieur (craie turonienne ou tuffeau de Touraine) puissante de 70 m.
      • La nappe de craie surplombe un étage imperméable de marnes glauconieuses du Cénomanien, faciès en prolongement à l'est du bassin versant du Loir de l'aquifère captif des sables du Cénomanien.
    • La strate de l'époque du Crétacé inférieur comprend une masse d'eau douce exonérée de pollution anthropique. Il s'agit d'un système d'aquifères captifs des sables et argiles de sédimentation marine des étages Albien et Aptien[L 45]. Il forme une « nappe à réserver en priorité à l'alimentation en eau potable » (NAEP-6-Albien). Ses variations sont suivies par le piézomètre de Yèvres.
    • La période du Jurassique comprend des masses d'eau salée, dans les étages des calcaires captifs du Tithonien et de l'Oxfordien (Jurassique supérieur-Malm), dans deux étages des calcaires à silex du Dogger captifs (Jurassique moyen) et dans un étage calcaire du Lias inférieur (Jurassique inférieur). Un forage à Saint-Sigismond[B 52] indique que les réservoirs aquifères du Jurassique au Trias s'enrichissent en chlorure de sodium (Séquanien-Oxfordien-Kimméridgien : 3,5 g/l ; Dogger : 12,4 à 14,5 g/l) ; un forage à Rebréchien[B 53] mesure 22 g/l dans le Dogger et le Lias. C'est pourquoi seule la masse d'eau du Jurassique supérieur est une « nappe à réserver en priorité à l'alimentation en eau potable » (NAEP-8-Jsup).
    • La période du Trias comprend les aquifères des sables, grès et arkoses captifs des époques Trias moyen à supérieur. Le forage à Rebréchien[B 53] mesure 32 g/l de chlorure de sodium dans les eaux du Trias.
  • Les roches sous-jacentes de l'ère Paléozoïque (comprenant des périodes notables telles que l'émergence d'une abondante faune d'animaux à coquille rigide lors de l'explosion biologique du Cambrien (Point stratotypique mondial 541,0 ± 1,0 Ma) jusqu'aux fougères du Carbonifère et à l'extinction massive du Permien-Trias (Point stratotypique mondial 252,17 ± 0,06 Ma)), s'appuient sur le socle inter-continental du Précambrien.

La commune comprend sept puits d'eau d'une profondeur entre 11 et 18 mètres vers la nappe de Beauce (dont deux à Lumeau et à Auneux, les autres étant à Neuvilliers, Domainville, Égron), et un puits de 5 mètres à Tivoly ; elle comprend aussi 19 forages de profondeur supérieure à 25 m. Une fontaine publique avec pompe à volant en bronze est située sur la place de Neuvilliers et une autre dans la Grande-Rue de Lumeau. Il y a 10 bouches d'incendie dans la commune. L'usage des puits domestiques vers la nappe de Beauce dans les fermes a été remplacé par un réseau d'adduction d'eau mis en service en 1939[L 46]. Un château d'eau[L 19] est situé sur la route entre Lumeau et Neuvilliers, l'eau potable provenant du réseau d'adduction intercommunal et de forages profonds. 19 forages vers la nappe de Beauce à des profondeurs de 25 à 55 m sont aussi répartis le long des routes D3.9, D19 et D109. Ces forages sont principalement pour l'irrigation, sauf à Auneux et Domainville et Égron où existent des forages pour l'absorption des eaux de ruissellement et de drainage agricole[B 54]. Les 15 points de prélèvement effectivement actifs dans la commune extraient annuellement, en moyenne décennale, 856 000 m3 d'eau de la nappe de Beauce (33 à 55 m), sous le contrôle des compteurs de l'agence de l'eau Loire-Bretagne. La surveillance régulière de la qualité des eaux est effectuée au bourg de Lumeau à 29 m de profondeur pour la nappe de Beauce et à Loigny jusqu'à 95 m de profondeur pour la nappe d'eau potable[L 45],[L 47].

La couche aquifère qui émerge dans la vallée de la Conie est à l'altitude 116 m NGF, qui est aussi l'altitude du fond de puits le moins profond dans le bourg de Lumeau (5 m de profondeur à l'altitude 121 m NGF du sol). Cette altitude est supérieure à la surface piézométrique de la nappe de Beauce pendant une partie de l'année, conduisant à un assèchement temporaire du lit supérieur de la Conie et l'absence d'eau dans les anciens puits les moins profonds de Lumeau.

En ce qui concerne les circulations souterraines de l'eau, la ligne de partage des eaux souterraines entre le bassin versant du Loir et la Conie et celui de la Loire passe sur le territoire de Terminiers au sud du hameau de Gommiers et à Faverolles, puis légèrement à l'est du bourg de Loigny-la-Bataille et à l'ouest d'Écuillon, en direction de Germignonville. Elle est donc à l'ouest du territoire de Lumeau qui est sur le versant de la Loire.

Pédologie et agriculture[modifier | modifier le code]

Le paysage est marqué par la céréaliculture pratiquée sur une épaisse couche de limon des plateaux, formée par accumulation sédimentaire de particules minérales à base de silicates et dont la granularité est de quelques µm, déposées « au cours du Quaternaire par les vents dominants venant du nord-ouest[B 28] » sur la strate calcaire drainante. Les propriétés pédologiques de l'unité cartographique de sols du territoire de Lumeau sont celles attendues d'un profil de sol de la Beauce orléanaise, comprenant un sol brun sur horizons calcaires sous-jacents. Dans l'horizon de terre arable, la matière organique de l'humus est retenue dans la couche superficielle du sol, au contact des éléments minéraux du limon, formant des agrégats dont les espaces de porosité contiennent de l'eau et de l'air.

Dans l'horizon supérieur du calcaire de Beauce ou de sable et marnes de l'Orléanais, les minéraux limoneux sont dans les proportions suivantes de différentes silicates[C 10] : 20 % kaolinite, 50 à 60 % montmorillonite, 20 à 30 % illite, qui se transforment en roche détritique, principalement de taille lutite[C 9], par l'action mécanique du gel et surtout par l'action chimique de dissolution dans l'eau (altération progressive desdits minéraux en argiles par hydrolyse). Ce sont les montmorillonites qui assurent le gonflement ou le retrait du volume des agrégats de sol en fonction de l'humidité. La structure cristalline des silicates montmorillonites, abondantes dans l'horizon de surface à Lumeau, a la capacité d'adsorber de nombreux éléments[14] : c'est un piège à cations[Note 5]. Celà en fait un réservoir d'éléments utiles à la nutrition végétale et solubles dans l'eau, qui sont restitués lentement par échange cationique[Note 5]. Le sol constitue donc un mélange de minéraux et de matière organique hydratée, formant un complexe argilo-humique permettant de fixer des substances nutritives, susceptibles d'être échangées au contact des radicelles des végétaux.

Le limon riche en bases calcaires (pH=7,5 à 8) favorise une forte intensité de l'activité biologique dans le sol : des micro-organismes, lombrics et nématodes y résident, contribuent à la structuration et à l'aération du sol. Dans le microbiote des végétaux, certaines bactéries symbiotiques participent à la fixation biologique du diazote. La vie microbienne réalise la putréfaction, l'humification conduisant à la minéralisation, c'est-à-dire la décomposition et le recyclage de la matière organique sur les complexes argilo-humiques. En effet, la fixation des acides humiques sur les silicates argileuses s'effectue soit par l'intermédiaire de cations échangeables, soit par des liaisons hydrogènes avec l'eau d'hydratation des argiles, soit par des liaisons hydrogènes avec la surfaces des argiles. La biodégradation de l'humus assure ainsi la fertilité chimique de la solution du sol absorbable par les végétaux[C 16],[C 17]. Néanmoins, le labourage profond perturbe l'activité microbiologique du sol, altère la rhizosphère et affecte les biomasses bactérienne et fongique : « due à l’intensification et aux pratiques culturales qui y sont associées et notamment à l’augmentation de la profondeur des labours qui dilue la matière organique avec l’horizon sous-jacent[15] », la teneur en matière organique passe de 4% à moins de 2% du stock total de l'horizon travaillé en grande culture céréalière entre Orgères et Dambron de 1971 à 1987[B 55] et avait atteint ailleurs dès les années 1960 le plancher de 1,5%[B 55], seuil de carbone en dessous duquel les risques d’instabilité structurale du sol apparaissent[15], avec un risque d'éclatement des agrégats du sol poreux et formation de croûte de battance lors de pluies. L'évolution des itinéraires techniques culturaux au XXIe siècle inclut la possibilité d'une agriculture de conservation des sols avec un déchaumage superficiel sans labour et du semis direct sous couvert.

Cartographie du premier horizon des sols (Geosol)[16] dans le canton d'Orgères (2010-2014).
Paramètre du sol Valeur moyenne Commentaire
Chimie minérale 987 g/kg horizon de sol à base de silicates hydratés de formule générale ((Si4-xAlx) O10 (Al2-yMgy) (OH)2) (K,Na,Ca)x+y . z H2O, représentés en Beauce par 50 à 60 % de montmorillonite de formule Si4O10(Al,Mg)2(OH)2(Na,Ca)0,3 . z H2O, par 20 à 30 % d'illite de formule (Si,Al)4O10(Al,Mg,Fe)2(K,H3O)[(OH)2,(H2O)] et 20% de kaolinite de formule Si2O5Al2(OH)4
Texture Argilo-limoneuse selon le triangle des textures GEPPA
Granulométrie - Argile (A) 284 g/kg
Granulométrie - Limon fin (Lf) 297 g/kg
Granulométrie - Limon grossier (Lg) 350 g/kg
Granulométrie - Limons totaux 612 g/kg
Granulométrie - Sable fin 28 g/kg déciles de 17 à 40 g/kg selon les sols du canton
Granulométrie - Sable grossier 37 g/kg déciles de 11 à 77 g/kg
Granulométrie - Sables totaux 71 g/kg quartiles de 41 à 76 g/kg
Calcaire total 2 ou 21 g/kg médiane 4 g/kg, quartiles de 0 à 20 g/kg de carbonate de calcium CaCO3
Chimie organique (C orga CS, C orga OH) 13,4 g/kg déciles de 11 à 16 g/kg de matières organiques de formule générale CnHmOpNq, les plus élevés sont à Neuvilliers et Terre-Noire
Rapport Lf/Lg 0,8 solidité des mottes
Rapport (Lf+Lg)/A 2,2 résistance moyenne au tassement
Indice de battance 1,5 sol peu battant
pH eau 7,8 basicité du sol (suspension de terre dans l’eau)
pH KCl 6,9 acidité potentielle du complexe adsorbant du sol (suspension de terre dans du chlorure de potassium)
Capacité d'échange cationique (CEC. méthode Metson) 18 cmol+/kg pouvoir adsorbant d'un réservoir important en éléments nutritifs dans l'eau du sol (cations échangés entre le sol et la plante via la solution du sol)[Note 5].
Taux de saturation de la CEC (S/CEC) 116% sol humide avec CEC saturée par les cations (Ca2+, K+, Mg2+ et Na+)
Cation Calcium Ca2+ échangeable 7,5 g/kg un des principaux cations floculants l'argile et l'humus (et les complexes argilo-humiques) en suspension dans l’eau du sol[Note 5], ce qui contribue à la formation d'aggrégats humides des différents constituants solides du sol et à leur sédimentation (les agrégats évitent la dispersion du limon et de l'humus par le vent ou par lessivage du sol) ; chaux CaO
Cation Potassium K+ échangeable 342 mg/kg issu de l'altération (hydrolyse) des sillicates ; potasse K2O
Cation Magnésium Mg2+ échangeable 187 mg/kg cation floculant des silicates, tout comme Al3+ et Al3+(OH)-n , contribuant à leur sédimentation ; magnésie MgO
Cation Sodium Na+ échangeable 44 mg/kg L'ion sodium a un effet dispersant sur les micelles d’argile et la matière organique : effet néfaste sur la structure du sol ; oxyde de sodium Na2O
Rapport K+/CEC 3,9
Rapport Mg2+/CEC 5,2
Rapport K+/Mg2+ 1,8
Azote total (N) 1,4 g/kg NH4+ et NO3- et CO(NH2)2
Rapport C/N 9,3
Phosphore extractible, méthode Olsen 73 mg/kg teneur en P2O5 (ion phosphate PO43- assimilable par les plantes)
Phosphore extractible, méthode Jaret-Heber 226 mg/kg teneur en P2O5 (phosphate disponible)
Manganèse 35 mg/kg oligo-élément métallique Mn (dosage EDTA)
Fer 10 à 46 mg/kg oligo-élément métallique Fe (dosage EDTA)
Cuivre 2,2 mg/kg oligo-élément métallique Cu (dosage EDTA)
Zinc 2 mg/kg oligo-élément métallique Zn (dosage EDTA)
Bore 0,3 mg/kg trace d'élément chimique B

Les paramètres hydriques du sol sont essentiels durant la période de végétation. L'humidité du sol suit un cycle annuel avec un minimum en juillet-août-septembre. La température et l'humidité de l'air, l'ensoleillement et les vents desséchants, notamment les vents forts pendant une moyenne de 51 jours par an entre 1981 et 2010, influencent la quantité de vapeur d'eau transférée dans l'atmosphère par l'évaporation du sol et la transpiration des plantes. Les précipitations efficaces représentent la quantité d'eau fournie par les précipitations qui reste disponible dans l’eau infiltrée à la surface du sol, après soustraction des pertes. Celles-ci comprennent d'une part les pertes par évapotranspiration réelle selon le coefficient cultural du sol considéré pour chaque stade de croissance végétale, et d'autre part, les pertes par infiltration efficace représentant le flux vertical descendant d'infiltration de l'eau qui rejoint l'aquifère. Les infiltrations efficaces moyennes annuelles, mesurées sur diverses stations en Beauce, donnent les résultats suivants : 145 mm à Bricy, 129 mm à Patay, 118 mm à Orgères et 105 mm à Janville[B 28]. Elles étaient de 107 mm à Loigny entre 1965 et 1978[C 18]. Les précipitations efficaces pour recharger la nappe de Beauce sont principalement au cours des mois de novembre à mars[B 28]. Est constatée une importante variabilité spatiale et interannuelles des infiltrations, principalement permises par les pluies hivernales.

Tenant compte des précipitations et de la réserve utile en eau d'un sol, le besoin en eau d'une culture au cours de la saison de croissance peut être évalué en fonction de l'évapotranspiration, par exemple selon le modèle de Penman‐Monteith. Les variations du potentiel d'évapotranspiration du sol sont calculées en fonction de séries de mesures de l'humidité relative, de la température, du nombre d'heures d'ensoleillement et de l'irradiance, mesurées notamment à la station météorologique de Bricy à 14 km de Lumeau.

Conditions climatiques pour l'agriculture à Lumeau sur la période 1981-2010.
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Température minimale moyenne (°C) 1,1 0,9 3 4,8 8,6 11,5 13,3 13,2 10,5 7,9 4 1,7 6,7
Température moyenne (°C) 3,9 4,4 7,5 10 13,9 17 19,4 19,2 15,9 12,1 7,2 4,3 11,2
Température maximale moyenne (°C) 6,7 7,9 12,1 15,2 19,1 22,6 25,4 25,2 21,3 16,4 10,4 7 15,8
Nombre de jours avec gel 12,1 12,1 8,2 2,8 0 0 0 0 0 1,3 6,3 11,7 54,5
Ensoleillement (h) 66,4 87,3 140,5 176,2 207 216,6 221,3 224,6 179,2 121,1 70,6 56,6 1 767
Ensoleillement (MJ/) 157 258 450 569 576 587 623 587 504 341 187 159 5 004
Précipitations (mm) 48,4 40,5 44,5 50,8 56,2 44,8 58,3 47,1 40,7 60,3 60 59,6 611
Humidité relative (%) 89 85 79 74 76 74 72 72 77 84 89 90 80
Source : Météo France[B 22] et Infoclimat[B 24].


Pour une culture donnée, le déficit hydrique mensuel éventuel est alors évalué, en pondérant le potentiel d'évapotranspiration du sol par les valeurs du coefficient cultural (Kc) durant les phases de croissance végétale jusqu'à la récolte. Il est aussi tenu compte de la température minimale pour la germination (zéro de végétation), c'est-à-dire une température minimale de °C pour la germination du blé tendre et l'orge (toujours atteinte à Lumeau, hors période de gel) et de °C pour le maïs (atteinte en avril à Lumeau), des variations de l'apport de l'éclairement énergétique dû à l'ensoleillement nécessaire à la photosynthèse. La durée du développement biologique est empiriquement proportionnelle à l'accumulation de chaleur au dessus du zéro de végétation ou degrés jours de croissance (DJ) : sur la période 1981-2010, on obtient 1718 DJ en moyenne pour le blé tendre entre janvier et juin à Lumeau, 1506 DJ en moyenne pour le maïs entre avril et août à Lumeau. L'optimum thermique de nombreuses plantes se situe entre 20 °C et 25 °C, compatible avec les températures maximales moyennes à Lumeau et évitant ainsi le risque d'échaudage.

Les céréales d’hiver (blé tendre, blé dur, orge et escourgeon) sont semées à l’automne et moissonnées en juin-juillet. Les céréales de printemps sont semées de mi-avril à fin mai et la récolte se fait durant l’été (orge de brasserie, blé dur) ou à l’automne (maïs).

Le cumul de déficit hydrique durant la période de culture ne doit pas atteindre le plancher de réserve d'eau facilement utilisable existant dans le sol. Sous l'hypothèse de 100 mm de réserve d'eau facilement utilisable en mars dans 0,8 m de sol de texture argilo-limoneuse, les périodes d'irrigation potentielles typiques sont le printemps (juin) pour blé tendre (déficit moyen de 60 mm à fin juin), blé dur, orge, pois, et en été (juillet-août) pour maïs (déficit moyen de 48 mm à fin août), betterave, pommes de terre. Or, toutes cultures confondues, l'irrigation à Lumeau correspond à une hauteur d'eau uniforme de 56 mm (moyenne de 857 777 m3 sur un territoire de 15,28 km2 entre 2008 et 2016[L 48]), cohérente avec le déficit hydrique si tout le territoire de Lumeau est irrigué. Mais, sous l'hypothèse de 100 mm de réserve d'eau facilement utilisable reconstituée dès janvier (c'est-à-dire 200 mm en mars), l'irrigation est inutile à Lumeau pour le blé et le maïs, hors années de sécheresse. Les infiltrations efficaces assurant la recharge annuelle de la nappe de Beauce seraient alors inférieures à 243 mm sur culture blé et à 162 mm sur culture maïs, sur la période 1981-2010.

Bilan hydrique à Lumeau (Bricy) : précipitations moins évapotranspiration pour le blé et le maïs sur la période 1981-2010.
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
ETp Penman (mm) 11,3 19,9 52 80,6 110,4 128 140,2 125,3 75,5 38 13,3 8,6 803
Précipitations (mm) 48,4 40,5 44,5 50,8 56,2 44,8 58,3 47,1 40,7 60,3 60 59,6 611
Relevé pluviométrique en bilan blé (mm) 45 32,5 18,5 −29,8 −65,2 −83,2 58,3 47,1 40,7 60,3 60 59,6 243
Relevé pluviométrique en bilan maïs (mm) 48,4 40,5 44,5 50,8 1 −57,6 −95,9 −90,7 40,7 60,3 60 59,6 162
Source : Météo France[B 22] et Infoclimat[B 24] et Arvalis - Institut du végétal.

Cependant, avec des températures moyennes plus élevées et le risque d’augmentation de la fréquence, de la durée et de l’intensité des vagues de chaleur et de sécheresse du sol de la mi-juin à la mi-octobre, l'évolution climatique conduit à une dégradation du bilan hydrique, par l'intensification de l'évapotranspiration et une baisse de l’humidité du sol dès la saison cruciale du début de printemps (avril)[11], nécessitant une irrigation plus précoce contrecarrée par une baisse significative de la recharge de la nappe phréatique de Beauce.

Faune, flore et fonge[modifier | modifier le code]

Végétation[modifier | modifier le code]

Le territoire de Lumeau se répartit en 98.3% de terres arables et 1.7% de forêts[L 45]. Dans le périmètre territorial de Lumeau sous l'Ancien Régime vers 1789, la surface cultivable de 14 km² comprenait « 2 420 arpents de terres labourables, 8 arpents de vignes, 15 arpents de bois taillis[L 49] ». En 1868, les surfaces des propriétés bâties de la commune occupent 7 ha, la superficie totale des propriétés non bâties est de 1508 ha, les terres cultivables 1453 ha, les bois 14 ha, les jardins 12 ha, les mares 0.5 ha et les chemins 28 ha[L 9].

Depuis l'Antiquité, c'est un pays de grande culture du froment (blé tendre pour la fabrication du pain, supplantant l'épeautre au XIe siècle) et de l'orge (malt pour la brasserie de la cervoise gauloise et la bière, et pour l'alimentation animale). Des champs sont aussi ensemencés d'escourgeon (orge d'hiver). Les emblavures d'avoine, seigle ou méteil sont négligeables en volumes récoltés, comparées aux blés et orges.

À la fin du XVIIIe siècle, les usages des jachères et vaines pâtures ne suffisent plus pour l'alimentation animale, avec le fort développement de l'élevage ovin : des prairies artificielles sont ensemencées avec des plantes herbacées (trèfle, luzerne, vesces) et légumineuses fourragères (betterave fourragère, pois) ; cette pratique perdure jusqu'au milieu du XXe siècle. La betterave à sucre est produite pour la sucrerie-distillerie d’Artenay créée en 1928.

« La Beauce a longtemps pratiqué une rotation triennale : blé-orge-plantes sarclées et cultures fourragères qui permettait d'associer les céréales, les plantes industrielles (pommes de terre et betteraves sucrières) et l'élevage (mouton). Les cultures de la 3e sole préparaient les terres destinées au blé, plante exigeante et considérée comme principale par l'exploitant ; les plantes fourragères comme la luzerne enrichissaient le sol en azote ; les plantes sarclées permettaient la destruction des mauvaises herbes et l'aération répétée du sol par les binages. Ce système cultural commença à être ressenti comme inadéquat dans la décennie 1950, le troisième élément de la rotation causant bien des soucis. Soucis de main-d'œuvre : la culture de la betterave à sucre demandait alors de nombreux bras (démariage, binage, récolte) qu'on trouvait de moins en moins sur place. (...) Même manque de main-d'œuvre qualifiée pour poursuivre l'élevage du mouton : on a du mal à recruter de bons bergers ; il faut les rétribuer correctement. D'autres facteurs interviennent encore pour précipiter l'abandon de l'élevage ovin : rentabilité limitée, soucis nombreux ; nécessaire présence quotidienne de l'exploitant ; saleté relative ; impossible mécanisation. Le résultat fut le recul des surfaces fourragères[B 56]. » Les plantes de la troisième année dans la rotation culturale sont alors supplantées par le maïs entre 1953 et 1963.

Comparée à la culture millénaire du blé tendre (froment), la culture du blé dur (pour la semoulerie et les pâtes alimentaires) est récente car elle n'a été introduite en Beauce qu'à partir de 1958[C 19].

Depuis le milieu du XXe siècle, les cultures de blé tendre, orge et betterave à sucre alternent aussi, dans un choix diversifié de rotations de cultures d'hiver et de printemps, avec celles du blé dur, du maïs grain, des haricots, des pommes de terre, du lin, des oléagineux (colza et tournesol).

Le couvert arbusif de la commune comprend plusieurs zones, le chêne et l'orme étant les essences principales :

  • zones boisées dans le bourg de Lumeau et les hameaux d'Écuillon, Neuvilliers, Domainville et Auneux
  • bois de Lumeau : 18 ha (la 35ème division d'infanterie américaine y stationne à couvert le jusqu'au lendemain.)
  • bois d'Auneux : 23 ha, principalement sur la commune de Poupry
  • bois de Domainville : 1,1 ha
  • bois des Enclos : 1,3 ha sur le chemin de Saint-Michel entre Loigny et Lumeau
  • bosquet des Garennes : 0,4 ha, à l'ouest de Neuvilliers
  • deux arbres isolés sur le chemin au Loup[L 50], au nord de Neuvilliers

À la limite extérieure de la commune, nous avons aussi :

  • bois carré de Domainville : 0,7 ha vers Poupry
  • bois d'Égron : 8 ha vers Poupry
  • bosquet de la chapelle Sainte-Radegonde : 0,2 ha vers Terminiers
  • bosquet des Champs-aux-Pois : 0,2 ha vers Villours

Les surfaces non urbanisées sont essentiellement consacrées aux cultures agricoles.

Une vision diachronique du boisement met en évidence les phénomènes d'expansion et de réduction des emblavures vis à vis de la végétation sauvage. La microtoponymie évoque des arbres isolés et un bois qui n'existent plus aujourd'hui. La carte IGN de 1950 détaille plusieurs bosquets autour du bois des Enclos[B 57] et identifie un taillis à l'est de Neuvilliers dans le réage Les Muids, qui ont disparu ultérieurement. La contraction actuelle du bois de Neuvilliers est aussi perceptible par référence à 1950. Au contraire, la carte d'état-major de 1866 ne mentionne que le bois de Lumeau, le bois d'Auneux et le bois de Domainville, donnant l'impression que les autres unités boisées sont de créations plus récentes. La carte de Cassini de 1759[B 5] mentionne seulement le bois de Lumeau, le bois d'Auneux et le bois des Garennes. Le bois, d'origine locale ou issu de la forêt d'Orléans, a été un matériau indispensable pour la menuiserie, les charpentes, les outils, les machines et les chariots, ainsi que comme combustible.

Animaux[modifier | modifier le code]

À Lumeau, la faune sauvage est celle présente sur le plateau de Beauce ou issue de la vallée de la Conie : historiquement, c'est un territoire où sont chassés[Note 6] le lièvre, le lapin, le chevreuil et le sanglier, les perdrix grises et perdrix rouges, les vanneaux, cailles, pluviers guignards, faisans et canards. En outre, l'écosystème céréalier attire les hirondelles, les mulots et autres petits rongeurs. La Conie poissonneuse fournit aussi des écrevisses.

À l'ouest de Lumeau se trouve une zone importante pour la conservation des oiseaux (vallée de la Conie et Beauce centrale) : Lumeau est inclus dans une zone de protection spéciale du réseau Natura 2000 pour la directive oiseaux[C 20].

La peur du loup est inscrite dans les traditions, et la mémoire de sa présence est identifiée par le « chemin au Loup[L 50] » à Neuvilliers. Le loup est l'objet d'une campagne de stigmatisation comme « misérable bête » tueuse d'hommes, propagée depuis la Beauce chartraine et le Vendomois en 1679[17]. La dernière mort d'homme attribuée à un loup dans le canton d'Orgères a été enregistrée le [B 58] dans les bois de Cambray à Germignonville, à 8 km de Lumeau[B 59]. Une battue au loup est organisée le (27 brumaire de l'an VIII) dans le canton d'Orgères, où « on tua cinq loups, tous vieux, trois s’enfuirent, blessés à mort[B 59] ». L'extermination du loup est organisée au XIXe siècle parallèlement à l'expansion de l'élevage ovin ; le dernier loup du secteur d'Orléans est tué à Chaingy en 1868 et le dernier loup d'Eure-et-Loir est abattu en 1900 à Thiville près de Châteaudun[B 60],[B 59].

L'élevage a presque totalement disparu du paysage de Beauce face à la grande culture céréalière et les engrais chimiques. Les écuries dans les fermes témoignent de l'importance du cheval de trait (Percheron) comme moyen de locomotion et comme force motrice pour les labours jusqu'à la mécanisation généralisée, nécessitant une production fourragère adaptée. Des bergeries rappellent l'élevage ovin comme activité de complément nécessitant des prairies artificielles ensemencées de légumineuses et prises en compte dans la rotation des cultures. Aux XVIIIe et XIXe siècles, l'élevage des moutons de races lainières issues du mérinos de Rambouillet a pris la place d'une « race de moutons à corps long et peu laineux[B 61] ». Les étables insèrent les fermes dans l'économie laitière du petit élevage bovin, l'autarcie alimentaire étant partiellement assurée par l'élevage de volailles, lapins, vaches et cochons, jusqu'à l'avènement des circuits de grande distribution alimentaire.

Site Natura 2000[modifier | modifier le code]

Lumeau fait partie du site Natura 2000 de la « Beauce et vallée de la Conie »[B 62]. Elle a été classé zone de protection spéciale (ZPS) au titre de la directive oiseaux par arrêté du 4 mai 2007[B 63]. D'une superficie de 71 652 ha, la zone s'étend sur 59 communes. L'intérêt du site repose essentiellement sur la présence en période de reproduction des espèces caractéristiques de l'avifaune de plaine : œdicnème criard (40-45 couples), alouettes (dont 25-40 couples d'Alouette calandrelle, espèce en limite d'aire de répartition), cochevis, bruants, perdrix grise (population importante), caille des blés, mais également les rapaces typiques de ce type de milieux (Busards cendré et Saint-Martin)[B 64].

Toponymie[modifier | modifier le code]

Conie, Goury : hydronymes[modifier | modifier le code]

La Conie est un hydronyme dérivant de la racine indo-européenne Cona, donc antérieur à la période de l'individualisation de la langue celte[18]. Elle est nommée Conida dans une charte de l’abbaye de Micy en 836, Connia dans une charte dunoise en 1095[C 21], puis Coneia, Conneia, Conia[C 22], Connye en 1730, Connie en 1680 et sur la carte de Cassini de 1759 et Conie sur le cadastre napoléonien.

En amont du lit de la rivière Conie, au nord d'Écuillon et de Neuvilliers et au nord-ouest de Lumeau, le lieu-dit Goury est le toponyme d'une ancienne zone humide marécageuse ou ruisseau asséché (étymon germanique *wôra, gora, gour[19] pour endroit humide, mare, trou d'eau ; étymon vieux haut allemand wuori[19] pour goure, « dépression dans le lit d’un ruisseau où l’eau reste stagnante en été[19] », digue, seuil de barrage ou canal d'irrigation) : c'est une zone karstique et petite dépression à une altitude moyenne de 128 m à 125 m NGF, dont la pente est en direction de la mare du bourg de Lumeau, des hameaux d'Auneux et de Domainville où se trouve une autre zone humide : la cuvette marnière de Poupry.

Le territoire de Lumeau se trouve ainsi situé sur un plateau entre les deux bras de la rivière Conie, ses affleurements intermittents dépendants du niveau de la nappe phréatique et ses prolongements assecs. C'est un site potentiellement favorable pour l'accès permanent à l'eau de surface (mare de Lumeau), nécessaire à un campement lorsque la technique de construction d'un puits vers la nappe phréatique n'est pas connue.

Lumeau, Auneux, Écuillon : bois d'ormes, aulnes et chênes[modifier | modifier le code]

Une analyse du toponyme Lumeau est réalisée en 1906 dans une étude du cartulaire de Sainte-Croix d'Orléans[B 65]. Mais c'est Jacques Soyer, archiviste du département du Loiret et président de la Société archéologique et historique de l'Orléanais, qui est l'auteur de la principale recherche sur l'étymologie de Lumeau[L 51] en 1941.

Lumeau dérive du nom gaulois de l'orme[20]. « Son nom est d'origine celtique : Limoialum, devenu Limogilum, Limolium, Limulium en latin médiéval. Il signifie « endroit planté d'ormes »[Note 7] ; du gaulois limos ou lemos (signifiant) orme (irlandais : lem) et ialon (signifiant) espace découvert, endroit, champ (gallois : ial). Limoialum est le synonyme du latin classique ulmetum, d'où provient le nom de la commune d'Ormoy (aussi en Eure-et-Loir)[L 51] ». Du latin ulmus[21],[22] et du bas latin ulmetum dérivent aussi ulmeau, ulm-etum désignant le lieu de l'arbre « orme » en langue d'oïl utilisée à la Renaissance, le suffixe locatif -etum devenant -oy. Ainsi la charte de l'abbaye Saint-Florentin de Bonneval identifie le village d'Ormoy (commune de Courbehaye) sous le nom ulmeculi en 1181 et ulmetus en 1265. Avec un préfixe identifiant une essence d'arbres, le suffixe celte -ialo latinisé sous la forme -ialum correspond à une clairière, domaine ou centre de défrichements[B 66]. L'étymon celte *Limo-ialum a formé le nom latin Limogilum, dont l'ablatif est Limogilō. « Limogilo : ce nom est l'un de ceux qui, dans notre région, a donné la terminaison -eau. Limogilum a donc dû devenir Limeau, et si nous ne trouvons plus identiquement cette graphie, nous avons aujourd'hui Lumeau qui en est une altération. L'i s'est souvent changé en u[B 65]. »

Limogilum serait cité dans un acte de Charles II le Chauve entre 840 et 877[23]. Il est rapporté dans le cartulaire de Sainte-Croix d'Orléans[B 67] que Limogilum (ablatif : Limogilō) est nommé dans une bulle du pape Léon VII le  ; Limogilo est aussi citée en 956 et 979 dans des actes des rois carolingiens Lothaire et Louis V[24], ainsi qu'en l'an 990 dans le diplôme d'Hugues Capet décerné à l'église d'Orléans (Aurelianum). La référence à Limogilus apparait notamment dans le diplôme émis par Louis V en 979 avec l'indication « Limogilus villa Ecclesiae Aurelian confirmatum a Ludovico R Fr[25] ». C'est aussi la « villula in Belsica Limulio » citée dans une fausse charte de l'abbaye Saint-Mesmin de Micy datée de 836 mais forgée au XIe siècle. La graphie Limaium est notée en 1250[B 68]. Limolium (de Limolio) est la dénomination utilisée en 1270 dans le cartulaire de Sainte-Croix d'Orléans, devient Lumolium dans le pouillé de Sens en 1369-1370 (Curatus de Lumolio, Curatus de Limolio) puis « Curatus de Lumolio, Capitulum Sancti Petri Virorum Aurelianensis presentat »[B 69], dénomination latine utilisée jusqu'au XVIe siècle[L 51]. Même si les « annales ecclesiae aurelianensis[B 70] » de Charles de La Saussaye indiquent en latin en 1615 « Curatus SS. Lupi et Egidii de Lumolio ad praesentationem Sancti Petri Virorum Aurelianensis », la dénomination en français avait depuis longtemps aboutit à « Lumeau », comme en témoigne dès 1392 un acte judiciaire concernant « Mahyet de Marquivilliers, capitaine de l’esglise fortifiée de Lumeau en Beausse (prévenu que des) hommes d'armes (venus de) Boigneaux qui est à une demi-lieu du-dit lieu de Lumeau (...) gens d'armes qui estoient en la taverne de la dicte ville de Lumeau (avaient agressé une) chamberière ou amie du preste de Lingny en Beausse (qui avait demandé secours au capitaine et se plaint) au gouverneur du baillage d'Orliens, qui, pour ledit fait, a ledit Mahiet fait emprisonner en nostre chastellet d'Orliens[L 52] » durant le règne de Charles VI : « Lumeau » est déjà la dénomination utilisée pendant la guerre de Cent Ans.

Lumeau n'est pas le seul toponyme faisant référence à la nature environnante : le moulin d'Auneux (Aulneux en 1563) porte son nom d'une zone humide plantée d'aulnes. Les réages du cadastre évoquent « le Poirier », « le sentier du Bois Salla » et « le chemin au loup ». Quant-à l'écart Égron, son nom rappelle les oiseaux du genre Egretta (aigrette, aigron ou héron) issu du francoprovençal hègron (notons à 5 km d'Égron mais sur la commune de Poupry, l'aire de repos du héron cendré de l'autoroute A10).

Le qualificatif du « Bois Salla » renvoie peut-être au vieux-francique sal et identifie une terre salique, c'est-à-dire une terre réservée autour d'une demeure : « c'était les terres qui provenaient des bénéfices militaires distribués par Clovis aux Saliens (...) La terre salique était celle qui entourait immédiatement la maison du Franc, la seule qui fut héréditaire chez les anciens Germains, (ou plus simplement) la terre adhérente à la maison d'un Germain. (...) L'adjectif salicus, n'étant pas dépendant du nom des Salii, fut maintenu en usage par le substantif sala, qui s'est conservé jusqu'à nous dans le mot salle, pour signifier, il est vrai, non plus la maison entière, mais la partie ou pièce principale de la maison[26]. » Le Bois Salla est peut-être ainsi devenu l'indication d'un alleu seigneurial.

La ferme d'Écuillon (Escuillum en 1177[L 53],[B 68] ; Escuillons en 1226[B 68]) peut faire référence au chêne (latin aesculus[27] correspondant au chêne rouvre[28], le toponyme Rouvray désignant une chênaie existant dans le voisinage de Lumeau). Il peut également s'agir d'une métonymie gallo-romaine liée à l'aiguillon ou écouvillon ou en termes figurés d'un chemin (escuil, escueil[27]), renvoyant aussi au contexte du chêne[27]. Selon une autre interprétation de référence au chêne, il s'agit du surnom d'une personne robuste, « Scudilio, nom de personne d’origine germanique, et suffixe de possession o-onem[29] ».

Notons aussi, dans le canton, Tillay-le-Péneux (Tigletus Paganorum, tilleuls des païens[C 23]) et Rouvray-Sainte-Croix (Ruvreium, chênes rouvres).

Domainville et Neuvilliers[modifier | modifier le code]

Domainville et Neuvilliers sont des toponymes plus récents que le gaulois *Limoialum (Lumeau), les gallo-romains *Terminiacum (Terminiers), Porpriacum (Poupry) et Lucaniacum (Loigny). En effet, « vers la fin du IVe siècle, on cessa de créer des toponymes à l'aide du suffixe acus (-acum). C'est le mot villa qui servit à nommer les nouveaux domaines ruraux[B 71]. » « En Neustrie (...) une colonisation rurale plus intensive multiplie, à la suite de nouveaux défrichements, les domaines dont les noms romans, dans le milieu bilingue de l'aristocratie franque, sont coulés dans un moule germanique : complément (nom de possesseur) + nom commun. À cette époque remonte les noms en -ville. (...) Le dérivé Villare désigna d'abord un démembrement de domaine, puis un domaine[B 66]. » Domainville et Neuvilliers sont donc des toponymes désignant des domaines ruraux et hameaux habités à l'époque franque et durant la période mérovingienne (sans préjugé sur l'habitation antérieure éventuelle sous un autre nom), mentionnés dans la table des paroisses de la généralité d'Orléans en 1735[B 72] et identifiés sur la carte de Cassini de 1759.

La métairie de Domainville est la villa de Domyn ou Damyn (Damien) et peut être aussi interprétée comme villa domini, maison du propriétaire du domaine.

Pour Neuvilliers, une première interprétation est que l’antéposition de l’adjectif de cette villa neuve est un indice de l'influence germanique, donc postérieure au Ve siècleneu Weiler» pour hameau nouveau en vieux-francique, langue des Francs et en bas allemand, qui donne aussi les toponymes Neuvillier, Neuvillières et Neuviller dans le nord de la France, de la Mayenne et du Calvados à la Picardie, la Meuse et les Vosges), sans lien avec l'adjectif celte novios[Note 8]. Une seconde interprétation, complémentaire et plus probable lorsque le bas latin se mélange au vieux-francique, est un toponyme issu du latin novus, novum et du bas-latin villaris, villare, dérivé de villa qui donne ultérieurement -villiers : c'est un suffixe de toponyme courant au haut Moyen-Âge dans le Bassin parisien. Il y a 36 toponymes se terminant par -villiers en Eure-et-Loir[C 2], dont 7 sont à moins de douze kilomètres de Neuvilliers[Note 9]. « C'est pendant la période franque que se serait accompli le pas décisif pour la mise en valeur du plateau avec le très fort pourcentage de noms en -villa et -villiers, démembrement de domaines, dans les endroits les plus reculés, comme à l'Est de Viabon et de Loigny (Lansainvilliers, Mérouvilliers, Planchevilliers, Canonvilliers, Grandvilliers, Gauvilliers, Mervilliers, Beauvilliers, Neuvilliers)[30]. » « Villiers, qui représente dans son principe un démembrement de la villa, accuse donc un défrichement plus tardif que villa, apparaît vers le VIIe siècle[31]. » Malheureusement nous ne trouvons pas la trace dans les archives d'un quelconque Novum Villare qui pourrait être semblable à Altum Villare (devenu le lieu-dit Auvilliers[C 24] à Artenay, à 8 km de Neuvilliers) permettant de dater plus précisément sa fondation. Néanmoins, une Nova Villa attribuée à l'église d'Orléans est citée au Xe siècle dans les diplômes de Lothaire et de Louis V au cartulaire de Sainte-Croix-d'Orléans[B 65] confirmée par Hugues Capet[B 73] sans indice pouvant aider à l'associer à Neuvilliers plutôt qu'à Neuville-aux-Bois. Neuvilliers s'inscrit ainsi dans un cycle d'expansion mérovingienne, donc bien antérieur à l'essor capétien des villae novae du XIIe siècle (cf. lieu-dit Villeneuve, ancien péage-droit de passage du seigneur du Puiset à Poupry[C 25], toponyme du XIe siècle[C 26],[C 27] sur un site occupé au Ier et IIe siècles et abandonné au IIIe siècle, devenu le péage de l'autoroute A10 et la zone d'activités logistiques d'Artenay-Poupry, à 7 km de Neuvilliers) .

Histoire[modifier | modifier le code]

Préhistoire et Antiquité[modifier | modifier le code]

carte des voies romaines et des sites protohistoriques de Lumeau
Sites d'occupation humaine entre l'âge de fer et le Ve siècle à Lumeau et alentours, traversés par trois voies romaines.

Les inventaires des découvertes archéologiques à Lumeau se sont succédé, du premier questionnaire préfectoral en 1821 à la Statistique archéologique d'Eure-et-Loir[B 16] de Louis-Gustave Guérineau de Boisvillette en 1864 et celle[B 74] de Maurice Jusselin en 1911, 1926 et 1936. Des collections privées d'objets préhistoriques se constituent dans le canton d'Orgères dès cette époque, notamment à Lumeau[L 54] et Gaubert[C 28]. Marc Bloch publie en 1930 une étude sur « les problèmes du peuplement beauceron[B 75] » étayant l'hypothèse d'une faible densité de peuplement avant les défrichements du XIIe siècle dans cette steppe où l'accès à l'eau superficielle est rare sauf dans la vallée de la Conie et la cuvette de Poupry. Suit le catalogue de la Beauce ancienne de Jacques Soyer en 1943 et notons son article de 1941 sur les origines de la commune de Lumeau[L 51]. Un relevé systématique de la carte archéologique de la Beauce a été initié par l'abbé André Nouel[B 76],[B 77] entre 1958 et 1969, continué pour Lumeau par Robert Plessis[L 54] jusqu'en 1977 et par le groupement archéologique et historique de la région d’Artenay fondé par l'abbé Pierre Nollent et Jean-Michel Calvo[L 55], parallèlement à des fouilles locales sur l'habitat antique et du haut Moyen Âge[C 29] de 1973 à 1983 sous la direction d'Alain Ferdière[C 30], qui établit une carte des sites de l'âge de fer et des sites gallo-romains dans le voisinage de Dambron, dont fait partie Lumeau[C 31] : « sur les quelques 30 000 ha concernés par le rayon de 10 km étudié autour de Dambron, 143 sites gallo-romains ont été recensés[B 78]. » Des recherches archéologiques ont été poursuivies[B 79], s'appuyant notamment sur la prospection aérienne de Daniel Jalmain vers 1970-1976[B 11] et d'Alain Lelong en 1990 et 1992 puis en 2003 et 2004, avec une prospection au sol à Lumeau durant six saisons entre 2009 et 2014[C 32],[C 33].

L'inventaire patrimonial et de l'archéologie est informatisé au début du XXIe siècle et est enrichi par l'atlas des établissements ruraux de la Beauce antique[B 80]. La carte archéologique[C 2] inventorie les découvertes de vestiges et mobiliers archéologiques sur une dizaine de sites localisés dans la commune de Lumeau, notamment dans le bourg de Lumeau, au lieu-dit Malmusse au nord du bois de Lumeau, au sud au lieu-dit du calvaire sur la route de Patay, à l'ouest au lieu-dit du Moulin de Lumeau vers la route d'Orgères, ainsi qu'à l'est du bourg sur le chemin d'Ablis, au lieu-dit du Moulin d'Auneux, à Domainville et à Égron, et aussi à Neuvilliers, aux réages du Carreau et les Vallées, respectivement à l'ouest et au sud de Neuvilliers.

Le territoire de Lumeau a fait l'objet de quelques interventions archéologiques ponctuelles : les sites principalement fouillés en dehors du bourg de Lumeau sont Domainville (avec deux fibules du Hallstatt final, une sépulture gauloise de la période de la Tène finale[L 55], un fossé gallo-romain, deux sépultures du Haut Moyen Age et des fosses dépotoirs[C 2]), le site de voie romaine à Auneux, la villa gallo-romaine de Villours[L 56], la nécropole mérovingienne du Calvaire de Lumeau, l'hypogée de Neuvilliers où a été trouvé un mobilier datant du XIIIe siècle[L 38].

Préhistoire[modifier | modifier le code]

Les premières traces laissées par les différentes occupations humaines sur le territoire de Lumeau remontent à l'époque des chasseurs-cueilleurs nomades du Paléolithique et Mésolithique.

Au Paléolithique, l'évolution humaine est contemporaine d'une alternance de périodes glaciaires et interglaciaires avec une hydrographie, une végétation et une faune changeantes. Originaire d'Afrique où il apparait il y a trois millions d'années, le genre humain est présent en Europe méditerranéenne depuis plus d'un million d'années[32] et des pionniers occupent sporadiquement l'Europe septentrionale[32], atteignant la Beauce il y a 700 000 ans mais avec des périodes de reflux ultérieurs vers le sud lors de certains stades climatiques froids.
Du Paléolithique inférieur, des bifaces acheuléens ont été trouvés à Lumeau[C 34], Santilly[B 77] et Nottonville[C 34], identifiant des circulations humaines il y a 500 000 ans. Le continent est habité de façon plus permanente depuis 300 000 ans[32], subissant d'importantes fluctuations climatiques, alternant dans la très longue durée des paysages de type toundra ou steppe périglaciaire et de type prairie tempérée.
Les outils du Paléolithique moyen sont représentés par de gros éclats de silex au talon retouché[L 54], dont un racloir moustérien (13 x 8,7)[C 34] trouvé à Domainville, matérialisant la présence de l'Homme de Néandertal dans la zone la plus humide du territoire de Lumeau, bordant un marécage dans la cuvette de Poupry. D'autres pièces de type moustérien (bifaces, racloirs, pointes, nucléus) ont été trouvées à Poupry, Chevilly, Guillonville, Courbehaye et Nottonville[33].
Le Paléolithique supérieur est caractérisé par l'expansion de l'Homo sapiens, espèce invasive sortie d'Afrique en plusieurs vagues, qui avait atteint le sud-est de l'Europe il y a 210 000 ans[34] mais qui s'étend sur le continent européen principalement il y a environ 40 000 ans et finit par être la seule espèce humaine présente vers 30 000 ans. Dans un climat froid, la Beauce présente alors un paysage limite entre la steppe et la taïga. Au hameau de Villeneuve à la bordure sud-est de la cuvette de Poupry, des diagnostics de 2009 et 2011 ont permis la mise en évidence d’une présence humaine dès le Paléolithique, avec en particulier des objets lithiques attribués au Paléolithique supérieur, à l’Azilien voire au début du Magdalénien[C 35].
En termes géologique et climatique, la dernière période glaciaire du Pléistocène s'achève 9 700 ans avant notre ère ; débute alors l'époque de l'Holocène, marquée par le développement de la végétation de notre climat tempéré et l'extinction massive d'espèces.
Plusieurs sites d'occupation mésolithique ont fait l'objet de fouilles préventives[Note 10]. À 9 kilomètres au sud-est du territoire de Lumeau, le site de « la vallée du Nant » à Chevilly[B 81] dans le prolongement du réseau hydrographique de la Conie à l'est de la cuvette de Poupry, forme « une petite unité d'habitation du Mésolithique ancien, contemporaine du basculement Pléistocène/Holocène[B 82] », qui a livré 966 silex et sept restes osseux mal conservés, principalement des dents de cheval (l'hippophagie est l'un des premiers modes d'alimentation carnée), et un mobilier lithique qui se compose de 925 produits de débitage, sept nucléus, vingt outils communs et quatorze armatures, de datation à la charnière entre le Paléolithique final et le Mésolithique ancien[B 83] (Xe millénaire avant notre ère). Plus loin à l'est de Lumeau, le site de Chilleurs-aux-Bois atteste que des chasseurs-cueilleurs ont occupé le plateau beauceron durant le Mésolithique boréal (VIIe millénaire avant notre ère), se livrant probablement à des activités de chasse, de boucherie, de cueillette et de consommation de fruits à coques[B 84]. En Beauce au Mésolithique sont chassés le cerf et l'aurochs[B 83], dans un paysage où sont apparus des chênes, ormes, tilleuls, noisetiers[B 83].

Au Ve millénaire avant notre ère, le territoire de Lumeau est colonisé par des fermiers du Néolithique, sans certitude de sédentarisation pérenne[Note 11] : ils y introduisent la domestication des animaux et de certaines plantes, des techniques agricoles, des poteries de terre cuite et de l'outillage en pierre polie.

Des traces d'industrie lithique de l'homme moderne au Paléolithique supérieur[L 54], au Mésolithique tardenoisien[L 54] et au Néolithique ont été identifiées à Lumeau entre 1961 et 1972 :

à proximité du bourg de Lumeau, ont été trouvés des poignards, grattoirs, racloirs, perçoirs, pics néolithiques[C 34] ;
près de Neuvilliers a été trouvée une hache polie en pierre dure verte plate[B 77] ; 590 pièces ou éclats néolithiques « provenaient du même climat, soit entre Terminiers et Terre-Noire (...) en direction de Lumeau, un grattoir, entre Lumeau et Terre-Noire, une très belle lame : poignard en silex de Pressigny ; vers le sud du pays, une hache de silex poli[L 57] » ;
un petit polissoir à main en grès (longueur 12) a été trouvé au lieux-dit de la Grande Écuelle vers Poupry, tandis qu'un polissoir double en grès (32 x 21) a été trouvé à Domainville[B 77] ;
dans le bois de Domainville et sa zone humide (cuvette marnière de Poupry), ont été trouvés des silex taillés[C 2] ; à Domainville, nous avons une hache polie en silex retaillée, de nombreux racloirs, pointes, pic-ciseau, scie, fragments de poignard, flèches tranchantes, « une meule en grès concave (longueur 45, largeur 30, épaisseur 9) trouvée après un profond labour, des fragments de meules plates en grès, une dizaine de molettes arrondies en silex et grès[B 85] » ;
un disque en serpentine perforé et poli (diamètre 15) a été trouvé vers le hameau de Milhouard à Poupry[B 77].

Notons que le flanc de la vallée de la rivière Conie est à 9 km à l'ouest de Lumeau. Il comprend notamment des sables et graviers alluviaux anciens constitués de débris calcaires et siliceux lacustres, des alluvions modernes formés de cailloutis de silex rouges et un affleurement d'argiles à silex, de faciès brun ocre rouille[C 9]. Ces silex peuvent être une ressource pour l'industrie lithique locale : il s'agit de cailloutis de « silex anguleux ou légèrement émoussés, noir fumée, blanc hyalin ou orangé[C 9] » de bonne granulométrie (20% des granulats ont un diamètre supérieur à 125 mm)[B 86].

Cependant, au Néolithique, parmi les dizaines de haches en pierre polie trouvées à Lumeau, Domainville, entre Neuvilliers et Terminiers, à Gommiers, Guillonville (Bourneville et Gaubert), Courbehaye (Moronville et Ormoy), Loigny et Poupry (Milhouard, Mamerault et vers Artenay)[B 77], on trouve des haches polies en roches étrangères à la région[C 36]. Au bord de la cuvette de Poupry, « les matériaux exploités sont variés (silex secondaires locaux, silex turonien du Grand Pressigny, grès, calcaires vacuolaires siliceux) et reflètent probablement des stratégies d’acquisition diversifiées. Les matériaux locaux sont néanmoins largement majoritaires (plus de 80% du corpus)[C 37]. » « Les haches polies utilisées par les premiers agriculteurs beaucerons provenaient pour une grande partie des gisements de silex (proches). Cette matière première était facile à acquérir. Mais le silex est très cassant. D'où la recherche d'un matériau plus tenace pour équiper certains outils[C 36] » provenant d'origines plus lointaines : métadolérite armoricaine, amphibolite danubienne (hache-marteau ou « coin perforé » de Poupry), roches vertes alpines (jadéite, éclogite, serpentine d'une hache de Sougy et de fragments de Lumeau), aphanite vosgienne (hache bipenne perforée de Baigneaux, hache de Bazoches-les-Hautes), témoignages des courants d'échanges de longue distance au Néolithique[C 34].

Une prospection archéologique systématique à vue sur sol nu est réalisée sous la direction d'Alain Lelong[C 32],[C 38] entre 2009 et 2014 sur une surface de 761 ha labourés d'un territoire délimité par les villages de Loigny, Faverolles, Terminiers, Neuvilliers, Lumeau et Écuillon. Le mobilier de surface récolté constitue un échantillonnage représentatif de l'histoire du territoire et permet d'identifier la première occupation des sites ; il comprend, entre autres, 1 188 objets lithiques (« il s'agit essentiellement de silex blond plus ou moins patiné ») et des fragments de céramiques :

pour la période Paléolithique, aucun nouvel indice de fréquentation du territoire de Lumeau n'a été trouvé (hors de la zone humide d'Auneux et Domainville formant la bordure ouest de la cuvette de Poupry) ;
pour la période Mésolithique, 32 objets ont été caractérisés (armatures de flèches, micro-burins, nucléus) ;
pour la période Néolithique, 330 restes d'occupation du territoire ont été identifiés, dont « des fragments de haches polies, de silex du Grand-Pressigny (fragments de poignards dispersés), des armatures à pédoncules, un fragment d'anneau en serpentinite » et des céramiques. « Les objets les plus nombreux se situent le long de la route de Loigny à Lumeau, au niveau de Loigny et au sud de Lumeau ».

Quelques kilomètres plus à l'est, à la bordure sud-est de la cuvette de Poupry vers Artenay, où la présence humaine est aussi attestée au Paléolithique et Mésolithique, ont été découverts entre 2013 et 2015 une fosse contenant un mobilier céramique de la fin du Néolithique ancien[C 35], attribué à l’horizon chrono-culturel Blicquy/Villeneuve-Saint-Germain (fourchette chronologique BVSQ entre et avant notre ère[C 39]), et de nombreux trous de poteau néolithiques[C 35] : « sept ensembles de trous de poteau, correspondant à de potentielles unités architecturales s’individualisent, de même que quelques alignements de trous de poteau pouvant correspondre à des palissades participant à la partition de l’espace[C 35] ». Au hameau de Villeneuve, une trentaine de sites archéologiques ont été découverts dont plusieurs sites du Néolithique moyen et du Néolithique récent, ainsi que « les vestiges d’un habitat attribué à l’étape finale du Néolithique, caractérisé par la présence de niveaux de sol associés à deux probables bâtiments sur poteaux[C 37] ». L’analyse tracéologique « a permis de mettre en évidence un spectre fonctionnel relativement diversifié, témoignant d'activités variées (moisson, boucherie, traitement des carcasses). Néanmoins, le travail des plantes, plus particulièrement le raclage des fibres végétales, semble constituer l’activité dominante du site[C 37]. » Le mobilier céramique permet de reconstituer des « bols/jattes », « écuelles », « gobelets », « pots » , « jarres », « fragment de vase à carène ondulante et anse nasiforme » formant une composition influencée par le groupe culturel du Gord-Compiègne, l'Artenacien et des groupes culturels tiers de la Loire moyenne[C 37] (fourchette chronologique entre et avant notre ère[35]).

À 2 km à l'ouest de Neuvilliers, entre Villours et Écuillon, un mégalithe appelé la « Pierre antique » est identifié sur la carte d'État-Major de 1866, faisant partie d'un ensemble mégalithique de la « Beauce et vallée de la Conie ». Il est décrit par Boisvillette en 1859 et en 1864 : « le chemin d'Orléans passe (...) entre deux pierres (...) dites de Villours et de Goury[B 16] ». « La pierre de Villours encore sur place, à 100 mètres sud-est du hameau, demi-dolmen que sa nature indique provenir des carrières de Saint-Florentin distantes de 8 à 10 kilomètres, et qui faisait vraisemblablement partie, avec celui de Goury, d'un lien (...) plus étendu, sont les représentants (...) du plus ancien établissement de la contrée[L 56]. » Cette concentration de mégalithes, menhirs et dolmens[B 87], est sur un territoire comprenant aussi Orgères-en-Beauce et Fontenay-sur-Conie[C 40], la vallée de la Conie de Nottonville jusqu'au nord de Fontenay-sur-Conie[C 41] et Viabon, Tillay-le-Péneux[C 42] aux hameaux de Soignolles[C 43] et Ménainville[C 44], Bazoches-les-Hautes[C 45],[B 87]. La datation de ces mégalithes est probablement identique à celle du dolmen de la Pierre Godon[C 43] à Tillay-le-Péneux, à savoir une élévation à la limite entre le Néolithique moyen et le Néolithique récent (datations C14 dans une fourchette chronologique entre et avant notre ère[C 46], centrées sur la culture du Chasséen[B 88]) et une fréquentation jusqu'au Néolithique final (Chalcolithique, culture campaniforme jusque vers avant notre ère)[B 89],[B 87]. Mais, tout comme la Pierre de Goury, le mégalithe de Villours est aujourd'hui disparu. Situé dans une zone de combat d'artillerie le , il correspond au lieu-dit de « la Grosse Pierre[L 58] » selon les indications de la carte IGN de 1950, au sud-est de la ferme de Villours et au sud du hameau d'Écuillon, près du chemin d'Orléans à Chartres par la vallée de la Conie. Il s'agit peut être du « dolmen qui, consacré par son sang, fut longtemps vénéré sous le nom de Pierre de saint Lucain » ; ledit dolmen, recyclé dans l'hagiographie chrétienne, est complètement détruit vers 1930.

Outre les mégalithes, des tumuli recouvrant des sépultures sont préservés dans le canton d'Orgères, le long de la vallée de la Conie, à Ménainville[C 44], Fontenay-sur-Conie[C 47], Nottonville et Varize[C 2].

Sites protohistoriques[modifier | modifier le code]

La Beauce ne bénéficie pas de la présence de minerais métalliques exploitables dans son sous-sol, limitant le développement initial de la métallurgie de l'or, de l'argent et du cuivre. « Les premiers métaux vont apparaître sous la forme de biens échangés durant la seconde moitié du IVe millénaire dans le bassin Parisien et le Nord-Est de la France[36]. » L'approvisionnement en cuivre, extrait de mines d'Occitanie (mine de Pioch Farrus à Cabrières, mine de Ceilhes) ou de provenance méditerranéenne ou d'Europe centrale, est essentiel pour la métallurgie au IIIe millénaire avant notre ère, dont le développement est progressif jusqu'à la généralisation de la métallurgie du bronze.

  • Âge du bronze

L'âge du bronze s'exprime au IIe millénaire avant notre ère[35]. En archéologie, le bronze est un nom générique donné à tous les alliages de cuivre connus depuis la préhistoire et principalement de cuivre-étain et cuivre-étain-plomb. Mis à part la mine de Montebras dans le Limousin et celles d'Échassières et de Charrier dans l'Allier, l'étain provient principalement de Cornouailles et d'Armorique (cassitérite alluvionnaire à Saint-Renan au Bronze moyen[37], mine de cassitérite d'Abbaretz, mines d'étain de la Villeder). La route ligérienne de l'étain en est la principale voie d'approvisionnement ; elle suit la vallée de la Loire et passe par l'Orléanais, y transportant la culture et les produits du complexe atlantique ( à ) ; un autre itinéraire du commerce de l'étain de Cornouailles passe par la Seine et l'Eure, puis rejoint le point septentrional de la Loire en direction du sud. La Beauce constitue alors une région de circulation très importante et très ancienne de personnes, de biens et d’idées entre la Loire et la Seine. La voirie antique qui traverse le territoire de Lumeau en témoigne.

La Beauce est à la frontière occidentale de l'aire de diffusion de la culture céramique et métallurgique dite « Rhin-Suisse/France-orientale » ( à )[38]. Au sud-est dans le val d'Orléans se trouvent davantage de sites représentatifs de cette période du Bronze final, tels que le tumulus de la Ronce à Sainte-Geneviève-des-Bois (Loiret)[B 90] et le site métallurgique de Bonnée[B 91].

Sur le territoire de Lumeau, une hâche à talon datée de l'âge du bronze a été trouvée entre les lieux-dits Écuillon et Goury vers 1967 et étudiée en 1974. D'une longueur de 157 mm et d'un tranchant de 67 mm, elle pèse 366 g. Dans le voisinage, une hache à talon a été trouvée à Baigneaux, une grande hache à ailerons médians et une petite hache à douille à Fontenay-sur-Conie, un pollissoir à Bourneville, un poignard plat en bronze à Nonneville[B 92].

  • Âge du fer

Durant l'âge du fer, la région est influencée par la culture de La Tène ( à ) qui succède à la culture de Hallstatt ( à )[B 90]. Ces cultures matérielles sont le berceau de populations recomposées par des migrations et menées par des élites indo-européennes de langues celtiques. Dérivé du celtique commun, « le gaulois est la langue celtique parlée en Gaule dont on peut attester les premières formes vers le IVe siècle av. J.-C.[39]. »

« (De) nombreux vestiges de l'âge du fer reconnus lors des diverses opérations d'archéologie préventive menées sur la Z.A. Artenay-Poupry (...) comprennent notamment plusieurs occupations domestiques attribuables à une fourchette chronologique comprise entre le Hallstatt final et le début de La Tène moyenne[C 48]. »

Limoialum (Lumeau) est une localité de la Gaule celtique sur le territoire des Carnutes, habitée de manière permanente depuis la période de La Tène finale ( à )[Note 12],[40] et où prospère le commerce des excédents de céréales[41].

Limoialum (Lumeau) est localisé au bord d'un chemin gaulois assurant les flux commerciaux entre la Loire et le bassin de la Seine, à six heures de marche de Cenabum (Orléans, 27 km), l'emporium des Carnutes sur la Loire (localité tournée vers l'artisanat du métal, entrepôt de commerce et port organisés depuis le milieu du IIe siècle av. J.-C. permettant d'accéder au transport fluvial sur longues distances, avec un murus gallicus protégeant l'accès à un pont sur la Loire[B 93]). Par ailleurs, le village est à dix heures de marche d'Autricum (Chartres, 45 km), oppidum carnute dans la vallée de l'Eure, affluent de la Seine, à deux jours de marche de l'oppidum des Durocasses sur l'Eure (Dreux, 81 km), et aussi à deux jours de marche de Lutèce (Paris, 97 km), oppidum des Parisii sur la Seine. Il est à huit heures de marche de Castro-Dunum (Châteaudun, 37 km), oppidum carnute surplombant la vallée du Loir sur un chemin vers Vindunum (Le Mans, 127 km). Il est à trois jours de marche d'Agendicum (Sens, 120 km), oppidum des Sénons, et d'Avaricum (Bourges, 132 km), oppidum des Bituriges Cubes. Il est à cinq jours de marche de Durocortorum (Reims, 230 km), oppidum des Rèmes, et à une distance similaire de Bibracte (240 km), oppidum des Éduens, et d'Alésia (236 km).

Des sites d'extraction et de réduction du minerai de fer se trouvent dans un rayon d'une centaine de kilomètres autour de Lumeau, sur un site carnute au nord de Chartres à Coulombs (Eure-et-Loir)[B 94], au sud-est vers Gien au lieu-dit Les Ferrys dans la commune de La Bussière (Loiret)[B 94] à la frontière carnute avec le territoire des Aulerques Brannovices membres de la confédération éduenne, et dans les régions voisines de la Beauce, sur le territoire des Senons (Les Clérimois dans l'Yonne à l'est de Sens[42]), sur le territoire des Aulerques Cénomans membres de la fédération armoricaine (La Bazoge dans la Sarthe au voisinage du Mans[43]), sur le territoires des Turones (Chanceaux-sur-Choisille en Indre-et-Loir vers Tours[B 94]) et sur le territoire des Bituriges (Bourges dans le Cher[B 94]) permettant le développement de la sidérurgie et le commerce de lingots de fer. Des bas-fourneaux du premier âge de fer permettant la réduction du minerai en lingots de fer ont été trouvés à Donnemain dans la vallée de la Conie près de Châteaudun à 31 km de Lumeau. Saint-Romain-sur-Cher, Meung-sur-Loire, Orléans, Saumeray (et peut-être Ferrières-en-Gâtinais) sont aussi des sites carnutes où des forges sont exploitées au second âge du fer[B 94]. À Nottonville, au bord de la Conie à 20 km de Lumeau, a été découverte une « cachette de métallurgiste de l'âge de fer »[B 95],[B 94], comprenant une centaine de demi-produits en formes de haches et barres bipyramidales, dont la valeur peut avoir un usage d'échange pré-monétaire. La température de fusion du fer étant plus élevée que celle du cuivre, il est plus difficile à travailler que le bronze par un forgeron.

C'est « une période charnière dans l'histoire de l'agriculture. La maîtrise de la sidérurgie et de la métallurgie du fer constitue une étape fondamentale dans l'évolution de l'agriculture. La mise au point de l'outillage agricole au premier âge du fer prendra toute son ampleur au second âge du fer[44] ». Deux pratiques agricoles se diffusent : d'une part le marnage pour l'amendement des sols agricoles (la disponibilité de haches en fer permet d'extraire la marne en galeries souterraines) et d'autre part l'introduction de l'araire muni d'un large soc de fer, tiré par un attelage de bœufs, pour un meilleur labourage[40]. Une faux gauloise datant du IIIe siècle av. J.-C. a été découverte à Chevilly en 2009.

« On sait en effet que la culture de céréales et de légumineuses était pratiquée depuis l'époque néolithique. Mais elle ne l'était qu'à une petite échelle et sur des terroirs bien spécifiques. (...) Cette situation perdure jusqu'au début du second âge de fer, au moment où les premiers peuples-États se mettent en place en Gaule. (...) Le grand changement se produit aux environs du IIIe siècle av. J.-C. (...) Cette expansion sans précédent de l'agriculture peut être expliquée par plusieurs causes : l'augmentation très sensible de la population, l'aptitude de cette dernière pour les travaux agricoles, et une profonde modification des techniques et des outils. Le moment relativement bref où ce changement s'opère suggère que les acteurs ne sont autres que les peuples belges dont toutes les sources antiques nous apprennent qu'ils s'installent à cette époque entre Seine et Rhin[40]. »

Au IIIe siècle av. J.-C., une invasion de Germains cisrhénans a, en effet, provoqué le refoulement d'autochtones belges. Ces Gaulois belges, contraints à émigrer notamment après la bataille de Ribemont-sur-Ancre vers , ont pu former les peuples Aulerques dont l'ethnonyme signifierait « ceux qui sont loin de leurs traces[45] ». Les Aulerques sont voisins des Carnutes, installés à l'ouest (Aulerques Cenomans), au nord-ouest (Aulerques Éburovices) et à l'est (Aulerques Brannovices) du territoire carnute. Le contexte de cette migration belge peut aussi expliquer les relations politiques privilégiées entre les Carnutes et les Rèmes.

« Les Gaulois excellaient dans les métiers du bois. Leurs constructions se composaient principalement de ce matériau, non seulement pour les supports verticaux (poteaux, pans de bois, colombage) et pour la charpente, mais aussi, parfois, pour leur revêtements de planches et de bardeaux. Le bois était la matière noble de l'artisanat. Les Gaulois furent parmi les meilleurs charrons de l'Antiquité[40]. »

Sur le territoire de Lumeau, l'habitat carnute est formé de cabanes sur poteaux porteurs en bois et murs de terre (technique du pisé ou torchis). Outre la culture de céréales, l'élevage en troupeaux et d'animaux de basse-cour, les objets trouvés à Lumeau attestent de la maîtrise des techniques artisanales de poterie[B 96], tissage et métallurgie (fabrication de fibules, d'instruments aratoires et haches en fer).

« Au nord du bois de Domainville, une fouille de sauvegarde (1973)[L 55] a mis au jour un site protohistorique[C 2]. » Le site est principalement « constitué d'une sépulture à inhumation datant de la Tène finale et de plusieurs fosses dépotoirs. » « Le squelette d'une femme (âgée de 20-26 ans : taille 1,55 m : au crâne dolichocéphale) gisait au fond de l'une de ces fosses. »[B 97],[B 98] : sacrifice, relégation sociale ou offrande aux dieux[B 99]? « La fosse contenait également de la céramique non tournée (parfois lissée, parfois peignée), de la céramique tournée à décor de baguettes, de la céramique type Besançon[46], des ossements d'animaux domestiques, des fragments de plaque de foyer en terre cuite, des fragment de pisé brulé, un fragment de fusaïole en terre cuite, une perle en terre cuite ». Une dizaine d'autres fusaïoles en terre cuite ont été trouvées dans un rayon de 600 m, formant des disques percés qui servent de volant d'inertie pour activer la rotation d'un fuseau de filage textile[L 54]. Il est identifié deux ovicapridés parmi six animaux, témoignant des pratiques d'élevage du mouton et de production de laine[B 100]. La présence de scories signale une pratique locale de l'artisanat du métal par un forgeron. Deux fibules hallstattiennes ont été ramassées à proximité, dont une à pied coudé et ressort en arbalète. « Plusieurs concentrations noirâtres, distantes de 250 m pourraient correspondre à des cabanes[C 2]. »
Deux sites le long du chemin de Chartres à Orléans et entre le lieu-dit Terre-Noire et l'ouest de Neuvilliers sont occupés à l'âge de fer uniquement, tandis qu'un troisième site adjacent a des traces d'occupation continue de la Tène finale ou la période gallo-romaine précoce jusqu'au IIIe siècle[C 31],[L 59].

Des analyses carpologiques effectuées à Chevilly sur des sites occupés de la Tène ancienne à la Tène finale donnent un éclairage sur les pratiques culturales et alimentaires carnutes, identifiant les plantes cultivées et cueillies[B 101] :

Dans une quarantaine de silos datés de la période de la Tène ancienne (mis au jour à Chevilly sur les sites “ Les Herbeauts ” et “ La Croix Rouge ”, occupés de la Tène A à la Tène B2), « six espèces céréalières sont attestées, l’orge (Hordeum vulgare), le millet commun (Panicum miliaceum), le blé type froment (Triticum aestivum l.s.), l’amidonnier (Triticum dicoccum), l’engrain (Triticum monococcum) et l’épeautre (Triticum spelta), tant sous forme de semences que par des parties anatomiques de l’épi. Les légumineuses sont représentées par quatre espèces : lentille (Lens culinaris), pois (Pisum sativum), ers (Vicia ervilia) et féverole (Vicia faba). Plusieurs espèces fruitières sont également attestées : le cornouiller sanguin (Cornus sanguinea), le noisetier (Corylus avellana), le prunellier (Prunus spinosa) et le poirier (Pyrus spinosa). Outre les fragments de noyau, des fragments de fruit de prunelle constitué de chair entourant le noyau étaient conservés dans plusieurs échantillons. De même, des morceaux de poire carbonisée (chair et endocarpe) ont été découverts. Plusieurs plantes oléagineuses sont avérées : de la navette (Brassica rapa subsp. campestris), de la caméline (Camelina sativa) et du pavot (Papaver somniferum) ».
Sur le site de la pièce de Chameul à Chevilly, une ferme est occupée de la Tène ancienne à la Tène finale (la Tène B2/C1 et C2/D1), avec deux périodes distinguées : de -450 à -220 et de -150 à -80. Pour la première période, « les céréales, attestées par sept espèces, représentent 44 % des restes carpologiques carbonisés dont 35 % sont des grains et 8 % des vannes. Elles apparaissent sous forme de grains et/ou de parties axiales de l’épi (furca, fragments de rachis). L’amidonnier (Triticum dicoccum) est dominant pour cette période car il représente à lui seul 64 % des plantes potentiellement consommées. Il est suivi par l’orge polystique vêtue (Hordeum vulgare) (13 %) puis par le millet commun (Panicum miliaceum), le blé nu (Triticum aestivum l.s.) et l’engrain (Triticum monococcum) (entre 5 et 3 % chacun). L’épeautre (Triticum spelta) et le millet italien (Setaria italica) n’occupent qu’une part négligeable des plantes de consommation (<1 %). Les légumineuses sont représentées par cinq espèces : la lentille (Lens culinaris), le pois (Pisum sativum), la féverole (Vicia faba), l’ers (Vicia ervilia) et de la vesce (Vicia sativa). Certains cotylédons ou fragments de légumineuses n’ont pu, de par leur morphologie, être différenciées les unes des autres. Nous les avons alors qualifiés de vesce/lentille/pois (Vicia/Lens/Pisum). Pour cette période, les légumineuses ne représentent qu’une part peu importante des résidus carpologiques carbonisés (3,5 %). Les restes de fruits sont très peu nombreux et ne sont attestés que par un exemplaire pour chacun des taxons : de la noisette (Corylus avellana), de la mûre ronce (Rubus fruticosus) et un pédicelle (attache entre la baie et la grappe) de vigne (Vitis sp.). Deux plantes qui pourraient s’apparenter à des plantes condimentaires sont conservées : le céleri (Apium type) et la navette des champs ou moutarde (Brassica rapa/Sinapis arvensis)[B 101]. » Pour la seconde période, « 5 % des restes carpologiques sont constitués de résidus céréaliers dont seulement 0,14 % sont des vannes, le reste étant des caryopses. Le millet commun est absent à cette période. En revanche, le millet des oiseaux y est largement dominant en nombre de restes (plus de 93 % des restes, en raison d’une forte concentration de semences dans un échantillon analysé). Si l’on exclu cette concentration de millet, les céréales en grains restent cependant dominantes avec 45 % des restes carpologiques. D’après les volumes, le millet des oiseaux est majoritaire (41 %) suivi de l’orge (14 %) et du blé type froment (12 %). L’amidonnier, l’engrain et l’épeautre sont très minoritaires (<1 %). Les légumineuses sont plus nombreuses que pour la période 1. La lentille n’est pas attestée mais la fève et surtout le pois y sont bien représentés (respectivement 14 et 19 % d’après les volumes). Les espèces fruitières n’occupent qu’une place peu importante : deux fragments de coque de noisette et une seule semence de petit fruit, vraisemblablement de fraise sauvage (cf. Fragaria sp.). Des plantes potentiellement condimentaires, de l’aneth (Anethum graveolens) et de la navette des champs ou moutarde ont aussi été mises au jour. Quelques fragments de matière organique ont pu être isolés dont quelques uns s’apparentent à une préparation de type pain ou galette[B 101]. »

« Globalement, au Hallstatt final / La Tène ancienne, les cultures dominantes sont au nombre de trois – orge vêtue, blés vêtus et millet commun –, accompagnées d’un assez grand nombre de cultures secondaires et de quelques cultures minoritaires. À La Tène moyenne, on a toujours trois cultures principales avec cependant un changement puisque le millet est en régression tandis que le blé nu est parmi les cultures dominantes. (...) Enfin, à La Tène finale, l’économie est basée essentiellement sur deux céréales dominantes – orge vêtue et blé nu –, quatre cultures secondaires et un grand nombre de cultures minoritaires[B 101]. »

« Grâce au développement de l'élevage, la pratique de la fumure[C 27] se généralise. Les bêtes nécessitent la production de plus de fourrage et une nouvelle diversification des espèces semble se faire jour à la toute fin de la période de La Tène[41]. »

Le monnayage carnute forme un groupe important du numéraire gaulois, l'activité commerciale étant soutenue par le commerce de céréales. Des monnaies gauloises en bronze coulé ou frappé découvertes en quantité dans les environs de Terminiers, Lumeau, Poupry, Baigneaux et Bazoches-les-Hautes témoignent de la possibilité d'ateliers monétaires carnutes. Des cachettes monétaires de la période gauloise[C 49] ont été découvertes dans le voisinage des voies antiques au sud de Lumeau vers Terminiers, et au nord de Lumeau vers Bazoches-les-Hautes, peut-être enfouies lors de la période troublée de la conquête romaine et de la fin de l'indépendance gauloise. L'un des sites n'est pas sur la voie romaine mais à proximité, et couvre 20 arpents[C 49]avec la découverte de 200 à 300 monnaies gauloises, en bronze et en « electrum », de sept types différents, dont surtout trois types attribués (…) aux Lexovii, et un quatrième aux Éburovices[C 50]. Découvertes et identifiées avant 1836, ces pièces de monnaies carnutes et monnaies provenant d'autres peuples gaulois témoignent des échanges commerciaux et de la circulation monétaire de longue distance. « Aux Ouches[20], derrière le bourg (de Terminiers), sur un site occupé depuis la Tène III (avant la conquête romaine) jusqu'au Haut Moyen Age, avant 1864 (peut être en 1860), on a découvert une centaine de monnaies carnutes (type à l'aigle), 1 denier de Durnacus Donnus et des culots de métal (...) 2 Pixtilos, 1 Tasgetios, un autre chef[C 2]. » Par ailleurs, à 4 km au nord de Lumeau, la surface comprenant les lieux-dits « Champtier de La Fortune », Pannes, la Fauconnière et Chaufour délimite les principaux vestiges d'une agglomération commerçante antique (vicus) de 42 ha à Bazoches-les-Hautes[B 102], comprenant un marché couvert[B 97], où la fouille d'une nécropole en 1839 a mis au jour des vases contenant de 400 à 500 pièces de monnaies gauloises. Il est possible de faire l'hypothèse d'une association étroite entre cette agglomération secondaire (c'est à dire une agglomération en position secondaire par rapport à Cenabum et Autricum) et les divers ateliers ruraux des sites environnants. À 17 km à l'ouest de Lumeau, Bazoches-en-Dunois est aussi un marché antique avec son sanctuaire (fanum de Grattelièvre), où « on a découvert un lot de 300 à 400 monnaies gauloises en argent, épigraphes attribuées aux Calètes[C 2] ».

Les pratiques funéraires à proximité de l'habitat carnute de Lumeau sont représentées par la sépulture à inhumation de Domainville[L 55] et des sépultures à incinération. Pour la période de l'indépendance gauloise et dans le voisinage à moins de 10 km de l'habitat carnute de Lumeau, d'autres nécropoles ont été découvertes et ont fait l'objet de fouilles, notamment à Poupry[C 48], Bazoches-les-Hautes[B 97], Dambron[C 2] et Chevilly[B 103]:

« Deux fouilles préventives contiguës (...) aux lieux-dits « La Fromagée » et « Les Hernies » sur la commune de Poupry (...) ont entraîné la découverte d'une nécropole et d'indices d'habitat de l'âge de fer (...) La nécropole s'étend sur environ 4 000 m2 (avec) 86 inhumations primaires dont une double, ainsi que 5 réductions et 7 sépultures secondaires à crémation (...) Le mobilier métallique a également permis de distinguer deux grandes phases de fonctionnement : l'une au Hallstat D3 - La Tène A1, qui semble inclure une grande majorité des sépultures, et la seconde à La Tène A2-B1, dans laquelle s'inscrivent les tombes à armes (...) Hasard de l'aménagement ou reflet réel d'une organisation, (les) occupations domestiques semblent rayonner autour d'une position centrale occupée par la nécropole, laissant envisager une véritable structuration du territoire qui pourrait correspondre au schéma « tombes groupées / maisons dispersées »[C 48]. »

« Le site de la Pièce de Chameul à Chevilly regroupe, dans une zone de fouille de près de 4 hectares, un habitat rural aristocratique gaulois et une nécropole de près de 40 tombes à inhumation et à incinération (IIIe-Ier s. avant notre ère)[B 103]. »

« Le centre de gravité du monde celtique a sensiblement évolué entre le VIe siècle et le IIe siècle av. J.-C., passant d'une aire qui couvre l'Europe centrale et inclut sans doute la France du centre-ouest, si l'on en juge par exemple par l'aire de répartition des principautés celtiques, aux territoires considérés ensuite comme « gaulois » à compter de César au milieu du Ier siècle av. J.-C.. Sans parler de migrations et encore moins d'invasions, il reste patent que cette évolution a été favorisée par un vaste brassage interne : les populations celtiques sont alors - et ce jusqu'à l'époque de César - en perpétuels mouvements, ce dont les textes font état pour certains, ainsi qu'en interactions avec les sociétés germaniques d'outre-Rhin, objets d'une semblable « agitation » [41] », illustrée par la guerre des Cimbres vers .

Après la bataille du confluent perdue par une coalition gauloise menée par les Arvernes en et conduisant à l'annexion par les Romains de la partie méridionale de la Gaule transalpine, la romanisation des provinces formant un continuum territorial de la Gaule cisalpine à l'Hispanie s'accomplit ; l'acculturation remonte aussi vers le nord par les voies du commerce de la Gallia comata indépendante[47].

À la suite de défaites des Éduens contre les Séquanes alliés aux Germains Suèves, puis de la défaite d'une coalition gauloise menée par les Éduens à la bataille de Magetobriga contre les Suèves (), se fait jour le risque de déferlement des Germains transrhénans dirigés par le Suève Arioviste. Dans ce contexte et sous le prétexte de mouvements incontrôlés de populations helvètes et boïennes vers , les ingérences romaines dans les affaires gauloises se multiplient. Elles conduisent aux expéditions militaires romaines de la Guerre des Gaules. Les Carnutes se rallient à César, effrayés par les légions romaines en marche qui circulent rapidement sur le réseau routier gaulois. Des légions romaines prennent leurs quartiers d'hiver 57-56 chez les Carnutes. Le territoire des Carnutes devient alors un protectorat romain, dirigé par un fidèle de César, le roi carnute Tasgétios qui est assassiné en l'an [48]. De même, les Sénons, voisins des Carnutes, bannissent Cavarinos que César leur avait donné pour roi. Au printemps 53 av. J.-C., César convoque l'assemblée des Gaules, mais les Sénons, Carnutes et Trévires ne s'y rendent pas. Sous la menace des représailles romaines, les Carnutes et les Sénons négocient leur repentance par l'intermédiaire respectif des Rèmes et des Éduens[49], deux peuples gaulois représentant le parti pro-romain. Cependant, le Sénon Acco, rendu responsable de l'insubordination, est condamné à mort par César, à la stupeur des Gaulois. Les Carnutes Cotuatos et Conconnetodumnos prennent la tête d’une insurrection et massacrent les négociants romains qui se trouvent à Cenabum (Orléans) en février de l'an [50] : c'est le premier acte de la révolte générale des Gaules, avec l'Arverne Vercingétorix à sa tête. Les Carnutes participent à l'armée de secours gauloise envoyée au siège d'Alésia. Après la reddition de Vercingétorix en septembre , deux légions romaines sont cantonnées dans Cenabum en ruines, d'où elles lancent de sanglantes opérations de commando contre les Carnutes. Au cours de l'été , les Carnutes se soumettent et livrent le notable « Gutuater, instigateur de la dernière révolte et principal auteur de cette guerre[51] », d'où découle l'administration romaine de la civitas Carnutum, rattachée vers à la province de la Gaule lyonnaise, au sein de l'Empire romain[B 90].

Villae gallo-romaines[modifier | modifier le code]

La colonisation romaine se concrétise par la mise en place d'une administration latine et de voies romaines sur le substrat gaulois. La maîtrise de l'écriture permet aux Romains d'imposer le latin comme langue officielle, la romanisation des élites locales en découle[52]. Comme les Éduens et les Rèmes dont ils deviennent clients[53], les Carnutes bénéficient du statut de cité fédérée, alliée de Rome[54] et par conséquent libre de tout tribut ; ils sont assujettis au service militaire romain[B 16], qui peut leur valoir la citoyenneté romaine. Les Carnutes et les Éduens sont exemptés de tribut à Rome jusqu'aux lois de Tibère qui supprime l'exemption d'impôt des cités libres et fédérées, ce qui suscite la révolte de Sacrovir en l'an . En l'an de notre ère, pendant la censure de Claude (empereur romain né en Gaule, à Lugdunum), les Éduens, puis les Rèmes et les Carnutes, obtiennent le droit de cité complet, c'est-à-dire la citoyenneté romaine pour les hommes libres et la possibilité aux notables d'entrer au sénat romain. Ce droit est étendu à toute la Gaule peu après l'an 48 comme en témoigne la table claudienne et les actions des empereurs Galba et Vitellius pour les Lingons et les Helvètes.

L'activité sur le territoire de Limoialum (Lumeau) se développe fortement aux Ier et IIe siècles : il est dans un alignement d'agglomérations antiques sur une voie romaine, comprenant les vici voisins de Termeneus (Terminiers) et Basilicas (Bazoches-les-Hautes)[B 102],[B 104], et, plus au nord, l'agglomération secondaire d'Alena (Allaines[B 105]).

Le territoire de Lumeau est, en fait, traversé par deux voies romaines. « La voie de Blois à Paris à travers la Beauce (...) atteignait Saint-Péravy-la-Colombe (Columna, ou columna vicus) où elle croisait la route d'Orléans à Châteaudun. Elle passait ensuite à peu près à égale distance de Patay (Papitacus) et de Coinces, sur le territoire de cette dernière commune, et rencontrait non loin de Terminiers (dont le nom, Termenier en vieux français, indique la frontière de la civitas Carnutum et de la civitas Aurelianorum) la route d'Orléans à Chartres, et par Lumeau (Limoialum, localité celtique), un peu à gauche, Baigneaux, un peu à droite, et Bazoches-les-Hautes (Basilicae), marché-frontière, un peu à gauche, se dirigeait sur Allaines (...) où elle croisait la deuxième route d'Orléans à Chartres et la route de Sens au Mans[B 106]. »

Les sites de plusieurs établissements ruraux y ont été mis au jour depuis le milieu du XIXe siècle. Ils présentent une organisation spatiale caractérisée par des bâtiments de plan quadrangulaire formant une enceinte autour d'une cour. Les constructions gallo-romaines sont « en dur », les toitures sont recouvertes de tuiles (tegulae et imbrices). Sur la surface de 761 ha prospectée systématiquement par l'équipe d'Alain Lelong ont été ramassés 84 000 fragments de tuiles et 4 750 tessons de poterie. « La répartition des terres cuites architecturales montre que l’ensemble du territoire étudié était cultivé à l’époque gallo-romaine. La densité est plus forte près des villages (actuels) mais aussi autour des concentrations qui indiquent des sites habités à cette époque[C 32]. »

Une hache en fer, « remarquable à cause de son travail qui annonce la succession à la hache celtique[B 107] », trouvée en 1875 sur le territoire de Lumeau, est exposée au musée historique et archéologique de la ville d'Orléans[C 2],[B 107].
Des tessons gallo-romains ont été ramassés au lieu-dit Égron, où est située une ferme proche de la voie romaine (chemin de Blois à Ablis).
Le site gallo-romain de Domainville se développe dans la continuité de la ferme carnute : au sud de Domainville se trouvent « des structures à fossés romains, dont un large, datant du Ier siècle av. J.-C. (céramique gallo-romaine précoce, céramique sigillée de la Gaule du sud, céramique blanche de l'Allier, rouge à engobe blanc et type « Besançon[46] » à bords moulurés) et un sarcophage en grès rouge[Note 13] (...), des meules romaines, dont une en grès, une en pierre volcanique[C 2] » et des monnaies gauloises.
Au lieu-dit Moulin d'Auneux, des fouilles ont mis au jour des « bâtiments, inclus dans une cour quadrangulaire présentant un porche (ou bassin) semi-circulaire (...) des tessons gallo-romains (sigillée de l'Argonne, une monnaie de Tetricus et une monnaie de Constantin). A. Ferdière pense à un site de voie (placé à 50 m de la voie romaine)[C 2]. » « Au bois d'Auneux, se rencontrent des tessons romains allant du Ier au IVe siècle (sigillée de la Gaule du sud, d'Argonne et de Jaulges-Villiers-Vineux)[C 2] ». Ces céramiques et vaisselle importées des grands ateliers du sud et de l'est de la Gaule témoignent des échanges commerciaux de longue distance.
À la sortie est du bourg de Lumeau vers Auneux sur le chemin vers Artenay, « au croisement du chemin d'Ablis avec la D3.9, on a découvert (prof. 1 m) quatre sépultures romaines avec de la céramique commune sans doute romaine et 16 clous à tête plate[C 2]. » Au même endroit, « à l'ouest du chemin d'Ablis, près de la cote 123, ont été repérées des enceintes quadrangulaires et des fosses ».
Au nord du bourg de Lumeau, « à Malmusse[L 33], quelques tegulae et tessons gallo-romains se ramassent au sol : lors d'un survol en avion, A. Lelong a repéré une petite grange gallo-romaine, présentant en façade, tournée vers le sud, deux pièces encadrant un porche permettant l'accès à la grange. Le bâtiment est inscrit dans une enceinte quadrangulaire [trapézoïdale] beaucoup plus grande et d'orientation différente. À l'ouest, on distingue une seconde enceinte quadrangulaire plus petite. Il pourrait s'agir d'une villa[C 2]. ». Ce site est aussi référencé comme s'étendant à quelques centaines de mètres à l'est de Malmusse au lieu-dit La Haute Borne, proche de la voie romaine (chemin de Blois à Ablis), avec deux enceintes quadrangulaires et un bâtiment ressemblant à une double grange gallo-romaine identifiés par A. Lelong. Plus au nord de Lumeau vers Champdoux et Tillay, un pichet œnochoé en bronze (diamètre 25 cm, hauteur 30 cm) a été découvert en 1853[C 2].
Dans le bourg de Lumeau, ont été découverts des tessons gallo-romains dans l'habitat contemporain, comme matériaux de réemploi.
Au lieu-dit Moulin de Lumeau, à la sortie ouest du bourg, « A. Lelong a vu plusieurs bâtiments, inclus dans une cour quadrangulaire présentant un porche (ou bassin ? ) semi-circulaire sur son côté sud », pouvant être une autre villa. « Dans le courant de 1866, des terrassiers (à Lumeau) déterrèrent trois vases de terre rouge, très fine, ornés de dessins élégants. Ces vases ont été brisés. Sur l'un des fragments, on lisait deux lettres VE, commencement du nom du potier. Ces lettres étaient en relief[55]. »
Au sud du bourg de Lumeau et à l'est de la route D19 reliant Lumeau à Terminiers via Neuvilliers, ont été trouvées des tegulae[C 2].
Au Carreau[L 28], réage à l'ouest de Neuvilliers et adjacent à la voie gallo-romaine de Chartres à Orléans, on trouve des tessons romains. Dans le réage adjacent des « Champs au Pois », côté Terminiers de la voie gallo-romaine, « on a trouvé de la céramique digitée (protohistorique), une monnaie romaine du IIe siècle, une fibule à queue de paon, des fragments de mortiers, et des tessons de céramique sigillée de la Gaule du Centre[C 2] » (céramique sigillée des ateliers de Lezoux et, plus au sud, de La Graufesenque).
Entre les hameaux de Neuvilliers et Terre-Noire, on a trouvé des monnaies en 1860, dont « un Gordien en argent parfaitement conservé. Dans les champtiers, qui s'étendent de ce même hameau à celui d'Échelles, presque au bord de la voie romaine qui traverse le bourg de Lumeau, on a mis à découvert (...) deux Trajanus Hadrianus (gros bronze), un (autre) gros bronze, médaille commémorarive de Trajan-Hadrien ; deux pièces frustes du même module, ainsi qu'une Augusta (...) Parmi les bronzes moyens, nous distinguons une médaille fruste et un Claude-le-Gothique, trois Gratien bien conservés, un autre brisé, deux Constance second (...) Quinze médailles frustes ou rompues de la dynastie des Constantin[B 108] » et d'autres monnaies gauloises et romaines. Au sud-ouest de Neuvilliers, mais côté Terminiers de la voie romaine, « entre Les Terres Noires et Les Échelles, le long de la voie romaine, on a découvert 5 monnaies gauloises, 6 sesterces dont 3 d'Hadrien, 2 as dont 1 Claude II, 2 ou 3 Constance II, une quinzaine de la famille de Constantin, 3 Gratien et 1 monnaie en argent de Gordien. D'importantes substructions sont à noter aux Champtiers des Terres Noires (où l'on a trouvé 1 antoninianus de Gordien III, 1 monnaie de Tibère, 2 monnaies à l'autel de Lyon, 1 monnaie de Faustine II, 1 de Maximien Hercule de l'atelier de Trèves, et 1 de Gratien, ainsi que deux pointes de flèches en fer en forme de feuille de laurier, une clochette de harnachement en bronze et deux rouelles en plomb biconiques à engrenages)[C 2] ».
Des pesons de métier à tisser ont été trouvés, tant à Lumeau que vers Terminiers, Milhouard, Poupry, Baigneaux, Bazoches-les-Hautes et Dambron[B 100].
A la ferme de Villours[L 30], ont été dégagés en 1859[L 60] un « hypocauste (2m x 2m) à seize pilettes et sans doute des tubuli[C 2] » et deux salles sur mosaïque des thermes d'une villa gallo-romaine, avec une grande cours et s'étendant sur 10 ha[L 56]. La construction est en pierre. Le mobilier comprend des fragments de marbre, de mosaïque, des statues (une divinité en bronze, une petite tête de lion), un anneau et une bague en bronze, un vase de terre rouge, des monnaies gauloises et romaines et « une pierre gravée du labarum (à rapprocher de la tradition du martyre de saint Lucain) ». « Villepion, village situé au nord-ouest de Terminiers, nous a offert un assez nombreux bagage archéologique, conjointement avec les fermes de Villours, qui n'en sont qu'à une faible distance. (...) Villours, placé à proximité de plusieurs voies romaines, se recommande à l'attention des archéologues (...) Au centre même de Villours, auprès de la dernière ferme limitrophe de Loigny, est un précieux fragment de mosaïque, entouré de ruines gallo-romaines (...) C'est un carré long d'environ 1m50 sur 1 mètre. (...) D'un côté, elle touche aux ruines d'un fourneau à demi-calciné, de l'autre à une petite chambre un peu plus basse dont le carrelis est encore visible. Vis-à-vis se trouve une autre mosaïque, engagée sous la terre arable[B 108]. »
« Au sud de Villours, on a découvert un site avec de la céramique sigillée de Lezoux précoce et du IIe siècle[C 2] ».

Dans le processus d'acculturation gallo-romaine de la Beauce[56], le site de Villours avec ses thermes peut être catégorisé comme une villa à la romaine, par opposition aux autres établissements identifiés qui seraient plutôt des bâtiments de fermes d'exploitation agricole[C 27] en succession des établissements agricoles laténiens.

Des tessons d'amphores romaines et une pointe de javelot en fer romaine ont été trouvés à Terminiers ; « à Villepion, on a recueilli deux plaques d'agrafe, deux cuillers, quatre fibules, une boucle, une épingle, une pince à épiler, trois graphium (ou specillum ?)[C 2] » ; « à Gommiers ont été trouvés (…) treize objets en bronze (fragments de harnais, une bague avec chaton, une anse d'œnochoé en bronze datant des Ier-IIe siècles, un tintinnabulum, six cuillers (dont une en bronze), trois fibules en forme de croissant, une autre grande fibule (…) une spatule en bronze[C 2] ».

À Loigny, a été trouvée près de la voie romaine « une statuette en bronze d'Isis « avec ses attributs »[C 2] » ; nous avons par ailleurs, « un sol de mosaïque dans un petit caveau voûté et un cippe (« vase ollaire ») avec quatre vase funéraires, du Haut-Empire[C 2] ». Dans l'ancien cimentière de Loigny, a été découverte « une nécropole à incinération et à inhumation : « une grande quantité de petits vases funéraires » en céramique sigillée, certains avec du charbon ; dix ou douze sarcophages superposés, en pierre[C 2]. » À Poupry, au lieu-dit Bois Tailleur, existe une nécropole à incinérations du Ier au IIIe siècle[C 2].

Antiquité tardive[modifier | modifier le code]

À la suite d'une longue crise économique et un déclin démographique prononcé, le territoire de Lumeau subit les mutations associées à la fin de l'Empire romain d'Occident, notamment l'accueil de réfugiés et mercenaires germains parallèlement au remembrement des exploitations agricoles et à la christianisation de la population autochtone. L'infiltration des tribus germaniques dans l'espace gallo-romain se déroule sur plusieurs siècles.

La crise du troisième siècle de l’Empire romain se caractérise par une instabilité politique à Rome, la fin de l'expansion impériale et le tarissement du flux d'esclaves créant un contexte de régression économique et d'inflation, une pression fiscale accrue pour maintenir la présence militaire aux frontières face aux incursions barbares, un déclin démographique et des abandons d'exploitations agricoles[41].

La pression des Huns qui viennent d'Asie pousse les Burgondes, les Vandales et les Goths à migrer vers l'ouest et le sud-ouest jusqu'au limes, frontière de l'Empire romain où s'agrègent des populations. À proximité du limes de Germanie, sur la rive droite du Rhin, sont déjà installés des peuples germains qui forment des confédérations ou des ligues défensives au milieu du IIIe siècle, telles que les Francs, les Alamans et les Suèves. Leurs incursions en Gaule mettent à rude épreuve les capacités de l’armée romaine à contrôler les frontières : l'armée romaine est concentrée sur le limes et, une fois celui-ci traversé, la circulation dans l'Empire romain est sans contrainte. La Beauce et Orléans sont pillées vers 268[C 49] par les Alamans puis en 275[C 49] par une coalition de Francs, Alamans et Suèves.

Entre 284 et 286, des paysans ruinés par les attaques barbares, la récession économique et le poids de la fiscalité, se révoltent contre l'administration romaine, abandonnent leur exploitation agricole et rejoignent la première rébellion bagaude, vivant de rapines.

En Beauce, les vestiges du IIIe siècle sont peu abondants : « la plupart des villae semble avoir été détruites et abandonnées à cette époque. On en a pour preuve la brusque interruption de la céramique et surtout des monnaies sur les sites en question. (...) Les routes elles-mêmes ont sans doute été détériorées. (...) La ruine des campagnes est alors à peu près totale[C 29] ». Sur la carte d'Alain Ferdière représentant le territoire autour de Lumeau[C 31], seuls les sites de Loigny, Villours, un site entre Terre-Noire et l'ouest de Neuvilliers, Terminiers, les hameaux de Domainville et Auneaux, la zone de Poupry à Dambron, ainsi que Bazoches-les-Hautes ont laissé des traces archéologiques d'occupation continue de la seconde moitié du Ier siècle au début du IIIe siècle. Dans tout le secteur angulaire entre Terminiers-Loigny et Terminiers-Bazoches, les autres habitations antérieures ne font apparaitre aucune trace d'occupation permanente à cette époque.

« Au Bas-Empire, les agglomérations secondaires et stations routières des deux axes voyers qui joignaient Chartres à Orléans à travers ce plateau beauceron semblent péricliter (...) La seule agglomération secondaire (ou simple station routière) qui semble subsister sur l’un de ces deux axes est celle d’Artenay « Auvilliers »[B 78] », et il est constaté la rétraction de l'ensemble Lumeau, Baigneaux et Bazoches-les-Hautes[B 104]. « Ce n’est donc sans doute pas un hasard si aucun de ces deux itinéraires Chartres-Orléans (n'est mentionné) dans les documents tardifs que sont l’Itinéraire d’Antonin d’une part, et la Carte de Peutinger de l’autre : cet axe devient alors secondaire, au plan commercial comme administratif[B 78] ». Cette nouvelle situation est défavorable au passage par Lumeau des flux commerciaux entre les bassins de la Loire et de la Seine.

Les désordres monétaires (dévaluations et démonétisations) et l'insécurité conduisent à la thésaurisation de la monnaie de bon titrage et à ce que « de nombreuses cachettes de monnaies ont été enterrées à cette époque[C 29] » : une cachette monétaire localisée entre Terminiers et Lumeau, vers Échelles et Terre-Noire le long de la voie de circulation antique à l'ouest de Neuvilliers, a été enfouie vers l'année 268[C 49] (une autre à Allaines de même datation), d'autres cachettes au nord de Lumeau sont datées du IIIe siècle et du IVe siècle (Bazoches-les-Hautes)[C 49] ; des trésors monétaires ont été trouvés à l'ouest de Lumeau (220 antoniniens et autres monnaies romaines à Villepion) et au nord-ouest de Lumeau (3 kg de sesterces de Trajan, Lucille et Septime Sévère à la ferme de Marasson[C 51] à Germignonville)[C 2], et un ensemble de cachettes monétaires « dans le voisinage de Poupry, Lumeau, Baigneaux, Bazoches-les-Hautes[C 50] », Beaugency-le-Cuit (Sougy) et Auvilliers (Artenay).

  • Réformes de l'Empire romain

En , l'Édit de Caracalla généralise l'accès à la citoyenneté romaine à tous les hommes libres de l’Empire, ce qui anéantit l'attrait de la carrière militaire (jusque là, le principal moyen d'obtenir la citoyenneté romaine résidait dans le service militaire).

Les Romains, notamment sous Probus (né en Pannonie) et sous Constantin (né en Dacie), embauchent des mercenaires germains, scandinaves et scythes, et passent de nombreux compromis avec ces groupes menés par des chefs guerriers qui se latinisent au contact de leurs voisins et perpétuent l'héritage romain[57]. « L’institution militaire joue le rôle d’un creuset favorisant l’intégration des peuples germaniques dans la culture romaine. (...) Des tribus barbares, ralliées au pouvoir ou soumises par Rome, reçoivent de l’empereur l’autorisation de s’installer dans le territoire de l’Empire en échange d'un service militaire pour assurer la paix publique et la défense du limes[58] », matérialisé par la frontière naturelle du Rhin et du Danube. Notamment, les Francs, confédération de tribus germaniques de l'estuaire rhénan vaincue en 288 par le préfet du prétoire Constance (futur empereur sous le nom de Constance Chlore et gendre de l'empereur Maximien Hercule), se soumettent sous le statut de lètes et deviennent alliés de l'Empire romain : leur roi Gennobaud s'installe à Atuatuca Tungrorum (Tongres) ; un sous-ensemble de peuples francs, les Francs saliens, deviennent des fédérés francs en 342 en charge de la Toxandrie ; des officiers francs se mettent au service de Rome dès le IVe siècle, tels que Bonitus, Mérobaud, Richomer, Bauto et Arbogast. L'armé romaine postée aux frontières devient principalement composée d'éléments d'origine barbare.

Dioclétien réforme le système monétaire en 294 et impose un nouveau régime fiscal, avec un impôt de capitation et un impôt foncier, collectés localement par les notables décurions, ce qui renforce leur statut d'oligarque local vis à vis des paysans. Constantin crée en 311 une nouvelle monnaie stable, le solidus, après que le trésor impérial se soit approprié l'or des temples païens.

Les provinces issues de la Gaule lyonnaise sont identifiées dans le Laterculus Veronensis rédigé entre 297 et 324, attestant d'une réforme administrative de l'organisation territoriale initiée par Dioclétien et comprenant le démembrement de la cité des Carnutes avec la création de la cité des Aureliani, prenant pour capitale Cenabum (Orléans). « Cette décision administrative ne fait apparemment qu’entériner un état de fait déjà ancien, celui de l’importance croissante d’Orléans, au plan notamment économique[B 78]. » Lumeau est alors dans cette civitas Aurelianorum de la province Lugdunensis prima (Lyonnaise première). Le village est proche de la frontière résultant de la scission entre la civitas Carnutum (Chartres) et la civitas Aurelianorum (Orléans) ; Terminiers, village de l'Orléanais adjacent à Lumeau au sud-ouest, et Bazoches-les-Hautes, au nord de Lumeau, sont des points frontières de la civitas Aurelianorum, tandis que Loigny, autre village adjacent à Lumeau à l'ouest, est dans le Dunois dépendant de la civitas Carnutum.

Un nouveau découpage est indiqué dans la Notitia provinciarum et civitatum Galliae établie entre 375 et 423. La Lyonnaise première, dont la capitale est Lugdunum (Lyon), est alors divisée en deux provinces : Lumeau et l'Orléanais, tout comme le pays chartrain, se retrouvent alors dans la Provincia Lugdunnesis quarta (Lyonnaise quatrième ou Senonia), dont la capitale est Agendicum (Sens).

  • Villæ et multiples petites exploitations agricoles en Beauce du IVe siècle

« Le relèvement au début du IVe siècle sera long et pénible, car aux Barbares avait succédé une longue période d'instabilité. Des bandes de brigands, les bagaudes, sillonnèrent la Gaule et dévastèrent particulièrement les pays de la Loire. Mais au début du IVe siècle, grâce aux efforts des empereurs dont on retrouve les noms sur les monnaies de nos sites (Constantin, ...), la Gaule se relève peu à peu et l'on assiste à une véritable renaissance[C 29]. » Néanmoins, la société est devenue beaucoup plus violente que durant la Haute Antiquité. Dans le dernier quart du IVe siècle , Aurelianis (Orléans) se dote d’une enceinte[B 93].

En échange de la sécurité assurée par des oligarques, les populations des campagnes se rassemblent sur certains sites et forment une clientèle associée à un domaine rural issu d'un remembrement foncier : « les nouvelles exploitations regroupent plusieurs exploitations anciennes, déjà fort larges[C 29]. ».

Dans le secteur Dambron-Lumeau, les fouilles archéologiques ont mis au jour les traces de bâtiments en bois ; cependant « seules de rares sépultures privilégiées se détachent, avec quelques petites nécropoles[B 109] ». « Les prospections systématiques (...) laissent entrevoir un semis particulièrement serré de petites exploitations[B 109]. » L'économie agricole semble donc y reposer sur une majorité de petites exploitations, sans grande villa résidentielle. Quand bien même le statut des exploitants des petits établissements agricoles et leur degré de dépendance sociale vis-à-vis d'éventuelles villæ est difficile à évaluer par la seule archéologie, il est plausible d'envisager soit un système domanial classique, celui d'une unité juridico-économique des petites exploitations, certes éparpillées, mais sous l'autorité d'un seul propriétaire, seigneur ou ecclésiastique, avec sa main-d’œuvre servile et ses métayers, soit « l'existence d'une paysannerie libre, d'où n'émergent pas de grands propriétaires fonciers[B 109] », soit un système mixte de complémentarité et interdépendance entre le système domanial et des petits propriétaires exploitants libres. Dans ces deux dernières interprétations, de telles exploitations libres et alleux paysans du IVe siècle disparaitront ultérieurement, par l'expropriation violente ou l'obligation de « rendre foi et hommage » et payer redevance d'inféodation assurant la concentration de la propriété foncière au Xe siècle.

  • Christianisation

« La Gaule, sous le gouvernement de Constance, est exempte des maux de la persécution[59] » des chrétiens, décidée par la Tétrarchie en 303 et mise en oeuvre par Dioclétien dans le reste de l'Empire. À la mort de Constance Chlore en 306, son fils Constantin interdit la persécution des chrétiens sur l'étendue des territoires qu'il dirige, à savoir les provinces romaines de Bretagne, Gaule et Espagne. Devenu seul empereur romain d'Occident après la bataille du pont Milvius, il promulgue en avril 313 l’édit de Milan, présenté comme édit de tolérance par lequel chaque individu peut « adorer à sa manière la divinité qui se trouve dans le ciel ». À partir de cette date, la nouvelle foi chrétienne « se propage rapidement dans tout l’Empire. En Gaule, les premiers à se convertir sont les aristocrates gallo-romains. Le monde urbain est plus touché par ce phénomène de conversion que les campagnes. De fait, le christianisme reste longtemps une religion essentiellement urbaine, confiée à la responsabilité des évêques qui siègent dans chaque chef-lieu de cité[60]. » Declopetus est le premier évêque d'Orléans identifié[B 110],[B 111] : il signe les actes du concile de Sardique en 343 et « figure au nombre des évêques de Gaule qui ratifièrent, en 346, l'absolution de saint Anasthase[61] », au pseudo-concile de Cologne, suivant la politique papale combattant le parti arien.

« La Gaule, tout comme l'ensemble de l’Empire, est touchée au IVe siècle par une crise interne au christianisme : l’arianisme. À l’origine de cette hérésie, Arius, prêtre d’Alexandrie, considère que la divinité du Christ ne peut être équivalente à celle de Dieu. L’empereur Constantin convoque le premier grand concile d’Empire à Nicée (325), pour condamner ces idées et unifier les chrétiens. Néanmoins, l'arianisme conserve la faveur de nombreux chrétiens mais aussi de certains empereurs comme Constance II (337 – 361)[60]. » En 343, le concile de Sardique oppose les évêques nicéens essentiellement occidentaux et les évêques arianisants surtout orientaux. Mais, dans un premier temps, l'arianisme est accepté en Gaule, sous la pression de l'empereur Constance II et l'influence de l'évêque Saturnin d'Arles : « En Gaule, les évêques - à l’exception de Paulin de Trèves et d’Hilaire de Poitiers – se rallient aux thèses ariennes, qui se sont aussi répandues parmi les populations germaniques[60]. » Cependant, dans un second temps, le concile de Paris (361) condamne l'arianisme et, à partir de l'an 369, le pape Damase dépose les évêques qui demeurent attachés à l'arianisme. Avec l'avènement de l'empereur Théodose et l'édit de Thessalonique en 380, le christianisme nicéen devient la religion officielle de l'Empire et le paganisme est réprimé. L'influence du parti sénatorial païen à Rome est anéantie après la bataille de la rivière froide (394).

La « pierre gravée du labarum » trouvée dans l'hypocauste des thermes de la villa gallo-romaine de Villours témoigne de la diffusion du message chrétien sur le territoire de Lumeau[62].

  • Migrations du Ve siècle et sédentarisation de Vandales, Alamans et Alains dans l'Orléanais

Malgré des conflits de pouvoir, usurpations et combats entre généraux romains, tels que la bataille de Lutèce (383) impliquant le général Magnus Maximus auto-proclamé empereur, l'Empire romain d'Occident résiste à toutes les attaques sur le limes jusqu'à la révolte des fédérés goths de Dacie et Mésie. En effet, face à l'expansion de l'Empire hunnique et après la bataille d'Andrinople (378), des contingents goths sont enrôlés dans l'armée romaine par l'empereur Théodose, mais en leur laissant une organisation autonome et le fœdus de 382 leur permet de s'installer en Mésie ; mais les Goths envahissent l'Illyrie et la Grèce en 395-397 et font des incursions en Italie en 400-403 et 405-406 (l'Italie est définitivement envahie en 408-410)[63].

Lors des offensives des Goths en Italie, le général Stilicon a beaucoup de mal à réunir suffisamment de troupes : les légions stationnées en Gaule et Bretagne sont progressivement appelées en Italie entre 401 et 406 et il engage en Italie même des troupes auxiliaires de nouveaux fédérés peu romanisés. Les Francs défendent alors quasiment seuls la frontière du Rhin, jusqu'à l'arrivée en 407 des légions du général Constantin III, empereur usurpateur romain, qui les associe aux auxiliaires du chef franc Edobich.

Lors de l'hiver 406-407, plusieurs dizaines de milliers de Suèves, Vandales et Alains profitent de l'embâcle du Rhin gelé pour migrer définitivement dans les provinces occidentales de l'Empire. Leur migration vise à l’intégration dans l’ordre politique et juridique romain.

L'épisode du passage du Rhin (406) a des conséquences à proximité de Lumeau, comme support historique à l'hagiographie chrétienne d'un saint céphalophore : Lucain[B 112],[B 113]. À l'ouest de Lumeau, « ce fut entre Villours et Villepion que fut martyrisé, l'an 407, saint Lucain, généreux missionnaire qui avait eu le courage de se mettre à la suite des Alains et des Suèves pour leur annoncer l'Évangile[B 108][C 2]. » Lucain était un prédicateur chrétien de l'Orléanais et fut condammé à avoir la tête tranchée[B 114]. « Elle ne fut pas plus tôt abattue que Lucain se leva sur ses pieds, la reprit entre ses mains et la porta comme en triomphe à une demi-lieue de l'endroit où il avait été exécuté ; il la mit sur une pierre qui, en mémoire d'un si grand prodige, a été depuis appelée la Pierre de saint Lucain[64]. » Le « pays de Lucain » (Lucaniacum puis Luigniacum-in-Belsia, Lingny-en-Beausse, Longny-en-Beauce) est devenu le village de Loigny, avec son église consacrée à Saint-Lucain (Lucain est à rapprocher du nom moderne Lucien).
« La voie de Blois à Paris à travers la Beauce (...) à la hauteur d'Épieds-en-Beauce (...) était gardée par un cantonnement de Vandales (en vieux français Vandres ou Vendres), dont le nom s'est perpétué dans Villevandreux ou Villevoindreux (*Villa Vandalorum). Puis elle atteignait Saint-Péravy-la-Colombe (Columna, ou columna vicus) où elle croisait la route d'Orléans à Châteaudun[B 106]. »
Une des deux voies d'Orléans à Chartres passe par « Notre-Dame-des-Aydes, la Montjoie, l'Allemagne, qui rappelle (Alamania) un cantonnement d'Alamans surveillant la route, Cercottes, Langenerie, laissant Chevilly sur la gauche et Andeglou (localité celtique) sur la droite, atteignait la Croix-Brisquet, (...) limite aux communes du Creuzy et d'Artenay. La voie, après avoir dépassé Villeneuve, sert de limite aux communes d'Artenay (Loiret) et de Poupry (Eure-et-Loir). Laissant Dambron et Santilly sur la droite, elle arrivait à Allaines (qui doit son nom à un cantonnement d'Alains[Note 14]), où elle croisait la voie de Blois à Paris, celle de Sens au Mans et celle du Mans à Paris (par Châteaudun), laquelle se confondait, à partir d'Allaines, avec celle de Bois à Paris. Un peu au delà d'Allaines, on entrait dans la civitas Carnutum et on arrivait à Chartres (Autricum), capitale de cette civitas, par Allonnes (localité celtique)[B 106]. »
Des Vandales, Alains et autres groupes migrants franchissent la Loire en 408. « Le passage de cette migration en nombre semble attesté sur la Loire à Chécy (près d'Orléans) par un dépôt de monnaies d'Honorius et Arcadius[41]. »

Dans l'Empire romain d'Occident politiquement instable et ne maîtrisant plus ses frontières, des élites gallo-romaines poussent à la prise de pouvoir en Gaule par des usurpateurs en opposition à l'empereur Flavius Honorius, tels que Jovin de 411 à 412 à la suite de Constantin III de 407 à 411. Le général romain Constance III mène une campagne contre les usurpateurs et contre les différents groupes migrants de 406 à 420, regagnant pour l'Empire le contrôle de la Gaule.

En 418, l'Empire établit un fœdus avec les Wisigoths de Théodoric, autorisés à s'installer dans le sud-ouest de la Gaule et en Hispanie. Le général romain Aetius négocie également un fœdus avec des Francs saliens menés par Clodion le Chevelu, afin de limiter les visées expansionnistes franques à partir du nord-est de la Gaule. Le fœdus négocié par Aetius vers 431[B 111] permet à la tribu franque de Clodion de s'installer à Turnacum (Tournai), berceau de leur futur royaume ; il renforce leur rôle de peuple fédéré, pilier de la défense romaine en Gaule belgique. De même, un fœdus établit les Burgondes en Sapaudie en 443.

En outre, Aetius conclut un fœdus avec Goar (chef alain) en l'an 442 : les Alains deviennent auxiliaires de l'armée gallo-romaine pour contenir les révoltes bagaudes, et peuvent se sédentariser dans l'Orléanais, peut-être dans la région d'Allaines qui est à seulement 13 km de Lumeau. « Étant donnée sa situation à un nœud de routes très important lui permettant de contrôler les voies romaines venant de Chartres, Le Mans, Paris, Sens, Orléans, on peut penser que là se trouvait le principal cantonnement du peuple alain[B 115],[Note 14]. » Avec aussi Allainville-en-Beauce à 27 km de Lumeau et plus loin au nord Allainville-aux-Bois et Allainville-en-Drouais, cette installation des Alains dans la Beauce s'étendait « au sud-est jusqu'à Orléans, puisque Jordanès note la présence du roi des Alains (Sangiban) dans cette ville à la veille du siège qui en a été fait par les Huns en 451[65]. En résumé, les Alains étaient établis dans la partie ouest de l'Orléanais sur la rive droite de la Loire. Et par voie de conséquence, c'est une partie de la Beauce qui leur fut attribuée par Aetius[B 115] ». Elle s'est traduite par des confiscations de terres et des expulsions de propriétaires de domaines gallo-romains[66] ; Prosper Tiro « ne parle que de l'expulsion des domini, c'est à dire des maîtres, des propriétaires, par les Alains. On peut donc penser qu'ils gardèrent le personnel des domaines et vécurent de leur travail[B 115] », avant qu'ils ne se fondent dans la population autochtone ou migrent vers Le Mans et l'Armorique.

Lorsque Attila et les Huns se dirigent vers Orléans qu’ils assiègent en 451, des cantonnements d'Alains sont ainsi présents en Beauce orléanaise[67]. La résistance de la ville est organisée par l'évêque Anianus (saint Aignan)[B 111], jusqu'à l'arrivée in-extremis de la coalition de fédérés et d'alliés de l'Empire menée par Aetius et comprenant les Wisigoths de Théodoric, les Francs saliens de Mérovée (successeur de Clodion en 447) et les Alains de Sangiban. La coalition menée par Aetius repousse les Huns, d'abord lors du siège d'Orléans par Attila puis lors de la bataille des champs Catalauniques.

  • Domaine gallo-romain

En raison du délitement continu de l'autorité politique centralisée de l'Empire romain au profit de pouvoirs régionaux et à la suite de l'assassinat d'Aetius en 454 et de l'empereur Majorien en 461, le général gallo-romain Ægidius proclame l'autonomie de la Gaule du Nord, territoire entre la Somme et la Loire enclavé entre le royaume wisigoth, le royaume burgonde et le royaume des Francs saliens. Ce territoire isolé de l'Empire romain d'Occident est renommé domaine gallo-romain.

Les fédérés alains et francs contribuent à la victoire de l'armée gallo-romaine d'Ægidius contre les Wisigoths lors de la bataille d'Orléans (463), où Frédéric, frère du roi wisigoth Euric, est tué. Ægidius a autorité sur les Francs saliens de 458 à 463, en l'absence de Childéric Ier, successeur de Mérovée et roi des Francs, parti en Thuringe. Néanmoins, à son retour, Childéric annexe l'est du domaine gallo-romain au profit du royaume des Francs, tout en aidant Ægidius à l'ouest contre les Wisigoths qui sont défaits « entre Loire et Loiret » en 463 et contre les Saxons d'Eadwacer sur la Loire en 463-464, où Childéric s'empare d'Angers. À la mort d'Ægidius vers 464, Childéric continue de défendre le nord de la Gaule à la tête des Francs saliens, au nom de l'Empire. En effet, Childeric, roi des Francs saliens, est un haut dignitaire romanisé, comme « dux Belgicae secondae »[57].

Le domaine gallo-romain demeure sous l'ordre juridique romain avec Syagrius, le fils d'Ægidius. Les Wisigoths rompent leur fœdus avec Rome en 466. Childéric livre bataille aux Wisigoths et aux Saxons dans la vallée de la Loire de 466 à 469, d'Orléans à Tours et jusqu'à Bourges. Après la bataille de Déols, l'ouest du domaine gallo-romain, comprenant le Berry et la Touraine, est tombé aux mains des Wisigoths. Renommé royaume de Soissons, le domaine est grignoté par les Francs à l'est. Après la mort de Childeric en 481, Syagrius réussit à établir une bonne entente avec le puissant roi des Wisigoths, Alaric II, en un retournement d'alliance. Mais Clovis, le fils de Childéric, vainc Syagrius à la bataille de Soissons (486)[68] . Clovis prend alors le pouvoir dans le domaine gallo-romain, qui est annexé au royaume des Francs, et étend sa domination jusqu'à la Loire.

  • Incorporation au royaume des Francs

Á l'exception des Francs et des Anglo-Saxons restés fidèles à leur religion païenne germanique, les peuples fédérés installés antérieurement sur les marges de l’Empire romain et fondateurs des royaumes wisigoth, burgonde, vandale et ostrogoth avaient été convertis au christianisme arien, permettant à chacun de leurs rois de conserver en une seule main la légitimité de chef et le pouvoir religieux tout en discriminant romains et conquérants. Ils se heurtent alors aux cadres de l'administration du Bas-Empire romain encadrés par l'épiscopat gallo-romain, promoteur du christianisme trinitaire selon le symbole de Nicée. La donne change lorsque Clovis opte pour le christianisme nicéen, sous l'influence de l'évêque Remi de Reims et après avoir visité le tombeau de saint Martin de Tours en 498[69], décision confirmée lors du concile d'Orléans (511). Son choix de la religion officielle est un moyen d’exprimer sa fidélité à l’empereur de Constantinople, en assurant la protection de l'Église catholique nicéenne concurrencée par le christianisme arien, le judaïsme et les paganismes, et de consolider les liens des Francs avec les oligarques gallo-romains. Ceux-ci, épaulés par le clergé catholique nicéen issus du domaine de Syagrius, font donc alliance avec Clovis, nouveau dépositaire de la puissance publique (auctoritas principis et potestas principalis d'origine romaine)[57]. En outre, les Francs parlent le francique et non pas le bas latin ou le gallo-roman, d'où la nécessité de l'intercession de l'élite gallo-romain entre les deux composantes linguistiques du royaume. Les Francs peuvent ainsi s'appuyer sur cette subsistance de l'administration romaine lors de leur conquête de la Gaule, tandis que l'aristocratie gallo-romaine collaboratrice préserve sa richesse foncière et sa prédominance dans les fonctions publiques civiles et religieuses.

« Poursuivant l'action de son père Childeric, Clovis, en abattant Syagrius, n'a réussi qu'une « prise du pouvoir », arbitrée par les élites gallo-romaines, dont saint Remi de Reims est un bon représentant, avant de se retourner contre les Wisigoths et d'autres Germains[57]. » Clovis remporte la bataille de Tolbiac contre les Alamans, puis élimine des rivaux francs rhénans. Suite à la bataille de Vouillé (507), il conquiert l'Aquitaine wisigothe. Notons qu'une monnaie trémissis pseudo-impériale à l'effigie d'Anastase, mais frappée sous l'autorité wisigothe de Septimanie, a circulé jusqu'à Lumeau où elle a été découverte[70] ; « mais on ne peut guère se refuser à attribuer à l'atelier d'Orléans un tiers de sou au droit duquel figure le nom d'Anastase et qui porte au revers et à l'exergue les lettres AV ou AVRIL ou AURIL, abbréviations d'Aurilianis. Cette monnaie rendra possible l'attribution à la Gaule d'un certain nombre de pièces pseudo-impériales[71]. » Clovis rend applicable à tous les sujets gallo-romains de son royaume le Bréviaire d'Alaric, recueil wisigoth de lois romaines inspiré du Code de Théodose qui avait été publié en 438, et complète la loi salique qui avait été établie vers 350-353 pour les lètes francs, transmise oralement puis rédigée en latin vers 507-511 (la personnalité des lois déclinera ultérieurement au profit d'un droit territorial basé sur la coutume). Clovis fait de Paris sa capitale.

Dans le royaume des Francs, l'exercice du pouvoir public par délégation non héréditaire de la potestas est partagé entre les grandes familles franques et la noblesse (nobilitas) gallo-romaine qui s'amalgament en une aristocratie franque. L'allocation de bénéfices fonciers aux Francs se traduit dans la toponymie des hameaux, influencée par le vieux-francique : il en est peut-être ainsi sur le territoire de Lumeau pour le hameau de Neuvilliers. Des indicateurs d'une potentielle reconstruction mémorielle de la présence franque sont identifiables, comme au sud-ouest du hameau de Donzy (Donecy) après Sougy dans la direction du château de Langennerie (Andeglou-Chevilly), avec la ferme à l'écart nommé « Les Francs »[B 116] dans les réages de « la Vallée des Francs » et « la Garenne des Francs », à 9 km de Lumeau. Nous avons aussi « les champs de France » entre Lumeau et Poupry, au nord-est du bois d'Auneux.

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Village mérovingien[modifier | modifier le code]

Limogilum (Lumeau) est dans la « civitas Aurelianorum » sur le territoire du royaume des Francs issu du domaine de Syagrius conquis par Clovis en 486. Suite à des partages successoraux, le village est dans le « royaume d'Orléans » en 511, dans le « royaume d'Orléans et Burgondie » en 561[72], dans l'Orléanais rattaché à la Neustrie en 613[B 117].

Les rois des Francs, fondateurs de la dynastie des Mérovingiens, s'appuient sur le maillage épiscopal pour l'administration civile du royaume et le contrôle des populations[73]. À la suite du baptême de Clovis entre 496 et 507, les premiers rois des Francs, nouvellement convertis au catholicisme nicéen, accordent de multiples libéralités et dotations de domaines à l'Église : le territoire de Lumeau devient possession de l’évêché d'Orléans, probablement au VIe siècle sous le règne de Clotaire Ier, fils de Clovis et roi d'Orléans[72]. L'aristocratie franque investit aussi la haute hiérarchie de l'Église qui accorde des brevets de sainteté à des membres de leur famille.

Dans le bois de la chapelle Sainte-Radegonde[L 31] (aujourd'hui à la limite territoriale de Terminiers et de Lumeau), « la tradition raconte que sainte Radegonde (épouse de Clotaire), ayant décidé d'entrer dans les ordres au cours du VIe siècle[74], a fait jaillir une source, sanctifiée par la suite[C 2]. » La carte de Cassini de 1759[B 5] localise ce site au bord de la voie romaine de Chartres à Orléans, au sud-ouest du hameau de Neuvilliers par le « chemin de la chapelle » indiqué sur le cadastre de Lumeau en 1836 et longeant le lieu-dit le Ravoir par l'est, à proximité de ce qui est aujourd'hui la route D19 de Terminiers à Lumeau ; le cadastre de Terminiers en 1836 indique qu'il s'agit du réage de la Chapelle ; la carte IGN l'indique au nord-ouest du lieu-dit Villereau, toponyme qui prédispose à une origine gallo-romaine tardive. Il s'agit d'un site protohistorique s'étendant jusqu'au lieu-dit les Vallées et il inclut les fondations d'un habitat romain ou paléo-chrétien, peut-être une cellule d'ermite ou de berger.

L'abbaye Saint-Mesmin de Micy est fondée en 508, précédée par le monastère de Saint-Aignan d'Orléans ; l'abbaye de Fleury à Saint-Benoît-sur-Loire est établie en 651[B 118]. Les archives mérovingiennes sur papyrus n'ont pas résisté à l'épreuve de l'humidité et du temps ; le parchemin s'impose à la fin du VIIe siècle pour les actes administratifs.

L'habitat sur le territoire de Limogilum (Lumeau) se développe aux VIe et VIIe siècles[C 32]. Au lieu-dit du Calvaire[L 14], sept sépultures en fosses orientées est-ouest d'une nécropole mérovingienne ont été découvertes en 1977. Des tessons mérovingiens ont été trouvés au bois d'Auneux[C 2]. Un éperon en fer mérovingien a été trouvé à Lumeau en 1879[C 2] et est exposé au musée historique d'Orléans[B 107]. Une agrafe mérovingienne à double crochet a été découverte à Domainville[C 2].

Parmi de multiples découvertes de monnaies, un « triens en or, avers : Karnitavi (...) revers : Kvrnitavi et personnage trônant » mérovingien, trouvé dans la commune de Lumeau fut acquis par le musée de Chartres en 1888[L 61],[C 49]. À partir de Clotaire II, la monnaie est frappée à l'effigie du roi des Francs et non plus à celle de l'empereur. Avec l’atrophie du commerce avec le bassin méditerranéen et de la circulation de l'or, la monnaie ne cesse de se déprécier et son titrage en or ne cesse de diminuer par rapport à celui de l'argent. Les monnaies d'or byzantines disparaissent de la circulation à la fin du VIIe siècle et le centre de gravité économique bascule de la méditerranée aux régions entre la Loire et le Rhin, avec un système monétaire basé sur l'argent.

Mais ultérieurement, « l'église d'Orléans (est) dépouillée de son trésor et de la plus grande partie des chartes constituant ses titres de propriétés[B 65] » : des maires du palais lui spolient des possessions et des bénéfices ecclésiastiques afin de rémunérer la fidélité des vassaux ; des domaines de l'Église sont envahis et accaparés par des leudes francs. C'est donc par l'usurpation de la propriété ecclésiastique que Limogilum (Lumeau) passe sous l'autorité d'un seigneur laïque.

En Austrasie, Neustrie, Bourgogne et Aquitaine (qui conservent leur individualité et leur palais au sein du royaume des Francs : e.g. capitale Reims puis Metz pour l'Austrasie, Soissons puis Blois pour la Neustrie), les maires du palais s'emparent progressivement du gouvernement effectif, dont ils dépossèdent de facto les rois mérovingiens. Après la bataille de Tertry en 687, Pépin de Herstal, maire du palais d'Austrasie, réussit à attribuer à sa famille toutes les autres mairies de palais, conduisant les Grands de Neustrie à se révolter. La guerre civile des Francs oppose la Neustrie et l'Austrasie jusqu'en 719. Son fils, Charles Martel, duc des Francs et maire du palais d'Austrasie et du palais de Neustrie, décide de créer une cavalerie après la bataille de Poitiers (732). Afin de doter les soldats des ressources nécessaires, une large distribution de terres est faite aux vassaux du maire du palais d'Austrasie, qui n'hésite pas à séculariser, à cette fin, bon nombre de biens d'Église. Chaque homme d'armes gratifié d'une tenure noble précaire (tenure en usufruit viager) est obligé, sous serment de fidélité, d'élever un cheval de guerre et de fournir le service d'ost à toute réquisition. Le soldat libre, qui antérieurement se rémunérait uniquement par le pillage, devient ainsi un vassal dont l'existence est assurée par le bénéfice foncier non héréditaire qui lui est attribué. L'organisation féodale en découle, tout comme la prise de pouvoir par la famille des Arnulfiens issus des Pépinides (noblesse franque d'Austrasie), aussi appelés Carolingiens.

Une pandémie de peste dite peste de Justinien s'installe en méditerranée en 541, remonte l'axe de commerce ligérien entre 588 et 591 et sévit en plusieurs poussées épidémiques jusqu'au VIIIe siècle[75].

Domaine carolingien[modifier | modifier le code]

Une révolution de palais menée par Pépin le Bref en 751 conduit à un changement de dynastie franque et à l'avènement de l'Empire carolingien. L'alliance des rois des Francs avec l'Église est réaffirmée par la cérémonie religieuse de leur sacre et par une restitution partielle des biens dont l'Église avait été dépouillée sous la précédente dynastie, prétendue décadente. Dans le royaume, les structures de la hiérarchie ecclésiastique assurent l'administration civile. Le palais carolingien est itinérant mais tend à se fixer dans certaines résidences privilégiées : la capitale du royaume des Francs, passée de Tournai à Paris en 508, devient Aix-la-Chapelle de 795 à 843. Le comté d'Orléans est créé pour Adrien, beau-frère de Charlemagne.

Avec le « pouvoir militaire, autoritaire et violent[76] » de Charlemagne et l'idéologie unitaire centralisée qui l'accompagne, « l'unité franque revendiquée à l'intérieur du royaume hérité de Clovis se transforme en hégémonie franque projetée à l'échelle de l'Occident. Le règne de Charlemagne (768-814) est donc décisif pour la définition de ce qui serait « un royaume franc » à distinguer du « royaume des Francs » : par ses conquêtes incessantes, parce qu'il ajoute à la Frise et à la partie de la Germanie conquises au VIIIe siècle toute la Lombardie, la Saxe et ce qu'il restait de Germanie jusqu'au Danube, le roi transforme le cœur du royaume de Clovis en une périphérie[76] ». Le concile de Tours (813) acte que le latin n'est plus compris par la population, malgré son usage à l'écrit pour les actes administratifs et religieux, et impose de prononcer les homélies dans les langues vulgaires ; ainsi, alors que Charlemagne parle latin et un dialecte francique rhénan à Aix-la-Chapelle, la population et l'aristocratie de Neustrie s'expriment en gallo-roman (rusticam Romanam linguam), métissage du latin vulgaire et du gaulois avec un superstrat vieux-francique, c'est-à-dire en ancien français : les deux dialectes, gallo-roman et francique-rhénan, sont utilisés lors des serments de Strasbourg en 842. « Le déplacement du centre de gravité de l'empire vers l'est a son importance pour apprécier le bouleversement que constitue le partage planifié à Verdun en 843 : ce partage de l'empire fabrique, pour un nouveau Charles, dit le Chauve (840-877), un nouveau royaume de « Francie occidentale[76] ». » En , dans la cathédrale Sainte-Croix d'Orléans, Charles le Chauve est sacré roi par l’archevêque de Sens, Wénilon[77]. « Parce que l'essentiel des terres austrasiennes pippinides lui échappe, Charles le Chauve doit inventer un royaume qui se gouverne depuis Reims, Auxerre et Compiègne, et dont les vallées de la Seine et de la Loire deviennent le cœur. (...) Les Carolingiens de Francie occidentale se maintiennent sur le trône, en dépit de leurs revers militaires constants et de la fidélité douteuse des aristocrates de leur royaume, au prix d'un développement sans égal d'un discours de légitimation[76]. » Les rois de Francie occidentale sont déclarés monarques de droit divin.

Limogilo (Lumeau) est cité dans le cartulaire de Sainte-Croix d'Orléans[B 65],[B 67]. Un acte royal carolingien de Charles le Chauve entre l'an 840 et l'an 843[78], cité dans le cartulaire, précise que Jonas, évêque d'Orléans, lui demande la confirmation des possessions de son église. En effet, certains des domaines de l'Église, envahis par les leudes laïques, n'avaient été restitués que sous les règnes de Pépin et de Charlemagne[B 65]. Limogilum est une possession de l'église Sainte-Croix d'Orléans confirmée par Charlemagne, c'est-à-dire dès le début du IXe siècle, selon une interprétation des diplômes de Lothaire et Louis V citée dans le cartulaire de Sainte-Croix d'Orléans : « Vient ensuite dans la bulle de Léon VII et dans les diplômes de Lothaire et de Louis V une autre série de noms ; c'est une note des biens restitués par l'empereur Charles à l'église d'Orléans, et dont la possession a été confirmée à cette église par le roi Louis. Il semblerait qu'il s'agit ici de l'empereur Charlemagne[B 65]. » La bulle du pape Léon VII (an 938) et les diplômes du roi Lothaire (an 956) et de son fils Louis V (an 979) contiennent une « note des biens restitués par l'empereur Charles à l'église d'Orléans »[B 65] : Basilicas (Bazoches-les-Hautes) et Limogilo (Lumeau) font effectivement partie de la liste desdites propriétés restituées à l'Église.

Afin de maintenir la fidélité des aristocrates guerriers, Charles le Chauve promulgue le capitulaire de Coulaines en 843 et le capitulaire de Meerssen en 847, qui institutionnalise la vassalité (moyen de contrôler la population par l’intermédiaire des comtes), ainsi que le capitulaire de Quierzy en 877, qui est un pas vers l'hérédité de la charge de comte, étape vers la transmission héréditaire de tous les fiefs et l'établissement pérenne d'une aristocratie foncière. Le comté d'Orléans est donné à Robert le Fort par Charles le Chauve.

En Beauce, l'habitat carolingien reste une structure légère sur poteaux de bois et murs de torchis, nécessitant de probables réparations fréquentes ... et peu de vestiges archéologiques spectaculaires[C 52]. Les fossés délimitent l'enclos quadrilatère d'habitat, utile pour drainer la cour et contenir les animaux. Un foyer dans l'habitat ou un fumoir peut éventuellement contribuer à dessiquer la nourriture à conserver. Des fosses servent de silos à grain ou à denrées puis sont converties en dépotoirs ; des greniers surélevés peuvent aussi exister.

En 1969, « deux fragments de poterie provenant des fours de Saran (...) ont été trouvés à Lumeau et sont datables de la première moitié du IXe siècle[B 119]. » Des fragments de même origine ont été trouvés à la ferme de Domainville, à Terminiers et à Ruan (Saran est localisé à 20 km au sud-est de Lumeau sur la voie romaine de Chartres à Orléans).
Au hameau de Domainville, la grande fosse-dépotoir découverte en 1972 contenait des céramiques qui semblent aussi provenir des ateliers de potiers de Saran. « Puis la surface de fouille fut élargie et d'autres structures apparurent : des fossés traversant le site, des fosses de moindre volume, des trous de poteaux avec ou sans calage de pierres, une sépulture, d'ailleurs coupée par l'un des fossés (témoigne de) la présence d'un habitat datable du haut Moyen Âge et plus précisément de l'époque carolingienne. » Les fouilles jusqu'en 1975 ont mis au jour « un large fossé du Ier siècle, contenant de la céramique du gallo-romain précoce, (qui) a été recoupé par différentes structures en creux, essentiellement d'époque carolingienne : fosses et fossés, renfermant de la céramique du type Saran, trous de poteaux, sépultures, etc. Il s'agit des dépendances d'un habitat du haut Moyen Age, ce qui donne à la fouille un intérêt exceptionnel[B 120],[L 62]. » Y ont été découvertes « deux sépultures orientées est-ouest (sans mobilier) ainsi que des structures à fossés carolingiens[C 2]. »
« Aux Échelles, on a découvert une paire de forces en bronze et une pince à épiler[C 2]. »
  • Terreur viking et magyare

Des querelles dynastiques affaiblissent la capacité d'une réponse militaire efficace aux attaques des vikings et les rançons honteuses (danegeld) payées pour éviter les pillages et destructions compromettent la réputation des rois de Francie occidentale.

Nommé marquis de Neustrie par Charles le Chauve en 861, Robert le Fort s'illustre dans la lutte contre les Vikings[B 121]. Son fils Eudes contrôle les régions situées entre Loire et Seine, face aux Vikings. Impliqués dans des luttes de clans, les autres grands seigneurs de Francie occidentale souhaitent contenir l'extension de la puissance robertienne et maintenir et développer l'étendue de leurs possessions, éventuellement au détriment du fisc royal[B 122]. En 888, la mort de Charles le Gros, dernier souverain à avoir réuni sous son sceptre l'ensemble de l'Empire carolingien, met fin à un siècle de construction pan-européenne. Les princes territoriaux prennent le pouvoir : c'est l'ordre seigneurial qui s'impose en France, avec un État central faible.

De crainte des attaques vikings répétées dans l'Orléanais en 851, 854, et surtout à la suite du pillage d'Orléans en 856 et 865 par le danois Hasting et en 868, un sentiment d'insécurité prévaut sur le territoire de Lumeau : les reliques de Saint-Lucain sont transférées de l'église de Loigny à la cathédrale de Paris[B 123] entre 886 et 911.

« En 886, les Normands établis sur la Seine abandonnèrent Paris et s'acheminèrent vers la Loire, en dévastant le pays situé entre les deux fleuves[C 23]. » Le village voisin de Lumeau, Tillay-le-Péneux, est un lieu rappelant des Normands : « Tigletus Paganorum »[C 23], nom du domaine rural propriété du chapitre de Saint-Aignan d'Orléans, confirmé par le roi de Francie Charles-le-Simple en 914 et en « l'an 1038 par l'acte de donation, ou plustost, de confirmation, faite par Isambert, Evesque d'Orléans du droit de patronage des Eglises de Thillay le Peneux, de Santilly & Ruan, desia donné autrefois par Théodoric II[B 124] ». En effet, « dans l'été de 911, Rollon et ses compagnons ravagèrent le Dunois et le pays chartrain, et c'est fort probablement à l'une de ces deux dates, 886 ou 911, qu'une poignée de ces « hommes du Nord » ou « païens » s'installa en Beauce, sur les confins du Dunois et de l'Orléanais, dans cette villa de Tigletus, qui devint, dès lors Tigletus Paganorum. » (« Tilleyo Pagani[B 69] » dans les comptes de l'archidiaconé de Beauce en 1369-1370) « Les païens (Pagani) ici nommés ne sont autres que les pirates danois ou normands[C 23]. » « Le souvenir de ce repaire de pirates s'est perpétué dans le très curieux vocable de Tillay-le-Péneux (...) Tigletus est la forme carolingienne de Tilietum, qui signifie endroit planté de tilleuls (...) Quant au génitif pluriel Paganorum, il subsiste sous la forme Péneux, qui est l'aboutissement phonétique très régulier de paganorum, par les intermédiaires paienor, paenor, paienuer, paeneur, peienues, paeneus, paineux, péneux[C 23]. » Â l'issue du siège de Chartres (911) par Rollon contre Robert, marquis de Neustrie et défenseur du royaume des Francs, le traité de Saint-Clair-sur-Epte concède l’établissement des vikings en Basse-Seine (Normandie) en contrepartie de l'arrêt de leur pillages.

Des incursions magyares en Francie occidentale sont notées entre 912 et 937[79], celle de 937 suivant apparemment un itinéraire de pillage via Sens et l'Orléanais, la vallée de la Loire et le Berry.

Au Xe siècle, « l'évèque avait de grandes obligations à plusieurs seigneurs qui l'avaient défendu de leur mieux contre les barbares, et pour reconnaître leurs services signalés, il les gratifia de (ces) biens. » C'est-à-dire que des fiefs sont accordés sur des terres d'Église en Beauce et leurs seigneurs associés aux bénéfices qu'en retire l'évêché. C'est à cette époque de l'affaiblissement de l'ordre carolingien que les aristocrates et grands écclésiastiques prennent de l'autonomie vis à vis du roi et que se multiplient des fiefs héréditaires et des seigneuries foncières exerçant la justice locale par délégation royale. La transformation forcée des propriétés allodiales et bénéfices fonciers en fiefs royaux, fiefs seigneuriaux ou fiefs d'Église, et leur vassalisation au bénéfice des seigneurs les plus violents, sont achevées vers la fin de la domination carolingienne et constituent une transition vers la monarchie féodale.

« Leos episcopus, servus servorum Dei, Anselmo, religioso præsuli sanctæ matris ecclesiæ Aurelianensis in honore Sanctæ Crucis dedicatæ, suisque successoribus in perpetuum. (...) Res autem quas jamdictus imperator Karolus eidem reddidit ecclesiæ, et postea gloriosus rex Ludovicus suo confirmavit præcepto hæ sunt : Basilicas, Ulmetus, Perpetiacus, Geveniolus, Mariggillus, Lidiacus, Cadonnus, cum villis ad se pertinentibus, Buxerola, Vienna, Vienna, Limogilo, Silviniaco, cum aliis rebus et mancipiis ad easdem villas pertinentibus »

— Confirmation par le pape Léon VII des possessions du chapitre de Sainte-Croix d'Orléans, 9 janvier (5 des ides) 938, citant Limogilo.[B 67]

« In nomine Domini Dei æterni et Sulvatoris nostri Jhesu Christi, Ludovicus, misericordia Dei rex. (...) Noverit interea sagacitas seu utilitas omnium fidelium sanctæ Dei Ecclesiæ, nostrorumque tam præsentium quam et futurorum sollertia, quia adiens vir venerabilis Arnulfus, Aurelianensis ecclesiæ humilis episcopus, seneritatem nostram, obtulit obtutibus nostris auctoritates prædecessorum nostrorum, videlicet serenissimi Karoli Imperatoris necnon Hludovici excellentissimi regis avi nostri, atque progenitoris nostri Hiotharii magnifici regis, in quibus continebatur qualiter ei omnes res ecclesiæ suæ perpetualiter ad deserviendum confirmaverant, postulans atque humiliter obsecrans ut nos morem paternum sequentes, easdem res eidem ecclesiæ simili præcepto nostræ auctoritatis confirmaremus. (...) Res autem quas jamdictus imperator Karolus eidem reddidit ecclesiæ, et postea gloriosus Rex Hludovicus suo confirmavit præcepto hæ sunt : Basilicas, Ulmetus, Perpetiacus, Gevenoilus, Marogilus, Lidiacus, Cadonnus, cum villis ad se pertinentibus, Buxerola, Vienna, Limogilo, Silviniaco, cum aliis rebus et mancipiis ad easdem villas pertinentibus. »

— « Louis IV confirme les possessions de l'église Sainte-Croix d'Orléans et lui concède l'immunité », citant Limogilo (Lumeau), Diplôme perdu, mentionné dans un diplôme confirmatif de Louis V, donné à Compiègne, le 9 Juin 979.[80],[81],[B 67].

« Qu'il soit porté à la connaissance de tous les fidèles de la sainte église de Dieu, tant présents que futurs que, venant vers nous, vénérable homme Arnoul, humble évêque d'Orléans, présenta à nos regards des décisions de nos prédécesseurs, le sérénissime empereur Charles, notre grand-père, l'excellentissime roi Louis et notre père, l'illustre roi Lothaire, décisions confirmant à cette église la possession perpétuelle de tous ses biens. Il nous supplia et nous implora pour que, selon la coutume ancestrale, nous confirmions ces mêmes biens à cette même église par un précepte analogue. Les biens que cette église possède actuellement sont : (...) le monastère de Micy-Saint-Mesmin et la Chapelle-Saint-Mesmin près des murs d'Orléans, à Orléans, les monastères de Saint-Pierre-en-Pont et de Saint-Pierre-le-Puellier (..) Les biens que le susdit empereur rendit à ladite église et qu'ensuite le glorieux roi Louis lui confirma sont : Bazoches-les-Hautes, Ormoy-la-Rivière, Parpeçay, Genouilly, Mareau-les-Prés, Lailly-en-Val et Chaon avec les villas qui en dépendent, Bussereuil, Vienne-en-Val, Lumeau et Souvigny-en-Sologne avec tous les biens et esclaves dépendant de ces villae. »

— Traduction du diplôme de Louis V en faveur de l'église d'Orléans, donné à Compiègne, le 9 Juin 979[B 125],[81].

L'abbaye de Fleury[B 118] rayonne à l'est de l'école cathédrale d'Orléans et est un des principaux centres culturels de l'Occident médiéval avec les abbés Théodulf d'Orléans, protagoniste de la « renaissance carolingienne » qui prétend ouvrir des écoles rurales dans chaque village et chaque bourg (per villas et vicos)[82], et Abbon de Fleury, théologien de la « renaissance ottonienne ».

Seigneurie capétienne[modifier | modifier le code]

Le comte de Paris et d'Orléans, Hugues Capet, issu du lignage des Robertiens implantés en Neustrie et neveu de l'empereur Otton Ier, est désigné roi de la Francie en 987, devient ainsi suzerain des fiefs, comtés et duchés, qui forment le Royaume de France. Le comté d'Orléans est « réuni à la couronne », comme partie du domaine royal. L'alliance des rois des Francs avec l'Église se perpétue dans la féodalité avec la dynastie capétienne.

La prospection systématique d'Alain Lelong sur 761 ha permet d'observer qu'une partie du territoire n'est plus cultivée ou mise en pâture à la fin du Haut Moyen Âge et l'activité se concentre ensuite autour du village de Lumeau.

Le modèle de la seigneurie banale se diffuse, et avec lui se renforce de manière coercitive le prélèvement seigneurial sur le travail des paysans, pris dans diverses formes d'assujettissement. Les tenures sont des portions de la seigneurie de Limogilus (Lumeau) dont le sol est exploité en usufruit par des paysans tenanciers, moyennant redevances. La réserve, domaine seigneurial, est exploitée en corvée par les paysans et des serfs. Elles forment un domaine rural médiéval qui fait partie du domaine royal capétien dès le Xe siècle (province de l'Orléanais, constituée en comté d'Orléans puis ultérieurement duché d'Orléans). Les servitudes confortent le pouvoir social seigneurial sur le droit de se marier, de vendre et d'hériter[83].

« Limogilus villa Ecclesiae Aurelian » est une possession temporelle (sans vocation religieuse) de l'évêché d'Orléans, confirmée en l'an 979[B 125] ainsi qu'en l'an 990 dans le diplôme d'Hugues Capet décerné à l'église d'Orléans (chapitre cathédral d'Orléans)[B 65]. Alors que « jusqu'au IXe siècle, les chanoines n'ont pas de mense séparée et distincte de la mense épiscopale[B 126] », Lumeau dépend ultérieurement des chanoines du chapitre Saint-Pierre-Empont d'Orléans, qui drainent à leur profit le revenu des cures de Lumeau et d'autres paroisses. Néanmoins, en 1686, une « maison et 31 mines de terre à Lumeau[B 126] », ainsi que la « seigneurie et métairie de l'Égron, bâtiments, jardin, vignes, colombier à pied et 19 muids de terre, dont relèvent plusieurs fiefs[B 126] », dépendent du chapitre de Sainte-Croix d'Orléans, comme les métairies voisines à Terminiers, dont Villepion, Faverolles, Terre-Noire et Échelle[B 126].

Il en est de même pour tout le voisinage, dont les propriétés et bénéfices sont distribués entre l'archidiaconé de Beauce[B 127] rattaché à la cathédrale Sainte-Croix d'Orléans[B 128] et les chapitres des collégiales d'Orléans, qui dépendent toutes in-fine de l'évêque[L 41], les chapitres étant en outre investis de la justice seigneuriale ou subalterne haute, moyenne et basse sur les fiefs qu'ils possèdent dans un grand nombre de lieux où ils exercent la fonction spirituelle : Baigneaux, Bazoches-les-Hautes, Dambron, Poupry sont propriété de l'archidiacre d'Orléans ; Fontenay-sur-Conie, Terminiers, et Sougy du chapitre de Sainte-Croix d'Orléans ; Rouvray-Sainte-Croix et Patay du chapitre Saint-Pierre-le-Puellier d'Orléans[B 129] ; Tillay le Péneux et Villeprévost du chapitre Saint-Aignan d'Orléans. De manière similaire dans le diocèse de Chartres, Loigny et Nottonville dépendent de l'évêque de Chartres via l'archidiaconé de Dunois[B 130]. Par ailleurs, Orgères et Péronville sont des possessions de l'abbaye de la Madeleine de Châteaudun ; Bazoches-en-Dunois, Cormainville, Courbehaye, Guillonville sont des dépendances de l'abbaye de Bonneval, rattachée à l'évêché de Chartres. Les évêques d'Orléans et de Chartres, seigneurs de domaines beaucerons, sont donc insérés dans le système féodal et vassalique, sur des territoires adjacents.

Lumeau est équidistant de l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire (abbaye de Fleury) associée à l'École d’Orléans et de l'école cathédrale dirigée par Fulbert de Chartres.

La féodalité politique et militaire médiévale est à son apogée : chaque seigneur lève l'impôt, pille et rançonne, fait des guerres selon ses intérêts privés, use de l'oppression violente pour accaparer des terres et asservir des paysans à des tenures.

Ainsi Thibaut le Tricheur, comte de Blois, s'empare de Chartres et de Châteaudun en 956 : le vicomté de Dunois passe alors sous la suzeraineté du comte de Blois, concurrent d'Hugues Capet, alors comte d'Orléans. Lumeau, possession de l'évêché d'Orléans confirmée par le roi Hugues Capet nouvellement couronné, est dangereusement situé à la frontière entre le domaine royal de l'Orléanais et le vicomté de Dunois prédateur. Pendant une décennie à partir de 1013, l'évêque Fulbert de Chartres, allié au comte de Blois, s'oppose à Thierry, évêque d'Orléans désigné par le roi. C'est alors que l'hérésie d'Orléans éclate en 1022. Elle conduit à un synode à Orléans qui décide du premier bûcher de la chrétienté médiévale. Son contexte religieux est celui de la crise de l'Église au XIe siècle, de la contestation de la féodalisation du clergé, du trafic des charges ecclésiastiques et la vente de sacrements, conduisant à la Réforme grégorienne. Mais son contexte politique est la tentative du comte Eudes II de Blois d'imposer son influence dans l'Orléanais adjacent à son vicomté de Dunois, par ses manœuvre de contrôle étroit du siège épiscopal contre le roi Robert le Pieux, fils d’Hugues Capet né et sacré à Orléans, en conduisant au bûcher des chanoines, membres du chapitre cathédral d'Orléans et proches des partisans du roi.

« Dans des conditions analogues à celles qui précédemment, du comté de Chartres — par exemple — avaient fait jaillir les comtés de Vendôme et de Châteaudun, la fin du Xe siècle voit naître toute une série de seigneuries châtelaines (...) dans le comté d'Orléans (...) Vicomtes et vidâmes, vassaux des comtes ou des évêques et en principe leurs agents, établissent également des seigneuries autour de leur château ; tels, entre tant d'autres, les vicomtes de Chartres ou de Châteaudun ou encore les vidames de Chartres, le cas le plus connu étant sans doute celui de la châtellenie du Puiset, près de Toury[B 121]. »

Hugues Ier du Puiset est un seigneur-brigand pilleur de la Beauce depuis son château du Puiset à 12 km de Lumeau. Il rançonne les voyageurs et les marchands sur la route de Paris à Orléans et instaure un droit de péage, notamment au hameau de Villeneuve à Poupry (Purpiriaco). Il écrase l'armée du roi Philippe Ier en 1079.

C'est au XIIe siècle qu'est mis un terme aux tentatives d'accaparement du revenu foncier par les seigneurs féodaux, tels que Hugues III du Puiset[C 25] contre lequel le roi Louis VI le Gros, fils de Philippe Ier, doit lutter victorieusement entre 1111 et 1118 afin d'assurer la paix civile et la liberté de circulation sur le domaine royal entre Paris et Orléans, en alliance avec Suger, prévôt de Toury et abbé de Saint-Denis. « Ce sont désormais les religieux de ce monastère, et non plus ceux de Saint-Benoît, qui se font les historiographes du royaume de France. La grande époque d'Orléans, ville des Robertiens et des premiers Capétiens est maintenant passée : l'avenir appartient à Paris[B 121]. »

Essor agricole du XIIe siècle[modifier | modifier le code]

L'occupation ne redevient importante et continue qu'au XIIe siècle avec une remise en culture céréalière sur l'ensemble du territoire de Lumeau, parallèlement à l'expansion démographique. Dans un contexte de prospérité inédit depuis le début du Moyen Âge, le renouveau du XIIe siècle est aussi l'époque de fondations de nouveaux villages : les villes neuves (villae novae), notamment le hameau de Villeneuve à Poupry et Villeneuve-sur-Conie[Note 15].

L'innovation des pratiques conduit à la généralisation des carrières souterraines pour le marnage des sols et à l'introduction du moulin à vent pour les meuniers. Après l'introduction de la charrue vers le IXe siècle, l'assolement triennal (froment ou méteil, orge ou avoine, jachère) est pratiqué dans les « champtiers » depuis le XIIe siècle. L'élevage ovin tire parti des jachères et des lisières des champs laniérés[B 131]. De nouvelles techniques agricoles se diffusent : charrues à roue et à versoir qui aèrent le sol, herses qui brisent les mottes.

En 1180, Louis VII affranchit les serfs d'Orléans et des environs à 5 lieues à la ronde[B 132]. Philippe Auguste accorde aussi en 1180 « le privilège des serfs qui viennent demeurer dans Orléans d'acquérir liberté[B 133] ». Entre 1204[B 126] et 1224[B 126], les serfs des domaines beaucerons du chapitre de Sainte Croix d'Orléans sont affranchis moyennant une redevance proportionnée à leur richesse. Ce n'est cependant qu'en 1344, après de nombreuses manumissions partielles, que le chapitre de Saint-Aignan d'Orléans abolit complètement le servage dans ses fiefs de Beauce, ce dont témoigne une charte de Philippe VI. Concernant le chapitre Saint-Pierre-Empont d'Orléans, auquel Lumeau est lié, « outre ses revenus qui étaient assez considérables, ce chapitre possédait des redevances féodales, telles que des droits pour les serfs affranchis, 5 sols dûs par les personnes qui se mariaient à Lumeau, etc., le tout converti depuis 1310 en dîmes et en droits seigneuriaux[B 134] ».

S'extrayant de la masse des journaliers et saisonniers agricoles, émerge un monde de paysans entrepreneurs ou de fermiers laboureurs qui deviennent libres de conduire leur exploitation comme bon leur semble, à condition d'assurer fermages, taxes et redevances : « la mise en place d’un régime seigneurial aux XIe et XIIe siècles avait conduit le tenancier à produire toujours plus, car il organisait librement son travail tout en reversant une grande partie de sa production à son seigneur. (…) Par ailleurs, l’essor démographique soutenait la demande et entraînait une augmentation régulière des prix agricoles[84]. » C'est le début de la monétarisation généralisée des échanges et du capitalisme agricole.

Après l'annulation de son mariage avec Louis VII, Aliénor d'Aquitaine avait épousé en 1152 Henri Plantagenêt, duc de Normandie, comte d'Anjou, Maine et Touraine, qui devint également roi d'Angleterre en 1154. C'est la source de conflits entre la France et l'Angleterre sur les possessions de la monarchie anglaise en France. Le fils de Louis VII, Philippe Auguste, et ses successeurs donnent alors une nouvelle impulsion à l'unification territoriale du royaume de France. En 1214, la bataille de Bouvines et le traité de Chinon marquent le début du déclin de la prédominance seigneuriale et de l'emprise continentale anglaise.

L'Ordre du Temple est créé en 1129 pour soutenir les croisades. En 1148, l'évêque d'Orléans, Manassès de Garlande, fait une donation aux frères de la chevalerie du Temple de la dîme de Poupry[85]. Des biens en dépendance de la commanderie des Templiers de Saint-Marc d'Orléans se trouvent au voisinage de Lumeau : la chapelle Saint-Marc de Fontenay-sur-Conie, « la métairie du Petit-Marasson[C 51] à Loigny avec une chapelle dédiée à Saint-Marc, sise au lieu-dit la Maladrerie[86] » et un domaine à Rouvray-Sainte-Croix. L'« Inventaire général des titres et pièces de la commanderie de Saint-Marc d'Orléans et de tous ses membres, de l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, au grand prieuré de France » de 1766 « constate, au sujet d'Orgères, qu'en 1280, le seigneur du Puiset reconnut tout droit de justice aux Templiers sur ce territoire et sur ses habitants, de quelque sorte qu'ils soient ; qu'à une époque qui n'est pas déterminée[B 135], les Hospitaliers, successeurs des Templiers, établirent une maladerie à Orgères, mais que ce domaine était dans la mouvance du duc d'Orléans, auquel l'ordre rendait foi et hommage pour ce fief, et payait 50 livres de rente, et enfin que les Hospitaliers devinrent possesseurs du temple d'Artenay, composé de trois fermes situées paroisse de Bussy-le-Roi[B 136]. » Le canton d'Orgères (surtout le secteur entre Bazoches-en-Dunois, Cormainville, Courbehaye, Orgères, Terminiers et Poupry) est avec la Loire-Atlantique l'une des deux régions de France où le patronyme Templier est le plus fréquent.

La croisade des pastoureaux de 1251, insurrection populaire contestant l'ordre social féodal, traverse la Beauce depuis Paris, envahit Orléans et massacre des prêtres[B 132].

Lumeau est nommé Limalum, cité dans un pouillé (registre ecclésiastique) du XIIe siècle[B 137]. Notons dans le Cartulaire de Sainte-Croix d'Orléans en 1247, la « vente au chapitre du droit de barrage sur les grains et autres choses conduites à la grange de Terminiers, par Etienne, maire de Terminiers, pour 72 livres parisis[B 65] ». La dénomination Limolium (de Limolio) est notée dans le cartulaire de Sainte-Croix d'Orléans en 1270. Limulium est une désignation documentée en 1369.

À partir du XIIIe siècle, les notaires royaux écrivent les actes administratifs principalement en langue française au lieu du latin. L'Orléanais est un dialecte parlé du francien, d'où est issu le français.

« Au XIVe siècle, l’économie paysanne traditionnelle dominait, mais se portait mal. Faute de nouvelles terres à conquérir, les tenanciers se trouvaient réduits à morceler leur exploitation pour caser leurs fils. La solution à ce blocage passait par l’intensification des cultures (…) or la croissance de la population se stabilisant vers 1300, on peut imaginer qu’ils avaient trouvé dans la réduction, volontaire ou non, de leur descendance une solution à la réduction de la taille de leur exploitation. Cela ne les incitait donc pas, surtout en période d’équilibre comme au début du XIVe siècle, à risquer la disette par des expériences hasardeuses, tandis que le système excluait le seigneur de la gestion agricole alors qu’il était pourtant le seul capable de s’y risquer et d’investir dans des équipements. Enfin, les tenanciers avaient trouvé une autre solution à leur paupérisation dans l’emploi salarié saisonnier sur la réserve seigneuriale, mais ce palliatif était sans avenir, car le seigneur s’appauvrissait aussi. (...) Si les crises de surproduction dominent, cela n’exclut pas des crises de subsistance ponctuelles et violentes dues à des conditions climatiques inclémentes ou à des perturbations du travail agricole par les épidémies et les guerres[84] » : un exemple de crise frumentaire est la grande famine de 1315-1317 qui précède de deux décennies l'arrivée de la peste et la guerre de Cent Ans.

Lors de la prospection systématique d'Alain Lelong sur 761 ha au voisinage de Lumeau, il est noté que « toute la zone contient des fragments d'une céramique à pâte rouge, dite stampienne, originaire de Dourdan ou de Chartres. Il s'agit d'une céramique fine et fragile[C 32]. » Ces tessons de céramique appartiennent pour la plupart à des pâtes rouges de type Dourdan/Chartres attribuables au XIVe siècle ou au début du XVe siècle.

Fief dans la guerre de Cent Ans[modifier | modifier le code]

Le problème de la succession de Charles IV le Bel déclenche la guerre de Cent Ans en 1337. Limulium (Lumeau) est alors assimilé à un fief dans le duché établi en apanage en 1344 pour Philippe d'Orléans, fils cadet du roi de France Philippe VI de Valois, neveu agnatique de Philippe IV le Bel. En 1346, une partie de l'armée royale se rassemble en Beauce et dans l'Orléanais pour aller guerroyer en Guyenne, province dont est déclaré la commise par le roi Philippe VI : il s'agit d'une possession d'Édouard III Plantagenêt, roi d'Angleterre et duc d'Aquitaine, qui revendique le trône de France en tant que neveu de Charles IV et petit-fils cognatique de Philippe IV le Bel.

Outre la guerre, la peste noire est une épidémie qui tue le tiers de la population européenne en cinq ans (1348-1352) ; elle est considérée comme le début explosif et dévastateur d'une pandémie de peste qui dure, de façon plus sporadique, jusqu'au début du XVIIIe siècle[75].

« La guerre de Cent Ans a été l’occasion d’un accroissement vertigineux de la pression fiscale sur les populations rurales. (…). Cette pression s’exerce fortement en France à partir de la capture du roi Jean en 1356[84]. » En effet, Philippe d'Orléans et son frère aîné, le roi Jean le Bon, sont faits prisonniers des Anglais lors de la bataille de Poitiers (1356) et sont retenus en otage à Londres en attendant paiement d'une rançon, assise sur leurs revenus domaniaux.

Les mercenaires, démobilisés après la négociation d'une trêve, se regroupent en Grandes compagnies, sillonnent l'Orléanais et pillent la Beauce[B 138].

En juin 1359, les États généraux refusent de ratifier le traité issu des négociations entre le roi de France prisonnier et le roi d'Angleterre, la trêve est rompue. La chevauchée d'Édouard III d'Angleterre entre octobre 1359 et avril 1360 conduit au siège de Chartres, immédiatement interrompu par la tempête du lundi noir qui est vue comme une punition divine. Trois semaines plus tard, le , le traité de Brétigny est signé, marquant la fin de la première phase de la guerre de Cent Ans. La libération du roi Jean le Bon est conditionnée au paiement d'une rançon de 3 millions d'écus (l'équivalent de 12 tonnes d'or). Pierre de Pathay, seigneur beauceron de Patay, et d'autres nobles français sont alors donnés en otages aux Anglais jusqu'au paiement complet de la rançon royale, conformément au traité de Brétigny.

Cette période de l'histoire de l'Orléanais est l'objet d'une série télévisée d'aventures française dont le héros est Thierry de Janville dit « Thierry la Fronde », dont la première diffusion est en 1963.

« Les pestes et les guerres entraînent la chute de la population, de la demande et des prix, qui ruinent les seigneurs, poussés à l’aventure guerrière, alors que la chute de la production ainsi qu’une fiscalité de plus en plus lourde affament les paysans et les empêchent de relancer la démographie[84]. »

« Les incursions continuelles des partis ennemis au cours de la guerre de Cent Ans amenèrent la transformation en forteresse d'un grand nombre d'églises rurales. Dès l'année 1358, beaucoup de villages dépourvus de fortification avaient fait de leur église des postes de refuge, en les entourant de fossés et en installant dans les clochers des planchers supportant des machines bien pourvues de projectiles en pierre. Sur les tours des églises, on élevait des échauguettes dans lesquelles se tenaient des veilleurs chargés de signaler au son de la corne ou de la cloche, l'approche de troupes ennemies[B 139]. »

Des événements violents ont lieu dans le secteur de Lumeau :

Des Anglais occupent Terminiers et pillent les alentours, notamment en 1361[87]. Des souterrains peuvent avoir été utilisés comme refuges temporaires par la population.
Le règne de Charles V le Sage est un interlude de trêve de 1364 à 1380. Mais les Grandes compagnies de mercenaires continuent de piller la Beauce, étant présents depuis 1356 sur les routes de Paris à Orléans, à Chartres, à Vendôme et à Montargis[B 138]
La chevauchée de Buckingham pille Ormoy (paroisse de Courbehaye) le après des combats au Puiset et à Sancheville[C 3].
L'église de Lumeau[L 63] est évoquée comme église fortifiée en 1382, protégée par « messire Mahyet de Marquivillier, escuier, capitaine ou garde de la forteresse de l'esglise de Lumeau en Beausse[L 52],[87] ». C'est peut-être à cette époque que le partage des obligations et des revenus du fief est renégocié entre ce gentilhomme, seigneur et vassal du duc d'Orléans et présent sur place, et l’évêché d'Orléans, propriétaire distant des bénéfices fonciers.

Par ordonnance de 1388, Charles VI établit le « privilège des gentilshommes de Beauce », assurant une exemption d'impôt de taille sur leur fief. Lumeau est nommé dans les comptes de procurations payées en 1369 et 1370 au Saint-Siège par les bénéficiers du diocèse d'Orléans, : « Archidiaconatu Belsie ; Curatus de Limolio ; Beneficia : debet ut supra. Nichil solvit propter paupertatem. Solutiones : nil[B 69] ». En 1405 est établi un « état des fiefs du ressort de la châtellenie de Yenville possédés par non nobles, tant ceux mouvans de la dite châtellenie que de ceux mouvans d'autres seigneurs particuliers avec les noms des propriétaires, la mention des taxes par quelqu'uns d'entr'eux (...) Henry Bruneau, à Malemuce, paroisse de Lumeau[L 64]. » Yenville est une châtellenie du duché d'Orléans et comprend plusieurs fiefs. Les seigneurs de Lumeau sont alors arrière-vassaux des ducs d'Orléans[B 140],[88].

Le roi Charles VI étant atteint de folie, son frère cadet Louis d'Orléans prend le contrôle de l'État contre son oncle Philippe le Hardi, duc de Bourgogne. L'assassinat de Louis d'Orléans en 1407 est commis à l'instigation de son cousin Jean de Bourgogne, dit « Jean sans Peur », qui avait été écarté du conseil de régence du royaume. Lors des noces entre Charles d'Orléans et la fille de Bernard d'Armagnac en 1410, une ligue se forme à Gien contre le duc de Bourgogne et ses partisans : c'est le signal de la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons. En 1418, le dauphin, le futur Charles VII, échappe à la capture lors de la prise du pouvoir par les Bourguignons à Paris. Il se réfugie à Bourges où il se proclame lui-même régent du royaume de France, eu égard à l'incapacité de son père Charles VI à régner, resté à Paris sous l'influence bourguignonne. Après l'assassinat de Jean sans Peur en 1419, les Bourguignons se rallient aux Anglais : le traité de Troyes, négocié par Philippe III de Bourgogne, est signé en 1420 par Charles VI et son gendre Henri V d'Angleterre, et déshérite le dauphin. Celui-ci combat à partir du sud de la Loire avec ses partisans Armagnacs et la ville d'Orléans comme bastion nord.

Lumeau est dans le secteur des affrontements entre les armées anglaise et française, des attaques depuis Janville au siège d'Orléans et à la bataille de Patay :

L'armée du comte de Salisbury prend « Janville, en Beauce, fin août 1428, qui sera longtemps l'une des bases importantes du dispositif anglais pour la conquête des villes de la Loire et le siège devant Orléans[89]. » « De Janville sont lancées, dans plusieurs directions, des colonnes volantes. L'une d'elles, par Artenay, Poupry, Terminiers et Patay, alla soumettre plusieurs petites places entre cette dernière ville et Châteaudun, Sougy, (...)[89]. » Parmi les 40 villes que Salisbury déclare avoir conquises, notons « Yenville, Lapesett, Towry, Saint Ely, Praperye, Termenerys, Sowche, Harteney, Patoye[B 141] ». Salisbury met le siège devant Orléans le , après avoir pris les villes de Beaugency, Meung-sur-Loire, Cléry-Saint-André et aussi Châteauneuf-sur-Loire et l'abbaye de Fleury (Saint-Benoît-sur-Loire), Sully-sur-Loire, Jargeau puis Olivet le .
Jeanne d'Arc catalyse les volontés « de bouter les Anglais hors de France ». Elle participe à la levée du siège d'Orléans qui est libérée le 8 mai 1429.
Lumeau est sur les arrières du champ de la bataille de Patay le 18 juin 1429 entre l'armée anglaise et l'armée française incitée au combat par Jeanne d'Arc. Lumeau est en effet à 9 km du lieu-dit « Climat du Camp » ou simplement « le Camp », le long du chemin de Blois à Paris entre le hameau de Lignerolles à Patay et Rouvray-Sainte-Croix, où la tradition situe les compagnies d'archers anglais de John Talbot ; celles-ci sont mises en déroute par la cavalerie française et s'enfuient avec les survivants de l'armée de John Fastolf par le chemin de Blois à Paris via Lumeau[B 142]. Les fuyards sont poursuivis jusqu'au delà de Janville.

Sacré à Reims le , le roi Charles VII fait la paix avec les Bourguignons au traité d'Arras (1435). « Outre les alertes occasionnées par les opérations militaires, les habitants de nos malheureuses campagnes eurent encore à se garantir contre les Écorcheurs, gens de guerre pillards de tous les partis, qui sévirent principalement de 1435 à 1444[B 139]. »

Un acte notarié du identifie « une mine de terre tenant a la croix[L 65] de Lumeau d’une part, aux hoirs de Boniere d’autre et a Jehan Sevin d’autre part[C 53]. »

Aux États généraux de 1439 à Orléans sont discutées les conditions de la paix avec les Anglais, la mise en place d'une armée nationale afin de réduire les désordres et les pillages du territoire, et la perception d'un impôt royal permanent (la taille générale) pour financer l'armée, abolissant ainsi l'impôt de taille seigneurial. Les compagnies d'ordonnance du roi sont créées en 1445 et dispersent les pillards : la mise en place de cette armée royale permanente composée de mercenaires payés par le roi et dirigée par des capitaines nommés par lui est un facteur essentiel dans le passage d'un pouvoir suzerain à un pouvoir souverain du roi de France ; c'est aussi le coup de grâce à la chevalerie que l'invention de l'artillerie a affaiblie[83]. Les Anglais sont finalement chassés de France en 1453 après la bataille de Castillon. L'ordonnance de Charles VII sur la taille s'accompagne de toute une série de mesures destinées à développer l'administration fiscale ; elle conduit à l'accession des membres de la bourgeoisie aux fonctions publiques au détriment des nobles et hommes d'Église[83]. L'État central s'affirme au détriment des anciennes logiques de clientèles féodales.

« La guerre de Cent Ans, loin de susciter des vocations militaires promptes à combler les vides, a détruit la gentilhommerie beauceronne. Au xvie siècle, 71 % des nobles sont des hommes nouveaux. La reconstruction du pays fut autant sociale qu'économique[B 143],[B 144]. » « De longues années après la guerre, vers la fin du siècle, sous Charles VIII, le pays se ressent encore de ces calamités. Et la duchesse douairière, Marie de Clèves (troisième épouse de Charles d'Orléans et mère de Louis XII), exempte de leur impôt les paroisses de Ruan et Santilly, dépeuplées depuis la guerre anglaise. (...) Les champs sont incultes, les villages sans population, les édifices abattus, la terre stérile, la misère immense, les ressources nulles, l'espérance épuisée[B 145]. »

Temps modernes[modifier | modifier le code]

Renaissance et guerres de religion[modifier | modifier le code]

L'essor démographique et la ferveur religieuse reviennent finalement. Un pouillé du XVIe siècle indique en latin d'église la dépendance des paroisses de Lumeau et de Creuzy à la justice du chapitre de la collégiale de Saint-Pierre-des-Hommes d'Orléans (ou collégiale Saint-Pierre-Empont)[Note 16],[B 132] : « Archidiaconatus Belsie ; Curatus de Limolio : Capitulum Sancti Petri Virorum Aurelianensis presentat[B 69] ».

La Renaissance s'exprime dans les édifices religieux. C'est en 1524 qu'est construite la chapelle Sainte-Radegonde à la limite territoriale de Terminiers et de Lumeau. Après d'importants travaux d'extension de la nef et du chœur pré-existants, l'église de Lumeau est consacrée à de nouveaux saints le [B 146] par Étienne de Paris, dominicain originaire d'Orléans et nommé vicaire général en 1552 par Jean de Morvillier, évêque d'Orléans[90],[B 147] (l'église de Saint Pierre de Creuzy est dédiée le et le lendemain « les églises de saint Victor d'Arthenay et de saint Leu & saint Gilles de Lumeau, ordonnant la feste desdites dédicaces pour estre tous les ans célébrées esdites paroisses »).

Avec la Renaissance des arts et des lettres, Jean Calvin, réformateur protestant, et Théodore de Bèze, futur porte-parole de la Réforme, sont étudiants à l'université d'Orléans, respectivement en 1525 et en 1535.

Les États généraux de 1560 ont lieu à Orléans sous la direction de Michel de L'Hospital, où s'opposent des clans de la famille royale représentant les factions catholiques et réformées. L'application de l'Édit de tolérance de janvier 1562 déclenche les massacres des Guerres de Religion. Le parti protestant prend les armes sous la direction de Louis de Bourbon, prince de Condé (oncle du futur Henri IV) qui occupe Orléans ; l'armée de Condé traverse la Beauce, incendiant des églises et massacrant des prêtres, conduisant à des réactions symétriques du parti catholique. L'église de Lumeau est incendiée par des protestants en 1562[L 41]. Le siège d'Orléans (1563) par les troupes catholiques prend fin avec l'assassinat du catholique duc François de Guise à Saint-Hilaire-Saint-Mesmin. L'Orléanais et la Beauce s'installent alors dans une guerre civile intermittente, avec la destruction partielle de la cathédrale d'Orléans (1568), le siège de Chartres (1568) par les troupes protestantes et l'épisode extrême du massacre de la Saint-Barthélemy où les protestants sont éradiqués d'Orléans en 1572. Le catholique Henri de Guise est assassiné sur ordre du roi Henri III lors des États généraux de 1588 au château de Blois. La Ligue catholique s'oppose à Henri III, qui est assassiné par le moine Jacques Clément en 1589. Les Valois, branche cadette de la dynastie capétienne, n'ayant plus d'héritier, ce sont les Bourbon qui montent sur le trône de France, bien que la Ligue combatte Henri IV jusqu'à la promulgation de l'Édit de Nantes en 1598, d'où découle son assassinat par Ravaillac en 1610.

Même si les seigneurs de Lumeau et paroisses alentour sont les chapitres ecclésiastiques d'Orléans, des vassaux y possèdent des terres : un témoignage sur le « chastel de Villepion, paroisse de Termynier » est donné en 1594 dans le testament de « Haillaine de Beaufilz[C 54] », fille de Jean de Baufils, chevalier du Roy, « seigneur de Villepion, lieutenant-général du gouvernement, commandant pour Sa Majesté à Orléans (1569)[C 54] ». Cette famille Beaufils possède le château de Villepion du début du XVe siècle (exactement depuis l'an 1404) jusqu'au milieu du XVIIe siècle où il tombe entre les mains de la famille Tassin ; Jean de Beaufils est seigneur d'Orgères en 1549[C 3].

Après l'hécatombe de la guerre de Cent Ans, « l'anoblissement subit autour de 1560 une mutation structurelle capitale : avant, on agrège par les armes ou par les fiefs ; après, l'État fait noble par les charges ou par la volonté royale. L'État prend ainsi le contrôle de la société des dominants ruraux[B 148]. » Sans titre de gloire guerrière, au contraire des gentilshommes ruraux, les nouveaux anoblis sont choisis parmi les notables urbains enrichis qui s'achètent une charge de fonctionnaire obséquieux dans l'administration royale et provinciale (la Généralité d'Orléans est créée en 1558). « Le fossé le plus profond sépare le monde rural du monde urbain. L'anoblissement à l'ancienne mode contrariait les moeurs citadines. Il risquait de ne représenter aucune ascension sociale pour le notable de la ville. La mutation de l'anoblissement reflète l'intrusion dominatrice de la ville dans la campagne[B 148]. » « La Beauce polarise très violemment la société rurale entre des journaliers condamnés à la stagnation, mais non encore la misère, et une élite paysanne. » Avec l'émergence de la bourgeoisie et la noblesse de robe, « le vrai fossé ici ne sépare pas le laboureur du gentilhomme mais bien l'ouvrier de ses employeurs (...) La qualité reprend ses droits dans le mode de vie : se distinguer noble c'est participer à une sociabilité de rupture, entretenir des rapports humains sous-tendus par le rang et la carrière. C'est aussi s'intégrer par des comportements fondés sur la violence (...) Les conflits économiques contre les roturiers sont réglés à coups d'épée (...) Plus graves peut-être et plus dangereuses sont les réquisitions à main armée des hommes de peine et du matériel lors de la presse des moissons (...) la violence fait partie du standing que doivent étaler les nouveaux anoblis[B 148]. »

Les terres de Lumeau, possession de l'évéché d'Orléans, sont gérées par les hommes de main du duc d'Orléans, tels qu'Alexandre Le Jay, descendant de Guillaume Le Jay qui est écuyer de Jean d'Orléans en 1353 et époux de Marie d'Orléans[91].

Le , la ville d'Orléans convient d'une assemblée « pour la levée de 300 chevaux, pour tenir garnison dans Orléans pour la Sainte-Ligue (...) Il fut conclu dans cette assemblée 1° qu'on ferait une armée destinée à prendre les petites villes et forts des environs 2° qu'on lèverait 300 chevaux pour tenir garnison dans Orléans (...) 4° qu'on lèverait 20 000 écus « sur les héréticques », leurs femmes et leurs enfants, sur ceux qui auront médit des Princes ligueurs et sur ceux qui n'auront pas signé la Sainte-Union. (...) Le capitaine Gaullier remontre que M. de Lumeau, prisonnier, pourrait être échangé avec MM. Le Normand père et fils.[B 149] »

En 1592, la chronique seigneuriale note la « vente par Alexandre le Jay, seigneur de Lutz, de la métairie Damyn à Lumeau, à Marin de Ramezay, seigneur de Lumeau, commandant pour le Roi en la ville et château de Janville[B 150],[L 66] ». Marin de Ramezay « fit foi et hommage pour la terre de Lumeau à l'évêque d'Orléans ». Marin de Ramezay (marié en 1556) est le descendant de Claude de Ramezay (ou Ramesie ou Ramseys ou Ramsay). Celui-ci est un archer d'une troupe écossaise au service du Roi de France (en raison de la Auld Alliance, les soldats professionnels écossais combattent notamment dans l'armée de Charles VII et aux côtés de Jeanne d'Arc en 1429[89] et notamment les soldats du connétable Jean Stuart de Derneley lors de la journée des Harengs à Rouvray-Saint-Denis), qui épouse en 1470[B 151] la fille de Louis de Chartres, seigneur de Germignonville à 10 km au nord ouest de Lumeau. Lazare de Ramezay (marié en 1584)[L 67] et son fils François de Ramezay (marié en 1616) lui succèdent comme seigneurs de Lumeau, suivis par « Luc de Ramezay, écuyer, sieur de Lumeau, demeurant ordinairement en sa maison de Tournoisis, bailliage d'Orléans[92] » (marié en 1633), Jean de Ramezay (marié en 1639) et François de Ramezay (marié en 1677). La lignée des Ramezay de Lumeau s'interrompt lorsque Louis de Ramezay, seigneur de Lumeau et huguenot[B 152],[B 153], quitte la France vers 1685 lors de la révocation de l'édit de Nantes[B 154].

L'Église prélève sa dîme, impôt religieux sur les récoltes : les bénéfices de la cure de Lumeau dans l'archidiaconé de Beauce du diocèse d'Orléans[B 127], collationnés pour l’évêque, ont une valeur annuelle de 357 livres entre 1641 et 1648 et de 430 livres entre 1750 et 1758[L 68]. « La cure est à portion congrue ; collateur, le chapitre de Saint-Pierre-Empont[B 155],[L 49] » : autrement dit, la dîme de Lumeau contribue principalement à la richesse de l’évêché d'Orléans et est affectée au bénéfice de l'église collégiale de St-Pierre-Empont d'Orléans. En 1641-1648, Lumeau est d'une des dix huit prébendes de Saint-Pierre-Empont[B 156] dont le bénéfice total est de 12 000 livres ; elle est proche de la moyenne (400 livres) pour les prébendes annuelles de 1750-1758[B 157]. « La justice du chapitre de Saint-Pierre-des-Hommes[B 158] ou de Saint-Pierre-Empont s'étendait sur quatre territoires. Le premier se composait de l'enceinte du cloître et des habitations y attenant à l'extérieur ; le second, d'une très petite partie du faubourg Saint-Vincent ; le troisième, de la paroisse de Creusy ; le quatrième, de la paroisse de Lumeau, toutes deux situées en Beauce. Il est impossible de retrouver, nous le pensons du moins, les titres de fondation de ces justices, et pour nous ils se confondent avec la qualité de seigneur. Le principe : nulle terre sans seigneur, qui était le fonds du droit public sous le régime féodal, définit le droit de justice qui se rattache, en ce qui concerne les chapitres et autres établissement religieux, aux donations qui leur étaient faites des terres nécessaires à leurs résidences, à leur existence matérielle et à leur influence religieuse elle-même. (...) Voilà pourquoi aussi, dans tous les procès-verbaux d'assises et dans ses actes juridiques, le bailli du chapitre s'institulle : « juge ordinaire, civil et criminel de la justice, terre et seigneurie de l'église collégiale et chapitre de Saint-Pierre-Empont ». (...) Il ne nous est resté aucune trace de cette formalité (le droit de justice) accomplie dans aucun temps sur la paroisse de Lumeau, et, sans des actes de greffe très rare concernant ses habitants, on ne soupçonnerait pas qu'elle ait été jamais comprise dans la juridiction du chapitre. (...) Les conséquences de la qualité de seigneur, sauf les exceptions dérivant des coutumes et des fondations particulières, surtout lorsqu'il s'agissait d'établissements religieux, étaient généralement uniformes. Elles se résolvaient en droits de lods et ventes, champarts et banalités. (...) On assure qu'une redevance de cinq sous lui était payéee par chaque habitant de Lumeau qui se mariait, et que, dans des temps très anciens, il percevait une certaine somme, que l'on ne détermine pas, par chaque affranchissement des serfs de ses domaines[B 155]. »

L'implication de la France dans la guerre de Trente Ans à partir de 1635 conduit à une hausse brutale des effectifs de l'armée, à l'augmentation concomitante de la pression fiscale sur le peuple et à la suppression de privilèges[83] sous les règnes de Louis XIII et Louis XIV. Richelieu accroit l'efficacité du prélèvement de l'impôt royal en nommant des intendants, qui rognent les prérogatives des élites provinciales[83].

Les élections, ou plutôt les désignations, aux États généraux sont truquées par le parti royal : « 1560, 1576, 1588, 1614 ,1649 : à chaque élection de représentation de la noblesse aux États généraux, le pouvoir impose ses hommes[B 148]. » « Chaque réunion pour les États généraux est prétexte à une démonstration de force de la ville. Les élus des campagnes sont écartés, les doléances urbaines imposées. Il faut que chacun acquiert la conviction que le bailliage c'est la ville. Mais la ville, c'est aussi l'État[B 148] ». En 1650, sous la Fronde, un mouvement nobiliaire se développe en Beauce, contestant l’absolutisme monarchique lorsque Mazarin tente de faire payer la taille (impôt dû au roi) par les nobles de l'élection de Dourdan, portant ainsi atteinte à leur statut et privilèges en les rabaissant fiscalement et socialement à la condition applicable aux paysans. Cet affront conduit à une agitation pour la confirmation du privilège d'exemption de taille des gentilshommes de Beauce, dont des soubresauts persisteront jusqu'en 1658 et 1659, s'étendant à l'Orléanais, Perche-Gouët, Normandie et Vexin[93]. « Une véritable crise nobiliaire est soudain révélée après l'émeute de Chartres du 16 août 1651. Ce jour-là, la ville se révolte contre les nobles et monte à l'assaut de leur assemblée électorale. Cet événement a fonction de rupture. Pour faire face au corps des officiers, au corps des bourgeois, se lève le corps de la noblesse. Le groupe s'organise, se réunit en assemblée, signe des actes d'union. (...) Renvoyés à la misère d'une faction, il ne leur reste plus qu'à retourner aux travaux des champs ou rallier Condé, choix d'une minorité qui s'agite jusqu'en 1659[B 148]. » En effet, depuis l'automne 1651, « la Beauce, théâtre pendant plusieurs mois des combats, est dévastée par le passage des deux armées[93] », à savoir les troupes de la maison de Condé représentant les nobles coalisés avec l'armée de la Grande Mademoiselle, qui prend finalement Orléans le 27 mars 1652, contre Turenne et Mazarin, qui sont à la tête des troupes royales et de sept mille mercenaires allemands, poursuivant des combats dans la vallée de la Loire[93]. Des assemblées de la noblesse sont organisées dans l'Orléanais[B 159]. Ainsi, le « fut arrêtée à Terminiers l'union de plusieurs gentilshommes de Beauce contre les désordres des gens de guerre[B 159]. Les seigneurs de Baigneaux, des Bordes, de Viabon, de Cambray, Frouville (Samuel de Frouville, sieur de l'Esperonnière), Germignonville, la Carrée, Cottainville, Lumeau, Luplanté, Menainville, Mihardouin, Montvilliers en Denonville, Villeprévost, s'unirent avec plusieurs de leurs voisins pour se défendre, eux et leurs fermiers, contre les excès des gens de guerre[B 160]. » « Les discordes intérieures soulevées par la Fronde et les périodes troublées qui en furent la suite déchainèrent encore sur notre pays les troupes de gens de guerre et de dangereux vagabonds contre lesquelles il fallut à nouveau songer à se mettre en défense. Les habitants des campagnes se liguèrent pour leur commune protection et les travaux de fortification furent repris autour des édifices religieux[B 139]. »

La Contre-Réforme catholique favorise l'éducation religieuse et l'alphabétisation dans les paroisses : une proportion croissante de laboureurs signent leur acte de mariage au XVIIe siècle. La réduction du coût de fabrication du papier, suite à l'établissement de moulins à papier sur l'Essonne et à Troyes au milieu du XIVe siècle, à Meung-sur-Loire en 1456 puis à Saint-Mesmin au XVe siècle[B 161], et conséquence indirecte de la diffusion de la typographie au XVIe siècle (techniques d'imprimerie à caractères mobiles et presse typographique inventées par Gutenberg vers 1440), permet la production croissante de rapports et archives concernant Lumeau. La chronique seigneuriale[B 150],[B 162] indique les faits suivants :

  • 1491 : « Manipulus Curatorum », premier livre imprimé à Orléans[B 161], l'une des multiples réimpressions du manuel des curés de Guido de Monterocherio[B 163] initialement imprimé à Augsbourg en 1471, à Paris en 1473, diffusé en Europe puis remplacé par le Catéchisme du concile de Trente en 1566
  • 1492-1494 : Quittance donnée par l'Évêque à Jean Julien des moissons de sa métairie de Lumeau[L 69].
  • 1499 : Pic épidémique de peste
  • 1509 Droit coutumier : réforme de la coutume d'Orléans, source du droit privé, dont les prémices ont été rédigés sous Saint Louis, antérieurement basée sur la tradition orale avec sa jurisprudence dérivée des coutumes de Lorris[B 164]
  • 1524 : Donation de deux minées de blés-froment de rente foncière sur une métairie sise à Lumeau (archives hospitalières d'Orléans)[B 165]
  • 1534 : Testament de Philippe Rousseau, laboureur, léguant 7 mines et demi de blé et autant d'avoine de rente sur la métairie de Villours : reconnaissances de la dite rente ; adjudication au curé de Loigny d'une masure appelée la Grande Maison, pour lui tenir lieu « du pain d'offerte qui devoit se présenter par chascune sepmaine à la messe chantée en l'église » (charge résultant du testament de Philippe Rousseau)[94]
  • 1541 : Aveu à Françoys de Villereau, seigneur de Beauvilliers et Villeneuve, par Anne Le Fuzellier, d'une métairie et de terres à Escuillon, paroisse de Lumeau[B 166]
  • 1542 : « Un laboureur de Poupry avait envoyé au collège d'Orléans l'un de ses rejetons[B 167] »
  • 1546 : Don à Gyon Letirant, archer de la garde du roi, de 20 écus d'or soleil à prendre sur le produit de la vente de l'office de notaire royal dans les villages de Baigneaux, Santilly-le-Moutier et Lumeau, au baillage d'Orléans, vacant par la mort de Jean Carré[B 168]
  • 1563 : Vente de la métairie du Petit Domainville par Jean de l'Isle, sieur d'Aulneux et Domainville, à Claude Mariette, marchand d'Orléans[B 169]
  • 1573 : Madeleine de l'Hôpital, fille unique de Michel de L'Hospital, est héritière de la seigneurie d'Auneux en 1573[95]. Elle épouse le protestant Robert Hurault de Bélesbat, chancelier de Marguerite de France, dont l'ancêtre Philippe Hurault avait pour épouse Marie de Villebresme, qui se remaria en 1352 à Guillaume le Jay. Suivent son fils Robert Hurault de l'Hôpital, baron d'Auneux, son petits fils André Hurault de l'Hôpital, baron d'Auneux et de Vignay en 1639[96],[97].
  • 1580 : Rédaction des coutumes de la prévosté et vicomté de Paris ; procès verbal co-signé par Martin Ramisery, seigneur de Lumeau[98]
  • 1590 : La ville d'Orléans finance une armée de la Sainte-Ligue ; M. de Lumeau est fait prisonnier[B 149].
1591 : François de Chastillon, comte de Coligny sur le siège de Mun (Meung-sur-Loire) le  : « je fis avancer le régiment du sieur de Lacroix et la compagnie du sieur de Lumeau vers Blois[99]. »
  • 1592 : Vente par Alexandre le Jay, seigneur de Lutz, de la métairie Damyn à Lumeau, à Marin de Ramezay[B 151], seigneur de Lumeau, commandant pour le Roi en la ville et château de Janville[B 150].
  • 1598 : Application de l'édit de Nantes, autorisant le culte réformé exclusivement dans les « lieux de l'obéissance royale où il était établi et fait publiquement en l'année 1596 et en l'année 1597 ». Le culte protestant est particulièrement développé en Beauce dunoise, notamment à Varize, Bazoches-en-Dunois et au hameau de Gaubert à Guillonville, mais aussi de Sancheville à Courbehaye, Fontenay-sur-Conie et Germignonville[100].
  • 1601 : Dans l'Église réformée, « en 1601, Lumeau est séparé de Janville. En effet au Synode de Mer, Le Puiset (lieu d'exercice de l'Église de Janville, (...) est représenté par « de Lumeau le fils, escuyer, et de Vigny, escuyer, députés de ladite Église », tandis que « pour l'église de Lumeau, Chilleurs et Bondary est comparu Mgr d'Arnormis, escuyer, ancien. » (...) En 1603, Lumeau est de nouveau rattaché à Janville[B 152]. »
  • 1616 : « Rolle du nombre des feus » dans le Duché d'Orléans[B 170] : 92 feux recensés à Lumeau (soit environ 391 habitants) ; Terminier : 205 ; Tillay-le-Pesneux : 117 ; Bazoches-les-Hautes : 99 ; Baignaux : 75 ; Damberon : 34 ; Poupry : 64 ; Sougy : 159 ; Arthenay : 266.
  • 1617 : Noble homme Adrian d'Aubenoist, sieur d'Aulneux[B 171],[L 70]
  • 1626-1719 : Testaments de Jeanne Chartin, veuve d'André Bouclet, laboureur, léguant 2 mines et demi de terre, au moulin de Lumeau ; Étiennette Bouclet, femme de Michel Lamare, léguant 3 boisseaux de terre, terroir de Neufvilliers ; Jean Chollet, curé de Lumeau, léguant 3 minots de terre audit terroir[B 172]
  • 1630 : Sécheresse et disette des grains
  • 1661-1662 : Crise de l'avènement, crise céréalière et famine contemporaine de la prise de pouvoir absolu par Louis XIV
  • 1666 : Présentation des titres de noblesse de Marthe Stuart, veuve de Jean de Ramezay, seigneur de Lumeau et de Ramezay, de Villeprévost, demeurant à Bazoches-les-Gallerantes[B 173],[B 174], en exécution de l'arrest du Conseil du 22 mars 1666 (Grande enquête sur la noblesse)
  • 1673 : De religion réformée, « M. de Bonville, sieur de Germignonville, est enterré au château de Lumeau[B 152] ».
  • 1677 : Charlotte Lucrère de Ramsay-Lumeau est baptisée comme huguenote à Bazoches-en-Dunois, fille de François de Ramsay et de Charlotte de la Haye (envoyée en pensionnat à la Maison royale de Saint-Louis à Saint-Cyr en 1687 où elle décède en 1691[101])
  • 1677 : Information, à fin de séparation de bien pour Charlotte de la Haye, contre François de Ramezay, seigneur de Lumeau, son mari[B 175].
  • 1677 : Anne de Ramezay de Lumeau « avait rallié la religion dans laquelle elle était née[102] ».
  • 1682 : François de Ramezay, sieur de Villeprévost, fils de Joseph de Ramezay et capitaine au régiment de La Fère, abjura à Paris[102].
  • 1682 : Décrets d'adjudication de la terre de Lumeau[B 176]
  • 1684 : Notaire de Lumeau : Jean Gallier[B 177]
  • 1685 : Louis de Ramezay, seigneur de Lumeau, quitte la France[B 153].

Après la révocation de l'édit de Nantes en 1685, les lendemains des guerres de religions sont l'occasion aux notabilités catholiques de se redistribuer une partie de la propriété censitaire[B 97].

Rentes foncières et notables d'Orléans[modifier | modifier le code]

Pour lever des fonds pour les finances royales nécessaires aux dépenses somptuaires de la cour et à l'entretien de l'armée, François Ier , puis Louis XIII et Louis XIV, avaient généralisé la vénalité des charges et offices : moyennant un payement au roi, des bourgeois peuvent accéder aux charges de l’État, en retirer des revenus par détournement de fonds publics et entrer dans la noblesse de robe avec ses privilèges (exemption d'impôt). L’affermissement de la propriété paysanne s'effectue progressivement sous le couvert de la tenure roturière et de la tenure censitaire, transmissible par héritage mais grevée des redevances du régime seigneurial ; ces redevances féodales peuvent être titrisées en rentes financières qu'acquièrent des bourgeois qui ne sont pas domiciliés sur le territoire mais qui s'attribuent ainsi l'apparence nobiliaire de la seigneurie. Le fief de Lumeau est aussi démembré par afféagement, autonomisant les hameaux d'Auneux et Domainville. Après la révocation de l'édit de Nantes (1685) par Louis XIV, les terres de réserve seigneuriale et les redevances féodales de la seigneurie de Lumeau (champart sur les récoltes et cens payé en argent au seigneur, propriétaire éminent de la rente foncière) sont accaparées par des notables d'Orléans[B 178].

Outre le marché de Janville, le débouché principal des cultures excédentaires de la Beauce orléanaise est le marché aux grains d'Orléans[B 179], place du Martroi Saint-Sulpice. Les ventes sont réglementées et fréquemment à cours forcé. Jusqu'à 6 lieues (27 km) autour d'Orléans, la police de l'intendant[B 180] défend tout commerce des grains hors des marchés pour éviter les spéculations[B 10]. Les entrepreneurs maîtrisant les circuits commerciaux exportent les céréales beauceronnes, vins et vinaigre des entrepôts orléanais, sucre raffiné à Orléans, lainages et bonneterie de la proto-industrie textile rurale et urbaine associée à l'élevage ovin, bois de la forêt d'Orléans et autres produits tels que le sel de Guérande et l'ardoise d'Anjou, par la grande route pavée d'Orléans à Paris via Artenay (Paris est accessible en deux jours) ou par le canal d'Orléans vers le bassin fluvial de la Seine via Montargis, tirant parti du flux commercial ligérien (port d'Orléans et marine de Loire avec des marchandises en provenance de Nantes (océan Atlantique) et Roanne (en liaison avec la vallée du Rhône))[B 181].

Outre 11 famines générales au XVIIe siècle et 16 au XVIIIe siècle, la France connait trois crises majeures de subsistance : en 1661-1662 (crise de l'avènement), en 1693-1694 (la grande famine) et en 1709 (grand hiver).

La chronique seigneuriale[B 150],[B 162] indique les faits suivants :

  • 1691 : Jacques de La Lande[B 151],[L 71], écuyer, est « seigneur de Lumeau en Beauce (...) conseiller au bailliage et siège présidial d'Orléans, docteur-régent en l'Université et maire de la ville d'Orléans en 1691 et 1692 », jurisconsulte auteur de la « coutume d'Orléans commentée[B 182],[B 183] » en 1704
  • 1691 : Décrets d'adjudication - héritages adjugés : métairie à Lumeau[B 184]
  • 1693-1694 : Les mauvaises récoltes de 1693 amènent la grande famine de 1693-1694
  • 1694 : Donation de la terre et seigneurie du Grand Domainville par Pierre Boyer [Boyetet] à Christophe François Boyer[L 71],[B 169]
  • 1699 : Bail de la métairie d'Auneux, paroisse de Lumeau ; sentence entre Jean-Paul Hurault de l'Hospital, chevalier, seigneur et baron d'Auneux (...) touchant les créances établies sur la terre d'Auneux[B 185]
  • 1699 : Une des châsses déterrées à Notre-Dame-de-Paris contient des reliques de Saint-Lucain.
  • 1700 : Sentence entre Daniel de La Lande, écuyer, sieur de Lumeau, gentilshomme ordinaire de la Grande-Fauconnerie de France, et les marguillers de la paroisse de Lumeau[B 185]
  • 1706 : Daniel de La Lande, escuier, seigneur de Lumeau et d'Auneux[B 171]
  • 1706 : Sentence entre Guillaume des Aulnais, grammairien, demeurant à Lumeau, et Jean Chollet, curé de Lumeau[B 186]
  • 1709 : Crise de subsistance du grand hiver de 1709. Le château de Baigneaux est pillé[B 187]
  • 1716-1718 : Information pour le chapitre de Saint-Pierre-Empont, contre Jacques Pothier, laboureur : droits de champart à Lumeau[B 188]
  • 1719-1720 : Saisie des biens de François Cassegrain, à la requête de Daniel de La Lande, écuyer, seigneur de Lumeau (marié avec Claude Colas des Sablonnière en 1694)
  • 1721-1723 : Information contre Jean Vannier pour avoir chassé sur les terres du seigneur de Bazoches-les-Hautes, à Écuillon. Procès entre la fabrique de Lumeau et André Bénard pour les terres dépendantes de ladite église
  • 1723 : Lettre de l'astronome Jérôme de Lalande à l'astronome Maraldi (observatoire de Paris), Lumeau, avril 1723[103]
  • 1724 : Le 22 mai, observation d'une éclipse solaire : « détails singuliers de l'observation faite en 1724 près d'Orléans, par feu M. le chevalier de Louville ; ce célèbre observateur n'aperçut pas le 22 mai à 6 heures 50 & 51 minutes du soir, le disque entier du Soleil caché par la Lune ; on ne vit pas à Orléans l'obscurité totale, comme à Paris & à Trianon ; & le terme, ou limite austral du cône d'ombre, ne s'étendit que jusqu'à Lumeau, petit village situé au nord-ouest d'Artenai qui est sur la route de Paris à Orléans. Notre observateur étant donc situé en ces momens-là sous la latitude de 47° 54°° 1/3[Note 17], il s'attendoit le 22 mai à voir disparoître le disque entier du Soleil, & il fut bien surpris de manquer cette fois-là le phénomène de l'obscurité totale[104]. »
  • 1721-1725 : Appels des bailliages de Brandelon et de Lumeau ; procès entre Daniel de La Lande, seigneur de Lumeau, et Claude Delaporte, pour droits féodaux
  • 1726 : Inhumation de Maistre Claude Fougeu, notaire royal et seigneur d'Écuillon[L 70]
  • 1726 : Décrets d'adjudication - héritages décrétés : terres à Lumeau et Guillonville[B 189]
  • 1729 : « Paroisse de Lumeau : fief de Domainville, ou Girolles, assis principalement en 1729 sur une métairie située à Domainville et nommée Girolles, et en outre sur plusieurs héritages commune de Legrou (Égron)[B 190]. »
  • 1730 : Acquêt de 3 mines de terres entre Milhouard et Domainville par Jean Léon Boyetet sur Pierre Bourdin[B 169]
  • 1731 « L'an 1731, le 9e jour d'aoust, a été bénite une cloche de l'église de Lumeau et nommée Jacque-Thérèse par messire Jacque Colas de Brouville[L 71], seigneur de la justice de Lumeau, et par dame Thérèse Bagnault, épouse de messire Pierre Scinson, écuyer, seigneur de la baronie d'Auneux, thrésorier de France au Bureau des finances de la généralité d'Orléans. »
  • 1734 : Inventaire des privilèges du doyen et des titres de doyenné et du chapitre de Saint-Pierre-Empont dans la censive de Lumeau (doyenné du chapitre et des terres à Lumeau, Neuvilliers et Écuillon)[B 191] (chanoine Jean-François Colas)
  • 1735 : Procès de « l'église collégiale de S.-Pierre-en-Pont, de la ville d'Orléans, intimez, contre Jacques Colas[B 151] de Brouville, marchand à Orléans, Louis Monceau, Pierre Jullien et autres, laboureurs, demeurans en la paroisse de Lumeau, appellans[L 72] »
  • 1736 : Action du temporel de l'évêché d'Orléans, châtellenie de La Fauconnerie, concernant la seigneurie de Lumeau et son propriétaire Jacques Colas de Brouville[B 192]. « La châtellenie de la Fauconnerie a pour membres et paroisses : (...) Andeglou, Artenay, (...) Lyon-en-Beauce, Loury et Bourgneuf, Lumeau, Neuvy, Nouan le-Fusellier, Orléans, Olivet (...) et Sully. Toutes consistant en fiefs, censives, rentes, justices, domaines, dixmes, droit de banalité, de fours, de moulins[B 193]. »
  • 1739-1740 : Information par Jean Leconte, lieutenant civil et criminel de la justice de Lumeau, pour Daniel de Lalande, haut justicier contre Jean Camus, laboureur : voies de fait sur une femme[B 194].
  • 1740 : « L'année 1740 nous a donné un hiver très long depuis le 5 de janvier jusqu'au mois de mai. Sur la fin dudit mois de may, gelées qui ont endommagé la vigne : on comptoit sur l'arrière cosson (arrière bourgeon) ; mais les gelées de la fin septembre ont achevé de perdre la vigne ; les raisins pourris ; vendage faite au 15 octobre ; moisson très peu abondante fate au 20 d'aoust. Le sac de blé vieux, mesure de Yenville, 45 livres ; le nouveau 35 livres ; le pain de 9 livres jusqu'à 1 livre 10 sols depuis plus de sic mois[L 70]. »
  • 1742 : Appel des baillages de Neuvilliers, Coltainville, Châtillon-le-roi et Auneux[B 195]
  • 1742 : Enquête au sujet d'une inondation survenue sur les chemins de Poupry à Janville et à Dambron par la rupture d'une digue qui retient les eaux venant d'Auneux ; appel des baillages de Neuvilliers, Cottainville, Châtillon-le-Roi et Auneux[B 196]
  • 1745 : Aveux rendus au duché et châtelet d'Orléans pour des biens dépendant de la seigneurie de Cormes, à Saint-Cyr-en-Val : Domainville (paroisse de Lumeau) ; le fief de Domainville dans la paroisse de Lumeau, relève de la seignerie de Cormes, à Saint-Cyr-en-Val, qui est vendue par Maximilen Midou de Villiers à Simon Bouttin, sieur de la Source[B 169].
  • 1745 : Vassaux et fiefs de la seigneurie de Cormes, elle-même vassale du duc d'Orléans : « Parmi les vassaux, au nombre de quatre-vingt-seize, on remarquait Pierre de Cugnac, marquis de Dampierre, le comte de Thilliers, les Bénédictins d'Orléans, les religieuses de Patay, les religieux d'Ambert ; les fiefs s'étendaient sur les paroisses de Coulommiers, Boullet, Bricy, Saint-Sigismond, Patay, Saint-Péravy, Sougy, Huêtre, Poupry, Guillonville, Loigny, Orgères, Lumeau, Bagneaux, Trancarville, Andeglou, Trinay, Barmainville, Mareau-aux-Bois, Saint-Lyé, Bray, Olivet, Sandillon, Saint-Cyr, Marcilly-en-Villette et Saint-Denis-en-Val[B 190]. »
  • 1746 : Notaire de Lumeau : Benjamin Johanneton[B 197].
  • 1746-1751 : Saisie des biens de Nicolas Tourné, à la requête d'Elisabeth Vandebergue, veuve de Jacques Colas, sieur de Brouville, seigneur de Lumeau (le contrat de mariage de Jacques Colas et Elisabeth Vandebergue en 1795 est enregistré par Pasquier, notaire au châtelet d'Orléans. Les familles Colas[B 151],[B 116] et Vandebergue, notables d'Orléans[B 178], ré-investissent dans la rente foncière agricole les bénéfices de leurs investissements dans le raffinage du sucre colonial depuis 1696.)
  • 1752 : Acquêt par Jean-Baptiste Pasquier[B 178],[B 151], trésorier au bureau des finances de la généralité d'Orléans, de la seigneurie de Lumeau (vendeur : Colas de Brouville)[L 73]
  • 1760-1763 : Scellé à Lumeau sur les effets de la fille Sevestre[B 198]
  • 1768 : Tentative avortée de libéralisation du commerce du grain, conduisant à spéculations[B 179]
  • 1768 : rapport d'expert du Grand Domainville, sis à Lumeau-en-Beauce, pour M. Bigot de Cherelle, seigneur de l'Émeirillon, Concire, etc, ancien major à Conti-Infanterie, Jeanne-Madeleine Boyetet, sa femme, contre la famille de Boyetet de Domainville[B 199]
  • 1768 : Lumeau : déclaration des terres de la fabrique et testaments, legs et donations[B 200] ; Jean-Baptiste Pasquier, écuyer, conseiller du Roy, thrésorier de France au Bureau des finances de la généralité d'Orléans, seigneur du château de Lumeau, Beaugency et autres lieux, en présence de dame Marie-Françoise Levassor du Bouchet, femme dudit seigneur de Lumeau, et de Pierre-Clément Sinson d'Auneux
  • 1770 : Ordonnance de police pour la paroisse de Lumeau, défendant de se transporter sur les terres en semences (23 juin)[B 201]
  • 1770-1785 : Aveu et dénombrement, ports de foi et hommage rendus au duc d'Orléans pour les seigneuries de Cormes, Cornay, la Source et la censive de Saint-Pierre-le-Puellier (...) Ventilation de Cormes, Cornay, la Source et leurs dépendances, relevant en partie du duc d'Orléans, de l'évêque d'Orléans, de l'hôtel-Dieu, des abbayes (...) et des seigneurs (...). De Cormes[B 190] dépendent : (...) cinq arrière-vassaux ayant la directe sur 120 arpents de terre situés dans les paroisses d'Andeglou (Chevilly), Baigneaux, Barmainville, Boulay, Bricy, Coulmiers, Guillonville, Loigny, Lumeau, Mareau-aux-Bois, Poupry, Sougy.
  • 1770-1772 : Lumeau, rente de 8 mines de blé due aux Carmes de Dreux, procédure menée par les Carmes contre Jean Baptiste Pasquier et autres débiteurs de la rente : état des titres depuis 1487[B 202]
  • 1771 : « L'an 1771, le dimanche 3 novembre, a été bénite la grosse cloche de cette église; du poids de 818 livres, fondue par le sieur Defays, fondeur à Orléans ; nommée Pierre par Jean-Baptiste Barillon, fils de Marie Halouin, veuve de Jean-Emery Barillon, receveur des dixmes et champart de cette paroisse, et par Marie-Françoise Desforges, fille de Jean Desforges, laboureur, et de Marie-Anne Guérineaux[L 74]. »
  • 1774-1790 : « Henri Legendre, ancien bandit de la bande de Lumeau et Cascarot, marchand forain, (...) fut convaincu (...) d'avoir volé vers 1774, avec Paquet d'Échaloties, et mangé dans le bois de Bagnau, les poules de la ferme de Domainville, à Lumeau, en Beauce (...) il fut pendu et étranglé[B 203]. »
  • 1775 : Guerre des farines, émeute contre les affairistes et les fermiers des grandes exploitations suite à la hausse spéculative du prix des céréales
  • 1775-1781 : Contentieux entre Pierre Genty, fermier au Grand et Petit Domainville contre le syndic des habitants au sujet de l'assiette de la taille et autres impositions[B 169]
  • 1776 : Décrets d'adjudication de terres de Lumeau[B 204]
  • 1777 : Adjudications de maisons à Lumeau[105]
  • 1777 : « L'an 1777, le dimanche 24e d'aoust, a été bénie la grosse cloche de cette église. Elle a eu pour parrein et pour mareine, qui l'ont nommée Charles-Marie, messire Charles Boyetet, écuyer, seigneur des Grand et Petit Domainville, ancien échevin de la ville d'Orléans, et damoiselle Marie-Françoise Levassort, dame épouse de messire Jean-Baptiste Pasquier, écuyer, seigneur des censives de Lumeau, conseiller du Roy, thrésorier de France au Bureau des finances de la généralité d'Orléans[L 74]. »
  • 1784 : « En l'année 1784, la neige a régné sur terre depuis la mi-janvier à 3 ou 4 pieds en ret et à 15 ou 18 pieds dans les endroits où elle a rillé. Le dégel a commencé le 21 de février[L 70] »
  • 1788 : « L'année 1788 est remarquable et peut faire époque comme une des plus malheureuses par les pluies continuelles depuis le mois d'octobre précédent jusqu'à la veille de Pâques, où elles ont fini par un orage des plus furieux qu'on ait jamais vu à pareille saison du 22 mars ; par la sécheresse et les chaleurs excessives de l'été, qui ont occasionné, le 13 juillet, un orage avec une grêle énorme[B 205], qui ont fait le plus grand ravage et réduit la moisson des bleds et mars à rien, en sorte que le bled, depuis la Toussaint 1788 jusqu'à 1789, a valu 36 livres au moins le sac, mesure de Patay, et le pain 27 à 28 sols[L 70]. »
  • 1788 : Acquêt par Jean-Baptiste Pasquier[Note 18], seigneur de Lumeau, de la métairie de Neuvilliers, paroisse de Lumeau, moyennant 12 900 livres[L 75] .

Alors qu'il y avait 92 feux fiscaux à Lumeau en 1616[B 206] dans la France prospère que lègue Henri IV à Louis XIII, la population diminue sous Louis XIV et Louis XV avec seulement 87 feux en 1709[106] et 84 feux vers 1741[L 49]. L'essor démographique reprend dans la seconde moitié du XVIIIe siècle avec 95 feux en 1768 et 103 feux en 1789, dont 101 taillables. L'imposition de la taille de la paroisse de Lumeau en 1788 est d'environ 8 906 livres, en proportion comparable à Tillay-le-Péneux (120 feux et 6 953 livres de taille), Terminiers (192 feux et 15 424 livres) et Artenay (257 feux et 13 562 livres)[L 49].

États généraux de 1789[modifier | modifier le code]

Le cahier de doléances de Lumeau[L 49], transmis au bailli de la justice de Saint-Aignan et Saint-Pierre-Empont d'Orléans lors de la convocation des états généraux de 1789, est établi le dimanche sous la présidence du notaire d'Artenay.

Les membres de la municipalité de Lumeau, propriétaires de 25 ans accomplis inscrits au rôle des impositions, contribuent au cahier de doléances et ont les métiers suivants : laboureur (12), journalier (5), homme de peine (2), meunier (2), charretier (2), tourneur, maçon, charpentier, serrurier, vigneron, aubergiste, cordonnier, marchand ; vingt d'entre eux savent signer.

Germain Greslon, maçon, est le syndic de la municipalité et déclare payer 31 livres de taille et capitation. Les membres de l'assemblée électorale de Lumeau payent chacun un impôt de taille et capitation compris entre 4 et 1 083 livres, sachant que, parmi les contribuables, 7 laboureurs payent plus de 495 livres et 15 d'entre eux moins de 32 livres. L'impôt de taille de la paroisse en 1788 est de 8 900 livres, dont 4 204 pour le principal et 4 702 pour les impositions accessoires et la capitation. Les 8 plus gros contribuables parmi les 101 feux taillables de la paroisse, payent 5 764 livres de tailles, dont 2 720 de principal et 3 044 d'accessoire et capitation, soit 65% de l'impôt ; ainsi, 8% des familles roturières possèdent les deux tiers de la richesse taillable produite par la paroisse, non compris les produits seigneuriaux exemptés de taille. Quand bien même 8 laboureurs forment l’élite des fortunes roturières locales identifiables par leur niveau d'imposition élevé, le niveau de vie des propriétaires notables citadins, officiers et marchands bourgeois orléanais, les surpasse : ces derniers possèdent une bonne partie des fermes et métairies du territoire de Lumeau.

Le cahier de doléances de Lumeau émet des vœux sur « la conversion de tous les impôts actuels en deux genres d'imposition : foncière, l'autre sous dénomination d'imposition personnelle ; la répartition juste et proportionnelle sur les objets sujets à l'impôt foncier, c'est-à-dire sur les terres et leurs produits (...) l'établissement d'un cadastre ou état exact des objets sujets à l'imposition et de leurs produits (...) l'abolition de toutes les exemptions pécuniaires, tant du Clergé que de la Noblesse, la propriété devant seule déterminer ce que chacun doit supporter de l'impôt ; que le sel soit marchand (...) que les procédures soient diminuées (...) que les dépenses nécessaires pour l'entretien et réparations des chemins soient supportées par toutes les classes de citoyens (...) d'améliorer le sort des curés de campagne ; il serait possible de trouver dans la suppression de quelques communautés et abbayes les moyens de leur procurer une subsistance honnête et indépendante, qui les mit à portée de secourir le malheureux au lieu d'être contraints d'exiger de lui le salaire dû aux fonctions de leur ministère (...) droit de champart[L 49]. » « Les députés, enfin, représenteront au Roi que la campagne gémit sous le poids énorme des impôts, que depuis trente ans, il est aisé de voir qu'elle est dépeuplée de plus d'un tiers, que dans beaucoup d'endroits, entre autres dans le pays appelé la Beauce, l'imposition directe connue sous le nom de vingtième, taille, capitation, accessoire, etc., est montée à un taux exorbitant, en sorte que si, dans les années abondantes, les cultivateurs ont à peine de quoi subsister, dans les années stériles ou lorsqu'il arrive quelque accident imprévu, la campagne se voit réduite à une extrême misère[L 49]. »

Les délégués de Lumeau qui portent le cahier de doléances au baillage d'Orléans sont Pierre Descauses, serrurier, et Pierre Hudebine, tourneur. L'assemblée du tiers état du baillage d'Orléans se réunit le et désigne six notables comme députés du tiers état aux États généraux (deux avocats, trois négociants et un propriétaire foncier).

Dans la liste des gentilshommes admis à voter à l'assemblée de l'ordre de la noblesse du bailliage d'Orléans[B 207] convoqués en mars 1789, notons Pierre Colas de Brouville[L 71], écuyer et seigneur de Lumeau, Charles Boyetet[L 71], écuyer et seigneur des Grand et Petit Domainville, Louis-Pierre Dumaitz de Goimpy[107], chevalier, seigneur du fief du Colombier de Domainville, paroisse de Lumeau, ainsi que Pierre-Clément Sinson, écuyer et seigneur de la baronnie d'Auneux, comparant par M. Louis Colas de Brouville, écuyer.

Le cahier de doléances de Lumeau, ses principaux propriétaires fonciers et notables orléanais (Colas, Boyetet, Pasquier, Tassin) et les réquisitions de grain pendant la période révolutionnaire sont cités dans « Études orléanaises » de l'historien Georges Lefebvre[B 208].

À l'initiative de l'abbé Sieyès et après le serment du Jeu de paume le , les députés du tiers état obtiennent du Roi le la fusion des trois ordres d'Ancien Régime en une seule et même Assemblée qui devient Assemblée nationale constituante le . Lors de la nuit du 4 août 1789 et par des décrets qui s'ensuivent jusqu'en 1793, sont abolis le régime féodal et l'ordre social fondé sur le privilège seigneurial et ecclésiastique. La propriété est inscrite comme un « droit inviolable et sacré » dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen qui est adoptée le , ce qui préserve les revenus des fermages et donc la fortune de l'aristocratie libérale.

Troubles révolutionnaires[modifier | modifier le code]

A quelques kilomètres de Lumeau, l'église de Terminiers est « dépouillée, comme bien d'autres en 1793 (les clubs révolutionnaires y siégeaient, on y dansait)[L 41]. »

Article détaillé : Chauffeurs d'Orgères.

De 1791 à 1798, les fermes isolées de Beauce ont subi les attaques d'une bande criminelle, nommée les chauffeurs d'Orgères[C 55]. Le compte rendu de leur procès en 1800 indique que les fermes d'Auneux et de Domainville sur la commune de Lumeau, ainsi que les fermes voisines du Milhouard[L 13] et de Mamerault[L 40] sur la commune de Poupry, avaient notamment été les cibles de leurs pillages[C 56]. Un acte marquant, retenu comme charge majeure dans le procès, eut lieu dans la nuit du par un mouvement d'une vingtaine de membres de la bande à partir du bois de Goury au nord-ouest de Lumeau vers le bois Pussin à l'est après Poupry, en volant et assassinant Nicolas Fousset, cultivateur du hameau du Milhouard[C 57]. Les membres de la bande sont alors arrêtés, interrogés et enfermés dans les caves du château de Villeprévost, quatre vingt deux d'entre eux sont déferrés au tribunal de Chartres : quarante sont condamnés au bagne et vingt trois sont condamnés à mort.

Des biens nationaux au concordat[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Aliénation des biens nationaux.

Après le décret des biens du clergé mis à la disposition de la Nation le dans l'objectif de rembourser l'énorme dette accumulée par l'État monarchique de Louis XIV à Louis XVI et éviter la banqueroute, la vente des biens nationaux consolide le capitalisme agraire pour la bourgeoisie entrepreneuriale. Cette vente aurait dû permettre l'émiettement direct de la propriété agricole[108] et favoriser davantage l'émergence d'une élite rurale acquise au nouveau régime. Mais les décrets de novembre 1790 imposent la vente rapide des biens de l'Église en corps d'exploitation et incitent même les districts à regrouper les biens trop modestes, ce qui favorise les acheteurs aisés. La majorité des biens nationaux passe dans les mains de gros laboureurs et de propriétaires-rentiers qui mettent les propriétés en bail de fermage, ou les découpent en petites parcelles et les revendent ultérieurement à la paysannerie.

La France rurale va alors se caractériser par une multitude de petites exploitations agricoles : les paysans parcellaires sont issus de la politique de la Première République, de ses lois de démembrement des droits féodaux traduites dans le Code civil par la propriété foncière et le droit égalitaire des successions, de la réforme fiscale révolutionnaire supprimant la dîme (impôt religieux) ; le droit, le système judiciaire et les unités de poids et mesures sont alors unifiés sur tout le territoire national : le paysan, avec la sécurité juridique du Code civil lui assurant la propriété de sa parcelle de terre sans subir les droits seigneuriaux et servitudes d'Ancien Régime, peut ainsi espérer survenir à ses besoins. « Les paysans parcellaires constituent une masse énorme dont les membres vivent tous dans la même situation, mais sans être unis les uns aux autres par des rapports variés (...) Leur terrain de production, la parcelle, ne permet, dans la culture, aucune division du travail, aucune utilisation des méthodes scientifiques, par conséquent, aucune diversité du développement, aucune diversité de talents, aucune richesse de rapports sociaux[109]. » Ils restent ainsi dépendants des grandes fermes commerciales qui sont les plus productives.

Cependant, la vente des biens nationaux du district de Janville à partir du n'aboutit pas à un transfert massif de propriétés foncières sur le territoire de Lumeau, mais en fait à leur consolidation durant le Consulat et l'Empire (les Colas et Tassin sont en relation avec les Beauharnais d'Orléans[Note 19], eux-mêmes grands propriétaires fonciers alliés des Bonaparte). Messieurs Tassin de Villepion et Tassin de Charsonville, d'une famille de notables et fonctionnaires royaux d'Orléans et investisseurs dans le négoce de sucre colonial, devenus propriétaires de terres à Lumeau et Terminiers (Villepion), font partie des anoblis du XVIIIe siècle qui traversent la période révolutionnaire et sont les deux plus riches propriétaires d'Orléans tant en 1790[B 209] qu'au début du XIXe siècle. Jean-Baptiste Pasquier, antérieurement seigneur de Lumeau, devient maire de Lumeau.

La Constitution française du 3 septembre 1791 est adoptée et imposée au roi qui prête serment, mais, parjure, complote avec l'étranger coalisé et les armée des émigrés et organise sa fuite de Varennes. Le , les députés de la Convention nationale décident de l'abolition de la monarchie constitutionnelle (an I de la Première République).

Les rares archives de l'Orléanais concernant la période révolutionnaire, la Première République et l'Empire, non détruites par l'incendie d'Orléans en 1940, conservent la chronique communale suivante :

  • 1790 : Assemblée des habitants de Ruan et de Lumeau concernant le droit de champart (5 et 10 janvier 1790)[L 76] (« A Ruan, le maire s'opposa au paiement du champart, il fit sonner le tocsin lorsque les huissiers se présentèrent, la population alla même jusqu'à les menacer. Des manifestations en apparence moins violentes, mais tout aussi significatives, se déroulèrent dans d'autres communes de la région en particulier à Artenay, Aschères-le-Marché, Toury et Janville. (...) C'est seulement le 25 août 1792 que fut définitivement aboli ce droit de champart[B 210]. »).
  • 1791 : Charles Benard, chanoine d'Orléans, est vicaire à Lumeau en 1750 puis curé à Mervilliers ; il est remplacé à Lumeau par le curé Bizart en 1755, puis par François Bodin en 1789 qui décède en 1790 à 40 ans. Ne voulant pas prêter serment à la constitution civile du clergé, Charles Benard quitte la Beauce en 1791 pour se cacher à Orléans. « Sa petite métairie et 44 mines de terre sises à Lumeau devinrent la proie du fisc[B 211]. »
  • 1791 : Biens nationaux : métairie de Lumeau ; terre et métairie de l'Égron, paroisse de Lumeau (29 mars 1791)[L 77]
  • Séquestre révolutionnaire. Titres de terres et seigneuries à Bucy-le-Roi, Allainville, Andegloux, Sougy, Bazoches-les-Hautes, Baigneaux, Poupry, Lumeau[L 78].
  • Vente de la métairie de « Menerault » (Mamerault) à Poupry comme bien national[L 79]
  • 1792 : Jean-Baptiste Pasquier, antérieurement seigneur de Lumeau, est maire de Lumeau.
  • 1793 : Claude Barillon, laboureur d'une famille d'affidés de l'Église et ancien percepteur des dîmes, plus gros imposable à la taille de Lumeau en 1788[L 49], est membre du conseil général de la commune de Lumeau puis officier public de la commune et établit l'état civil de Lumeau[L 80].
  • 1797 : Pierre Descauses (Pierre Decanse), serrurier et habitant de Lumeau, est nommé président de la municipalité du canton d'Orgères (15 brumaire an VI)[110]
  • 1798 : Jacques-Denis Poignard, curé de Lumeau depuis février 1790 et toujours présent en décembre 1792 où il signe le dernier acte du registre paroissial[L 81] remplacé par l'état civil[L 82], est sur la liste des 120 « déportés embarqués, le premier août 1798, sur la corvette La Bayonnaise, arrivés devant la rade de Cayenne, le 29 septembre suivant (8 vendémiaire an VII)[111] » dans le cadre de la déportation des prêtres non assermentés au bagne de Guyane (camps de Counamama et Sinnamary) suite à la loi du (19 fructidor de l'an V) ; il avait alors 39 ans. Il revient en France par la Martinique à l'âge de 41 ans[112], après une grâce collective accordée par le Premier consul lors de l'introduction du régime concordataire français.
  • 1801 : (1 (19 fructidor de l'an IX) arrêté portant réduction des justices de paix d'Eure-et-Loir à 24 : dans le troisième arrondissement communal (Châteaudun), le rôle d'Orgères est préservé, incluant les communes du canton dont Lumeau. Pasquier de Lumeau est juge de paix d'Orgères en 1816.
  • 1804 : Acte d'adjudication de terres situées à Lumeau au profit d'Antoine Fauconnier, marchand beurrier à Loigny, 23 thermidor an XII (8 août 1804)[B 212].
  • 1813 : Extrait du procès-verbal d'adjudication des biens de Françoise Barrault à Antoine Fauconnier sur la commune de Lumeau (24 octobre 1813)[B 212]

Le Consulat puis l'Empire permettent à Napoléon Bonaparte de consolider un nouvel ordre institutionnel et juridique et de mettre en place une administration publique efficace. Notamment, le système métrique adopté en 1795 est rendu obligatoire par l'arrêté du (13 brumaire de l'an IX) ; il remplace les anciennes unités de mesure de l'Orléanais et les spécificités de la « mesure d'Orgères[B 213]».

Époque contemporaine[modifier | modifier le code]

Restauration, République et Empire[modifier | modifier le code]

Le , les cosaques chevauchent dans la plaine de Beauce[B 97]. Napoléon abdique le 6 avril 1814. Du au , des troupes d'occupation prussiennes puis bavaroises sont présentes à Orléans. « Faut-il parler maintenant des tristesses de l'occupation prussienne, bavaroise et russe en 1815 ? Orléans et les pays de la rive droite de la Loire ont gardé un souvenir amer de leurs violences et de leurs lourdes réquisitions[B 214]. »

La Restauration confère un poids politique important à la grande propriété foncière du fait du suffrage censitaire. La loi du milliard aux émigrés indemnise les expropriations effectuées pendant la Révolution : c'est-à-dire que l'impôt payé par toute la population permet de renflouer les aristocrates émigrés, traîtres à la nation, qui avait été spoliés de leurs biens fonciers par les tribunaux au bénéfice de la minorité de notables bourgeois acquéreurs des biens nationaux. Sous la monarchie de Juillet, « la citoyenneté (est) toujours réservée à 56 000 éligibles désignés par 250 000 électeurs[83] », alors que la population française est de 34 millions d'habitants.

En 1832, la deuxième pandémie mondiale de choléra atteint la vallée de la Conie et les villages alentour de la Beauce. Une nouvelle poussée épidémique a lieu en 1849.

En 1848, la Deuxième République établit le suffrage universel masculin, qui est restreint par des lois ultérieures sous le Second Empire.

Modernisation agricole précoce[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Révolution agricole.

Au XIXe siècle, la Beauce est « une région réputée pour son entrée précoce dans la modernité[B 215] », héritant de plusieurs millénaires de pratiques de la céréaliculture intensive. Après les évolutions du Moyen Âge, il faut attendre la révolution agricole et la révolution industrielle pour que soit modifié l'équipement technique des agriculteurs. Cela conduit à une forte croissance de la production agricole.

Depuis l'Antiquité, la production céréalière de Beauce est destinée au marché et non à la seule autosuffisance locale. « La Beauce, en effet, est représentative des régions de grande culture des plateaux limoneux du Bassin parisien où le capitalisme a largement pénétré la vie rurale bien avant la révolution de 1789. Dans cette région faiblement peuplée (...) le fermage est prédominant et la production est pour l'essentiel commercialisée[B 215]. »

La révolution agricole du XIXe siècle s'effectue sur les terres fertiles de Beauce qui laissent peu de place à l'élevage. Avec seulement le droit de vaine pâture, le bétail reste fréquemment à l'étable avant la fin des moissons ou dans des jachères éloignées des habitations ; l'élevage ovin permet un artisanat hivernal de bonneterie lainière (dans le canton d'Orgères sont établies des fabriques de « bonneterie et de toques façon Tunis à l'aiguille » qui sont ensuite apprêtées par les fabricants d'Orléans, teintes en noir ou rouge et exportées). La majorité de la population est alors formée de journaliers et de domestiques agricoles, dont les travaux sont soutenus par une minorité d'artisans (charrons, maréchaux-ferrants, ...).
Les structures sociales beauceronnes distinguent alors quatre types d'exploitants selon les critères d'indépendance de l'agriculteur, de l'emploi du travail salarié et du rôle du chef d'exploitation[B 216] : « au bas de l'échelle sociale, les paysans parcellaires - qui doivent trouver un complément de ressources dans le travail salarié - sont très nombreux » et sont identifiés comme journaliers, payés à la tâche ou salariés de longue durée. Les laboureurs, « exploitants indépendants - de 10 à 20 hectares - représentent la petite culture » moins aisés que « les paysans moyens - de 20 à 50 hectares - faisant appel à la main d'œuvre salariée autant qu'au travail des membres de la famille. » « Au delà de 50 hectares, on a véritablement des exploitants capitalistes qui utilisent de façon déterminante le travail salarié. Cette grande culture occupe la moitié du sol » ; « en Beauce, la dimension moyenne des grandes fermes se situe autour de 150 hectares[B 215]. » Les fermes des hameaux de Neuvilliers, Écuillon, Auneux et Domainville ainsi que l'exploitation dirigée depuis le château de Lumeau[L 83] sont représentatives de cette grande culture céréalière. La présence de ces grandes exploitations et de moyennes exploitations dans les hameaux explique que le prolétariat agricole soit très nombreux : en 1852, il représente les trois-quarts des actifs agricoles et encore la moitié en 1892.

Le progrès agricole au XIXe siècle comprend trois aspects :

  • le perfectionnement des assolements, c'est-à-dire une modification des techniques culturales avec le remplacement de la jachère par des prairies artificielles ensemencées de plantes fourragères qui permettent l'augmentation des troupeaux (notamment de moutons) et par la culture de légumineuses capables de fixer l’azote de l'air, donc d'accroître l'engrais naturel et les rendements céréaliers. « Cette révolution culturale, commencée dès le Premier Empire, est pratiquement terminée en Beauce au milieu du XIXe siècle[B 215] » ;
  • l'utilisation des engrais chimiques, qui se généralise après le Second Empire[B 215]. L'« industrialisation de la production des engrais est salutaire pour la France, car ses terres étaient littéralement épuisées depuis la fin du XVIIIe siècle[113] ».
  • « le perfectionnement de l'outillage ancien (charrues, herses, rouleaux pour lesquels le métal tend à remplacer le bois) et l'apparition de nouveaux outils (brabants, semoirs, pulvérisateurs, etc.)[B 215] » ; le changement des techniques de moisson avec des machines agricoles qui permettent une économie de temps et de main d'œuvre[B 215] et « sont un modérateur du prix excessif de la main d'œuvre[B 215] ».

Les techniques de coupe et de battage du grain évoluent : le remplacement de la faucille par la faux au début du XIXe siècle, puis l'utilisation de la machine à battre au lieu du battage au fléau sous le Second Empire, enfin l'adoption des moissonneuses faucheuses-javeleuses dans les années 1880-1890, induisent des bouleversements importants aux conséquences sociales notables : la coupe plus efficace nécessite moins de migrants saisonniers (notamment issus du Perche) venant faire la moisson l'été ; le battage, activité majeure hivernale, nécessite un moins grand nombre de journaliers agricoles. « Ensuite, les familles de journaliers ne peuvent plus guère compter sur le travail d'appoint fourni par une industrie rurale à domicile qui occupait femmes et enfants pendant l'hiver : la bonneterie à l'aiguille (...) fabrication de bas, chaussons, bonnets et gants de laine (...) qui achève de disparaître[B 215]. »

« Les nécessités économiques (besoin de davantage de paille, raréfaction de la main d'œuvre saisonnière, hausse des salaires) ont donc incité les fermiers beaucerons à profiter largement de la liberté de culture, ici de l'usage de la faux, instauré par la Révolution. (...) L'adoption des machines à battre appelle une réflexion similaire. (...) C'est dans la première décennie du Second Empire que les batteuses à manège, mues par les animaux, vont se répandre. Il s'agit de machines en travers ou en biais qui agissent sur les épis par frottement, le manège faisant corps avec la machine. Elles sont mues par un ou deux chevaux qui actionnent une sorte de tapis roulant en plan incliné, d'où le nom imagé qui les désigne en Beauce : les trépigneuses. Dans la deuxième décennie du Second Empire apparaissent les batteuses à vapeur, avec machines fixes puis locomobiles ensuite. (...) Les batteuses mues par les animaux restant les plus nombreuses jusqu'à la première Guerre Mondiale [B 215] ». Le progrès technique se diffuse dans toutes les exploitations : « Pour les exploitants parcellaires qui sont souvent des journaliers-propriétaires ou des domestiques, il y a la possibilité d'emprunter les machines de la grande ferme, ce qui est un moyen pour celle-ci de stabiliser la main d'œuvre locale[B 215]. »

« La diminution relative des salariés agricoles favorisa l'augmentation des salaires, notamment durant les moissons[83] » Avec la hausse des prix agricoles, stimulée par la croissance du marché urbain, « beaucoup purent ainsi acquérir des terres. Au total on estime que le monde des petits propriétaires progressa de 55 % entre 1815 et 1865[83]. »

Guerre franco-allemande de 1870[modifier | modifier le code]

Les combats de Beauce[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Armée de la Loire.

La guerre franco-allemande de 1870 est déclarée le . Après la capitulation de Sedan et la capture de l'Empereur, la République française est proclamée le 4 septembre 1870. Le gouvernement de la Défense nationale décide de poursuivre la guerre et les Allemands font le siège de Paris à partir du . L'avancée des divisions prussiennes et bavaroises en Beauce est contrée au nord d'Orléans par l'Armée de la Loire, formée du 15e corps d'armée et commandée par le général de La Motte Rouge.

Les alentours de Lumeau sont d'abord l'objet de combats du 26 septembre au 6 octobre 1870. L'armée prussienne traverse le secteur de Lumeau le 10 octobre en direction d'Orléans.

La présence de l’armée prussienne en Beauce est attestée pour la première fois le 26 septembre avec l’apparition d’éclaireurs dans les communes d’Oinville-Saint-Liphard et de Poinville[G 1]. Le 26 septembre, 600 cavaliers prussiens s'avancent à Chevilly, puis se replient à Toury, après une escarmouche à la Croix-Briquet avec l'Armée de la Loire. En provenance de Rambouillet, les Prussiens s’établissent le lendemain dans les alentours de Toury. Ils font des réquisitions d'approvisionnements de fourrage et de bestiaux.

« Les Prussiens s'établissent à Toury au nombre de 5 000 hommes, se répandent à Janville, le Puiset, Mervilliers, etc, puis le 28 dans le canton de Voves et dans quelques communes du canton d'Orgères, où ils font immédiatement les plus onéreuses réquisitions[G 1] (notamment presque quotidiennement à partir du 28 septembre à Poupry). »

« La première apparition des Prussiens a eu lieu dans cette commune (Lumeau) le 2 octobre 1870 (23 cuirassiers blancs). À partir du 17 octobre jusqu'au 30 novembre, on en a vu un cent tous les deux ou trois jours. Ils venaient dans le pays faire des réquisitions de toutes sortes (chevaux, vaches, moutons, avoine, foin, volailles, beurre, etc). Le 5 novembre, il ont emmené quatre voitures, huit chevaux et leurs conducteurs, et les ont gardés environ deux mois[G 2]. »

Des combats contre des francs-tireurs ont lieu à Trancrainville et Cercottes le 4 octobre, à Toury le 5 octobre et à Santilly le 6 octobre.
Les armées prussiennes et bavaroises opèrent un mouvement de glissement vers Orléans en traversant les localités d'Orgères, Terminiers, Lumeau, Poupry et Dambron[G 1]. Des coups de feu contre l'ennemi sont donnés depuis les bois de Cambray par des groupes de gardes nationaux les 3 et 4 octobre. Plus de 80 gardes nationaux originaires de Guillonville, Cormainville, Courbehaye et Orgères, embusqués dans les bois de Cambray, échangent une centaine de coups de feu avec l'avant garde d'une colonne bavaroise le 10 octobre au matin sur la route d'Allaines à Orgères, les retardant de plusieurs heures : les bois, des fermes et le château de Cambray sont bombardés par l'ennemi[G 2] ; la moitié de cette colonne de 15 000 soldats traverse ensuite la Maladrerie, Loigny, Terminiers et Lumeau vers Artenay, l'autre moitié va vers Nottonville. « L'un des gardes nationaux d'Orgères, le caporal Moreau, tomba aux mains de l'ennemi, pris près d'Orgères en revenant de Cambray. Il fut trainé à la queue d'un cheval jusqu'à Terminiers (10 km) où il arriva presque mort, ayant un bras cassé, et où il fut lâchement assassiné par les Allemands[G 2]. » Des combats ont lieu à Artenay le 10 octobre après-midi, aux Aydes et dans les faubourgs d'Orléans jusqu'à la prise d'Orléans (11 octobre 1870) par les Bavarois.

« Après la prise d'Orléans, l'ennemi songe à marcher sur Chartres et prend son chemin par les cantons d'Orgères et de Châteaudun[G 1]. » Le 14 octobre ont lieu les combats de Civry et Varize avec l'incendie de 74 maisons. La destructrice bataille de Châteaudun a lieu le et Chartres tombe le .

L'armée de la Loire, sous la direction du général d'Aurelle, est renforcée des 16e et 17e corps. Les troupes bavaroises se retirent d'Orléans le 5 novembre 1870. Après la bataille de Coulmiers (9 novembre 1870), l'armée allemande fait retraite et quitte Patay le 10 novembre.

Deux semaines d'escarmouches impliquent l'avant-poste français de Terminiers et des éclaireurs allemands. Le 10 novembre, les Français sont à Dambron et à Baigneaux, à la suite des Allemands en retraite. Une escarmouche a lieu le 11 novembre à Rouvray-Sainte-Croix. Une confrontation a lieu le 21 novembre à Bazoches-les-Hautes et, le 22 novembre au matin, le poste prussien de Santilly est détruit par 80 soldats et francs-tireurs provenant de Lumeau et Baigneaux. Une escarmouche est notée à Artenay le 24 novembre. L'arrière-garde allemande combat à Châteaudun le 25 novembre et à nouveau à Varize le 29 novembre. Mais, le 25 novembre, les allemands s'organisent et occupent Péronville, Guillonville, Gommiers, Faverolles, Nonneville, Villepion, Loigny, Lumeau et Baigneaux. Une confrontation a lieu le 27 novembre à la ferme de Gaubert à Guillonville. Les avant-postes français présents à Terminiers depuis le 15 novembre ne peuvent plus s'avancer au delà de Terre-Noire et Neuvilliers et se replient à Rouvray-Saint-Croix le 30 novembre, laissant Lumeau aux Allemands.

« C'est surtout à partir du 30 novembre que le pays a eu beaucoup à souffrir. Ce jour-là sont arrivés à Lumeau environ 10 000 cavaliers qui ont mis les habitants à la porte de leurs maisons, afin d'être plus à l'aise pour prendre ce qui leur convenait, et qui ont fait sortir des écuries, des étables et des bergeries tous les animaux qui y étaient renfermés pour y mettre leurs chevaux. Le , il y avait le même nombre de cavaliers et en plus 15 à 20 000 soldats d'infanterie, qui ont enlevé en un clin d'oeil toutes les vivres qu'il y avait dans la commune[G 2]. »

Les nouvelles arrivent de l'échec du combat de Beaune-la-Rolande, au nord-est d'Orléans le , mais aussi d'une tentative de percée de l'armée de Paris encerclée.

Bataille du [modifier | modifier le code]
Article détaillé : Bataille de Loigny-Lumeau-Poupry.

À la conférence de Saint-Jean-de-la-Ruelle le , Charles de Freycinet, délégué du gouvernement de la Défense nationale, expose le plan arrêté à Tours de marcher sur Pithiviers dans l'objectif de secourir Paris assiégée. Comme action préliminaire à ce plan de campagne, il ordonne un mouvement de l'aile gauche de l'armée de la Loire. Le général Chanzy est chargé de porter vers Janville le 16e corps qui forme cette aile gauche, le 17e corps lui servant de réserve[G 3].

Lumeau fait partie du champ de bataille de Loigny-Lumeau-Poupry, impliquant près de 40 000 soldats de l'armée de la Loire et 35 000 soldats des troupes bavaroises et prussiennes le , après un premier combat à Villepion le . Le combat de Villepion implique la 1re division du 16e corps (division Jauréguiberry) après qu'elle eut délogé les avant-postes allemands de Guillonville, Gommiers, Faverolles et Nonneville. En prenant en compte le combat de Villepion et les destructions allemandes à Guillonville le , la largeur du champ de la bataille du 2 décembre est de 10 km sur une profondeur de 6 km sur les communes de Terminiers, Loigny, Lumeau et Poupry.

La bataille fait près de 9 000 victimes blessées ou tuées, principalement entre Villepion, Villours, Loigny, Écuillon, Goury, Lumeau, Neuvilliers et Auneux ; en outre 2 500 soldats français sont faits prisonniers, notamment à Auneux et Loigny, et 500 soldats allemands : celà fait un total de 12 000 soldats mis hors de combat. Le taux d'attrition est de 17% pour les Français et 13% pour les Allemands.

Le territoire de la commune de Lumeau, son bourg et tous ses hameaux, sont directement impliqués du 30 novembre au 3 décembre 1870, des activités d'ambulance ayant cours du 2 décembre 1870 au 18 février 1871 (date de départ de l'ambulance prussienne)[G 1],[G 2]. La plaine étant une zone de vulnérabilité face à l'artillerie adverse, les assauts et combats d'infanterie visent principalement les positions retranchées dans les bourgs, hameaux, fermes et châteaux.

« Dans la journée du 1er décembre, le général Chanzy avait repoussé les avant-postes bavarois en arrière de la ligne Nonneville-Villepion[G 4]. Néanmoins, le gros des troupes du général Von der Thann était toujours établi entre Orgères, Bazoches et Loigny, les avant-postes s'étendant jusqu'à Lumeau. (Et le combat de Villepion avait dévoilé aux Allemands la position du 16e corps, leur permettant de se préparer pour la bataille du lendemain. Le commandement allemand croyait que l'objectif de l'Armée de la Loire était de se porter vers Chartres.) »

« Les positions occupées par les Français s'étendaient en cercle du nord au sud par Nonneville, Terminiers, Patay, Artenay et Bucy-le-Roy. Les positions à emporter étaient Loigny, le Château-Goury, Lumeau et Poupry, formant la seconde ligne bavaroise. »

« (Ordre de marche du 16e corps d'armée français pour le 2 décembre) La 3e division, partant demain à quatre heures de Sougy, viendra s'établir à Terminiers. (...) La 2e division, portant demain sa 1er brigade sur la route de Terminiers à Gommiers, marchera sur Loigny. (..) La 1re division d'infanterie, réunie à hauteur du château de Villepion, formera la réserve et suivra les mouvements de la 2e division à une distance de deux kilomètres. De Loigny, si elle n'est pas attaquée du côté d'Orgères et de la Maladrerie, la 2e division marchera sur Tillay-le-Péneux, qu'elle devra enlever lorsque la 1re division sera à hauteur de Loigny. La 3e division se mettra en mouvement de Terminiers sur Lumeau et Baigneaux.[G 5] »

« Le grand-duc de Mecklembourg, qui commandait en chef, avait résolu de faire un effort au centre vers Lumeau et Patay, pour couper le général Chanzy (16e corps d'armée) du général d'Aurelle (15e corps d'armée). »

Plusieurs mouvements et combats ont été décisifs dans l'issue de la bataille du 2 décembre : « la 17e division prussienne, débouchant d'Allaines par la route de Chartres, vint se jeter sur les troupes des généraux Barry et Jauréguiberry. L'arrivée de ces renforts détermina un mouvement de recul parmi les Français ; la division Morandy fut rejetée de Lumeau sur Terminiers. (...) Les Bavarois, délivrés à Château-Goury, s'étaient emparés de Loigny avec les Prussiens de Tresckow. Le général de Sonis[G 6] (17e corps d'armée arrivé tardivement sur le champ de bataille[Note 20]) lança alors les zouaves pontificaux commandés par Charette, de Patay sur Loigny, qu'on reprit[G 7]. »

Le détail des mouvements le 2 décembre témoigne de l'importance des combats à Villepion, Goury, Lumeau et Loigny dans l'issue de la bataille, un tournant de la bataille étant la charge de la 3e division du 16e corps du général Morandy[Note 21] depuis Terminiers et Neuvilliers, qui subit de lourdes pertes et échoue à neutraliser les batteries d'artillerie et de mitraille de la 17e division prussienne positionnées à Lumeau, verrou de la bataille.

  • Préliminaires

« Le 2 décembre, vers quatre heures du matin, l'infanterie prussienne de réserve stationnée à Janville se met en marche en direction de Loigny[G 2] (la 17e division prussienne est avant huit heures à Santilly, la 22e division prussienne à Tivernon, puis à Baigneaux). »

« Le 2 décembre, (les Bavarois) ont quitté Lumeau à six heures du matin, se repliant sur Bazoches-Les-Hautes et Tillay-le-Péneux. On s'en croyait débarrassé, mais à neuf heures ils sont revenus avec un nouveau renfort de 15 000 à 20 000 hommes et de l'artillerie. C'est à cette heure que le combat s'est engagé sous Lumeau[G 2] (avant-garde de la 17e division prussienne, suivie de la 22e division). »

« (Côté français, au 16e corps d'armée) à huit heures, le mouvement en avant commença par la 2e division (général Barry) se portant au nord de Loigny et dans la direction de Tillay-le-Péneux ; la 1re division (Jauréguiberry) la suivant un peu à droite à une demi heure d'intervalle. La 3e division (Morandy) plus à droite encore se portait de Terminiers sur Lumeau par Neuvilliers. »

  • Combat de Loigny et Goury, puis repli sur Écuillon et Loigny

« La 2e division du 16e corps se porta de Terminiers sur Loigny, tandis que la 3e division vint occuper sa place à Terminiers pour se diriger de là sur Lumeau. (...) Loigny fut enlevé de la façon la plus brillante, la brigade bavaroise qui l'occupait se retira (...) dans le château de Goury.[G 8] »

« À neuf heures et demie, la 2e division d'infanterie bavaroise, forte de 14 bataillons et de 5 batteries est établie entre Goury et Beauvilliers. »

« (Sans préparation d'artillerie), le général Barry, à la tête de la 2e division (du 16e corps), ne fait que traverser Loigny, se porte sur (le parc du château de) Goury et l'enlève, dans un brillant effort. Malheureusement, les batteries (allemandes) rendaient cette position presque intenable. La division Barry, quelque peu démoralisée par la mitraille, se replia brusquement sur Loigny. »

« L'amiral Jauréguiberry dut se porter en avant, dans la direction de Goury, que les Bavarois avaient immédiatement réoccupé. La 3e division était en marche sur Lumeau dont il importait de se rendre maître pour faciliter l'attaque de Goury. La 17e division d'infanterie prussienne, venant d'Allaines et de Janville, avait occupé Lumeau et c'étaient ses batteries qui avaient fait reculer déjà la division Barry.[G 8] »

« À dix heures trente, les 1re et 2e divisions du 16e corps forment alors une ligne allant de Neuvilliers et Écuillon jusqu'au nord de Loigny (hameaux de Fougeu et Morâle). Les Allemands sont présents de la Maladrerie à la ferme de Beauvilliers jusqu'au château de Goury et la ferme de Champdoux. Ils n'ont pas encore fait jonction avec l'avant-garde prussienne arrivée à Lumeau. »

  • Combats de Lumeau à Écuillon, puis repli derrière Domainville, Neuvilliers et Écuillon

« La 3e division (Morandy) se portait sur Lumeau, déjà quelques éclaireurs avaient atteint la grande-rue lorsque les Prussiens de la 17e division accourant de Baigneaux se récipitèrent comme une trombe, envahissant instantanément toutes les maisons du village. Ce mouvement fut tellement rapide que le souvenir en est même resté dans la mémoire des habitants. Ce n'est pas ainsi que procédaient d'habitude les Allemands quand ils croyaient avoir à éprouver une résistance. Immédiatement l'artillerie de la 17e division, aidée de celle de la 22e envoyée en avant, prit position sur les hauteurs qui dominent Lumeau et écrasa de son feu la division Morandy dont le gros débouchait de Neuvilliers. En même temps les batteries de Goury devenues libres par la retraite de la division Barry prenaient en écharpe ces mêmes troupes de la division Morandy. Le seul secours qui put être envoyée à cette dernière, fut une batterie de 12 de réserve qui l'aida à conserver pendant quelque temps sa position en avant de Neuvilliers[G 9]. »

« (C'est entre neuf heures et dix heures) que le combat s'est engagé sous Lumeau et que les mobiles de la Haute-Vienne, ceux de la Charente-Inférieure et quelques soldats de la ligne qui faisaient partie du 40e régiment de marche, ont été écrasés[G 2]. »

« Le général Morandy, comprenant toute l'importance d'empêcher la jonction de la 17e division prussienne avec le 1er corps bavarois, parvient à maintenir ses régiments, surpris par la brusque arrivée de l'ennemi ; son artillerie prend position à Domainville et à Neuvilliers et cherche à déloger l'ennemi de Lumeau. Quatre batteries de la 17e division prussienne, de concert avec 3 batteries bavaroises postées en avant et à gauche de Goury, ripostent avec beaucoup d'énergie : le 40e régiment de marche et le 71e régiment de mobiles, frappés de front et d'écharpe, sont assez éprouvés. Après une canonnade d'une demi-heure, l'infanterie française attaque Lumeau ; nos soldats atteignent déjà les premières maisons du village, lorsque les Allemands reçoivent d'importants renforts. La 22e division prussienne, arrivée à Baigneaux, n'a devant elle qu'une faible portion de notre 15e corps ; son chef s'empresse de diriger vers Auneux la 44e brigade avec 6 batteries d'artillerie, pour venir en aide à la 17e division, et le bataillon de chasseurs, resté à Baigneaux, rallie sa division à Lumeau. Le combat est engagé sur toute la ligne d'Auneux-Neuvilliers à la ferme d'Écuillon et continue pendant près de deux heures; nos soldats se sont avancés au sud-est de Lumeau et se maintiennent dans un pli de terrain, le long de la voie romaine, depuis un moulin jusqu'au village, mais la supériorité du feu de l'artillerie allemande ne leur permet pas de faire le moindre progrès. Le général von Treskow, jugeant alors l'attaque suffisamment préparée, lance sa division sur les régiments du général Morandy et les repousse de tous côtés.[G 10] »

« De onze heures à une heure, la division supporte la bataille. Puis elle plie partout. »

« Décimée près de Neuvilliers par la puissante artillerie adverse, la division du général Morandy ne peut soutenir le feu nourri des Prussiens. »

« Une de nos batteries, postée en avant de Neuvilliers, est même surprise et enlevée par un escadron de uhlans : six pièces et sept caissons tombent entre les mains de l'ennemi[G 11]. »

« La 22e division prussienne accélère aussi son mouvement sur Auneux : la 44e brigade pénètre dans ce village et nous fait beaucoup de prisonniers. Le général Morandy fait cependant tenter une contre-attaque, mais notre infanterie ne peut dépasser Domainville et Neuvilliers. »

« L'artillerie allemande s'établit au moulin à vent d'Auneux. »

« Du haut du clocher de Terminiers, Chanzy eut le spectacle de cette retraite (de l'aile droite du 16e corps). En vain Chanzy met-il en ligne deux pièces de 12, pour protéger, dans sa retraite, la division Morandy (...) les Prussiens fondent sur les canons et les enlèvent[G 11]. »

  • Combat de Poupry à Lumeau, puis repli sur Poupry, Échelles, Terminiers et Terre-Noire

« Heureusement, le général d'Aurelle avait, à la demande du général Chanzy, mis en mouvement dès le matin, la division Peytavin du 15e corps pour appuyer l'opération du 16e (...) et attirer de son côté les efforts de l'ennemi. (...) Vers une heure de l'après midi, la 43e brigade de la 22e division prussienne d’infanterie, arrivée à Lumeau, combat à Auneux, prend Domainville, Milhouard et Mamerault et poursuit au sud de Poupry contre une brigade du 15e corps d'armée français venu d'Artenay. »

« (Les Prussiens établissent des batteries d'artillerie à Milhouard et Mamerault. La 3e division dirigée par le général Morandy) est forcée de se replier en désordre (...) de Neuvilliers et même jusqu'aux Échelles et Terminiers. »

« Le 15e corps (divisions Peytavin et Martineau), après avoir repoussé les forces qu'il avait devant lui, se portait sur Mamerault et Domainville. Le général Morandy, rassemblant alors les débris de sa division, essaya de profiter de cette diversion inattendue pour reprendre l'offensive (en vain). »

« Très impressionnée par les pertes que lui causaient les projectiles ennemis, (la 3e division) se replia vers trois heures dans la direction de Sougy (laissant une trouée qui aurait pu compromettre sérieusement le reste du 16e corps). »

« Chanzy (avec quelques troupes de la 2e division) place une batterie de 12 sur la crête (de) Terre-Noire : on suspend ainsi la poursuite des Prussiens, et ce faible succès n'est pas difficile, car les Prussiens ne songent déjà plus à pousser plus loin leur avantage. Entrés comme un coin entre Goury et Poupry, entre le 16e corps et le 15e, ils y restent ; la division Morandy ne leur paraît plus dangereuse pour leur dessein ; ils profiteront donc de leur bonheur avec habileté, en retournant une partie de leurs forces là où le canon gronde derrière eux, c'est-à-dire vers Goury et Loigny.[G 11] »

  • Combats d'Écuillon à Loigny et Fougeu, mouvement de repli vers Terminiers-Villepion

« La 2e division (Barry) reformait difficilement ses lignes ; son mouvement de retraite continuait, malgré le secours qu'elle avait reçu de la brigade Deplanque (1re division), et à midi et demi elle se retrouvait presque tout entière et en désordre, à hauteur du château de Villepion. (...) Le commandant du 16e corps envoya prévenir le général de Sonis, lui demandant de venir à lui dès qu'il pourrait le faire. Malheureusement, le gros du 17e corps n'était arrivé qu'à onze heures à Patay (...) Quoi qu'il pût faire, le général de Sonis ne put se mettre en marche que très tard[Note 20] avec ce qui était capable de le suivre[G 12]. »

« À deux heures et demie, la ligne de la 1re division passait derrière Villerand, en avant du moulin de Villepion, derrière les fermes de Morâle et Fougeu, derrière Goury et devant Loigny, jusque près d'Écuillon[G 11]. »

« La 17e division prussienne, n'ayant plus d'adversaires devant ses lignes, se dirigeait de Lumeau sur Goury pour soutenir et dégager les Bavarois. »

« Peu de temps après, on aperçu le hameau d'Écuillon, dépendant de la commune de Lumeau, tout en feu. La moitié des bâtiments, au moins, fut consumée[G 2]. »

« Jusque-là l'ennemi avait présenté sur tout le front d'attaque la même résistance et tenté les mêmes efforts. Dès qu'il s'aperçut que notre droite n'était plus à craindre, il en vint à la manœuvre qui lui a tant de fois réussi, et changeant son ordre de bataille, il se porta en masse sur notre gauche avec l'intention de la tourner. On l'aperçut distinctement dirigeant ses colonnes sur Tanon, et prenant une position d'équerre, en avant de la Maladrerie où apparaissait en même temps une nombreuse cavalerie. L'amiral prit immédiatement ses dispositions pour faire face au danger qui le menaçait.[G 12] »

« Mais le feu d'artillerie devenu de plus en plus violent sur notre gauche, forçait la 1re division à se replier jusqu'à hauteur d'un petit bois, situé en avant du moulin de Villepion et qui pouvait lui servir de point d'appui. À Loigny même, nos troupes, épuisées par une journée entière de combats, et décimées par un feu d'artillerie et de mousqueterie quatre ou cinq fois supérieur au leur, commençaient à plier de nouveau.[G 12] »

  • Relève de la 1re division du 16e corps par le 17e corps, combats d'arrière-garde de Villepion et Loigny

« Vers trois heures et demie, le 16e corps, ayant sa droite repliée et son centre refoulé, se vit menacé d'être tourné par une masse ennemie qui se portait sur sa gauche. Dans ces conditions sa position devenait tout à fait critique, lorsque parurent sur le champ de bataille les premières troupes amenées par le général de Sonis. L'infanterie, à mesure qu'elle survint, remplaça au feu les bataillons très éprouvés qui combattaient depuis le matin.[G 3] »

« Le 51e régiment d'infanterie, avant-garde de la 2e division du 17e corps, arrive à Terminiers et est positionné en soutien d'artillerie[G 13]. »

« (Avec trois batteries), l'artillerie du 17e corps, heureusement envoyée en avant à Faverolles et à Villepion, contribuait à maintenir l'ennemi à distance[G 9]. »

« Cependant, mis à part l'arrivée à marche forcée des unités du 48e régiment de marche d'infanterie, du 51e régiment d'infanterie et d'un corps franc de zouaves, le 17e corps dirigé par le général de Sonis n'est pas en mesure d'assurer la mission qui lui avait été assignée lors de la conférence du 30 novembre, car l'essentiel de ses troupes est trop éloigné du champ de bataille de Loigny.[G 3] »

« Le général de Sonis (ordonne) d'aller chercher la division Deflandre (3e division du 17e corps, en attente à Gommiers[G 14]) et de l'amener immédiatement pour soutenir l'attaque qu'il projetait sur Loigny (...) mais le général Deflandre ne put être rejoint qu'à quatre heures[G 9]. »

« (Pire) l'ordre de porter en avant le 48e de marche (du 17e corps) ne fut pas transmis (le 48e se retira à Terminiers). Par la suite de cette retraite, il en résultat un fléchissement du centre, d'autant plus que le 51e était entrainé dans ce mouvement[G 9]. »

« Au centre, toutefois, la position, loin de s'améliorer, semblait empirer de moment en moment, et le général de Sonis (...) comprit, a-t-il dit, qu'il y avait là un grand péril et pour son artillerie, qui allait rester sans soutien, et pour tout le 16e corps, qui, reporté en arrière dans un certain désordre, n'offrait plus d'éléments de résistance capables de soutenir la retraite, s'il eût fallu l'opérer en combattant[G 3]. »

« Le moment était décisif : il était quatre heures, et la nuit allait venir. Un nouvel effort sur Loigny et sur Goury, centre de la résistance ennemie, pouvait encore décider en notre faveur du succès de la bataille. Le général de Sonis arrivait avec quelques batteries, les zouaves pontificaux et celles de ses troupes qui avaient le mieux marché ; il se chargea, sans hésiter, de cet effort, et se porta intrépidement en avant, donnant lui-même l'exemple et l'élan[G 12]. »

« Le général de Sonis se met lui-même à la tête de sa colonne, et marche directement vers Loigny[G 8] (jusqu'au lieu-dit appelé, depuis-lors, bois des zouaves, au nord de la commune de Terminiers). »

« (Suivant le bataillon des zouaves), entraîné par son général de brigade Charoet, le 51e emporta d'assaut la ferme crénelée de Villours et le petit bois de Villepion occupés par l'ennemi, positions importantes placées sur la gauche et un peu en avant du village de Loigny, centre principal de la bataille. Il se maintint dans cette position pendant deux heures, sous un feu très violent[G 13]. »

« Le général de Sonis tombe frappé d'un éclat d'obus. Le colonel Charette, commandant des zouaves pontificaux, est grièvement blessé ; son bataillon subit des pertes énormes. La nuit, du reste, va arriver ; il importe de se retirer en ordre, et le général Chanzy, prenant par intérim le commandement du 17e corps, prescrit la retraite sur Patay[G 8]. »

« (N'ayant pas reçu l'ordre de retraite, deux bataillons du 37e régiment de marche de la 1re division du 16e corps, retranchés au cimetière de Loigny, résistent.) À cinq heures, les zouaves ayant dû battre en retraite, Loigny tout entier se trouva comme dans un cercle de troupes allemandes. Au sud, le passage était fermé ; et d'ailleurs, les commandants du 37e ne songeaient qu'à une défense désespérée. Les 90e et 76e régiments de la division Treskow, maîtres de la route de Terminiers comme du chemin de Lumeau, se retournent alors vers le village. (...) Vers sept heures, presque tout ce qui restait des deux bataillons était prisonnier.[G 11] »

  • Retraite

« Les 16e et 17e corps d'armée se replient de Guillonville-Villepion-Terminiers sur la ligne Péronville-Patay-Sougy. »

« À six heures, le 15e corps d'armée se replie sur la ligne Chevilly-Creuzy-Artenay-Villereau. »

« Le château de Villepion est évacué à minuit. »

« (À Lumeau) le soir du même jour, environ 60 000 hommes (cavalerie et infanterie prussienne) campaient dans notre pays et tout autour, ainsi que dans les hameaux qui en dépendent. Le 3 décembre, on a permis le pillage, qui a commencé à onze heures du matin et qui a duré le reste de la journée[G 2]. »

« Pendant la nuit, les Prussiens brûlèrent leurs morts à Loigny, près de Villerand, dans la grange de Villours, comme à Écuillon et devant Lumeau. Le lendemain, on compta pourtant encore, autour de ce dernier village, une centaine de cadavres allemands dispersés ça et là[G 11]. »

  • Le lendemain

« Des instructions du grand quartier général avaient prescrit, en effet, au prince Frédéric-Charles et au grand-duc de Mecklembourg un mouvement général. De Villepion à Pithiviers, sur un front de plus de 40 kilomètres, les deux armées allemandes se mettent en marche. La brigade de cuirassiers bavarois forme l'extrême droite : elle marche par Villepion sur Neuvilliers ; la 22e division d'infanterie occupe Poupry, soutenue sur sa gauche par la 2e division de cavalerie ; la 2e division bavaroise s'avance, la 4e brigade en tête, par Auneux-Domainville vers Chevaux : elle forme la réserve de la 17e division prussienne ; la 1re division bavaroise passe par Sougy pour contenir une attaque de flanc.[G 15] »

Après la bataille de Loigny avec ses nombreuses victimes, destructions et pillages[Note 22],[G 1], la retraite française conduit à d'autres combats à Artenay et Chevilly le 3 décembre, à Patay jusqu'à Orléans le 4 décembre (bataille d'Orléans). Une conséquence stratégique de la bataille de Loigny est que l'armée de la Loire ne peut désormais plus atteindre son objectif de secourir Paris assiégée.

Tandis qu'un poste d'ambulance allemande s'active dans l'église de Lumeau et dans le château de Lumeau (4 docteurs, 1 pharmacien, 60 infirmiers allemands à partir du 4 septembre) et qu'une ambulance française est établie au château de Villepion et une autre à Loigny où le général de Sonis est amputé par les docteurs Georges Dujardin-Beaumetz[G 9] et Léo Testut, la Société de secours aux blessés militaires (future composante de la Croix-Rouge française) est présente avec le chirurgien Ulysse Trélat : « plusieurs de ses escouades s'étaient répandues dans les villages de Terminiers, l'Échelle et Neuvilliers. Il avait soigné plus de 250 blessés. La plupart de ceux qui restaient encore étaient en ce que, en style d'ambulance, on nomme de grands blessés. Il était incapable de les évacuer, et malgré son désir de marcher en avant, le docteur devait attendre ou les décès ou les guérisons qui lui rendraient la liberté[G 16]. » « Dans un petit hameau, à Neuvilliers, M. Gayet découvrit 180 blessés, grièvement mutilés par des éclats d'obus, enfouis dans la paille par un froid de 8 degrés et dépourvus de tout secours médicaux depuis 4 jours. Une étable à moutons fut choisie pour salle d'opérations. Du 7 au 8 décembre, 17 amputations de cuisses ou de jambes furent pratiquées dans cet amphithéâtre d'un nouveau genre, garni de pailles que des moutons affamés venaient encore arracher aux opérés. (...) On ne pouvait laisser plus longtemps des malades dans d'aussi mauvaises conditions, et on procéda à un triage. Les plus blessés furent laissés à Patay et les autres conduits jusqu'à Orléans. (...) Les 17 amputés de Neuvilliers moururent ; les 5 amputés de Poupry succombèrent[G 17]. » Au bout d'une semaine après la bataille, il y a encore 411 blessés non évacués[G 11]. Durant plusieurs semaines, des blessés sont hébergés aux « domiciles de particuliers » à Lumeau et Neuvilliers, où une cinquantaine de décès supplémentaires est enregistrée durant le mois de décembre 1870.

Des premières chirurgicales de résection-amputation de l'omoplate (scapula et acromion) sont recensées sur des blessés de la bataille:

« Gleizal (Louis), âgé de 23 ans, né à Coux, canton de Privas (Ardèche), soldat au 27e de marche, blessé le à Poupry, auprès d'Artenay, est amené le 10 décembre à l'ambulance de la Visitation. (...) Observation première. — Fracture de la lame sous-épineuse droite par balle, le . (...) Résection sous-périostée de presque toute la lame sous-épineuse, le 26 janvier 1871 ; guérison au bout de deux mois[G 18]. »

« Weber (Jacques), soldat au 40e de marche, âgé de 35 ans, né à Mauge, canton de Saint-Mavin (Haut-Rhin), blessé le 2 décembre à Neuvilliers, d'une balle dans la région scapulaire droite, entre à l'ambulance de la Visitation, le 18 décembre (...) Observation deuxième. —Fracture de l'omoplate droite, par balle, le . — L'acromion, l'épine et les lames sus et sous-épineuses sont lésés. (...) Résection sous-périostée de toute cette portion de l'omoplate, le .— Guérison (à son départ le 11 mai)[G 18]. »

Huit mois d'occupation allemande[modifier | modifier le code]

Après la bataille de Loigny le 2 décembre et la bataille d'Orléans (2 au 4 décembre), la Beauce orléanaise est sous le régime d'occupation allemande pendant encore 6 mois.

La population de Lumeau est de 506 personnes jusqu'au 13 février 1871 ; il y en a 1200 à Terminiers jusqu'au 13 mars. Les pertes sont estimées à 358 714 francs à Loigny, 176 714 francs à Lumeau, 148 610 francs à Poupry. Les pertes cumulées de la guerre et de l'occupation sont estimées à 2 530 531 francs pour le canton d'Orgères et 11 678 649 francs pour l'arrondissement de Châteaudun[G 1].

L'armistice franco-allemand est conclu le . Les forces d'occupation évacuent Lumeau et le voisinage le . Par application du traité de Francfort signé le 10 mai 1871 et qui rançonne la France d'une indemnité de guerre de cinq milliards de francs-or et d'amputations territoriales, les départements d'Eure-et-Loir et du Loiret sont parmi ceux qui sont immédiatement évacués par l'occupant.

Le 30 janvier 1875, l'amendement Wallon constitutionnalise le fait que la France est une République.

Réparations de guerre en 1918[modifier | modifier le code]

À la suite d'une circulaire du du ministère de l'agriculture concernant la « main d’œuvre prisonnière », des prisonniers de guerre allemands contribuent au curage de la grande mare de Lumeau en 1918.

Une partie de la population française est contaminée par la grippe de 1918, pandémie la plus mortelle de l'histoire dans un laps de temps aussi court.

De 1923 à 1940, des communes de l'Eure-et-Loir, dont Lumeau, « adoptent » la commune de Marcelcave (département de la Somme) et lui verse une subvention.

Coopérative agricole[modifier | modifier le code]

Après 1884, le « Syndicat agricole » de l'arrondissement de Châteaudun est créé comme syndicat professionnel en charge de l'achat mutualisé et de la livraison d'engrais et de semences. Il devient le « Syndicat agricole départemental d'Eure-et-Loir » en 1928 par fusions successives avec d'autres syndicats similaires[B 29]. Le Syndicat « a encouragé l'école d'agriculture d'hiver, créée au lycée de Chartres par décision du Conseil général d'Eure-et-Loir en 1908 et qui a pour but de donner aux fils d'agriculteurs, pendant la mauvaise saison, alors que les travaux des champs sont terminés, une solide instruction professionnelle en vue de les préparer sérieusement à la carrière agricole[B 217],[B 218]. » Des offres d'assurances mutuelles et de mutualité sociale agricole se développent à partir de 1922[B 29].

Une caisse rurale, société coopérative de crédit bancaire agricole, est établie à Orgères en 1924 et est active jusqu'en 1940[C 58] pour des avances sur récoltes et des crédits d'équipement. Elle est affiliée à la caisse régionale de crédit mutuel agricole de la Beauce et du Perche créé à Chartres en 1899, à l'initiative du Syndicat agricole[B 29].

Une coopérative de battage est créée à Lumeau en 1926, participant à un mouvement d'ensemble régional.

Poupry forme un syndicat intercommunal d'assainissement avec Lumeau, Baigneaux et Dambron[B 29]. Il met en œuvre un drainage de la cuvette de Poupry en 1929, avec des puits absorbants et 30 kilomètres de fossés pour conduire les eaux de ruissellement.

L'Office national interprofessionnel des grandes cultures créé en 1936 pratique une politique dirigiste des prix du blé et obtient le monopole de l'exportation et de l'importation du blé et de la farine.

Occupation allemande 1940-1944[modifier | modifier le code]

L'armée française en retraite traverse la Beauce vers le , tandis que des civils prennent le chemin de l'exode.

Les archives départementales du Loiret à Orléans brûlent le [Note 23], anéantissant mille ans d'archives anciennes concernant Lumeau, incluses dans les archives de la généralité d'Orléans, des cours et juridictions, des administrations provinciales, les titres de l’évêché et chapitres, les dossiers d'engagement et d'aliénation à des seigneurs, les titres féodaux, les dossiers de confiscation des biens protestants, les assemblées d'habitants, les registres censiers et terriers, les rôles des tailles, du ban et de l'arrière ban, les arrêts de justices des bailliages et les affaires relatives aux bandes criminelles de la fin du XVIIIe siècle, les archives révolutionnaires et celles sur les biens nationaux[B 219].

Le , des éléments de la 3e armée du général Patton (« groupements tactiques de la 35e division d'infanterie appuyés par la 4e division blindée, en appui-feu, et 137e régiment de la garde nationale » du Kansas[B 220]) sont à 15 km au sud-est de Lumeau, en provenant du Mans. « Pendant toute la soirée du 15 août, les Américains, appuyés par les FFI, occupent et nettoient les communes situées au nord de la route du Mans : Épieds, Tournoisis, Saint-Péravy, Coinces, Saint-Sigismond, Gémigny. Quelques blindés vont réduire au silence les batteries de D.C.A. placées en bordure du camps de Bricy[B 220]. » Orléans est libérée le , mais les Allemands sont toujours présents au sud et au nord de la Loire : cinq résistants FTPF sont torturés et fusillés par des Allemands à Cormainville le . Janville est libérée le par un régiment de la 35ème division d'infanterie américaine. Un régiment de cette division stationne à Lumeau le .

Agriculture à haut rendement[modifier | modifier le code]

Les premiers tracteurs agricoles à moteur à combustion interne apparaissent après la première Guerre Mondiale. Le machinisme agricole motorisé atteint son apogée dans la seconde partie du XXe siècle et se substitue à la force humaine et animale pour les travaux des champs.

Basé sur la disponibilité abondante d'hydrocarbures fossiles à très grande densité énergétique et soutenu par le génie chimique et agronomique, le système productif modernisé permet d'une part de produire industriellement et transporter à faible coût de nombreux intrants dont l'usage se généralise pour doper la croissance des plantes et lutter contre les bioagresseurs (vecteurs de maladies, ravageurs et adventices), et d'autre part de labourer, semer, traiter et récolter efficacement avec une main d'œuvre très réduite chargée de piloter le travail des puissantes machines agricoles. Grâce à la sélection variétale et la multiplication des apports azotés, le rendement annuel moyen en blé tendre à l'hectare, d'une valeur stable de 12 quintaux du XIIe siècle au milieu du XIXe siècle, passe de 16 quintaux en 1946 à 25 en 1950, 45 en 1975, 70 en l'an 2000[114],[115].

Rendements et économie agricole en Beauce (en 2015, hors aides européennes à la production de 134 à 243 €/ha)[116],[117],[118],[119],[120]
Culture Charges d'exploitation (€/ha)[Note 24] Rendement moyen (q/ha) ±20% Seuil de rentabilité à bas cours (q/ha) Seuil de rentabilité à rendement moyen (€/q) Cours FOB (€/q) Prix moyen(€/ha) Excédent brut d'exploitation moyen (€/ha) Amort. (€/ha) Frais fin. et rémun. des capitaux propres (€/ha) Résultat net moyen (€/ha) hors aides à la production
Blé tendre 1319 77 95 17 14 à 23 1078 à 1771 -241 à +452 290 80 -611 à +82
Blé dur 1382 65 77 21 18 à 29 1170 à 1885 -212 à +503 261 85 -558 à +157
Orge et escourgeon 1181 71 66 17 15 à 25 1065 à 1775 -116 à +594 286 68 -470 à +240
Maïs grain 1806 109 106 17 15 à 20 1635 à 2180 -171 à +374 276 68 -515 à -30
Colza 1331 36 38 37 35 à 40 1260 à 1440 -71 à +109 276 75 -422 à -242
Betterave sucrière 2038 780 à 950 1200 2.6 1,7 à 2,8 1326 à 2660 -712 à +622 398 177 -1287 à +47
Pommes de terre 3229 450 (300 à 500) 807 7 4 à 33 1880 à 14850 -1229 à +6671 1971 47 -3247 à +4653

L'investissement financier nécessaire pour atteindre le seuil de rentabilité d'une production céréalière à grand rendement est soutenu par la politique agricole commune (PAC). L'intervention publique est portée par le fonds européen d'orientation et de garantie agricole (FEOGA) qui assure un prix minimal et subventionne les exportations tandis que le prix des terres agricoles est maintenu bas par chaque société d'aménagement foncier et d'établissement rural (SAFER). Cette politique de subvention publique est réduite lors de l'entrée en vigueur de l'accord instituant l'organisation mondiale du commerce en 1992, le soutien des prix est démantelé et remplacé par des aides directes à la production.

S'inscrivant dans la croissance des Trente Glorieuses soutenant les grandes exploitations productivistes dans une société de consommation devenue majoritairement urbaine, la filière agricole se transforme en un système agro-industriel intégré, tandis que l'emploi agricole se réduit et qu'est marginalisée la petite propriété agricole qui avait été la base des politiques agrariennes de la Révolution française à la Quatrième République. « Dans cette grande transformation de l'agriculture que le sociologue Henri Mendras qualifie de « fin des paysans », l'énergie, la fertilisation des sols, les semences, la protection des plantes, comme la reproduction et la santé des bêtes, autrefois autoproduites à la ferme, sont désormais achetées au secteur industriel (tracteurs, pétrole, engrais, semences et variétés certifiées, pesticides, ...) ; la terre est dorénavant conçue comme outil de production commerciale, plutôt que comme rente ou comme terroir rattachant à une tradition[121]. » Sous la Cinquième République et dans le contexte des politiques coordonnées à l'échelle européenne, la chaîne de valeur se déplace vers l'aval où opèrent, loin du territoire de récolte, les conglomérats agro-alimentaires mondialisés.

L'irrigation par aspersion des surfaces agricoles fait son apparition en Beauce dans les années 1960, coïncidant avec l'introduction de la culture du maïs[114]. « L'irrigation s'est développée depuis la sécheresse de 1976 et a augmenté avec les années de sécheresse de 1989 à 1992. (...) En 1995, on estime que 2/3 des surfaces cultivées sont irriguées : de l'ordre de 20% pour l'orge, 60% pour le blé, 80% pour le maïs, 100% pour la betterave. (...) Après d’importants problèmes de sécheresse avec une très faible recharge (1988-1994) et la surexploitation des nappes[B 28] », l'altitude piézométrique de la nappe de Beauce a subi une baisse importante.

Au début du XXIe siècle, les externalités négatives induites par l'agriculture productiviste (telles que les pollutions par excès de nitrates et produits phytosanitaires déversés par l'industrie agricole et qui se retrouvent présents dans les eaux superficielles[114] et les résistances croissantes des pathogènes aux produits phytopharmaceutiques) et l'appauvrissement en matière organique des sols[114] (ce qui nuit à leur aptitude à la production végétale) mettent en exergue l'agroécologie et l'agriculture biologique en France, dont un enfant du canton d'Orgères-en-Beauce, André Birre[C 59],[C 60], co-fondateur de l'association Nature et progrès[C 61], avait été le promoteur depuis 1948 avec sa « Croisade pour l’humus »[C 16],[C 17],[C 62]. Une place centrale est alors donnée à la durabilité des systèmes agricoles[122], visant à ce qu’« à travers les pratiques déployées, les agrosystèmes intègrent les fonctionnalités écologiques qui garantissent leur propre pérennité, notamment en termes de reconstitution de stocks de nutriments et de maintien du potentiel productif[123]. »

Le séquençage du génome des plantes cultivées apporte une compréhension nouvelle des voies métaboliques qui gouvernent leur rendement, l’économie de l’eau, la résistance aux maladies, au chaud ou au froid, et conduit à des hybridations performantes.

Politique et administration[modifier | modifier le code]

Découpage territorial[modifier | modifier le code]

Organisation territoriale[modifier | modifier le code]

Lumeau fait partie du territoire des Carnutes, de la civitas Carnutum puis de la civitas Aurelianorum, du royaume d'Orléans, de la Neustrie, du pagus Aurelianensis, du comté d'Orléans, du domaine royal, du duché d'Orléans et de la province de l'Orléanais, puis du département d'Eure-et-Loir.

Sur le plan ecclésiastique et fiscal durant l'Antiquité et le Moyen Âge, selon une structure initialement calquée sur l'organisation administrative romaine de la préfecture du prétoire des Gaules et du diocèse des Gaules comprenant la province de Gaule lyonnaise quatrième dont la capitale est Sens et qui inclut la civitas Aurelianorum, la paroisse de Lumeau est dans le diocèse d'Orléans qui est suffragant à l'archidiocèse de Sens (province ecclésiastique de Sens). Le diocèse d'Orléans est rattaché à l'archidiocèse de Paris (province ecclésiastique de Paris) en 1622. À la fin de l'Ancien Régime, la paroisse de Lumeau est dans l'archidiaconé de Beauce du diocèse d'Orléans[B 127].

Sous l'administration d'Ancien Régime, notamment de 1558 jusqu'aux États généraux de 1789, la paroisse de Lumeau est comprise dans le ressort de la généralité d'Orléans, du bailliage d'Orléans pour les affaires financières et judiciaires (en dépendance du parlement de Paris pour la justice), de l'élection d'Orléans et sa subdélégation de Janville (Yenville) en matière de fiscalité seigneuriale et royale, ainsi que du grenier à sel de Janville pour la perception de la gabelle du sel. Le bailliage de Lumeau comprend 3 justices dont 2 ressortissant au bailliage d’Orléans et 1 à la prévôté d'Orléans ; Lumeau dépend de la justice seigneuriale et du chapitre de Saint-Pierre-Empont d'Orléans. Le droit coutumier applicable dans le bailliage d'Orléans est fondé sur les usages et privilèges de la coutume d'Orléans (coutume juridique, patrimoniale et fiscale) initialement publiées en 1509[B 164], fait l'objet d'un ouvrage par Achille de Harlay en 1583[B 221], d'un recueil commenté en 1704 par Jacques de La Lande[B 183] (seigneur de Lumeau) puis d'un traité en 1740 par Robert-Joseph Pothier[B 222]. La coutume d'Orléans est prise en compte pour l'écriture du Code civil, applicable depuis 1804.

Le territoire de la commune de Lumeau est précisément délimité en 1793, à partir du finage antérieur. Il est alors dans le canton d'Orgères[B 223]. Le canton est rattaché au district de Janville[124] de 1790 à 1795[125], puis à l'arrondissement de Châteaudun à partir de 1806. Ils font partie du département d'Eure-et-Loir, créé le en tant que département de Chartres[B 2] et établi le , et de la région Centre établie en 1956. Pour les élections législatives depuis 1986, Lumeau fait partie de la quatrième circonscription d'Eure-et-Loir. Lumeau fait partie du canton de Voves depuis 2015. Lumeau fait partie de la communauté de communes de la Beauce d'Orgères de 1996 à 2016 et, ultérieurement, de la communauté de communes Cœur de Beauce[L 84], dont le siège est à Janville.

Après la formation du département d'Eure-et-Loir, le culte catholique auquel se rapporte l'église de Lumeau est dans le diocèse de Chartres dans ses archidiaconé de Châteaudun et doyenné de Beauce ; il est aujourd'hui rattaché à la paroisse Saint Martin en Beauce. Mis en cohérence avec la région Centre en 2002, le diocèse dépend de la province ecclésiastique de Tours.

Dans la lieutenance d’Orléans, Lumeau est rattaché à la brigade de maréchaussée de Langennerie (Chevilly) jusqu'en 1789 ; Lumeau est ensuite rattaché à la brigade de gendarmerie d’Orgères-en-Beauce, dans la compagnie de Châteaudun du groupement de gendarmerie d'Eure-et-Loir. Dans le ressort de la justice de paix d'Orgères[C 58] et du tribunal de Châteaudun et de la cour d'appel de Paris aux XIXe et XXe siècles, Lumeau est aujourd'hui dans le ressort du tribunal de grande instance et de première instance de Chartres et de la cours d'appel de Versailles.

Terrier et cadastre[modifier | modifier le code]

La propriété des parcelles de terres, les baux, les droits féodaux et la fiscalité sont consignés dans le livre terrier de la seigneurie de Lumeau du XVe siècle à la Révolution française.

Le cadastre dit napoléonien résulte de relevés de terrain effectués en 1836, qui témoignent de la continuité cadastrale depuis l'Ancien Régime, avec des centaines de parcelles sous forme de lanières et quelques dizaines de grandes pièces. La toponymie des parcelles hérite de l'organisation traditionnelle des cultures avec les dénominations de climat (subdivision territoriale d'un pays), réage (ensemble de parcelles laniérées qui se labourent en raies parallèles), champtier d'assolement triennal, pièce d'un seul tenant (un seul locataire-tenancier d'une tenure) et les unités de mesures de surfaces antérieures à la décimalisation et au système métrique (e.g. mine, muid, carreau, arpent).

La révolution agricole du XIXe siècle, l'évolution du droit rural et la mécanisation au XXe siècle conduisent à plusieurs remembrements des surfaces, par aggrégation de parcelles et modifications du tracé de voies d'exploitation. Le foncier immobilier et agricole reste stable depuis le XXe siècle[126].

Administration communale[modifier | modifier le code]

Politique municipale[modifier | modifier le code]

Durant l'Ancien Régime, dans le contexte de la paroisse de Lumeau, la municipalité représente la communauté des habitants pour coordonner les activités agricoles, l'usage des communs, organiser les corvées et les perceptions fiscales imposées par le seigneur, l'église et le roi selon le droit féodal. Le conseil de fabrique s'occupe de l'entretien de l'église et du cimetière.

Depuis l'abolition des privilèges, des droits féodaux et des inégalités fiscales lors de la nuit du 4 août 1789 et à la suite de l'application du Code civil en 1804, la propriété privée est redéfinie et la municipalité est autonome pour l'administration territoriale dans la commune de Lumeau, définir la fiscalité foncière locale et entretenir les espaces publics. Afin de mutualiser les investissements, la politique municipale est coordonnée au niveau cantonal depuis le XIXe siècle et au sein d'une communauté de communes de Beauce depuis la dernière décennie du XXe siècle.

Une maison d'école est assignée à l'enseignement bien avant le recensement de 1836, la présence d'un instituteur dans la commune est confortée par la loi Guizot de 1833. L'école sert aussi de salle de réunions publiques. La construction d'une « mairie et maison d'école mixte » est planifiée en 1841 par l'acquisition d'un terrain dans le centre du bourg de Lumeau[L 85]. Une construction est proposée en 1880, décidée en 1881[L 86] et son financement approuvé en 1884 ; le bâtiment scolaire est agrandi en 1930. À la fin du XXe siècle, l'intercommunalité scolaire prévaut en raison de la démographie et de la densité de la population.
La commune s'équipe de matériel de lutte contre l'incendie vers 1850, 1930 et 1960 (pompe à bras et moto-pompe garées dans l'« arsenal »[L 87]), avant de totalement mutualiser le service d'incendie et de secours avec le centre départemental d'Orgères en 1996, puis de le coordonner avec celui de Voves, sachant que des véhicules d'intervention sont maintenus disponibles à Terminiers. Les interventions des pompiers volontaires de Lumeau perpétuent la tradition d'assistance et de secours mutuels, coordonnées par le service départemental d'incendie et de secours.
L'essentiel de la voirie étant d'ordre départemental depuis 1860, le cantonnier municipal assure l'entretien des chemins vicinaux, des espaces fleuris, places et cimetière, et l'affichage public municipal dans le bourg de Lumeau et à Neuvilliers. La Société générale des Transports Départementaux pour l'exploitation d'un réseau d'autobus en Eure-et-Loir opère pour le compte du département une ligne Janville à Bonneval via Lumeau et Orgères à partir de 1926 ; son successeur est le réseau de mobilité interurbaine (Rémi-Transbeauce) .
Les réseaux d'adduction d'eau, d'électricité et d'éclairage public, de télécommunications sont installés au cours du XXe siècle.
Un réseau communal d'adduction d'eau remplaçant les puits domestiques est installé entre 1937 et 1939[L 46], distribuant l'eau captée dans le calcaire de l'Orléanais à une profondeur de 30 m au château d'eau de Lumeau ; il desservait toute la commune sauf les fermes d'Égron et Tivoly, le hameau d'Écuillon étant desservi par Loigny. Le réseau est rénové et interconnecté en 2010 avec celui d'autres communes pour former un réseau commun d'accès à l’eau potable. La captation de l'eau est alors au forage de Loigny[C 63] qui atteint la nappe de craie du Sénonien et est associé à un réservoir semi-enterré de 500 m3. Le service de captage et de contrôle de l'eau potable[L 47] et le réseau de canalisations sont opérés en régie par la communauté de communes. Sur le territoire de Lumeau, le linéaire de canalisation du service public d'eau potable est de 7,04 km[L 88]. Le service de distribution de l'eau est effectué en régie communale : 18 685 m3 d'eau souterraine sont importés en 2015 dont 6 966 m3 constituent des pertes en ligne, pour 109 abonnés avec 100 m3 de consommation moyenne par abonné[L 88].
Pour les eaux usées, Lumeau est dans une zone d'assainissement non collectif. L'assainissement n'étant pas contrôlé jusqu'aux années 1970, la perméabilité du calcaire de Beauce et l'existence de cavités et fissures ont parfois été utilisées pour résoudre des problèmes d'assainissement domestique.
Le ramassage hebdomadaire et le traitement des ordures ménagères est géré au niveau intercommunal.
L'électrification à 110 V est effectuée en 1922[127] par Sud-électricité (membre de l'Union d'électricité d'Ernest Mercier) au nom du syndicat d'électrification du canton d'Orgères, puis le passage à 220 V est effectué par EDF vers 1976. L'exploitation du réseau de distribution électrique est concédée à Enedis jusqu'en 2024, via le syndicat d'électrification devenu Energie Eure-et-Loir[B 224].
Le réseau téléphonique filaire est installé par les PTT vers 1960, le service de téléphonie mobile est accessible à partir de 1994. Le canton est partie prenante du syndicat mixte Eure-et-Loir numérique, favorisant l'accès au réseau internet à haut débit par le déploiement en 2015 d'artères en fibre optique jusqu'au répartiteur communal[B 225]. En 2019, le conseil communautaire « Cœur de Beauce » décide de la création d'un « espace numérique mis à la disposition des habitants de Lumeau[C 8] ».

Liste des maires[modifier | modifier le code]

Durant l'Ancien Régime à partir du règne de Louis XIV, le syndic de la municipalité de Lumeau est nommé par l'intendant de la généralité d'Orléans, notamment pour mettre en œuvre le recouvrement fiscal, sur proposition de l'assemblée des chefs de famille de la paroisse. Le maire de la commune de Lumeau est désigné par le préfet de 1799 à 1848 et de 1851 à 1888 ; il est élu de 1789 à 1799 et de 1848 à 1851. À partir de 1892, les conseillers municipaux sont élus directement au suffrage masculin et le maire est élu par le conseil municipal. Le suffrage devient universel du corps électoral des françaises et français majeurs lors de l'élection municipale du . Le maire représente les intérêts de la commune au conseil communautaire Cœur de Beauce.

Liste des maires successifs
Période Identité Étiquette Qualité
  2008 Gaston Langé    
2008 2014 Charlie Peillon    
2014 En cours Marc Langé LR[128] Agriculteur
Les données manquantes sont à compléter.

Population et société[modifier | modifier le code]

Démographie[modifier | modifier le code]

Le registre paroissial de Lumeau est conservé depuis l'an 1586[L 15], soit 47 ans après l'ordonnance de Villers-Cotterêts qui rend obligatoire la tenue des registres des baptêmes, et 7 ans après l'ordonnance de Blois qui impose les registres de mariages et d'inhumations.

Dans le « Rolle du nombre des feus » du Duché d'Orléans de 1616[B 170], 92 feux fiscaux sont recensés à Lumeau, correspondant à environ 391 habitants[B 226]. Le dénombrement de l'élection d'Orléans en 1709 indique 87 feux dans la paroisse de Lumeau[106]. Un dénombrement vers 1741 fait état de « 84 feux et 320 communiants[L 49] ». Lumeau comprend 95 feux en 1768[L 49]. En 1789, Lumeau comprend 103 feux, dont 101 taillables[L 49]. Le nombre de feux peut être comparé aux 96 logements dans la commune en 2016.

C'est au recensement de 1861 que l'effectif de la population de Lumeau atteint son maximum (508 habitants), grâce aux progrès sanitaires et à l'augmentation continue de l'espérance de vie. Par la suite, la Beauce ne cesse de se dépeupler, mais d'abord à un rythme très lent jusqu'à la Première Guerre mondiale, qui s'accentue avec l'aménagement du territoire et l'essor industriel du XXe siècle ; la croissance de la population se concentre alors dans l'agglomération orléanaise où l'emploi se tertiarise tandis que les débouchés de la productivité agricole, assurés par le machinisme agricole et le transport logistique à longues distances et faible coût, nécessitent peu de main d'œuvre dans les zones rurales au voisinage de l'aire urbaine d'Orléans.

Les registres paroissiaux et registres d'état civil de Lumeau du XVIe siècle au XXe siècle[L 82] ainsi que les recensements et listes électorales de Lumeau des XIXe et XXe siècles sont archivés et numérisés par les soins des Archives départementales d'Eure-et-Loir. Le microfilmage des registres paroissiaux de Lumeau (1668-1880)[L 89] et d'état civil de Lumeau (1796-1892)[L 90] ainsi que des tables décennales d'état civil (1793-1902)[L 91] et des recensements de la population de Lumeau (1836-1901)[L 92] a été effectué par la Société généalogique d'Utah en 1984 et 1999. La longévité moyenne de la population de Lumeau est de 44 ans au XVIIe siècle, 52 ans au XVIIIe siècle, 62 ans au XIXe siècle, 68 ans au XXe siècle, avec la présence de centenaires au tournant du XXIe siècle.

L'évolution du nombre d'habitants est connue à travers les recensements de la population effectués dans la commune depuis 1793. À partir de 2006, les populations légales des communes sont publiées annuellement par l'Insee. Le recensement repose désormais sur une collecte d'information annuelle, concernant successivement tous les territoires communaux au cours d'une période de cinq ans. Pour les communes de moins de 10 000 habitants, une enquête de recensement portant sur toute la population est réalisée tous les cinq ans, les populations légales des années intermédiaires étant quant à elles estimées par interpolation ou extrapolation[129]. Pour la commune, le premier recensement exhaustif entrant dans le cadre du nouveau dispositif a été réalisé en 2007[130].

En 2016, la commune comptait 160 habitants[Note 25], en diminution de 13,51 % par rapport à 2011 (Eure-et-Loir : +0,82 %, France hors Mayotte : +2,44 %).

Évolution de la population  [ modifier ]
1793 1800 1806 1821 1831 1836 1841 1846 1851
424413379421484466463503501
1856 1861 1866 1872 1876 1881 1886 1891 1896
503508506472442447477454463
1901 1906 1911 1921 1926 1931 1936 1946 1954
482428409327345337350320313
1962 1968 1975 1982 1990 1999 2006 2007 2012
267297229194179177184185184
2016 - - - - - - - -
160--------
De 1962 à 1999 : population sans doubles comptes ; pour les dates suivantes : population municipale.
(Sources : Ldh/EHESS/Cassini jusqu'en 1999[131] puis Insee à partir de 2006[132].)
Histogramme de l'évolution démographique

Enseignement[modifier | modifier le code]

Lumeau est située dans l'académie d'Orléans-Tours.

L'enseignement primaire est assuré à Lumeau depuis plusieurs siècles, bien avant l'instruction obligatoire des lois Jules Ferry. En effet, Guillaume des Aulnais, grammairien, demeure à Lumeau en 1706. Le maître d'école de la paroisse de Lumeau, Mathurin Gatillier, décède en 1790 à 38 ans. Par ailleurs, un petit séminaire, pensionnat-collège catholique où sont admis tant des élèves futurs séminaristes religieux que des élèves laïcs, est fondé en 1818 à Terminiers par l'abbé Jacques Côme (avec le soutien de l'abbé Claude Liautard, fondateur du collège Stanislas de Paris) et fonctionne jusqu'en 1833[C 64]. Il comprend jusqu'à 90 pensionnaires. Un instituteur laïc est recensé dans la commune de Lumeau en 1836. Sur un terrain réservé au centre du bourg de Lumeau, une école primaire publique mixte a été construite en 1884, remplaçant une maison d'école antérieure ; elle est fermée fin du XXe siècle au profit d'un système scolaire intercommunal.

Le service de transport scolaire PO4 vers l'école primaire de Terminiers a un arrêt à Lumeau et à Neuvilliers. Le service de transport scolaire CO2 conduit à Patay au collège Alfred de Musset. Près de Chartres se trouve le lycée agricole de La Saussaye de Sours tandis qu'à Orléans se trouvent des centres de formation d'apprentis, des lycées d'enseignement général et technologique, des établissements d'enseignement supérieur et l'université d'Orléans.

Santé[modifier | modifier le code]

Au carrefour de deux voies romaines à 6 km à l'ouest du bourg de Lumeau, la maladrerie d'Orgères est ouverte en l'an 1320, étendant le service offert dès 1280 par un établissement et une chapelle Saint-Marc servis par l'ordre des Templiers. L'ordre des Hospitaliers d'Orléans[Note 26], qui en hérite en 1312, y établit un véritable service d'accueil de malades, assuré jusqu'à la Révolution française. Des bâtiments de la maladrerie ont été démolis dans les années 1970[C 2].

Au XXIe siècle, la maison de santé à Orgères-en-Beauce assure les prestations de médecine générale, de cabinet infirmier et dentiste[C 65], en supplément du cabinet de médecine générale à Terminiers. Il y a par ailleurs une pharmacie et une résidence médicalisée Texier Gallas avec une capacité d’accueil de 62 lits[C 66].

Des médecins spécialistes et des services dans les secteurs paramédical et médico-social sont disponibles dans le canton. L'hôpital le plus proche est le centre hospitalier régional d'Orléans.

Manifestations culturelles et festivités[modifier | modifier le code]

Les festivités liées au calendrier agricole et la fête de la moisson, la « Passée d'Août », ont fait la place à l'activité associative du club de Lumeau et de la maison de la Beauce à Orgères (y compris les conférences, le cinémobile et le bibliobus), ainsi qu'aux évènements de l'amicale des sapeurs-pompiers.

Économie[modifier | modifier le code]

Bassin d'emplois[modifier | modifier le code]

Historiquement, en termes de commerce, le bourg de Lumeau comprend une taverne en 1392, une auberge en 1789, une boutique et trois cafés en 1950 , un café-restaurant en 1990 ; l'artisanat y est très développé jusqu'au milieu du xxe siècle avec des maréchaux-ferrants, charrons, menuisiers, maçons, couvreurs et autres métiers de soutien aux activités rurales ; la plupart des habitants sont affectés aux travaux agricoles.

Aujourd'hui, l'activité économique principale dans la commune est caractéristique des grandes cultures céréalières de Beauce (blé, orge, maïs), avec plusieurs sociétés et groupements agricoles d'exploitation céréalière, ainsi que des exploitations agricoles individuelles et des coopératives d'utilisation de matériel agricole. Un centre d'entretien mécanique et réparation de machines agricoles est installé à l'extrémité de la grande rue de Lumeau. À l'autre extrémité du bourg, la « ferme du noyer » produit des légumes. La « ferme d'Écuillon »[L 93] est une société de production de pâtes alimentaires artisanales à partir du blé dur récolté sur place. Lumeau est à 9 km de la « ferme des arches » de Gommiers, spécialisée en conditionnement de condiments oignons et échalottes récoltés aux alentours. Lumeau est à 10 km de la sucrerie Tereos d'Artenay où sont livrées les récoltes de betteraves à sucre. La commune bénéficie aussi de la proximité des terminaux céréaliers ferroviaires d'Orgères-en-Beauce et de Terminiers-Gommiers et de la coopérative agricole Axéréal.

À l'est de Lumeau se trouve la zone d’activités logistiques et supermarché d'Artenay-Poupry[C 8], où sont implantées des entreprises telles que XPO Logistics, Stef, Kühne + Nagel et Intermarché, tandis qu'au sud de la commune de Lumeau est située la zone d'activités industrielles de Terminiers, avec notamment l'entreprise de tôlerie de précision Rassinoux, la société de sélection de semences DSV et le distributeur de matériel agricole Depussay. Plus généralement, Lumeau est dans le bassin d'emplois de l'aire urbaine d'Orléans. L'accès à l'autoroute A 10 facilite les circulations.

Usages du spectre radioélectrique[modifier | modifier le code]

L'usage du spectre radioélectrique à Lumeau est conforme au plan national des fréquences, projeté sur le territoire. Seules les particularités locales sont indiquées dans la table ci-dessous.

Particularités locales de l'usage du spectre radio-électrique[L 94],[L 95],[133]
Fréquence Usage Objet Qualité de réception
34-40 MHz Radio mobile professionnelle relais du conseil départemental à Sougy
68-73 MHz Radio mobile professionnelle relais Vinci autoroute du péage de Poupry
87-108 MHz Services publics COM TER relais du château d'eau de Lumeau
90,2 MHz Radio VAG FM station de radio locale d'Artenay ++
90,7 MHz France Musique station de radio, émetteur de Traînou +++++
95,8 MHz France Culture station de radio, émetteur de Traînou +
99,2 MHz France Inter station de radio, émetteur de Traînou +
100,9 MHz France Bleu Orléans station de radio, basée à Orléans +++++
102,0 MHz Vibration station de radio, basée à Orléans ++++
122,7 MHz Tour de l'aérodrome de Bricy fréquence aéronautique LFOJ
123,5 MHz Aérodrome de Santilly fréquence aéronautique LF2825
124,8 MHz Approche de l'aérodrome de Bricy fréquence aéronautique LFOJ
Télévision TNT-R1 France 3 Centre-Val de Loire chaîne de télévision, basée à Orléans-la-Source numérique
Radiomobiles terrestres relais Bouygues, Free, SFR château d'eau de Guillonville
Radiomobiles terrestres relais Bouygues, Orange, SFR château d'eau d'Orgères
Radiomobiles terrestres relais Bouygues, Free, SFR pylône de Tillay-le-Péneux
Radiomobiles terrestres relais Orange, Free pylône de Baigneaux
Radiomobiles terrestres relais Bouygues, SFR pylône de l'aire du héron cendré à Dambron
12.8-14.52 GHz Faisceaux hertziens relais du château d'eau de Lumeau

Culture locale et patrimoine[modifier | modifier le code]

Langue et traditions beauceronnes[modifier | modifier le code]

Assimilé à la langue d'oïl parlée dans le domaine royal français au Moyen Âge, le beauceron est l'une des variantes du dialecte de l'orléanais (langue) qui a contribué à former la langue française moderne[B 227].

Les contes beaucerons mettent en scène les paysans, les seigneurs et le loup (la « bête d'Orléans », les amoureux de Péronville dévorés par la « bête » aux abords de la Conie), les miracles de Saint-Sigismond, celui de Saint-Lucain.

Lieux et monuments[modifier | modifier le code]

Monument des mobiles à Neuvilliers[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille de Loigny-Lumeau-Poupry.

Le monument des mobiles à Neuvilliers marque l'emplacement de la charge héroïque et meurtrière des colonnes de la division du général Morandy[Note 21] qui tente de prendre Lumeau, sous la mitraille des batteries de la 17e division d'infanterie prussienne du général von Treskow au matin du . Il s'agit de l'un des plus sanglants épisodes de la bataille de Loigny.

Le monument[L 26],[G 19] est en forme d'obélisque blanc d'une hauteur de huit mètres sur socle, ossuaire de granit entouré d'une chaine[G 20]. Il est élevé à Neuvilliers, hameau de Lumeau[G 21], inauguré et béni le [G 22],[G 23].

« La 3e division (Général Morandy) appuyait la droite de la 2e en se portant de Terminiers sur Lumeau. L'ennemi, après un premier moment de surprise, se reforma et la 2e division, qui était déjà maîtresse du château de Goury, fut obligée de se replier sur Loigny, laissant, dans sa retraite, la 3e division, qui s'avançait entre Écuillon et Neuvilliers après s'être emparée de ce dernier point, exposée aux feux directs des batteries allemandes de Lumeau, et aux feux d'écharpe de celles de Goury[G 12]. ».

L'ossuaire sous le monument contenait initialement les ossements de plus d'un millier de soldats, parmi les neuf mille victimes dispersées sur le champ de bataille de la journée du 2 décembre 1870. Le monument rend hommage aux combattants de la Haute-Vienne[G 24] (71e régiment de mobiles de la Haute-Vienne, 2e brigade, 3e division d'infanterie du général Morandy au sein du 16e corps d'armée du général Chanzy) durant la bataille de Loigny, avec des mentions sur plaques de marbre :

  • « À la mémoire des mobiles du 71e régiment tués à Lumeau. Combats de Lumeau 2 XII 1870, le département de la Haute-Vienne. Le département de la Haute-Vienne garde un souvenir reconnaissant aux habitants de Neuvilliers et Lumeau qui ont recueilli ses blessés. ».
  • « Sous ce monument reposent les ossements de 1100 soldats français appartenant à divers régiments dont le 71e mobiles et de 40 allemands tués le 2 décembre 1870 en différents points du champ de bataille. »
  • « Melius est nos mori in bello quam videre mala gentis nostre (Il vaut mieux pour nous mourir que d’être spectateurs des malheurs de notre nation), Premier livre des Macchabée (1 Mac 3, 59). »

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir.

Le monument a été élevé avec le concours du département de la Haute-Vienne[G 25] dans une cavité calcaire à proximité du lieu où une cinquantaine de gardes mobiles de la Haute-Vienne (71e régiment) sont tombés près de Neuvilliers[G 11] et reposent dans l'ossuaire du monument parmi 1 140 soldats qui ont péri autour de Neuvilliers et de Lumeau. Un autre ossuaire de 1 300 combattants se trouve dans l'église de Loigny. L'emplacement de plusieurs tombes, monuments funéraires et fosses communes de soldats français et allemands est préservé sur le champ de bataille à Lumeau, Écuillon, Villours, le bois des zouaves, Loigny et dans les cimetières de Terminiers et Poupry.

Église de Lumeau[modifier | modifier le code]

Église Saint-Pierre
Église Saint-Pierre.
Tour quadrangulaire
Tour quadrangulaire et mur sud de l'église.
L'arc ogival du mur nord
L'arc ogival du mur nord.
Abside ronde au pied, s'élevant à 3 pans
Abside ronde, s'élevant à 3 pans.

L'église de Lumeau[L 18] est une église médiévale[B 228], qui a été construite et rebâtie durant au moins trois périodes historiques. De l'édifice primitif d'architecture romane, l'église conserve un chœur rénové. Son chevet est du XIIIe siècle. La tour beauceronne quadrangulaire de l'église est un élément architectural typique dans le canton ; ses fondations sont antérieures au XIVe siècle ; la tour date du XVIe siècle pour sa dernière surélévation par une flèche de charpente[L 63],[87].

« Trois parties nettement différenciées s'étagent de l'ouest à l'est : importante tour avec tourelle d'escalier à l'angle sud-ouest, nef flanquée d'un chapiteau moderne et chœur, plus élevé que celle-ci, sur la face sud duquel on voit une cage d'escalier menant aux combles. L'abside, arrondie à la base, se rétrécit au dessus et passe à trois pans, témoignant des remaniements subis au cours des âges. Remaniements encore plus visibles au nord où un pan de mur en équerre conserve la trace d'un bel arc ogival[L 41]. »
« Les trois parties du bâtiment se retrouvent à l'intérieur : vestibule dans la partie basse de la tour, nef surmontée d'une voute moderne et séparée par un mur percé d'un grand arc, le chœur dont la voute semble plus ancienne : les retombées d'arc s'ornent de sculptures naïves, têtes grimaçantes, bustes présentant des écus aux armes effacées[L 41]. »

Durant la guerre de Cent Ans, l'église de Lumeau est évoquée comme église fortifiée en 1382. À la Renaissance, « l'église est consacrée en 1556, sans doute après d'importants travaux. » Mais, durant la première guerre de Religion, « l'église est incendiée en 1562 ». « Le retable date du XVIIIe siècle. En 1731, 1771 et 1777, des cloches de l'église ont été bénies. Une nouvelle restauration eut lieu en 1820[L 41] » : les fenêtres sont du XIXe siècle. Un plan de l'église[L 96] a été relevé en 1852. Des travaux sont effectués en 1876. Des travaux de rénovation du clocher à la fin du XXe siècle conduisent au remplacement de son bourdon.

Saint Loup, saint Gilles et saint Pierre sont associés à l'église de Lumeau et peuvent être rattachés aux contextes historiques de l'Orléanais :

  • L'église de Lumeau est d'abord consacrée à saint Loup[L 41]. Il s'agit probablement de Loup de Sens, saint né à Orléans vers 573 et évêque de Sens, le diocèse d'Orléans faisant alors partie de la province ecclésiastique de Sens. Peut être est-ce aussi une allusion discrète à Loup de Ferrières, ecclésiastique franc de l'abbaye de Ferrières-en-Gâtinais au IXe siècle, précepteur de Charles II le Chauve, dont il assista au sacre à Orléans en 848, et qui dénonça les nobles comme pilleurs des biens de l’Église. Église saint-Loup-de-Lumeau est ainsi la dénomination imprimée en 1615 dans les Annales du chanoine Charles de la Saussaye[B 70].
  • Gilles l'Ermite (en latin : Ægidius) étant fêté le même jour que Loup de Sens, le , les deux saints (« Curatus SS. Lupi et Egidii de Lumolio[B 70] » et « saint Leu et saint Gilles [B 146]») peuvent se partager la dédicace de l'église de Lumeau en 1556. Cela constitue également un rappel d'Ægidius, le général gallo-romain de la Gaule du Nord autonome devenue domaine gallo-romain de Soissons au Ve siècle.
  • La cure de Lumeau est citée dans un pouillé du diocèse d'Orléans vers 1650, étudié par Symphorien Guyon[B 146] : elle dépend alors du chapitre de la collégiale de Saint-Pierre-Empont à Orléans, d'où la mention d'église Saint-Pierre-de-Lumeau[L 68] toujours applicable en 1789.

« Nous remarquons une variante de vocables pour les cures de Lumeau et Poupry : la première appelée par La Saussaye Saint-Loup-Saint-Gilles, et la deuxième Saint-Sulpice, tandis que Guyon les nomme Saint-Pierre-de-Lumeau et Notre-Dame-de-Poupry. Nous ne pouvons nous expliquer cette différence de vocables qu'en admettant l'hypothèse d'anciennes églises détruites et de vocables tombées en désuétude[B 157]. »

Jusqu'au XIXe siècle, les croyances populaires sur les causes d'événements naturels ou prétendus surnaturels conduisent à des troubles à l'ordre public : « plusieurs curés furent menacés de la fureur populaire, entre autres ceux de Terminiers, Lumeau, Sancheville et Gironville[B 229] . »

Le , jour de l'inauguration du monument de Neuvilliers, le curé de Lumeau, l'abbé Morice, reçoit la médaille de vermeil du département de la Haute-Vienne pour son dévouement auprès des blessés de la bataille du et un ciboire est offert à l'église de Lumeau[G 22],[L 63].

Vers 1922, le cimetière, historiquement adjacent à l'église, est translaté en périphérie nord-est du bourg de Lumeau, sur la route de Baigneaux. Le monument du cimetière rend hommage à ses 18 morts entre 1914 et 1920 et au mort de 1940[L 97].

Château de Lumeau[modifier | modifier le code]

Le château de Lumeau[L 83] comprend un corps de logis du XVIIe siècle et une ferme attenante à proximité de l'église, de l'ancien cimetière et de la grande mare de Lumeau[L 2]. Le parc est adjacent au bois de Lumeau.

Personnalités liées à la commune[modifier | modifier le code]

  • Sainte Radegonde[74], épouse de Clotaire Ier (fils de Clovis et roi des Francs, couronné roi d'Orléans en 524), découvre une source entre Neuvilliers et Terminiers, sur son chemin entre Noyon et Tours via Châteaudun.
  • Général Jacques Louis Morandy (1812-1875)[Note 21], à la tête des colonnes de la 3e division du 16e corps de l'Armée de la Loire pour les combats de Lumeau le , avançant de Terminiers à Lumeau, puis combattant de Auneux et Neuvilliers jusqu'à Écuillon.
  • Jean François Marie Morice (1809-1873), curé de Lumeau de 1834 à 1873, organisateur des secours aux blessés lors de la bataille du
  • Émile Barillon (1860-1935)[134], né à Lumeau, évêque de Malacca (Malaisie-Singapour) de 1904 à 1933.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Dans le voisinage[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Sources[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Dénomination de rues, chemins, lieux dits, réages et champarts de la commune de Lumeau : AU LEVANT DES ENCLOS, AU MIDI DES ENCLOS, AUNEUX, DOMAINVILLE, RUE DU CHATEAU D'EAU, RUE DU FAUBOURG SAINT MARTIN, RUE DU PARC, ECUILLON, EGRON, GRANDE RUE, L'ENFUME, LA PIECE DE LA FERME, LA PRECHE, LE BAS DE LOISON, LE BAS DE NEUVILLIERS, LE BOIS DE DOMAINVILLE, LE BOIS SALLA, LE CARREAU, LE CHEMIN AU LOUP, LE MOULIN, LE MOULIN D'AUNEUX, LE PARC, LE POIRIER, LE RAVOIR, LE REAGE COURBE, LES BAS D'ECHELLE, LES VALLEES, LUMEAU, MALMUSSE, NEUVILLIERS, SOUS LUMEAU, SUR LE CHEMIN D'ECHELLE, SUR LE CHEMIN DE BLOIS, SUR LE CHEMIN DE DOMAINVILLE, SUR LOIGNY, TIVOLY, VERS AUNEUX.
  2. Avancée des calottes glacières britannique et scandinave jusqu’aux latitudes moyennes (environ 53°N) entre 30 et 20 milliers d'années avant notre ère.
  3. Dans le canton d'Orgères, une lentille de sables de l'Orléanais (Burgidalien) a une épaisseur de 7,5 m sous le limon au sud du hameau de Gommiers à Terminiers.
  4. Chaufour ou Chauffour, Calidus Furnus.
  5. a b c et d « Les argiles sont une part importante des sols, où elles contribuent à l'apparition d'une structure complexe, le complexe argilo-humique. Il provient de la formation de liaisons électrostatiques entre les minéraux argileux et la matière organique du sol, en particulier les acides humiques, à l'aide, de plus, de cations comme les ions calcium. [Ces ions assurent la floculation des argiles, c'est-à-dire la formation de micelles neutres par association des cations et des feuillets argileux chargés négativement]. Le tout donne au sol une structure grumeleuse, stable et favorable pour l'agronomie. » Cf. Cyril Langlois, « Les argiles », sur www.normalesup.org/~clanglois.
  6. Jusqu'à la Révolution française, le droit de chasse est un privilège du seigneur sur ses terres et la pratique de la chasse est non autorisée aux paysans qui exploitent lesdites terres. Depuis le XIXe siècle, la chasse sur les terres agricoles est réglementée par le droit de chasse et réserve de chasse.
  7. Limogilō est l'ablatif latin de Limogilum (Lumeau) : c'est une forme dérivée de Limoialum, qui fait référence à une « clairière des ormes ». Aurelianus, Aurelianis et sa variante Aurilianis sont liés à Aurelianorum et Aurilianorum, Aurelianum et Aurilianum (Orléans), dénominations qui succèdent à Cenabum. Quant à Carnotas ou Carnotes (Chartres) qui remplace Autricum, il s'agit de l'accusatif pluriel assimilé à un locatif du nom de la civitas carnotum dérivée du nom d'un peuple, les Carnutes.
  8. L'adjectif celte novios se retrouve aussi en antéposition d'un suffixe gaulois, par exemple avec Noviento, localité nouvelle qui donne Nogent.
  9. Toponymes en -villiers (latin Villare) proches de Neuvilliers : château d'Auvilliers avec hameau sur un point haut et rue d'Auvilliers à Artenay à 8 km de Neuvilliers ; ferme de Beauvilliers à Loigny à 4 km de Neuvilliers ; hameau de Gauvilliers à Tillay-le-Péneux à 8 km de Neuvilliers ; Mervilliers (Marvillari) près d'Allaines à 9 km de Neuvilliers ; Grandvilliers, hameau de Germignonville à 10 km de Neuvilliers, et plus loin Mérouvilliers et Planchevilliers à Ymonville. La construction est différente de Villepion (Villare pium), à 2 km de Neuvilliers, car nous avons besoin d'un qualificatif antéposé.
  10. Des sites d'occupation mésolithique ont été fouillés à Chilleurs-aux-Bois (« la Rouche »), à Chevilly (« La Vallée du Nant », où le mot médiéval nant signifie vallée, ravin ou ruisseau) et à Orléans (rue de la Cigogne et avenue de la Mouillère) ; cf. Sandrine Deschamps, Morgane Liard et Johannes Musch, « Nouveaux indices de fréquentation du Val d’Orléans (Loiret) par les premiers mésolithiques », Revue archéologique du Centre de la France, no 55,‎ (lire en ligne)
  11. La sédentarisation pérenne des fermiers du Néolithique dans la Beauce et la vallée de la Conie est probablement antérieure à l'érection des mégalithes, datée du IVe millénaire.
  12. Jean-Louis Brunaux, « Nos ancêtres les Gaulois », 2008 : « Sur les populations celtiques extérieures à la Gaule au sens large - d'Ancône aux rives du Rhin -, il n'est pas possible de tenir un discours historique, car nous ne connaissons ni le nom de leurs principales entités ni celui qu'elles donnaient à leur territoire. Nous ne savons rien non plus des étapes de leur formation ethnique, encore moins de leur organisation politique. Mais il en va tout différemment des Gaulois qui ont commercé très tôt avec les Grecs, ont combattu précocément les Romains, ont établi des traités commerciaux et politiques avec les uns et les autres, au point d'entrer plusieurs siècles avant le début de notre ère dans les archives officielles de ces États. Certes, on nous a dit à juste raison que nous ne connaissions l'histoire de ces Gaulois qu'à travers celle de leurs voisins du monde méditerranéen, ce qui les fait placer dans une catégorie particulière de la préhistoire, « la protohistoire ». (...) Les Gaulois eux aussi ont pratiqué leur propre histoire. (...) César nous apprend en effet que les druides conservaient la mémoire des grands événements de chaque peuple, notamment des différentes étapes de ses migrations (...) celle-ci ne s'est pas conservée. Mais elle existe - évidemment sous une autre forme - dans celle de ses deux plus prestigieux voisins, les Grecs et les Romains. La documentation est présente, hétérogène, mais abondante. (...) Aujourd'hui, elle peut être en outre enrichie par l'exploration d'éléments (...) révélés par l'archéologie. »
  13. Sarcophage en grès rouge de Domainville : si la matière n'est pas faite d'argiles à silex bruns ocres rouilles issues de la vallée de la Conie, peut-être s'agit-il du grès des carrières de Saint-Denis-d'Authou, dans le Perche à 70 km de Lumeau.
  14. a et b « Allaines (...) doit son nom à un cantonnement d'Alains » : « cette hypothèse n'est toutefois pas encore confirmée d'un point de vue archéologique » en 1999 (cf. Daniel Jalmain et Anne Ollagnier, « Agglomérations secondaires antiques en Région Centre ; Allaines », Supplément à la Revue archéologique du centre de la France, no 17,‎ , p. 51-54 (ISSN 1159-7151, notice BnF no FRBNF34273419, lire en ligne)).
  15. Villeneuve-sur-Conie, Villeneuve-Saint-Nicolas ; hameaux de Villeneuve à Poupry, à Voise, à Béville-le-Comte, à Autainville.
  16. Nommée église « Saint-Pierre-des-Hommes », puis « Saint-Pierre-Empont », parce qu'elle était située dans le fief appelé « le Pont » à Orléans, elle est signalée vers l'an 840-843 dans la charte de Charles le Chauve comme appartenant à l'évêque d'Orléans. Elle devient Collégiale Saint-Pierre-Empont à Orléans (rue du Cloître Saint-Pierre Empont) au XIIe siècle comme abbaye de clercs. Son clocher servit de tour de guet jusqu'au milieu du XIVe siècle. Elle est ruinée par les Huguenots en 1562 : les dîmes et bénéfices issus de Lumeau ont contribué au financement de sa restauration. Elle forme une paroisse d'Orléans en 1709. Bien du clergé vendu en 1793, elle est transformée en grenier-magasin de vin et raffinerie. Elle est détruite en 1830. « Sanctus Petrus Virorum que l'on croit avoir été un baptistère pour les hommes, démoli en 1830. une grande nef et deux bas côtés sans transept ; arcades plein cintre reposant sur des piliers romans ; au chevet quelques restes d'opus reticulatum, sous le cœur crypte en berceau. Tour carré romane construite dans l'axe de la nef, elle renfermait autrefois la cloche du beffroi. Le chapitre de Saint-Pierre-Empont était composé de trois titulaires et treize chanoines, le doyen était curé de la paroisse établie dans cette église sous le titre de la Madeleine. En 1461, le doyen prit possession, suivant son droit, en habits séculiers avec éperons dorés, ceinture, épée et oiseau sur le poing. » Existe aux A.D. Loiret, cote 50 J 24, une copie de la copie délivrée en 1663 au chanoine Chotard, doyen du chapitre de Saint Pierre-Empont, d'un acte de Manasses de Garlande, évêque d'Orléans, en faveur de cette église, daté de 1163.
  17. Observation de l'éclipse de soleil de 1724 : (47° 54°° 1/3 - 1° 32°°) sont des coordonnées à Ouzouer-le-Marché ; (47° 54°° 1/3 - 1° 57°) sont les coordonnées de la maison dite du Carré, où habitait Jacques d'Allonville de Louville à Saint-Jean-de-Braye : sa latitude est inférieure à celle de Lumeau qui constitua la limite d'observation le .
  18. Jean-Baptiste Pasquier (~1760-1823), succède dans les charges de son père en 1781 : il est le fils de Jean-Baptiste Pasquier (~1730-~1783 ; trésorier à la généralité d'Orléans), lui même fils d'Etienne Pasquier ( -~1749 ; notaire royal au Châtelet d'Orléans).
  19. Les seigneuries de Goury-le-Château (anciennement terre du Mazurier jusqu'en 1686), de Bazoches-les-Hautes, de Brandelon, le Mesnil, Loigny-en-Beauce, Beauvilliers et Villeprévost sont vendues par Anne-Thérèse de Goury, fille de Pierre Goury, chevalier, vicomte d'Evol, maître ordinaire à la chambre des comptes de Paris (1613-1687), à Pierre Le Juge en 1704 (AD Eure et Loir B.1114). « Anne de Beauharnais, femme de messire Pierre Le Juge, seigneur de Loygny, Goury-le-Château, Villeprévost, Bazoches-les-Hautes, Baigneaux, etc. »
  20. a et b « Lettre Aurelle_317 : Le général Chanzy au général d'Aurelle. Terminiers, 2 décembre 1870 », sur www.loire1870.fr : « Tout le 16e corps étant alors engagé, et l'ennemi menaçant ma gauche, j'ai dû faire prévenir le général de Sonis, qui est arrivé vers quatre heures de Patay, avec ce qu'il avait de son corps d'armée. »
  21. a b et c Général Jacques Louis Morandy (Anvers, 26 octobre 1812 - Auxerre, 27 juin 1875). Il est engagé volontaire comme simple soldat au 52e régiment de ligne en Algérie en 1831, devient caporal en 1832 et sergent fourrier en 1834. Il est affecté à la légion étrangère en 1836 et au 1er régiment étranger en 1840. « Il passa successivement par tous les grades inférieurs, sans en excepter ceux de sergent-major et d'adjudant sous-officier et fut enfin nommé sous-lieutenant au bout de dix ans de service, puis promu successivement lieutenant en 1844, capitaine en 1848, chef de bataillon en 1854, lieutenant-colonel en 1863 et colonel du premier régiment de tirailleurs algériens le 22 décembre 1868. Lors de la guerre de Crimée, M. Morandy, alors chef de bataillon au 2e zouaves, comptait dix-sept années de service en Afrique : il prit part à la campagne, fut blessé une première fois à l'Alma et deux autres fois en août et septembre devant Sébastopol. Au retour, il fut chargé de divers commandements en Algérie (...) Il nous suffira de rappeler l'héroïsme déployé par le premier tirailleur à Wissembourg et Reichshoffen. » Avant la bataille de Loigny, il est en France métropolitaine depuis le 19 juillet 1870 comme colonel du 1er régiment de tirailleurs algériens, engagé dans l'Armée du Rhin puis dans l'Armée de Châlons au sein du 1er corps d'armée ayant pour commandant en chef le général de division Ducrot (qui commande la sortie des armées de Paris du 30 novembre au 3 décembre 1870 vers lesquelles l'Armée de la Loire est censée se porter via Pithiviers). Le colonel Morandy est nommé commandeur de la Légion d'honneur le (« Cote LH/1925/4 », base Léonore, ministère français de la Culture). Après la bataille de Sedan et la capitulation du , le colonel Morandy réunit à Saint-Cloud le 5 septembre 1870 les officiers des trois régiments de tirailleurs évadés de Sedan pour continuer le combat avec 1 500 soldats. Affecté à l'Armée de la Loire fin septembre où il organise les forces disponibles à Loury pour la défense d'Orléans, le colonel Jacques Louis Morandy est nommé général de brigade le 3 octobre 1870 affecté à la 1re brigade de la 1re division d'infanterie du 16e corps d'armée, ce 16e corps avait été créé le 12 octobre. Une 3e division est formée au sein du 16e corps le 20 octobre 1870 ; cette division est sous les ordres du général Changy (jusqu'à sa nomination comme chef du 16e corps), auquel succède le général Moraudy le 30 novembre 1870 : elle est au combat lors de la bataille de Loigny.
  22. Les dégâts matériels dans le canton d'Orgères sont les suivants : le 1 décembre 1870, sont incendiées les fermes de Pruneville,Bourneville et Villepéreux ; le 2 décembre 1870, le hameau d'Écuillon est incendié par des bombes ; idem pour le bourg de Loigny et Goury. Les combats qui ont lieu à Poupry le 2 décembre de 1 heure à 6 heures conduisent à la mort du colonel von Kontzki et à des pillages.
  23. Bombardement d'Orléans les 15 et 16 juin 1940.
  24. Postes de charges d'exploitation agricole, comprenant les charges opérationnelles, le coût du fermage, salaires, rémunération main d'œuvre familiale, assurances et frais de gestion, hors amortissement et n'incluant pas la rémunération des capitaux propres et les frais financiers.
  25. Population municipale légale en vigueur au 1er janvier 2019, millésimée 2016, définie dans les limites territoriales en vigueur au 1er janvier 2018, date de référence statistique : 1er janvier 2016.
  26. Au XIVe siècle, Orgères est un fief sous la domination du seigneur du Puiset dans le vicomté de Dunois. La dîme d'Orgères était l'assiette d'un bénéfice ecclésiastique du chapitre de la cathédrale Notre-Dame de Chartres et, depuis une bulle du pape Innocent II en 1131, d'un bénéfice de l'abbaye de la Madeleine de Châteaudun. Sa haute justice était du ressort du baillage de Dunois à Châteaudun. Cependant, une portion du hameau de la Maladrerie d'Orgères « avec sa chapelle de Saint-Marc, est de la paroisse de Fontenay et du baillage d'Orléans, châtellenie de Janville. » D'où la dépendance de la Maladrerie d'Orgères des ordres religieux orléanais et non pas du Dunois comme la paroisse d'Orgères. Le hameau de la Maladrerie a été totalement rattaché à Orgères-en-Beauce en 1952. Notons que le testament de Jean de Meung en 1298 n'évoque que les hôtel-Dieu du Puyset, d'Artenay et de Janville et les léproseries de Janville, Toury, Artenay et Langenerie (notice BnF no FRBNF16612551).

Références[modifier | modifier le code]

  • Lumeau
  1. a et b Mairie de Lumeau « NGF W.B.N303-12 », sur geodesie.ign.fr, position 48° 06′ 58,1″ N, 1° 47′ 11,6″ E.
  2. a b c et d « Mares de Lumeau », sur www.geoportail.gouv.fr (consulté le 12 février 2018).
  3. a et b Hameau d'Écuillon « NGF W.B.N303-10 », sur geodesie.ign.fr, position 48° 07′ 08,2″ N, 1° 44′ 53,8″ E.
  4. a b c et d Hameau de Neuvilliers « NGF W.B.03-35 », sur geodesie.ign.fr, position 48° 06′ 22,8″ N, 1° 45′ 58,2″ E.
  5. a et b Hameau d'Auneux« NGF W.B.03-2 », sur geodesie.ign.fr, position 48° 06′ 37,4″ N, 1° 48′ 03″ E.
  6. a et b Hameau de Domainville 48° 05′ 54,82″ N, 1° 47′ 56,63″ E.
  7. Écart d'Égron 48° 05′ 22,77″ N, 1° 47′ 18,27″ E.
  8. Écart de Tivoly 48° 07′ 07,95″ N, 1° 47′ 41,95″ E.
  9. a b c d et e