Luisa Ortega Díaz

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Luisa Ortega Díaz
Illustration.
Luisa Ortega Diaz en 2017.
Fonctions
Procureur général de la République

(9 ans, 7 mois et 23 jours)
Prédécesseur Isaías Rodríguez Díaz
Successeur Tarek William Saab
Biographie
Nom de naissance Luisa Marvelia Ortega Díaz
Date de naissance (61 ans)
Lieu de naissance Valle de la Pascua (Venezuela)
Nationalité vénézuélienne
Conjoint Germán Ferrer
Diplômée de université de Carabobo
université Santa Maria
Profession avocate
Résidence Caracas
Colombie (exil depuis août 2017)

Luisa Ortega Díaz est une avocate et femme politique vénézuélienne, née à Valle de la Pascua le . Proche d'Hugo Chávez, elle occupe de 2007 à 2017 le poste de procureur général de la République bolivarienne du Venezuela.

À partir de mars 2017, elle s'oppose au président Nicolás Maduro dénonçant l'action de ce dernier lors de la crise politique que traverse le pays et l'accuse de corruption. En juin 2017, une procédure de destitution est engagée à son encontre par la Cour suprême. C'est finalement l'Assemblée constituante qui décide de cette révocation le 5 août suivant. Elle se réfugie en Colombie, accompagnée de son époux, le député chaviste Germán Ferrer.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Luisa Ortega Diaz est née à Valle de la Pascua dans l'État de Guárico au Venezuela, le 11 janvier 1958. Elle a obtenu son diplôme en droit de l'université de Carabobo, située dans l'État de Carabobo. Elle s'est spécialisée en droit pénal à l'université Santa Maria (où elle a enseigné) et en droit procédural à l'université catholique Andrés Bello, toutes deux situées à Caracas.

Carrière professionnelle et engagement politique[modifier | modifier le code]

Luisa Ortega a été conseillère juridique auprès de la chaîne de télévision nationale Venezolana de Televisión, après quoi elle a rejoint le ministère public en avril 2002[1].

Pendant la campagne présidentielle de 1998, Luisa Ortega Díaz est aux côtés d'Hugo Chávez[2]. Elle est la sœur du militaire Humberto Ortega Díaz, qui a également participé à la tentative de coup d'État de 1992 et a été ministre de la Banque publique. Luisa Ortega Díaz est mariée à Germán Ferrer, député du Parti socialiste unifié du Venezuela, fondé par Hugo Chávez[3].

Luisa Ortega est nommée procureur général de la République bolivarienne du Venezuela par l'Assemblée nationale le 13 décembre 2007 pour la période 2008-2014. À cette dernière date, les élus, alors majoritairement proches de Nicolás Maduro, l’ont prolongé dans ses fonctions pour sept ans, jusqu’en 2021[4].

En 2014, Luisa Ortega soutient Nicolás Maduro lors des manifestations contre le gouvernement indiquant que ces manifestations « sont violentes, agressives et mettent en danger la liberté de ceux qui n’y participent pas ». La magistrate laisse entendre un financement de ces manifestations par les États-Unis[5].

Son positionnement évolue lors des manifestations de 2017. En effet, Luisa Ortega considère que « des groupes armés ne doivent pas attaquer des manifestations pacifiques » et précise que des investigations sont en cours à l'égard de ces groupes paramilitaires qui contrôlent les quartiers populaires. Par ailleurs, elle estime que la convocation d’une Assemblée constituante « aggraverait la crise ». Enfin, elle dénonce le recours aux tribunaux militaires à l'encontre des civils arrêtés lors des manifestations[6]. En réaction à ces prises de position, des proches de Nicolás Maduro demandent la démission de Luisa Ortega, l'accusant notamment d'être corrompue[7]. L'ancienne ministre de l'Environnement d'Hugo Chavez, Ana Elisa Osorio, apporte son soutien à Luisa Ortega Díaz dans son opposition à la convocation de l'Assemblée constituante[8]. Le , elle dépose un recours contre la convocation de l'Assemblée constituante, recours qui est rejeté le 12 juin par le Tribunal suprême de justice[9]. En réaction, elle dépose un autre recours contre la nomination des juges du TSJ, en décembre 2015, par la législature sortante dominée par les chavistes[10]. Ensuite des députés proche du président Maduro réclamèrent au TSJ une expertise médicale à son encontre, dans la but de la destituer[11].

Le 12 juin 2017, plusieurs anciens ministres d'Hugo Chávez se réunissent autour d'elle pour évoquer la défense de la Constitution[12].

Fin juin 2017, le Tribunal suprême engage des poursuites à son encontre[13] pour « mensonges » au sujet des juges de l'institution et son audition est fixée au 4 juillet[14]. Elle boycotte celle-ci, dénonçant un « cirque » et une « décision connue d'avance » en évoquant sa possible destitution qu'elle juge jouée d'avance, alors que la cour s'est donnée cinq jours pour statuer sur son sort[15]. La Cour suprême n'a finalement pas décidé du devenir de Luisa Ortega. Le délai légal est de 30 jours pour traiter ce type de dossier[16].

Accusations de corruption envers Nicolás Maduro[modifier | modifier le code]

Luisa Ortega Díaz accuse le président Nicolás Maduro d'avoir reçu 35 millions de dollars de la société brésilienne Odebrecht et d'autres entreprises dans le cadre de l'Opération Lava Jato[17]. Le 18 août 2017, lors d'une réunion de procureurs d'Amérique latine à Puebla au Mexique, elle renouvelle ses accusations par un message audio et affirme détenir les preuves de la culpabilité du président Maduro[18] : « Nous avons le détail de toute la coopération, les montants et les personnes qui se sont enrichies, et cette enquête implique monsieur Nicolás Maduro et son entourage »[19].

Par ailleurs, elle accuse Diosdado Cabello, numéro deux du régime, d'être impliqué dans des dossiers de corruption et d'avoir reçu 100 millions de dollars (85 millions d’euros) de pots-de-vin grace à une entreprise espagnole appartenant à sa famille. Cet argent serait en lien avec les marchés obtenus au Venezuela par une société brésilienne[20].

Destitution, poursuites judiciaires et exil[modifier | modifier le code]

Le 4 août 2017, Luisa Ortega Díaz demande aux tribunaux de bloquer l'installation de l’Assemblée constituante, considérant la possibilité d'irrégularités lors du scrutin du 30 juillet[21]. Le 5 août, elle est finalement « suspendue » de son poste de procureur général de la République par l'Assemblée constituante[22]. Le bâtiment du ministère public est assiégé par la garde nationale[23] et elle déclare « dénoncer cet acte arbitraire devant la communauté nationale et internationale [...] C’est une dictature ! »[24]. Elle est remplacée par Tarek William Saab, défenseur du peuple et proche de Nicolás Maduro[21]. Elle rejette son éviction dans la foulée[25]. Ses comptes bancaires sont gelés et il lui est interdit de quitter le Venezuela[26]

Le 6 août suivant, le Tribunal suprême lance des poursuites à son encontre pour « irrégularités »[27]. En fuite, Luisa Ortega Díaz, dénonce la persécution dont elle est l'objet par le régime de Nicolás Maduro[28].

Le 18 août, son domicile est perquisitionné alors que Saab, son successeur au poste de procureur général a demandé l'arrestation de son mari, Germán Ferrer, député du PSUV[29], dont l'immunité a été levée par l'Assemblée constituante[30]. Elle fuit en le soir même[31], accompagnée de son mari[32], et de deux collaborateurs, Gioconda González Sánchez et Arturo Vilar Estévez [33]. Le groupe rejoint incognito la péninsule de Paraguaná, au nord du Venezuela. Là, un bateau les prend en charge pour rejoindre Aruba, une île néerlandaise située au large du Venezuela. Puis un avion privé les conduit à Bogota en Colombie[34]. Après son arrivée, le président colombien Juan Manuel Santos indique qu'elle est « sous sa protection  » et souhaite lui donner l'asile politique si elle le demande[35].

Déplacements à l'étranger[modifier | modifier le code]

Le 22 août, elle rejoint le Brésil[36], où elle participe à une rencontre des procureurs des pays du Mercosur, ces derniers lui apportent leurs soutiens. Elle y évoque la « mort du droit » au Venezuela et considère que la « stabilité de la région est en danger ». Après un retour en Colombie, elle se rend au Costa Rica, elle y indique craindre pour sa vie et affirme que le régime de Nicolás Maduro a « engagé des tueurs pour attenter à sa vie »[26]. Lors d'un déplacement au Mexique, début septembre, elle remet des informations sur les « crimes commis au Venezuela » au procureur général du Mexique Raúl Cervantes. Elle déclare « Mon pays, mon peuple, souffre d'une série de problèmes, d'une grave crise de nourriture, de santé et d'insécurité. Je dénonce également ces événements dans le monde »[37].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Fiscal General de la República - Currículo « Copie archivée » (version du 24 juin 2014 sur l'Internet Archive) Ministerio Público
  2. Venezuela : qui sont les opposants à Nicolas Maduro France Culture, 20 juillet 2017
  3. Luisa Ortega, la Fiscal chavista que se convirtió en la enemiga de Maduro El Financiero, 15 juin 2017
  4. Gilles Biassette Venezuela : Luisa Ortega, une conscience au cœur du pouvoir chaviste La Croix, 30 mai 2017
  5. Le Venezuela tente de se faire entendre Le Temps, 17 mars 2014
  6. Paulo A. Paranagua La procureure générale du Venezuela critique la répression de l’oppositionLe Monde, 26 mai 2017
  7. Reuters - Marco Bello Venezuela: les partisans de Maduro réclament la démission de Luisa Ortega RFI, 3 juin 2017
  8. Ex-ministra del Ambiente Ana Elisa Osorio pidió al pueblo rechazar la Constituyente: "es muy riesgoso" Aporrea, 7 juin 2017
  9. Le Point, magazine, « Venezuela: la Cour suprême rejette le recours contre la Constituante », sur Le Point (consulté le 12 juin 2017)
  10. « Venezuela: rejet du recours de la procureure générale - Amériques - RFI », sur RFI (consulté le 13 juin 2017)
  11. « Passe d'armes entre procureure et chavistes », sur tdg.ch/ (consulté le 14 juin 2017)
  12. Ex ministros de Chávez se reunieron con Luisa Ortega Díaz El Nacional, 12 juin 2017
  13. « A la Une: Au Venezuela, la procureure Luisa Ortega sera poursuivie - Amériques - RFI », sur RFI (consulté le 24 juin 2017)
  14. « Venezuela : Maduro promeut le chef des services de renseignement, accusé de « violations » des droits de l’homme », sur Le Monde, (consulté le 2 juillet 2017)
  15. « Venezuela: verdict dans 5 jours pour la procureure Luisa Ortega » (consulté le 5 juillet 2017)
  16. Pas de décision de la Cour suprême sur Ortega Tribune de Genève, 13 juillet 2017
  17. Venezuela: une élection pour dissimuler la corruption ? Mediapart, 1 août 2017
  18. Venezuela : l'ex-procureure générale s'enfuit en Colombie et accuse Nicolas Maduro de corruption Europe 1, 19 août 2017
  19. Venezuela: l'ex-procureure générale accuse Maduro de corruption Le Figaro, 19 août 2017
  20. Au Venezuela commence le grand déballage sur la corruption Le Monde, 24 août 2017
  21. a et b La procureure générale démise de ses fonctions Le Devoir, 5 août 2017
  22. La nueva Asamblea Constituyente destituye a la fiscal general de Venezuela, El País, 5 août 2017.
  23. Venezuela: le parquet général "assiégé" par l'armée, Le Figaro, 5 août 2017.
  24. Venezuela : à peine installée, l’Assemblée constituante démet de ses fonctions la procureure générale, Le Monde, 5 août 2017.
  25. « Venezuela : le pouvoir dénonce une rébellion », sur Franceinfo (consulté le 7 août 2017)
  26. a et b Le parcours de Luisa Ortega, procureure générale au Venezuela contrainte à l’exil Libération, 29 août 2017
  27. LIBERATION, « Venezuela : à peine élue, la Constituante renforce les pouvoirs de Maduro », sur Libération, (consulté le 7 août 2017)
  28. Luisa Ortega Díaz: Han amenazado con privarme mi vida El National, 10 août 2017
  29. « Venezuela : perquisition au domicile de l'ex-procureure générale, demande d'arrestation de son mari », sur Europe 1 (consulté le 19 août 2017)
  30. « La Colombie « protège » l'ex-procureure générale vénézuélienne Luisa Ortega », sur Radio-Canada.ca (consulté le 23 août 2017)
  31. « Venezuela: l'ex-procureure générale s'est réfugiée en Colombie », sur La Presse (consulté le 19 août 2017)
  32. Au Venezuela, la Constituante s’arroge les pouvoirs du Parlement Le Monde, 18 août 2017
  33. Luisa Ortega Díaz y Germán Ferrer salieron de Venezuela en lancha El Nacional, août 2017
  34. Fuite rocambolesque au Venezuela France Inter
  35. Venezuela : l'opposante Luisa Ortega "sous la protection" de la Colombie France 24, 21 août 2017
  36. L'ex-Procureure du Venezuela a trouvé refuge au Brésil L'Express, 22 août 2017
  37. Luisa Ortega Díaz entregó a México "información importante" sobre la corrupción en Venezuela Infobae, 3 septembre 2017

Liens externes[modifier | modifier le code]