Ludwik Rajchman

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Ludwik Rajchman
Description de l'image Ludwik Rajchman.jpg.
Naissance
Varsovie, Pologne
Décès (à 83 ans)
Chenu, Sarthe, France
Nationalité Polonais
Formation Bactériologue
Renommé pour Fondation de l'UNICEF

Ludwik Witold Rajchman () était un médecin et bactériologiste polonais. Il est considéré comme le fondateur de l’UNICEF[1] et en a été le premier président entre 1946 et 1950.

Biographie[modifier | modifier le code]

Rajchman a grandi à Varsovie dans les conditions difficiles de l'occupation russe. Très tôt, sa sœur Helena et lui ont pris conscience des injustices sociales dans leur « pays » (la Pologne n'existait pas officiellement à l'époque) et ont participé à l'adolescence à l'enseignement de jeunes travailleurs. À l'âge adulte, il a rejoint le Parti socialiste polonais et a été impliqué et arrêté durant le soulèvement de 1905. Après plusieurs mois de prison, il vécut en exil pendant un certain temps à Kharkov.

Ludwik Rajchman a étudié la médecine à l'université jagellone de Cracovie, où il a rencontré sa future épouse, Marja Bojanczyk, qui était également étudiante en médecine. Il devint fasciné par la bactériologie, comme le lui avait appris Odo Bujwid (en), qui avait travaillé avec Louis Pasteur. Rajchman a fait ses études postdoctorales à l'Institut Pasteur de Paris, puis est brièvement retourné à Cracovie (il lui a été interdit d'aller dans la partie de la Pologne occupée par les Russes) avant d'être nommé dans un important laboratoire de bactériologie à Londres. Rajchman, son épouse et leurs trois enfants sont restés à Londres tout au long de la Première Guerre mondiale. Au cours de cette période, Rajchman fut occupé à militer au sein du PSP pour l'indépendance polonaise à la sortie de la guerre. La famille rentre à Varsovie en et Rajchman (qui connaît bien l'élite polonaise grâce à ses liens familiaux) persuade les nouvelles autorités polonaises de créer un centre épidémiologique, renommé par la suite « Panstwowy Zaklad Higieny » (Institut national de l'hygiène). Varsovie est à ce jour le principal institut de santé publique de Pologne. Rajchman lutta activement contre des vagues d’épidémie de typhus qui dévastèrent l’Europe de l’Est et a été remarqué par la Société des Nations en plein essor, qui l’a nommé en 1921 pour créer une organisation de la santé pour la SdN. L’Organisation de la santé fut considérée comme l’une des entreprises les plus réussies de la SdN. Rajchman voyagea longuement pour remplir son mandat et devint notamment fasciné par la nécessité d'un système de quarantaine et de santé publique en Chine : il devint conseiller du gouvernement chinois et un intime de la famille de Tchang Kaï-chek, en particulier avec TV Soong, ministre de l'Économie et beau-frère du dirigeant. Au début des années 1930, Rajchman s'est fait connaître à Genève pour ses attitudes et ses actions antifascistes et anti-apaisement. Il n’apprécia pas le nouveau secrétaire général de la SdN, Joseph Avenol, lequel le démit de ses fonctions en 1938.

Se trouvant sans emploi, Rajchman se rendit en Chine pour aider le gouvernement à préparer sa défense contre le Japon, notamment en achetant des avions aux États-Unis. Sa famille déménagea en France, achetant un château dans la Sarthe. Toute la famille était présente lorsque les Allemands ont envahi la France. Rajchman est allé voir le président du gouvernement polonais en exil, le général Sikorski, qu'il connaissait personnellement. Sikorski le nomma responsable des réfugiés polonais et lui confia une lettre à remettre au président Roosevelt demandant l'aide des États-Unis. Il lui délivra également un passeport diplomatique lui permettant de fuir la France par l’Espagne et le Portugal afin d'atteindre Washington. Pendant la guerre, Rajchman travaillait sur les questions humanitaires[2], mais aussi en tant que conseiller de TV Soong sur les questions de développement : il aurait appartenu au fameux « lobby chinois ». À la fin de la guerre, l’Administration des Nations unies pour le secours et la reconstruction (UNRRA) lui demanda de rédiger un rapport sur la manière de faire face à l’état dramatique des conditions sanitaires une fois que l’Europe serait libérée (on craignait notamment une épidémie de typhus). À la fin de la guerre, le nouveau gouvernement polonais (communiste) de Lublin lui demanda de représenter la Pologne au sein de l'UNRRA. On dit que Rajchman avait de sérieuses hésitations à collaborer avec ce gouvernement, mais il finit par être conquis par le désir d'aider son pays, ce qu'il a fait de manière très efficace grâce à l'UNRRA.

Lorsque l'UNRRA a annoncé lors d'une réunion des Nations unies à Genève qu'il mettrait fin à ses efforts de secours, Rajchman s'est levé devant l'assemblée et a appelé à la création d'un fonds dédié à aider les enfants du monde entier. Sa proposition fut acceptée et, au début de 1947, l'UNICEF fut fondée pour aider les enfants, notamment en matière de nutrition et de vaccination. Rajchman resta président du conseil d'administration de l'UNICEF jusqu'en 1950 et refusa d'être rémunéré pour son travail. Dans le contexte de la guerre froide naissante et du stalinisme dans les pays du bloc soviétique, Rajchman fut assigné à comparaître à l'époque de McCarthy : il partit brusquement pour la France et ne retourna jamais aux États-Unis. Au même moment, les autorités communistes polonaises lui retirèrent son passeport polonais et il ne fut pas renouvelé avant le début de la période post-stalinienne en 1956. À partir de ce moment-là, Rajchman se rendit assez souvent en Pologne, notamment pour rendre visite à sa sœur qui avait été déchue de ses fonctions académiques. Sa dernière visite eut lieu à Varsovie en 1963, dans l'institut de santé publique qu'il avait fondé en 1918. Rajchman décéda en 1965 des suites d'une complication de la maladie de Parkinson.

Famille[modifier | modifier le code]

Son père est Aleksander Rajchman, créateur et premier directeur de l'Orchestre philharmonique de Varsovie, et sa mère Melania Hirszfeld, militante socialiste et défenseur des droits des femmes. Il était issu d'une famille de juifs polonais christianisés. Alors que ses parents étaient agnostiques, Ludwik fut baptisé à la naissance[3]. Il est le frère d'Aleksander Rajchman (en), éminent mathématicien polonais, et d'Helena Radlinska, sociologue polonaise, et cousin germain de Ludwik Hirszfeld, microbiologiste polonais. Ludwik Rajchman est le père de Jan A. Rajchman (en), informaticien polonais, inventeur de la mémoire à tores magnétiques.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Carol Bellamy, « Fifty years for children », The State of the World's Children 1996, Oxford, Oxford University Press for UNICEF (ISBN 0-19-262747-3).
  2. Jakub Polit, Chiny, Wydawnictwo Trio, Warszawa, 2004, p. 407 (ISBN 83-88542-68-0).
  3. Ludwik Hirszfeld, Marta A. Balińska, William Howard Schneider, Ludwik Hirszfeld, University Rochester Press, 2010, p. XX (ISBN 9781580463386).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marta A. Balińska, For the Good of Humanity: Ludwik Rajchman, Medical Statesman (Translated by Rebecca Howell), Budapest, Central European University Press, 1998 (ISBN 978-9639116177).

Liens externes[modifier | modifier le code]