Sénèque

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Sénèque
Duble herma of Socrates and Seneca Antikensammlung Berlin 07.jpg
Sénèque, double hermès de Sénèque et Socrate du IIIe siècle, d'après un original du Ier siècle, Antikensammlung de Berlin.
Fonction
Sénateur romain
Biographie
Naissance
Décès
Nom dans la langue maternelle
Lucius Annaeus SenecaVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom court
SenecaVoir et modifier les données sur Wikidata
Époque
Domiciles
Corse (d), RomeVoir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Père
Mère
Fratrie
Gallion
Annaeus Mela (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Conjoint
Parentèle
Lucain (neveu)Voir et modifier les données sur Wikidata
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Sénèque (en latin Lucius Annaeus Seneca), né à Cordoue, dans le sud de l'Espagne, entre l'an 4 av. J.-C. et l'an 1 apr. J.-C., mort le 12 avril 65 apr. J.-C., est un philosophe de l'école stoïcienne, un dramaturge et un homme d'État romain du Ier siècle. Il est parfois nommé Sénèque le Philosophe, Sénèque le Tragique ou Sénèque le Jeune pour le distinguer de son père, Sénèque l'Ancien.

Conseiller à la cour impériale sous Caligula, exilé à l'avènement de Claude puis rappelé comme précepteur de Néron, Sénèque joue un rôle important de conseiller auprès de ce dernier avant d'être discrédité et acculé au suicide. Ses traités philosophiques comme De la colère, De la vie heureuse ou De la brièveté de la vie, et surtout ses Lettres à Lucilius exposent ses conceptions philosophiques stoïciennes. Pour lui :

« Le souverain bien, c'est une âme qui méprise les événements extérieurs et se réjouit par la vertu[1]. »

Ses tragédies constituent l'un des meilleurs exemples du théâtre tragique latin avec des œuvres qui nourriront le théâtre classique français du XVIIe siècle comme Médée, Œdipe ou Phèdre.

Biographie[modifier | modifier le code]

Statue de Sénèque à Cordoue.
Bronze moderne d'Amadeo Ruiz Olmos (es), 1965.
Buste découvert en 1754 à la Villa des Papyrus d'Herculanum, que l'on a pris pour une représentation de Sénèque. La découverte en 1813 d'un double buste Sénèque/Socrate remet en cause la personne représentée, que l'on ne peut pas déterminer avec certitude.
Buste en marbre figurant un portrait imaginaire de Sénèque, sculpture anonyme du XVIIe siècle, musée du Prado de Madrid.

Sénèque est né à Corduba en Bétique (actuelle Andalousie). La date précise de sa naissance n'est pas connue, mais on la situe habituellement au début de notre ère[2], entre l'an 4 av. J.-C. et 1 apr. J.-C.[3] Sa famille n'était pas espagnole, mais semble avoir été originaire d'Italie du Nord[4],[5]. Il était le deuxième fils d'Helvia et de Marcus Lucius Annaeus Seneca (dit « Sénèque l'Ancien »), un rhéteur aisé de rang équestre. Novatus, dit Gallion, son frère aîné, fut proconsul d'Achaïe à Corinthe, où, selon les Actes des Apôtres[6], Paul de Tarse comparut devant lui en 51. Durant l'Antiquité, on attribuait à Sénèque et Paul une correspondance, mais ce texte a été considéré ultérieurement comme apocryphe par les Églises chrétiennes et son authenticité reste controversée parmi les historiens. Sénèque le Jeune était aussi l'oncle de l'écrivain Lucain, fils de son frère cadet Mela[7].

Il était encore très jeune lorsque sa famille vint à Rome, où son père lui donna une éducation soignée. Il fut d'abord attiré par le pythagorisme. Vers 20 ans, il tomba gravement malade et on l'envoya en Égypte se rétablir. De retour à Rome en 31, il commence sa carrière à la cour.

Conseiller à la cour impériale sous Caligula — qui, semble-t-il, le jalousait[8] —, il fut plus tard victime des intrigues de Messaline, la troisième épouse de Claude et, sous prétexte d'adultère avec Julia Livilla, sœur d'Agrippine la Jeune, relégué en 41 en Corse.

Sur l'exil de Sénèque en Corse, il est difficile de faire la part de la légende dans les diverses anecdotes rapportées par la tradition locale. Il est probable qu'il n'a pas vécu en ermite dans la Tour de Sénèque, extraordinaire nid d'aigle perché sur le chaînon montagneux du Cap Corse. Selon un autre récit traditionnel, Sénèque, qui aurait attenté à la vertu d'une bergère corse, aurait été, par vengeance, roulé nu dans un buisson d'orties, ce qu'attesterait le nom vernaculaire d'une variété d'orties : l'Urtica di Seneca[9]. Dans ses écrits ultérieurs il a porté des jugements très peu flatteurs sur l'île et sur ses habitants dont il disait : « Se venger est la première loi des Corses, la seconde, vivre de rapines, la troisième, mentir et la quatrième, nier les Dieux[10]. »

Il tente dans sa Consolation à Polybe de plaire au secrétaire de Claude qui venait de perdre son frère[11]. Ce texte est si chargé de flatteries que certains comme Paul Albert (1827-1880) estiment que Sénèque n'en est pas l'auteur[12]. Le texte de Sénèque n'eut pas l'effet espéré, il ne fut rappelé qu'en 48 ou 49 après la mort de Messaline et à la demande d'Agrippine, devenue la nouvelle épouse de Claude. En 50, il est préteur. Vers cette époque, il épouse Pauline, originaire d'Arles[13], sans doute fille de Pompeius Paulinus, préfet de l'annone, c’est-à-dire chargé de l’approvisionnement de Rome, auquel il dédie le traité De la brièveté de la vie (De brevitate vitae).

Il fut le précepteur de Néron : c'est d'ailleurs lui qui composa l'éloge funèbre prononcé par Néron à la mort de Claude, comme il composa, par la suite, bon nombre des discours du nouvel empereur. Plus tard, Sénèque composa une violente satire contre l'apothéose de Claude : l’Apocoloquintose. Avec le préfet du prétoire Sextus Afranius Burrus, Sénèque fut l'un des principaux conseillers de Néron durant les cinq premières années du règne de l'empereur : le quinquennium Neronis.

En mai-juin 55, il est consul suffect. En 56, il publie le De Clementia.

En 58, Sénèque est diffamé par P. Suillius, qui lui reproche son immense fortune (300 millions de sesterces) acquise par ses amitiés, et sa tentative de débaucher des femmes de la maison princière. Mais le philosophe s'en tire sans dommage[14].

Sénèque parvient à rompre le lien quasi incestueux de Néron et de sa mère, isole Agrippine et participe activement, quoique indirectement, à son assassinat en 59. « Aussi n'était-ce plus Néron, dont la monstruosité était au-delà de toute plainte, mais Sénèque que la rumeur publique condamnait, pour avoir avoué, en faisant écrire cela, le crime. »[15].

Le suicide de Sénèque, par Manuel Domínguez Sánchez (v.1871).
Suicide de Sénèque, tel qu'illustré dans les Chroniques de Nuremberg.

En 62, cependant, il commence à tomber en disgrâce :

« La mort de Burrus brisa la puissance de Sénèque, parce que la politique du bien n'avait plus le même pouvoir, maintenant que l'un de ceux que l'on pourrait appeler ses chefs était mort et que Néron penchait vers les hommes du pire. Ces mêmes hommes lancent contre Sénèque des accusations variées, lui reprochant de chercher encore à accroître ses richesses, déjà immenses, et qui dépassaient déjà la mesure convenant à un particulier, de vouloir s'attirer la faveur des citoyens et, par la beauté de ses jardins et la magnificence de ses villas, surpasser même le prince. On lui faisait grief aussi de sa gloire d'homme de lettres et de composer plus fréquemment des poèmes depuis que Néron s'était mis à les aimer. Ennemi affiché des divertissements du prince, il dépréciait son habileté à conduire les chevaux, se moquait de sa voix chaque fois qu'il chantait. Jusqu'à quand n'y aurait-il rien de beau dans l'État qui ne passât pour être l'œuvre de cet homme ? Assurément, Néron était sorti de l'enfance et était dans la force de sa jeunesse ; qu'il renvoyât son instituteur, puisqu'il avait pour l'instruire des personnages suffisamment illustres, ses propres ancêtres. »

— Tacite, Annales, XIV, 52.

À la suite de sa mise en cause, Sénèque demande à Néron d'être relevé de sa charge d’« ami du prince » et propose de lui restituer sa fortune. Néron refuse, mais en 64, bien que Sénèque se soit retiré de la vie publique, Néron, qui a fini par le haïr, tente vainement de l'empoisonner.

En 65, il est compromis malgré lui dans la Conjuration de Pison et contraint à un suicide forcé. Il se donne la mort en s'ouvrant les veines sur l'ordre de Néron[16].

« Ensuite le fer lui ouvre les veines des bras. Sénèque, dont le corps affaibli par les années et par l'abstinence laissait trop lentement échapper le sang, se fait aussi couper les veines des jambes et des jarrets. Bientôt, dompté par d'affreuses douleurs, il craignit que ses souffrances n'abattissent le courage de sa femme, et que lui-même, en voyant les tourments qu'elle endurait, ne se laissât aller à quelque faiblesse ; il la pria de passer dans une chambre voisine. Puis, retrouvant jusqu'en ses derniers moments toute son éloquence, il appela des secrétaires et leur dicta un assez long discours. [...] Comme le sang coulait péniblement et que la mort était lente à venir, il pria Statius Annaeus, qu'il avait reconnu par une longue expérience pour un ami sûr et un habile médecin, de lui apporter le poison dont il s'était pourvu depuis longtemps, le même qu'on emploie dans Athènes contre ceux qu'un jugement public a condamnés à mourir. Sénèque prit en vain ce breuvage : ses membres déjà froids et ses vaisseaux rétrécis se refusaient à l'activité du poison. Enfin il entra dans un bain chaud, et répandit de l'eau sur les esclaves qui l'entouraient, en disant : « J'offre cette libation à Jupiter Libérateur. » Il se fit ensuite porter dans une étuve, dont la vapeur le suffoqua. Son corps fut brûlé sans aucune pompe ; il l'avait ainsi ordonné par un codicille, lorsque, riche encore et très puissant, il s'occupait déjà de sa fin[17]. »

Apport philosophique et moral[modifier | modifier le code]

« Portrait de Sénèque d'après l'antique » (un buste maintenant surnommé Pseudo-Sénèque) de Lucas Vorsterman d'après Rubens, 1638, Bibliothèque nationale de France.

Conception de la religion[modifier | modifier le code]

Selon Paul Albert (mort en 1880), longtemps avant Sénèque, la religion ancienne était tombée en désuétude : il n'y avait sans doute pas à Rome un esprit éclairé qui acceptât les fables du polythéisme ou les pratiques de superstition empruntées aux cultes de l'Orient[18].

Sénèque consent à ce qu'on donne à Dieu des noms plus larges.

« Voulez-vous l'appeler nature ? Vous ne vous tromperiez point ; car c'est de lui que tout est né, lui dont le souffle nous fait vivre. Voulez-vous l'appeler monde ? Vous en avez le droit. Car il est le grand tout que vous voyez ; il est tout entier dans ses parties, il se soutient par sa propre force[19]. »

Toutes ces définitions sont plus ou moins empruntées au stoïcisme scientifique[18].

En ce qui concerne le culte que réclament les dieux :

« Le premier culte à leur rendre, c'est de croire à leur existence, puis de reconnaître leur majesté, leur bonté, sans laquelle il n'y a pas de majesté, de savoir que ce sont eux qui président au monde, qui gouvernent l'univers par leur puissance, qui sont les protecteurs du genre humain[20]. »

« Ils ne peuvent ni faire ni recevoir une injustice[20]. »

Une sorte d'enthousiasme religieux est exprimée dans ce passage :

« En vain élèverez-vous les mains vers le ciel ; en vain obtiendrez-vous du gardien des autels qu'il vous approche de l'oreille du simulacre, pour être mieux entendu : ce Dieu que vous implorez est près de vous ; il est avec vous, il est en vous. Oui, Lucilius, un esprit saint réside dans nos âmes ; il observe nos vices, il surveille nos vertus, et il nous traite comme nous le traitons. Point d'homme de bien qui n'ait au-dedans de lui un Dieu. Sans son assistance, quel mortel s'élèverait au-dessus de la fortune ? De lui nous viennent les résolutions grandes et fortes. Dans le sein de tout homme vertueux, j'ignore quel Dieu, mais il habite un Dieu. S'il s'offre à vos regards une forêt peuplée d'arbres antiques dont les cimes montent jusqu'aux nues, et dont les rameaux pressés vous cachent l'aspect du ciel ; cette hauteur démesurée, ce silence profond, ces masses d'ombre qui de loin forment continuité, tant de signes ne vous annoncent-ils pas la présence d'un Dieu ? Sur un antre formé dans le roc, s'il s'élève une haute montagne, cette immense cavité, creusée par la nature, et non par la main des hommes, ne frappera-t-elle pas votre âme d'une terreur religieuse ? On vénère les sources des grandes rivières, l'éruption soudaine d'un fleuve souterrain fait dresser des autels ; les fontaines des eaux thermales ont un culte, et l'opacité, la profondeur de certains lacs les a rendus sacrés : et si vous rencontrez un homme intrépide dans le péril, inaccessible aux désirs, heureux dans l'adversité, tranquille au sein des orages, qui voit les autres hommes sous ses pieds, et les dieux sur sa ligne, votre âme ne serait-elle pas pénétrée de vénération ? Ne direz-vous pas qu'il se trouve en lui quelque chose de trop grand, de trop élevé, pour ressembler à ce corps chétif qui lui sert d'enveloppe ? Ici le souffle divin se manifeste[21]. »

L'homme, non l'homme vulgaire, mais celui qu'il appelle le sage, est comme un dieu. Celui-là en effet est non seulement placé sur la même ligne que les dieux, mais il leur est supérieur :

« Le sage ne diffère de Dieu que par la durée. (Bonus tempore tantum a Deo differt[22].) »

Si Dieu est exempt de toute crainte, le sage aussi. Si Dieu est affranchi de la crainte par le bienfait de sa nature, le sage a l'avantage de l’être par lui-même :

« Supportez courageusement ; c'est par là que vous surpassez Dieu. Dieu est placé hors de l'atteinte des maux, vous, au-dessus d'eux[23]. »

Une doctrine de la vie bonne[modifier | modifier le code]

Cet être parfait existe, quoique assez rare, « c'est un phénix qui ne naît que tous les cinq cents ans »[24].

Quant à la mort, il fallait être toujours prêt, se fortifier, s'encourager les uns les autres. On rappelait les beaux exemples de courage, les trépas héroïques ; ce n'était point pour exercer son esprit, comme dit Sénèque, (Non in hoc exempla nunc congero ut ingenium exerceam[25]).

Sénèque combat parfois, mais faiblement, ce qu'il appelle « le désir de mourir » (libido moriendi) : « Le sage ne doit point fuir de la vie, mais en sortir. »[26].

Mais dans quelles circonstances ? On se donnait souvent la mort pour échapper aux ennuis et aux incommodités de la vieillesse. Il faut les supporter, dit Sénèque, tant que l'âme n'en sera point diminuée ou l'intelligence menacée. Mais si les supplices, si l'ignominie nous menacent, nous redevenons libres d'y échapper par la mort, car nous avons le droit de nous soustraire à tout ce qui trouble notre repos. Il va même jusqu'à accorder ce droit le jour « où la fortune commencera à être suspecte[27]. »

On lui doit aussi cette citation célèbre :

« Ce n'est pas parce que les choses nous paraissent difficiles que nous n'osons pas, c'est parce que nous n'osons pas qu'elles nous paraissent difficiles[28]. »

Cependant, il faut saisir toutes les secondes de notre temps. Pour le préserver, Sénèque nous invite concrètement par exemple à lire les lettres de Lucilius. Il reste très romain dans son approche de la mort : la vie est pour lui un bien au sens patrimonial du terme et comme plusieurs stoïciens et épicuriens rejette le destin post-mortem.

« Où seras-tu après la mort ? Avec ceux qui ne sont pas nés[29]. »

Apport scientifique[modifier | modifier le code]

Dans ses Questions naturelles (Naturales quaestiones), Sénèque propose une synthèse critique de témoignages et théories d'auteurs plus anciens, en particulier des philosophes grecs, concernant des phénomènes naturels[30]. Un astéroïde a été nommé (2608) Sénèque en sa mémoire, en raison entre autres de ses textes sur les météores et sur les comètes contenus respectivement dans les livres I et VII des Questions naturelles[30] .

Œuvres[modifier | modifier le code]

La datation supposée des écrits est indiquée. Faute d'indices chronologiques concrets, la datation à partir de critères stylistiques est hypothétique[31].

Physique[modifier | modifier le code]

Sénèque écrivit entre 61 et 64 les Questions naturelles (Naturales quaestiones), en sept livres, il traite et observe des phénomènes et des réponses qui furent apportés pour les décrire et en chercher la cause. Les discussions sont savantes, en abordant la rationalité de l'univers avec plusieurs digressions morales. Sénèque avait écrit plusieurs traités de physique, tous perdus[32].

  • Liber I, de ignibus caelestibus
  • Liber II, de fulminibus et tonitribus
  • Liber III, de aquis terrestribus
  • Liber IV, de Nilo, de nubibus
  • Liber V, de ventis
  • Liber VI, de terrae motu
  • Liber VII, de cometis

Satire[modifier | modifier le code]

  • Apocoloquintose (La transformation de l'empereur Claude en citrouille) (vers 54)

Consolations[modifier | modifier le code]

  • Consolation à Marcia (Ad Marciam consolatio) (41)
  • Consolation à ma mère Helvia (Ad Helviam matrem Consolatio) (41)
  • Consolation à Polybe (Ad Polybium consolatio) (41)

Dialogues et correspondance[modifier | modifier le code]

Des Lettres de Paul et de Sénèque, au nombre de quatorze, ont circulé, attribuées entre le philosophe et l'apôtre Paul. Il fut établi que c'est un faux datant du IVe siècle.

Tragédies[modifier | modifier le code]

Sénèque écrivit plusieurs tragédies, dont la question de savoir si elles étaient destinées au théâtre ou à des lectures publiques a longtemps divisé[33]. Dix tragédies à son nom nous sont parvenues ; la critique soupçonne que deux tragédies sont apocryphes :

Des doutes subsistent sur son authenticité : on croit probablement a un pastiche, une relecture d'Hercule furieux.
Seule fabula prætexta complète qui nous soit parvenue, on sait que ce n'est pas l'œuvre de Sénèque : la tradition manuscrite fiable est défectueuse, le philosophie se met en scène, le style est bien différent et la pièce référence le suicide de Néron (conforme au récit donné par Suétone), il s'agit d'une imitation postérieure.

Écrits perdus et fragments[modifier | modifier le code]

Bon nombre de traités furent perdus[34],[35]. Ils subsistent seulement comme fragments, le plus souvent étant des citations conservées par des auteurs postérieurs[36] ou sont évoqués par Sénèque[37] :

  • la correspondance perdue comprend des lettres à son frère Novatus, à son ami Caesonius Maximus et plusieurs lettres à Lucilius (Aulu-Gelle parle d'un XXIIe livre) ;
  • une Vie de mon père (De uita patris) ;
  • des discours à Néron ;
  • un éloge à Messaline ;
  • deux traités de géographie sur la localisation de l'Inde (De situ Indiae) et la localisation et religion des égyptiens (De situ et sacris Aegyptiorum) ;
  • des poèmes (Carmina) et des épigrammes. Près de 70 épigrammes, totalisant approximativement 620 vers, sont présents dans l'Anthologie palatine, mais leur attribution fait débat[38],[39] ;
  • des écrits de physique sur le tremblement de terre (De motu terrarum), les pierres (De lapidum natura), les poissons (De piscium natura) et la forme du monde (De forma mundi), cités par Cassiodore et Pline l'ancien pour l'Histoire naturelle ;
  • des livres traitant de philosophie : des exhortations, sur les devoirs (De Officis), sur la mort prématurée (De immatura morte), sur la superstition (De superstitione, largement cité par Saint Augustin dans La Cité de Dieu), sur le mariage (De matrimonio), sur l'amitié (Quomodo amicitia continenda sit) et un livre sur la morale philosophique (Libri de philosophia morali).

Dans la culture[modifier | modifier le code]

Dante cite Sénèque au Chant IV de l'« Enfer », première partie de la Divine Comédie : « Tous l’admiraient, tous lui rendaient honneur. Là je vis Socrate et Platon, qui se tiennent plus près de lui que les autres ….. ; je vis Orphée, Tullius et Livius, et Sénèque le philosophe moral ; Euclide le géomètre, Ptolémée[40]. »

Il est également nommé à plusieurs reprises dans la pièce de théâtre Britannicus, de Jean Racine, en tant que précepteur puis conseiller de Néron[41]. Plus tôt avait été créée La Mort de Sénèque par Tristan L'Hermite.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Summum bonum est, animus fortuita despiciens, virtute lætus (La vie heureuse, IV)
  2. Pierre Grimal 1976, p. 56
  3. Paul Veyne, Sénèque, avant-propos, p. III, Bouquins, Paris, 1993
  4. Hubert Zehnacker, Jean-Claude Fredouille, Littérature latine, p. 231, PUF, 2001.
  5. Paul Veyne, qui fait aussi allusion à l'Italie du Nord, penche plutôt, quant à lui, pour une origine espagnole : Sénèque, préface p. VII, Bouquins, Paris, 1993. Voir aussi la discussion en note (Ibid.). Paul Veyne relativise la question de l'origine : « Le racisme antique n'était pas le nôtre. […] Peu importait : qu'il descendît d'un vétéran italien ou d'un principicule ibérique, Sénèque était un Romain ; on n'allait pas chercher plus loin. ».
  6. Actes des Apôtres, chapitre 18, versets 12 à 18.
  7. Jean-Michel Croisille, « Lucain, neveu de Sénèque », Vita Latina, no 141,‎ , p. 39 (lire en ligne)
  8. Paul Albert, Histoire de la littérature romaine, livre IV, chapitre I, 2 : « … devant Caligula, dont il excite la jalousie… »
  9. Roccu Multedo, « Sénèque », sur enciclopediacorsica.wordpress.com,
  10. « Sénèque », sur www.corsicamea.fr (consulté le )
  11. Sénèque, Consolatio ad Polybum
  12. Paul Albert, Histoire de la littérature romaine, livre IV, chap. I, 3.
  13. Sur Pauline et sa famille, une des grandes familles d'Arles, voir Jérôme Carcopino, Choses et gens du pays d'Arles, Lyon, 1922, p. 18-24.
  14. Tacite, Annales, Livre XIII, chapitre XLII-3
  15. Tacite, Annales, XIV, 11, 3, trad. Pierre Wuilleumier, Les Belles Lettres.
  16. Tacite, Annales Livre XV, chapitre LX- 2 et suivants.
  17. Tacite, Annales, XV, 63-64.
  18. a et b Paul Albert, Histoire de la littérature romaine, livre IV, chapitre I, 4
  19. Sénèque, Questions naturelles, livre II, 45
  20. a et b Sénèque, Lettres à Lucilius XCV
  21. Sénèque, Lettres à Lucilius, XLI
  22. Sénèque, De providentia, I
  23. Sénèque, De la providence, VI : « Souffrez avec courage ; par là vous l’emporterez sur moi-même : je suis en dehors de la souffrance ; vous êtes, vous, au-dessus d’elle. »
  24. Lettres à Lucilius, lettre XLII, Rareté des gens de bien
  25. « Je n’entasse point ici les exemples comme exercice d’imagination, mais pour t’aguerrir » -. Sénèque, Lettres à Lucilius, Lettre XXIV - Craintes de l’avenir et de la mort. – Suicides par dégoût de la vie.
  26. « Vir fortis ac sapiens non fugere debet e vita, sed exire; et ante omnia ille quoque vitetur affectus qui multos occupavit, libido moriendi. » - Sénèque, Lettres à Lucilius - Lettre XXIV - Craintes de l’avenir et de la mort. – Suicides par dégoût de la vie.
  27. Sénèque, Lettres à Lucilius, LXX, Du suicide, quand peut-on y recourir
  28. Sénèque, Lettres à Lucilius, XVII, 104, 26.
  29. Quæris quo jaceas post obitum loco ? Quo non nata jacent. (Chœur des Troyennes, II, 3)
  30. a et b Janet Borg et Anny-Chantal Levasseur-Regourd (préf. Hubert Reeves), L'exploration cométaire : De l'Antiquité à Rosetta, Paris, Nouveau monde éditions, coll. « Histoire des sciences », , 231 p. (ISBN 978-2-36942-524-3), chap. 1 (« Aux origines de l'astronomie cométaire »), p. 18-22. Sénèque, Questions naturelles, Texte établi et traduit par P. Oltramare, Les Belles Lettres,1961.
  31. Le théâtre de Sénèque, Vita Latina. p.424 de la biographie de Grimal.
  32. Sénèque (trad. Paul Oltramare), Questions Naturelles, Les Belles Lettres, , Introduction. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
    édition révisée en 1961 et 2003.
  33. Léon Herrmann, « Les tragédies de Sénèque étaient-elles destinées au théâtre ? », Revue belge de philologie et d'histoire, vol. 3, no 4,‎ , p. 841-846 (lire en ligne)
  34. Henri Bardon, La littérature latine inconnue: Tome II: L'Époque impériale, Paris, klincksieck, 1953, chap. III « Au Temps des Julio-Claudiens » (note 1)
  35. Troisième volume de l'édition Teubner
  36. (la) Vottero, D. (trad. du latin), Seneca : I frammenti, Bologne, Pàtron, , 534 p. (ISBN 88-555-2469-0 et 9788855524698, OCLC 41285495, lire en ligne)
  37. Comme le livre sur la morale philosophique qu'il mentionne à plusieurs reprises dans Lettres 106, 1-3; 108, 1 et 39; 109, 1, 14 et 17 (A.D. Leeman, « Seneca's Plans for a Work 'Moralis Philosophia' and Their Influence On His Later Epistles », Mnemosyne, vol. 6, no 1,‎ , p. 307–313 (ISSN 0026-7074 et 1568-525X, DOI 10.1163/156852553X00479, lire en ligne, consulté le ))
  38. « Les épigrammes de l'Anthologie latine attribuées à Sénèque », Texte français des épigrammes. Le nombre des pièces poétiques varie selon les éditeurs, certaines épigrammes furent potentiellement divisées par la tradition manuscrite, sur Folia Electronica Classica,
  39. Pierre Laurens, Histoire Critique de la Littérature Latine, Les Belles Lettres, , p. 381-384
  40. Commedia, Inf. IV, 141 (texte original) - Trad. Lamennais
  41. « Britannicus (1670) - Wikisource », sur fr.wikisource.org (consulté le )

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources antiques
Ressources philosophiques antiques
Ouvrages anciens
Ouvrages récents
Anthologies
  • Ainsi parlait Sénèque (édition bilingue), dits et maximes de vie choisis et traduits du latin par Louis Gehres, collection "Ainsi parlait"; Éditions Arfuyen, Paris-Orbey, 2015.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]