Lucien Le Boudec

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Lucien Le Boudec
Lucien Le Boudec
Le Général Lucien Le Boudec en 1995

Naissance
Paris
Décès (à 90 ans)
Saint-Mandé (Val-de-Marne)
Arme Troupes de marine

Blindés coloniaux

Grade Général de brigade
Années de service 1944-1980
Commandement 2e RPIMa (1968-1970)
Conflits Campagne de France
Guerre d'Indochine
Guerre d'Algérie
Faits d'armes Combats de Tu Lê
Opération Hirondelle
Opération Castor
Bataille de Dien Bien Phu
Distinctions Grand-croix de la Légion d'Honneur
Grand-croix de l'Ordre national du Mérite

Devenir son propre juge et s'estimer soi-même

Lucien Le Boudec est un officier général français, né à Paris le 18 janvier 1923, et mort à l'hôpital militaire Bégin de Saint-Mandé (Val-de-Marne), le 19 août 2013.

Figure des parachutistes, Lucien Le Boudec a la singularité d’être un des rares généraux français à avoir commencé sa carrière comme soldat de 2e classe[1].

Cinq fois blessé au combat et titulaire de onze citations, dont six à l'ordre de l'armée, le général le Boudec fut élevé à la dignité de Grand-croix de la Légion d’Honneur et de Grand-croix de l'Ordre National du Mérite.

En son honneur, la 57ème promotion d’éléves-officiers de l’École militaire interarmes (2017-2019) a choisi le 21 juillet 2018, d'être baptisée "Promotion général Le Boudec".

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance, engagement et Campagne de France[modifier | modifier le code]

Lucien Le Boudec nait le 18 janvier 1923 à Paris, à l’hôpital Saint-Louis [2]. Né de père inconnu et de milieu très modeste, il est rapidement contraint d'interrompre ses études, bien qu'ayant été lauréat du Concours Général. Devenu instituteur pour pouvoir préparer par correspondance le concours d’Ingénieur des Travaux Publics, il veut échapper au STO en 1944, et rejoint le maquis de Saint-Marcel (Morbihan), où il s’engage comme volontaire au 8e Bataillon FFI du Morbihan en opération sur le front de Lorient[2]. En novembre 1944, son bataillon FFI est dissous pour devenir le 4e escadron du 19e régiment de dragons. Il alterne alors les séjours d'instruction en garnison à Pontivy, et une présence en ligne sur le front de la Poche de Lorient.

Armistice et Ecoles militaires[modifier | modifier le code]

Une fois l'armistice signé, son unité est rattachée au Régiment colonial de chasseurs de chars qui est envoyé à l'été 45, en occupation à Dornhan en Allemagne (district de Rottweil). Nommé successivement brigadier, brigadier-chef et maréchal-des-logis, il est détaché pour préparer le concours d’entrée à l'École militaire interarmes de Saint-Cyr Coëtquidan. Il intègre l’EMIA en mars 1946 (promotion Indochine), et à l’issue de sa scolarité, choisit les troupes de marine (spécialité « Arme blindée cavalerie ») puis rejoint l'école d’application de l’ABC à Saumur en mars 1947.

Premier séjour en Indochine[modifier | modifier le code]

En mars 1948, nommé sous-lieutenant, il est affecté à la Ire Demi-brigade coloniale de commandos parachutistes cantonnée à Vannes-Meucon où il devient moniteur parachutiste. Affecté au 6e Bataillon colonial de commandos parachutistes, ancêtre du 6e régiment de parachutistes d'infanterie de marine, il embarque pour l’Indochine en juin 1949[2]. Il sert d'abord en Annam, dans la région de Hué, à la tête d'un groupe de commando, puis, nommé lieutenant, il est détaché de son unité, pour prendre le commandement du centre d'entrainement de saut de la base aéroportée de Saïgon. Au total, ce premier séjour durera deux ans. Il y recevra une blessure au combat et trois citations.

Second séjour en Indochine[modifier | modifier le code]

En juin 1952, Lucien Le Boudec est volontaire pour un second séjour en Indochine. Il est réaffecté au 6e Bataillon de Parachutistes coloniaux, devenu le 6e BPC, commandé alors par le chef de bataillon Marcel Bigeard. L’unité sera très vite connue sous le nom de « Bataillon Bigeard ». Il participe aux Combats de Tu Lê, en octobre 1952, au terme duquel il est fait Chevalier de la Légion d’Honneur à titre exceptionnel[2],[3]. En 1953, il participe à l'opération de Lang Son (Opération Hirondelle), à la prise de Diên Biên Phu (Opération Castor). Nommé commandant de compagnie, fin 53, il participe à la tête de la 6e CIP (6e compagnie indochinoise de parachutistes) aux opérations de Ban Na son Khone, Se-No et Cat-Bi, avant d'être parachuté une seconde fois sur Diên Biên Phu, le 16 mars 1954. Durant les cinquante jours de la bataille de Diên Biên Phu, il sera blessé quatre fois, nommé capitaine à titre exceptionnel, puis officier de la légion d’Honneur à titre exceptionnel (JO du 10 février 1955 pour prendre rang du 7 mai 1954). Prisonnier des Viêt-Minhs à la chute du camp retranché[4], il subira quatre mois de captivité et une marche de plus de 700 kilomètres, au cours desquels plus des deux-tiers de ses frères d'armes prisonniers seront décimés. Il est libéré à Việt Trì le 2 septembre 1954 et rapatrié un mois plus tard. Au terme de ce second séjour en Indochine, il totalise six nouvelles citations.

Algérie & Chypre[modifier | modifier le code]

En février 1955, il est affecté à la Ire Demi-brigade de parachutistes coloniaux de Bayonne, puis en mars 1956, à l'escadron de jeeps armées du 3e BPC cantonné à Bône en Algérie. En septembre 1956, il participe à l'opération de Chypre, qui devait être préalable à l’expédition de Suez. Il reçoit deux nouvelles citations, avant de demander sa mutation en métropole.

Carrière en métropole et outre-mer[modifier | modifier le code]

En décembre 1957, il prend le commandement de la compagnie d’instruction de la Ire Demi-brigade de parachutistes coloniaux, à Bayonne.

De 1960 à 1963, il est affecté comme chef d'État-major au 7e régiment de parachutistes d'infanterie de marine à Dakar (Sénégal).

De 1963 à 1965, il est affecté comme directeur de l’instruction combat à l’ETAP (École des troupes aéroportées), à Pau. Il est promu chef de bataillon et commandeur de la Légion d’Honneur.

De 1966 à 1968, il devient officier TAP et directeur de l'éducation physique et sportive aux Écoles de Saint-Cyr Coëtquidan.

Promu lieutenant-colonel, il commande de 1968 à 1970, le 2e régiment de parachutistes d'infanterie de marine, cantonné à Ivato (Madagascar)

De 1971 à 1973, il devient directeur de l’instruction à l’École Interarmées des Sports de Fontainebleau. Il est promu colonel.

De 1974 à 1976, il est affecté comme Directeur de l’assistance militaire technique à N’Djamena (Tchad).

De 1976 à 1980, il est affecté comme commandant adjoint de la 2e division blindée (2e DB), cantonnée à Saint-Germain-en-Laye, puis à Versailles. Nommé général de brigade, il intègre le 18 janvier 1980, la deuxième section des officiers généraux.

Deuxième section[modifier | modifier le code]

Placé en deuxième section, Lucien Le Boudec sera par trois fois décoré par un Président de la République. Le 16 septembre 1980, il est élevé à la dignité de Grand Officier de la Légion d’Honneur par Valéry Giscard d’Estaing (décret du 7 juillet 1980). Le 16 octobre 1998, il est élevé à la dignité de Grand-Croix de l’ordre national du Mérite par Jacques Chirac (décret du 30 avril 1998), et le 30 novembre 2009, il est élevé à la dignité de Grand-Croix de la Légion d’Honneur par Nicolas Sarkozy (décret du 11 mai 2009).

De 1984 à 1994 , Lucien Le Boudec préside l’amicale des anciens du 6e régiment de parachutistes d'infanterie de marine, héritier du 6e BPC.

En septembre 2012, il fait don de ses souvenirs cinématographiques d'Indochine à l'Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense (ECPAD)[2].

Atteint de deux cancers, et au terme d'un dernier long combat contre la maladie, le général Le Boudec s’est éteint le 19 août 2013, à l’hôpital d'instruction des armées Bégin à Saint-Mandé (Val-de-Marne). Ses obsèques ont été célébrées aux Invalides le 26 août 2013. Après une messe en la cathédrale Saint-Louis, les honneurs militaires lui ont été rendus dans la Cour d'honneur des Invalides en présence des plus hautes autorités militaires et du drapeau du 2e RPIMa, régiment dont il avait été chef de corps[5]. Le général Le Boudec a été inhumé aux côtés de son épouse au cimetière des arches de Louveciennes (Yvelines).

Publications[modifier | modifier le code]

En mars 2013, Lucien Le Boudec a publié aux éditions Lavauzelle, un livre de mémoires alternant récits et correspondances, intitulé : Élevé à la dignité, Mémoires 1923-1954 (ISBN 2702515649)[6],[7].

L’Association des écrivains combattants a décerné à ce livre le Prix Jacques-Chabannes[8] 2014

Le Comité national d'entente des anciens combattants d'Indochine (CNEAI) lui a décerné le Prix de l’Histoire vécue[9] 2015.

Documentaire[modifier | modifier le code]

Lucien Le Boudec a été choisi pour être un des personnages principaux d’un film documentaire sur l’histoire de la guerre d’Indochine intitulé Nos soldats perdus en Indochine (René-Jean Bouyer, 2014, 58 min) diffusé en avril 2014 sur France 3[10],[11]

Hommage posthume[modifier | modifier le code]

En 2014, le 2e RPIMa, régiment dont il fut le chef de corps de 1968 à 1970, a baptisé sa piste d’audace commando « Général Le Boudec ». Cette piste est située à Bourg-Murat, village de la commune de Tampon sur l’Île de la Réunion.

Parrain de promotion[modifier | modifier le code]

Le 21 juillet 2018, lors de la traditionnelle cérémonie du Triomphe des Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan, la 57e promotion d'élèves de l'École militaire interarmes a choisi de porter le nom de : "Promotion général Le Boudec".


Description héraldique de l’insigne de promotion

Bouclier d'azur timbré en chef d'une plaque de grand-croix de la Légion d'honneur hissant de l'écu et broché à dextre d'une aile stylisée d'argent ; broché d'une carte d'Indochine aux couleurs du ruban de la croix de guerre des TOE chargée en chef d'une croix de Lorraine tréflée de gueules. Accompagnée à dextre d'une chimère de sable armée d'un poignard, en chef de deux étoiles d'argent, et brochée d un sabre à la lame chargée du grade et du nom « GAL LE BOUDEC » à la poignée brochant l'écusson aux armes des parachutistes des troupes de marine.


Chant de promotion


Exemple pour nos vies, et modèle au combat,

Nous voulons aujourd'hui rejoindre votre aura

et recueillir le nom qui nous honorera :

"Promotion général Le Boudec".


À l’été 44, sur notre Terre occupée,

Un feu ardent anime votre cœur de français,

Refusant la défaite, rejoignant le maquis,

Votre carrière commence au 8ème FFI,

Et l’ennemi vaincu, vous visez l’excellence,

À l’école Interarmes grandit votre vaillance.


Refrain:

Invincible guerrier, porté par Saint Michel,

Demeurez à jamais notre glorieux modèle.

Votre ardeur au combat fera grandir nos âmes

Donnez cet héritage ce sera notre flamme.

Général le Boudec, officier prestigieux,

Que votre exemple nous porte aussi haut que les cieux.


Promotion Indochine, le destin est scellé,

Vous quittez la Bretagne et ses landes boisées

Pour rallier les paras, la Colo' et Bigeard.

Commence alors pour vous la tourmente et la gloire.

Dans l’orage des combats, une balle vous meurtrit,

Vos commandos sont là et traquent l’ennemi.

(Refrain)

Héroïque épopée menant à Diên Biên Phu,

Parachuté des cieux, l’enfer est en dessous.

Rafales, obus, grenades, le vietminh s'y acharne

Méprisant vos blessures, vous luttez avec hargne,

Et par votre héroïsme et tous vos sacrifices

Vous revenez vivant des camps de leurs supplices.

(Refrain)

Décorations[modifier | modifier le code]

Legion Honneur GC ribbon.svg Ordre national du Merite GC ribbon.svg Croix de Guerre des Theatres d'Operations Exterieurs ribbon.svg Croix de la Valeur Militaire ribbon.svg Croix du Combattant (1930 France) ribbon.svg Croix du Combattant Volontaire de la Resistance ribbon.svg Medaille commemorative de la Campagne d'Indochine ribbon.svg Medaille des blesses de guerre (avec 5 etoiles) ribbon.svg Medaille commemorative de la Guerre 1939-1945 ribbon.svg Medaille d'Outre-Mer (Coloniale) ribbon.svg Medaille commemorative des Operations du Moyen-Orient ribbon.svg Medaille commemorative des Operations de securite et de Maintien de l'ordre ribbon.svg

Le général Le Boudec portait par ailleurs à titre individuel la fourragère aux couleurs de la croix de guerre des TOE, ayant participé à plusieurs opérations où son unité fut citée à l'ordre de l'Armée.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Le Boudec (Lucien), Élevé à la dignité, Mémoires 1923-1954, Edition Lavauzelle 2013, pages 74 et 518.
  2. a b c d et e « Décès du général Lucien Le Boudec, grand donateur à l’ECPAD », sur ecpad.fr,
  3. JO du 28 fevrier 1953, pour prendre rang du 28 octobre 1952
  4. « Récits de la guerre d'Indochine », sur indochine1954.wordpress.com
  5. Bulletin de liaisons des parachutistes SAS de la France libre, n° 45, décembre 2013.
  6. Jean-François Brun, « Une biographie atypique », sur guerres-et-conflits.over-blog.com,
  7. « Élevé à la dignité... », sur cheminsdememoire.gouv.fr
  8. « Prix littéraires », sur lesecrivainscombattants.org
  9. « Remise du prix littéraire du CNEAI » [PDF], sur gnci-toe-mme.fr,
  10. « Nos soldats perdus en Indochine », sur france3.fr,
  11. Joël Morio, « Nos soldats perdus en Indochine », sur lemonde.fr,
  12. « JORF n° 0110 du 13 mai 2009 », sur france-phaleristique.com

Voir aussi[modifier | modifier le code]

La promotion Général Le Boudec saute en tenue de Parade - YouTube ► 2:07

Cérémonie nocturne du Triomphe 2018 - Vidéo dailymotion ► 44:45

Chant promotion Général Le Boudec - YouTube ► 4:37

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Le Boudec (Lucien), Élevé à la dignité, Mémoires 1923-1954, Edition Lavauzelle 2013
  • Leonetti (Guy), Lettres de Dien Bien Phu, Édition Fayard 2004
  • Bigeard (Marcel), Pour une parcelle de gloire, Édition Plon, 1975, (ISBN 2-259-00571-3)
  • De Galard (Geneviève), Une femme à Dien Bien Phu, Éditions des Arènes, 2003
  • Bruge (Roger), Les hommes de Dien Bien Phu , Édition Perrin 2004
  • Gandy (Alain), Le bataillon Bigeard à Tu Lé 1952, Éditions Presses de la cité , 2007
  • Bergot (Erwan) Bataillon Bigeard, Indochine 1952-1954, Algérie 1955-1957, Presses de la cité, 1976
  • Bergot (Erwan) Les 170 jours de Dien Bien Phu, Presses de la cité, 1979

Liens externes[modifier | modifier le code]