Lucien Lévy-Dhurmer

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Lucien Lévy-Dhurmer
Lucien Lévy-Dhurmer.jpg

Lucien Lévy-Dhurmer photographié par François Antoine vers 1920.

Naissance
Décès
Nom de naissance
Lucien Lévy
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Activités
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Maître
Mouvement
Distinction

Lucien Lévy, dit Lucien Lévy-Dhurmer, né à Alger le et mort au Vésinet le , est un peintre, sculpteur et céramiste symboliste français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Lucien Lévy est le fils de Salomon Lévy et de Pauline-Amélie Goldhurmer. Il entre le à l'école communale supérieure de dessin et de sculpture du 11e arrondissement de Paris. Il suit les enseignements d'Albert-Charles Wallet et de Raphaël Collin, tous deux élèves d'Alexandre Cabanel, ainsi que d'Alexandre Vion, directeur de l'école communale. Il débute au Salon des artistes français en envoyant une copie de La Naissance de Vénus d'après Cabanel. Lucien Lévy est un élève brillant comme le stipule la lettre de recommandation d'Alexandre Vion, datée du [1], détaillant les diverses récompenses qu'il a reçues au cours de son apprentissage à l'école communale de dessin.

Pour des raisons pécuniaires, il travaille dans un premier temps comme lithographe, puis de 1887 à 1895, comme céramiste à la manufacture de faïences d'art de Clément Massier à Golfe-Juan. Collectionnant des céramiques d'inspiration hispano-mauresque, il effectue des recherches sur les reflets métalliques sur faïences, dont quelques pièces issues de ces essais feront l'objet d'envois au Salon des artistes français. Il y devient en 1892 directeur des travaux d'art, date à partir de laquelle il signe les pièces de la manufacture conjointement avec Clément Massier[2].

Pendant son activité à la manufacture de Golfe-Juan, Lucien Lévy poursuit la pratique de la peinture à l'huile et du pastel, et participe à l'exposition collective des Peintres de l'âme en 1896. Elle est organisée par la revue L'Art et la Vie, dans le hall du théâtre d'Application de la Bodinière à Paris. Ainsi il expose, entre autres, aux côtés d'Edmond Aman-Jean, Émile-René Ménard, Alphonse Osbert, Carlos Schwabe, Émile Gallé, Alexandre Séon[3].

Il retourne vivre à Paris en 1895. Durant cette année, il rencontre le poète Georges Rodenbach dont il fait le portrait. C'est par l'entremise de ce dernier qu'il signe sa première exposition monographique en 1896, sous le nom de Lucien Lévy-Dhurmer, ajoutant à son patronyme une partie de celui de sa mère[4]. Il y présente un ensemble de 24 œuvres dont 16 pastels, deux sanguines et cinq peintures, dont certains font aujourd'hui partie de ses réalisations les plus connues, tels : Bourrasque, Le Silence, Portrait de Georges Rodenbach, Ève, Mystère.

Cette présence à la galerie Georges Petit lui apporte une notoriété immédiate, elle qui a pour habitude d'organiser des expositions d'artistes déjà reconnus, ainsi que des expositions internationales très sélectives. Au cours de cette exposition, Lévy-Dhurmer se rapproche dans ses œuvres de l'esthétique symboliste, et reçoit une certaine adhésion du Joséphin Peladan : « Vous savez certainement, Monsieur, quel est le caractère esthétique de la Rose-Croix ; vous n'aurez donc qu'à m'écrire en février et j'irai inviter vos œuvres chez vous. Cordialités. Sar Péladan »[5]. L'artiste n'a cependant jamais exposé au Salon de la Rose-Croix alors que son iconographie se rapproche principalement de cette esthétique, représentant des sujets comme Le Silence, personnage voilé posant deux doigts sur sa bouche, œuvre inspirée d'une sculpture d'Auguste Préault, repris également par Odilon Redon, ou les portraits symbolistes de Rodenbach et Loti dans lesquels apparaît l'univers de leurs écrits en arrière-plan.

Il s'attire également la sympathie d'artistes comme Émile Bernard ou Gustave Moreau. Il fait la connaissance de Pierre Loti par l'intermédiaire de Georges Rodenbach. Il se lie d'amitié avec ces deux écrivains, dont il s'inspire au travers de leurs écrits, principalement Bruges-La-Morte[6] et Au Maroc[7]. Il réalise également le portrait de Pierre Loti, qui particulièrement satisfait le remercie dans une lettre : « Je me suis reproché tant de fois de ne pas vous avoir assez remercié d'avoir fait de moi la seule image qui restera »[8].

Il participe ensuite à quelques expositions collectives, plusieurs Salons, et à huit expositions personnelles. Lucien Lévy-Dhurmer réalise également dans son atelier de Paris de nombreux portraits pour des commandes privées, plus éloignés de ses premières aspirations artistiques symbolistes et de qualité variable.

Après 1900, il expérimente une technique de modelé diffus aux coloris restreints et souvent bleutés, qu'il gardera jusqu'à sa mort alors que le symbolisme est oublié depuis longtemps[9].

Il se marie le avec Emmy Fournier, surnommée Perla par l’artiste. Elle est alors rédactrice en chef pour le journal féministe La Fronde.

Voyages[modifier | modifier le code]

Il entreprend, à partir de 1897, de nombreux voyages principalement en Europe et au Proche-Orient (Italie, Espagne, Hollande, Afrique du Nord, Turquie…), desquels il rapporte des scènes et des paysages idéalisés qui font l'objet de plusieurs expositions personnelles. Commençant la série de ces voyages par l’Italie, il perpétue la tradition du Grand Tour. Son esthétique se rapproche alors des grands maîtres de la Renaissance. Cette dernière se modifie au fur et à mesure qu’il se rapproche des régions méditerranéennes, vers un pointillisme diffus dans certaines de ces toiles et un éclaircissement de sa palette.

L'artiste remplit lors de ses voyages des carnets de croquis, qu'il réutilise par la suite dans des compositions au pastel ou à l'huile[10].

La musique trouve sa place dans l'œuvre de Lévy-Dhurmer. Ami de Debussy, l'artiste s'inspire de ses créations pour créer des œuvres aux atmosphères similaires, ainsi que d'autres artistes tels Gabriel Fauré ou Beethoven.

Œuvres dans les collections publiques[modifier | modifier le code]

Deux des quatre peintures à l'huile de Lucien Lévy-Dhurmer dans la Wisteria Dining Room, (1910-1914), New York, Metropolitan Museum of Art.
Aux États-Unis
  • New York, Metropolitan Museum of Art : Wisteria Dining Room, 1910-1914. Lucien Lévy-Dhurmer a également réalisé quelques pièces de mobilier. Une des œuvres les plus notables est cette salle à manger de style Art nouveau de l’hôtel particulier d'Auguste Rateau[11]. La banquette conservée dans les collections du musée d'Orsay à Paris, provient également de cet hôtel, pour lequel Lévy-Dhurmer était chargé de toute la décoration intérieure. Ainsi, à l'égal d'un Gallé ou d'un Majorelle, son travail se rapproche d'une œuvre d'art total, l'artiste concevant toute l'architecture de la salle, mais également les pièces de mobilier, jusqu'aux poignées des portes et des tiroirs.
En France
  • Bayonne, musée basque et de l'histoire de Bayonne : Portrait de Pierre Loti ou Fantôme d'Orient, 1896, pastel, 425 × 565 mm.
  • Paris :
    • musée du Louvre, département des arts graphiques :
      • Allée bordée de grands arbres, croquis [12] ;
      • Âne à corps d'homme lisant dans une bibliothèque, croquis[13].
    • musée d’Orsay[14] :
      • Florence, vers 1898, pastel, 53 × 45 cm[15] ;
      • Mystère ou La Femme à la médaille, 1896, pastel et rehauts d'or sur papier contrecollé sur carton, 35 × 54 cm[16] ;
      • La Sorcière, 1897, pastel sur papier, 61 × 46 cm ;
      • Le Silence, 1895, pastel, 54 × 29 cm ;
      • Les aveugles à Tanger, 1901, pastel sur papier, 50 × 70 cm ;
      • L’explorateur perdu, 1896, pastel sur papier, 59 × 38 cm ;
      • Méduse, 1897, Pastel et fusain sur papier contrecollé sur carton, 59 × 40 cm ;
      • Portrait de Georges Rodenbach, vers 1895, pastel sur papier, 36 × 55 cm ;
      • Portrait de Mademoiselle Carlier, vers 1910, pastel sur papier collé sur châssis entoilé, 87 × 33,3 cm.
    • musée du Quai Branly Le Marocain ou Le Fanatique, vers 1900, huile sur toile, 64,5 × 50 cm[17].
    • Petit Palais :
      • Feux d'artifice à Venise, pastel sur papier gris et carton collé, 87,5 × 53,8 cm ;
      • Torse de femme vue de face, pastel sur papier gris et carton collé, 80 × 55 cm ;
      • Torse de femme vue de dos, s.d., pastel sur papier gris et carton collé, 80 × 43,5 cm ;
      • Hymne à la joie ; Beethoven ; L'Appassionata, vers 1906, triptyque, pastel et crayon noir sur papier gris, 48 × 63 cm, 63 × 48 cm, 48 × 63 cm.
  • Quimper, musée des beaux-arts : Notre-Dame de Penmarc'h, 1896, huile sur toile, 41 × 33 cm.
  • Vallée-aux-Loups, maison de Chateaubriand : La Mort d'Atala (1801), peinture sur porcelaine, 41 × 60 cm[18].
  • Versailles, musée de l’Histoire de France : Alfred-Philippe Roll (1847-1919), 1913, pastel sur papier, 153,4 × 95 cm[19].

Publication[modifier | modifier le code]

  • Les Mères pendant la guerre : douze compositions inédites, Paris, Devambez, 1917.

Expositions et Salons[modifier | modifier le code]

Il obtient en 1900 une médaille de bronze à l'Exposition universelle. Il est décoré de la Légion d'honneur en 1902[24].

Il fait également l'objet plusieurs expositions monographiques[25] :

  • 1896 : du 15 janvier au , galerie Georges Petit, Paris, exposition Lucien Lévy-Dhurmer ;
  • 1899 : librairie Paul Ollendorf, Société d’éditions littéraires et artistiques, exposition Lévy-Dhurmer ;
  • 1917 : du 3 au , galerie Devambez, Paris, exposition Les Mères pendant la Guerre ;
  • 1922 : du 15 au , galerie J. Allard, Paris, exposition Visions de Montagnes (Massif du Mont Blanc) ;
  • 1924 : du 7 au , galerie Georges Petit, Paris, exposition L. Lévy-Dhurmer ;
  • 1927 : du au , galerie des artistes français, Bruxelles, exposition des œuvres de Lucien Lévy-Dhurmer[26] ;
  • 1937 : du au , galerie Charpentier, Paris, exposition L. Levy-Dhurmer Peinture et études d'époques différentes ;
  • 1952 : du au , musée des arts décoratifs de Paris, rétrospective Lucien Lévy-Dhurmer.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Lettre de recommandation d'Alexandre Vion en faveur de Lucien Lévy, 27 juillet 1887, archives de la Documentation du musée d'Orsay.
  2. Félix Polak, « Exposition Lévy-Dhurmer », Art et Chiffons, no 6, 8 février 1896, p. 90.
  3. Les peintres de l'âme, le Symbolisme idéaliste en France [exposition], Musée d'Ixelles, 15 octobre-31 décembre 1999, Bruxelles, Musée d'Ixelles, 1999.
  4. « Volume 2 de Œuvres complètes: aux origines du symbolisme, Ephraïm Mikhaël (p. 92) », sur books.google.fr.
  5. Lettre du Sar Péladan, non datée, archives de la Documentation du musée d'Orsay.
  6. Georges Rodenbach, Bruges La Morte, illustrée de 18 pastels de Lévy-Dhurmer, Paris, Javal et Bordeaux, 1930.
  7. Pierre Loti, Au Maroc, Saint-Cyr-sur-Loire, Christian Pirot Éditeur, 2000.
  8. Lettre, 17 octobre 1896, archives de la Documentation du musée d'Orsay.
  9. Jean-David Jumeau-Lafond, Les peintres de l'âme, le Symbolisme idéaliste en France.
  10. Certains d'entre eux sont consultables sur la base de données du département des arts graphiques du musée du Louvre.
  11. metmuseum.org.
  12. Notice no 50350035994, base Joconde, ministère français de la Culture.
  13. Notice no 50350036191, base Joconde, ministère français de la Culture.
  14. « Œuvres conservées au Musée d'Orsay, Paris », sur www.musee-orsay.fr.
  15. Saunier Philippe, « Lucien Lévy-Dhurmer, Florence », 48/14 : La Revue du Musée d’Orsay, no 28, Paris, RMN, 2009, p. 64-65.
  16. « Notice La femme à la médaille », sur www.musee-orsay.fr.
  17. « musée du Quai Branly - Le catalogue des objets », sur www.quaibranly.fr.
  18. « La mort d’Atala », sur www.maison-de-chateaubriand.fr.
  19. Notice no 50350027045, base Joconde, ministère français de la Culture.
  20. Dugnat Gaïté, Les catalogues des Salons de la Société nationale des Beaux-Arts, 5 volumes, Dijon, L'Échelle de Jacob, 2001 à 2005.
  21. Exposition annuelle de la Société des Pastellistes [Exposition] Galerie Georges Petit, Paris.
  22. Sanchez Pierre, La société des peintres orientalistes français, répertoire des exposants et liste de leurs œuvres 1889-1943, Dijon : L'Échelle de Jacob, 2008.
  23. Sanchez Pierre, Dictionnaire du Salon d'automne, répertoire des exposants et liste des œuvres présentées, 1903-1945, Dijon, L'Échelle de Jacob, 2006.
  24. « Cote 19800035/734/83323 », base Léonore, ministère français de la Culture
  25. Cartons verts de l'Institut national d'histoire de l'art : Lucien Lévy-Dhurmer, 1896, 1937 (huit documents).
  26. Exposition des Œuvres du maître français Lucien Lévy-Dhurmer [exposition], Bruxelles, Galerie des artistes français, 1927.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources primaires[modifier | modifier le code]

  • Archives de M. et Mme Zagorowsky, Paris, Documentation du musée d'Orsay, ODO 1996.33.

Sources secondaires[modifier | modifier le code]

  • Bojidar Karageorgevitch, « L.L.-Dhurmer », La Revue : Art, vers 1904.
  • (en) Gabriel Mourey, « A dream painter L. Lévy-Dhurmer », The Studio, février 1897.
  • Félix Polak, « Exposition Lévy-Dhurmer », Art et chiffons, no 6, 8 février 1896.
  • Jacques Sorrèze, « Artistes contemporains L. Lévy-Dhurmer », Revue de l'art ancien et moderne, 10 avril 1900.
  • Léon Thévenin, La Renaissance païenne, Étude sur Lévy-Dhurmer, Paris, L. Vanier, 1898.
  • Françoise Barbe et Clarisse Duclos, Le portrait chez Lévy-Dhurmer, mémoire de maîtrise, Paris, Université Paris-Sorbonne, 1982.
  • Geneviève Lacambre, « Lucien Lévy-Dhurmer 1865-1953 », La Revue du Louvre, no 1, Paris, 1973, p. 27-34.
  • Christine Peltre, Les Orientalistes, Paris, Hazan, 1997.
  • Jean-David Jumeau-Lafond, « Lucien Lévy-Dhurmer », in Les Peintres de l'âme, le symbolisme idéaliste en France, [catalogue d'exposition], Bruxelles Musée d'Ixelles, 1999.
  • Deborah Sage, Les voyages de Lucien Lévy-Dhurmer (1865-1953), sous la direction de Claire Barbillon et Ségolène le Men, mémoire de Master, Paris, Université Paris Ouest Nanterre La Défense, 2009-2011.
  • Lynne Thornton, Les Orientalistes, peintres voyageurs : 1828-1908, Paris, ACR, 1983.
  • Autour de Lévy-Dhurmer, visionnaires et intimistes en 1900, [exposition au Grand Palais du 3 mars au 30 avril 1973], Paris, RMN, 1973.
  • Symbolisme en Europe, [exposition du musée municipal des beaux-arts de Takamtsu, 1er novembre-8 décembre 1996 ; musée des beaux-arts Bunkamura, Tokyo, 14 décembre 1996-9 février 1997 ; musée municipal d'art de Himeji, 15 février-30 mars 1997, Tokyo, Tokyo Shimbun, 1996], 1996.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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