Lucien Bégule

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Lucien Bégule
Lucien 1874.jpg

Lucien Bégule en 1874, autoportrait

Naissance
Décès
(à 86 ans)
Lyon
Nationalité
Activité
Maître
Distinction

Lucien Bégule (né le à Saint-Genis-Laval, mort le (à 86 ans)[1] à Lyon), est un peintre-verrier et archéologue français[2]. Formé par Jean-Baptiste Chatigny, Pierre Bossan et Pierre Miciol, cet entrepreneur a développé son activité de peinture sur verre à la fin du XIXe siècle. Il crée notamment les « Ateliers de Choulans » spécialisés dans la réalisation de vitraux profanes et religieux. Il devient l'un des artistes majeurs de la région lyonnaise. Parmi les œuvres les plus marquantes, on peut citer les vitraux Saint Georges combattant le dragon et Louise Labbé respectivement primés lors des expositions universelles de Paris de 1889 et 1900.

À la suite de la loi de Séparation de 1905 la production des ateliers périclite. C'est alors que Bégule se recentre sur son activité d'archéologue, publiant de nombreux ouvrages sur l'architecture religieuse ainsi que de nombreuses photos archéologiques. Il devient ensuite inspecteur général de la Société française d'archéologie en 1929.

Biographie[modifier | modifier le code]

Contexte familial[modifier | modifier le code]

Lucien Bégule vient d'une famille bourgeoise au passé agité. Ce passé est déterminant pour expliquer la force et la puissance que montrera par la suite le personnage. Il faut remonter à la Révolution pour comprendre l'évolution de cette famille pour qui l'art est un moteur. Jean-Marie Joseph Bégule (1767 - 1850), le grand-père de Lucien, s'engage aux côtés des muscadins, et en , il est arrêté dans les bois de Charbonnières-les-Bains à côté de Lyon. Condamné à la guillotine, il est sauvé grâce à l'intervention du procureur, ami de son père, le 20 pluviôse de l'An II (8 février 1794)[3].

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Quelques années plus tard, fortune faite, il prête une grosse somme à son ami Georges Peillon qui tente de faire fortune dans la culture de la canne à sucre à Saint Yago de Cuba. En 1828, il envoie son fils Georges (1805 - 1882), le futur père de Lucien, récupérer l'argent à Cuba[4].

Georges embarque sur le paquebot le Rhône en 1828 avec son carnet de croquis. Il commence avec un croquis du paquebot. Au terme d'une traversée où il fallait affronter les caprices d'un océan mal connu, exposé aux poursuites des corsaires, il débarque à New York et rejoint Cuba[4]. Là, il découvre la vie de l'hacienda et se met à « croquer » les scènes d'une vie qui le dépasse : paysage, torture, salle de bal, cultures, l'infirmerie et il se transforme petit à petit en ethnologue et botaniste[5]. Au fil du temps, il tombe amoureux de la fille de Georges Peillon, Stéphanie, avec qui il reviendra sans un sou, car Peillon n'a pas fait fortune[6].

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Jeunesse[modifier | modifier le code]

En 1829, de retour à Lyon, Georges Bégule devient commissaire-priseur, il se marie avec Stéphanie cette même année. En 1842, Georges achète la propriété du Château de La Tour à Saint-Genis-Laval qu'il revendra en 1862. En 1848 Lucien y viendra au monde. Jean-Marie Joseph mourra deux ans plus tard en 1850. En 1860 Georges achète une charge de commissaire-priseur place Louis-le-Grand à Lyon (renommée place Bellecour)[7]. En 1863 son père Georges achète la propriété de Choulans où son ami architecte Fusy construit la demeure familiale « les Tourelles ». Quelques années plus tard Lucien obtiendra de ses parents l'autorisation d'y construire un atelier. Georges mourra en 1882[4].

La jeunesse de Lucien se déroule dans un strict environnement à la fois religieux et artistique, ce qui définira sa construction future. À huit ans, les volumes de l'histoire de France par Abel Hugo sont les livres de chevet du jeune Lucien qui recopie alors les gravures de la monarchie française, ce qui attise une prédilection précoce pour le Moyen Âge[4]. À neuf ans, il entre au pensionnat Blanc à La Mulatière. À quinze ans, il intègre le collège jésuite Notre-Dame de Mongré réputé alors pour la formation d’individus de « haute valeur morale et intellectuelle ». C'est là qu'avec le professeur de chimie, Lucien fait ses premières armes comme photographe explorant les techniques nouvelles. Il devient un photographe averti, membre du Photo-Club de Lyon, et cultive des relations personnelles avec les frères Lumière. Il se tient à la pointe du progrès en matière photographique, révélant ainsi son goût pour les nouvelles techniques[4].

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Sa formation professionnelle[modifier | modifier le code]

Premier vitrail de Lucien Bégule : le vitrail des fonts baptismaux de Notre Dame des Marais à Villefranche, 1874.

La formation de Lucien Bégule est ponctuée de plusieurs étapes. Il côtoie des artistes comme Jean-Baptiste Chatigny[8], Pierre Miciol, Jacobé Razuret ou encore Pierre Bossan. Il rencontre également les frères Lumière qui lui font découvrir les techniques « modernes » de la photographie[9].

Par un condisciple de collège, il entre dans l'atelier du peintre Chatigny, rue Jarente à Lyon, et prépare le concours de la Société des amis des arts. Il obtient de travailler quelques semaines à Valence auprès de Pierre Bossan qui sera son Maître en matière ornementale et décorative. Grâce à Chatigny et Bossan, il remporte une première distinction en 1869. Il a alors vingt ans[7]. Il assiste Bossan lors de la construction de la basilique Notre-Dame de Fourvière de Lyon.

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Le beau-frère de Chatigny, Pierre Miciol (1833-1905), second prix de Rome en gravure en 1858, exploite alors un atelier de peinture sur verre situé lui aussi rue de Jarente[10],[11] (verrière de l'église d'Ars). Séduit par la magie de cet art, il ne tarde pas à devenir son associé en 1873 et le restera pendant deux ans[2]. Le vitrail des fonts baptismaux de Notre-Dame des Marais à Villefranche est l'une des œuvres de la collaboration avec Miciol[12].

À la suite de déboires financiers, Lucien se sépare de Pierre Miciol et installe un bureau/atelier à l'angle de la rue de l'Hôtel de Ville (maintenant Rue Édouard-Herriot) et de la rue Ferrandière qui lui permet surtout de lire des ouvrages d'art. Les trois années suivantes, de 1877 à 1880, il collabore avec Jacob Razuret[2] dans l'atelier de la rue des Prêtres (aujourd'hui Rue Monseigneur-Lavarenne) à proximité de la cathédrale de Lyon[9].

L'admiration que porte Lucien Bégule à cet édifice le décide à entreprendre une étude très approfondie et d'en publier les caractéristiques sous le titre Monographie de la Cathédrale Saint-Jean. En 1879, Lucien donne lecture à la Sorbonne d'un mémoire exposant le plan de la Monographie de la cathédrale[13]. En mai 1880, la Monographie sur Saint-Jean est publiée et devient le point de départ de la confiance accordée aux futurs ateliers[14].

Les ateliers de Choulans[modifier | modifier le code]

Ayant étudié les verrières du XIIe au XVIe siècle des cathédrales de Chartres, Sens, Bourges ou encore de Troyes, Lucien Bégule prend la décision de se consacrer exclusivement à cet art[15]. Après des essais effectués dans l'ancien atelier du peintre Joseph Guichard, montée du Chemin Neuf (dont les verrières de l'église Saint-Vincent), il obtient l'autorisation de ses parents de construire un atelier au fond de la propriété de Choulans sur les plans de Auguste Monvenoux. Lucien fera bâtir les ateliers au fond de la propriété en 1879[16],[17].

En 1880, les ateliers de Lucien Bégule ouvrent leurs portes. Lucien a 32 ans. Ces ateliers sont organisés de façon à pourvoir à l'ensemble des techniques de fabrication. Dès l'entrée, se trouve une grande salle d'accueil avec de part et d’autre les salles de montage et de peinture. L'atelier est installé sur les hauteurs de Saint-Just dominant la ville de Lyon[18]. C'est au cours de cette année que naîtra son fils, Émile, qui deviendra artiste peintre et dessinateur de vitraux[19].

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Sur tous les documents de Lucien Bégule, en-tête, communication, il utilise le vocabulaire ancestral de « peintre sur verre ». Effectivement, au Moyen Âge dans les ateliers à l'ombre des cathédrales, se tiennent les loges de toutes les corporations dont des verriers itinérants[20].

Les tâches sont bien réparties : les apprentis coupent les calibres, préparent les plombs, les compagnons coupent les verres et assemblent le vitrail. En amont, le maître discute avec le donneur d’ordre sur ce que sera le thème du décor. Puis, il fait les maquettes, en général des aquarelles qu’il propose alors au financeur, l’Église en général. Puis, à partir des maquettes, Lucien Bégule conçoit les « cartons » c'est-à-dire le vitrail grandeur nature sur lequel sont reportés les emplacements des plombs ainsi que les couleurs à l'aide des numéros des échantillons. La plupart du temps ce sont ceux de la verrerie Saint-Just-Saint-Rambert dans le département de la Loire. Ce carton est ensuite décalqué pour fabriquer des calibres en tenant compte de l'épaisseur du plomb[21]. Ces calibres servent ensuite à découper les verres[22].

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En aval, sur le vitrail provisoirement assemblé, le maître fait la « peinture » : visages, mains, etc. Après peinture, le vitrail est démonté et les verres sont cuits pour fixer les couleurs. À ce stade, le vitrail est prêt à être remonté si aucune retouche n'est nécessaire. Les « vraies » couleurs apparaissant à la cuisson, sans doute n'est-il pas rare d'avoir à reprendre des détails et à effectuer une seconde cuisson. Puis, le vitrail est monté en plombs définitifs et soudés[19]. Parallèlement au changement profond de l’esthétique et du décor apparu avec l’Art nouveau, tous les verriers prendront le titre de « maîtres-verriers ». À partir de la fin des années 1930, de moins en moins de vitraux sont des peintures sur verre avec ces techniques complexes de verres plaqués décolorés à l’acide, d'émaillage, de grisaille au profit de décors conçus exclusivement avec des verres colorés.

Les vitraux sont exécutés, sous l'autorité de Lucien Bégule, par le personnel des ateliers avec toutes les variations que cela implique et toutes les possibilités de traitement de grisaille, d'émaillage et de travail sur le verre qui appartiennent à chacun. Cependant, les vitraux créés dans les ateliers Lucien Bégule, tout en suivant une véritable évolution entre 1881 et 1911, portent les signes d'une maturation dans la technique de l'art du vitrail vers une expression claire, lumineuse et de plus en plus décorative tout en restant en parfaite adéquation avec l'édifice, public ou privé, civil ou religieux, qu'ils éclairent[23],[15].

Comme tous les ateliers, ceux de Lucien Bégule doivent être rentables. Aussi, lorsqu'il est possible de réutiliser un motif, une maquette ou un carton, il n'hésite pas à le faire. C'est ainsi qu'il existe des verrières, situées dans des bâtiments différents, qui comportent exactement le même dessin. On peut notamment retrouver ces motifs réemployés dans les vitraux consacrés à la vocation de Jeanne à la basilique Saint-Martin d'Ainay et l'église de la Rédemption à Lyon comme à l'église de Malaucène dans le Vaucluse. On retrouve aussi des éléments identiques sur les vitraux représentant Jésus dans l'atelier de Joseph à Boen, Liergues et Saint-Just-d'Avray. Les vitraux représentant les rois mages de Saint-Just-d'Avray, Saint-Bonnet-le-Château et Sury-le-Comtal sont dans le même cas.

La production des ateliers[modifier | modifier le code]

La majorité de la production est réalisée dans la région lyonnaise et beaucoup dans les départements de la Loire et de l'Ardèche[24]. Plus loin se trouvent des vitraux en Bretagne (Pont-Scorff), dans le Midi de la France (Carpentras, Malaucène, Giensetc.[25]), ainsi qu'à l'étranger : Nagasaki[26], Le Caire (palais de Tigrane Pacha[27]), Lausanne (cathédrale de Lausanne), Rio de Janeiro (église des Sœurs de Saint-Vincent de Paul)[28],[8].

L'œuvre religieuse : création et restauration[modifier | modifier le code]

L'apogée des ateliers se situe dans les années 1891-1898. L’œuvre religieuse constitue la plus importante part de la production des ateliers. On dénombre quatre-vingt-douze édifices religieux ayant bénéficié des vitraux Bégule[15]. Ainsi, l'œuvre religieuse représente une production de quatre cents vitraux[19].

Une particularité de sa production est son goût prononcé pour l'archéologie. À ce titre, il crée des vitraux dans le style scrupuleusement archaïque du XIIIe siècle : Bon-Pasteur : transepts nord et sud, baies 5 à 16 ; Anse : l'abside, baies 0 à 4 ; Saint-Maurice de Vienne : l'abside, baies 0 à 4 ; basilique de Paray-le-Monial, Saint-Christophe-en-Brionnais, Saint-Just-d'Avray, absidioles et transept de Boën, abside et transept de Privas[15].

La production originale de vitraux est assurée par la construction d'églises dans les quartiers nouvellement créés sur la rive gauche du Rhône récemment asséchée : 3e, 6e et 7e arrondissements. Ainsi, la demande importante et la notoriété des ateliers permettent à Lucien Bégule de décrocher de nombreux contrats[29]. La représentation de Saint-Georges tient une place à part dans la vie de Lucien : son père ainsi que son fils mort à 21 ans se prénomment Georges. De nombreux vitraux religieux reprendront ce thème.

À côté de l'œuvre de création ou de production dans le style du Moyen Âge, les premières années de l'atelier sont consacrées à la restauration. En effet, en 1884 il restaure des vitraux de la primatiale Saint-Jean de Lyon où il remet en état la grande rose de la façade occidentale, rose exécutée en 1394 par Henri de Nivelle[15]. En 1886, c'est à l’église Notre-Dame des Marais de Villefranche-sur-Saône qu'il remet en état le vitrail de sainte Anne, saint Pierre et saint Jacques qui date de la fin du XVe siècle[15]. En 1887, Bégule travaille de nouveau à la primatiale Saint-Jean de Lyon en restaurant la rose du transept septentrional, rose qui date du XIIIe siècle[15]. En 1888, il remet en état la rose du transept méridional de l’église Saint-Nizier de Lyon. Puis en 1889 il restaure celle du transept septentrional[15].

L'œuvre profane[modifier | modifier le code]

Beaucoup moins importante en quantité que l'œuvre religieuse — seulement cinquante réalisations — l'œuvre profane est de très grande qualité[19]. Malheureusement peu visible car se situant dans des demeures privées, elle n'en est pas moins intéressante[15].

Certaines maisons sont construites par des architectes et constituent des ensembles remarquables. L'architecte Charles Roux-Meulien commande à Lucien Bégule un ensemble complet pour une grande demeure des alentours de Lyon[30]. Une autre villa dans le Beaujolais sera intégralement vitrée par les ateliers de Choulans. À Lyon, dans le quartier de la Préfecture, beaucoup d'allées ont été vitrées. On peut citer notamment l'immeuble du 23, cours de la Liberté et le plafond de la salle des délibérations de la préfecture[31],[32].

Les prix[modifier | modifier le code]

Le coût d'un vitrail, qu'il soit religieux ou civil, varie en fonction du travail et du temps que sa confection exige. Les prix augmentent à mesure que les ateliers gagnent en réputation. Lucien Bégule a rapidement « la satisfaction de pouvoir choisir les clients en élevant les prix[15] ».

À titre d’exemple, Lucien Bégule évalue à 20 000 francs la vitrerie complète de l’église de Privas réalisée en 1885, qui comprend 48 baies dont trois lancettes à scènes, huit lancettes à figures en pied sur fond de grisaille, quatre lancettes à médaillons incluant des scènes à figures, deux roses à figures, dix-neuf roses décoratives et douze lancettes décoratives[15].

Le prix demandé par Lucien Bégule est de 1 200 francs pour le vitrail représentant Louise Labbé (d'une hauteur de 2,27 mètres et d'une largeur de 1,13 mètre) en 1900[15].

Les collaborations[modifier | modifier le code]

Mémoires de Lucien Bégule sur Eugène Grasset.

Les ateliers Bégule conçoivent les vitraux en collaboration avec de multiples artistes à la notoriété établie. On trouve notamment des esquisses d'Eugène Grasset à Aix-les-Bains, Charles Lebayle à l’hôpital de la Charité de Lyon, Gaspard Poncet à Grézieu-le-Marché et à l'ancienne chapelle des Frères des écoles chrétiennes de Caluire-et-Cuire, Tony Tollet (chapelle du Sacré-Cœur à Lyon), Louis Jacquesson de la Chevreuse (église Saint-Nizier), Charles Joseph Lameire, vitrail de la Rédemption à l'église Saint-Vincent de Paul, Irénée Richard ou encore Émile Delalande. Les vitraux sont inspirés, selon le style de l'édifice qu'ils éclairent, de la typologie des verrières anciennes : vitrail néo-roman dans une église de même style comme celle du Bon Pasteur de Lyon, la grande verrière néo-gothique dans la chapelle néo-gothique Saint-Michel dans le quartier lyonnais d'Ainay ou verrière de style néo-renaissance dans telle ou telle chapelle de ce même style[28],[15].

Lucien Bégule fait donc travailler beaucoup d'artistes extérieurs à ses ateliers. Parmi eux, Eugène Grasset tient une place à part. À Paris en 1885, il le rencontre et est ébloui par le talent de ce jeune artiste. Il l'initie à l'art du vitrail et lui demande une composition pour une représentation de saint Georges terrassant le dragon[33]. Ce vitrail verra le jour en 1889 et sera un des succès des nouveautés à l'exposition universelle de Paris de 1889. Il fait partie aujourd'hui des collections du musée des beaux-arts de Lyon[34].

En 1899, ce sera une nouvelle collaboration pour la nouvelle église d'Aix-les-Bains[35]. La carrière de Grasset dans le vitrail se développe et d'autres verriers comme Félix Gaudin lui commandent des esquisses dont Le Printemps, fameux vitrail dont Lucien Bégule s'inspirera plus tard dans son extraordinaire vitrail Louise Labbé (ou Labé) dite la Belle Cordière actuellement aux musées Gadagne de Lyon[36].

Les signatures[modifier | modifier le code]

Dans l’œuvre de Lucien Bégule, sa signature connue est principalement celle des vitraux. L'autre, manuscrite se trouve aussi sur ses maquettes. Principalement, celles-ci se trouvaient dans un cartouche en bas du vitrail. À gauche, L.Bégule et à droite : LYON et la date.

Plus rarement, la signature est dans un paysage ou un élément architectural. Une signature rare est celle mentionnant une restauration comme à Villefranche sur Saône.

Un seul type de signature est connu avec L.Bégule comme peintre et une autre signature pour la fabrication : « A.Baron Pinxit » à gauche et « L.Bégule Del » à droite pour un vitrail à Saint-Bonnet le château. Cette forme sera reprise plus tard par son fils Émile qui n’aura pas repris les ateliers et fera des cartons pour des vitraux fabriqués à Grenoble par Balmet.

Les dernières années de sa vie[modifier | modifier le code]

Antiquité et Richesse d'Art dans le Département du Rhône - 1925

Aucune œuvre connue ne porte de date postérieure à 1905 si ce n’est les vitraux de style cistercien destinés à l’abbaye de Fontenay en 1911 (simple vitrerie à bornes). La loi de Séparation de 1905 met un terme définitif à la production des ateliers[15].

Le début du XXe siècle est, pour Lucien Bégule, le temps d'une forte implication comme archéologue, notamment au sein de la Société française d'archéologie. Ainsi il publie de nombreuses monographies traitant d'ouvrages religieux[37], dont Les Incrustations décoratives des Cathédrales de Lyon et de Vienne[38] en 1905 et L'Abbaye de Fontenay et l'architecture cistercienne en 1912. En janvier 1925, après deux années laborieuses, Lucien Bégule publie Antiquité et Richesse d'Art dans le Département du Rhône puis en 1929 La Cathédrale de Sens et enfin quatre ans avant son décès L'Architecture religieuse à notre époque. Notes et souvenirs.

En 1924 il accède au poste de conservateur des antiquités et objets d'art du département du Rhône et inspecteur divisionnaire de la Société française d'archéologie, dont il devient inspecteur général en 1929[8]. En 1928 il est fait chevalier de la Légion d'honneur. Il meurt à Lyon le .

Analyse d'un artiste pluridisciplinaire[modifier | modifier le code]

Lucien Bégule est un artiste pluridisciplinaire. Il exerce tour à tour les métiers de maître-verrier, écrivain, historien, collectionneur, photographe et archéologue. Il passe d'une activité à une autre au gré des événements rythmant sa vie. En tant que peintre sur verre, il est particulièrement actif autour des années 1880 et 1890. Ensuite, lorsque le marché du vitrail connaît la crise, il devient un écrivain prolifique avec des ouvrages traitant de l'architecture religieuse, notamment Les Vitraux du Moyen Âge et de la Renaissance dans la région lyonnaise [...][N 1] et Antiquités et Richesses d’art dans le département du Rhône[N 2], véritables références dans le domaine[28].

Ce qui fait sa force, c'est son goût pour la nouveauté, l'attrait pour la recherche et une grande curiosité dans le domaine artistique, pour l'architecture, pour la peinture, pour la sculpture, pour l'orfèvrerie autant que pour le vitrail ou la photographie[28]. La photographie, dont il est un adepte rigoureux et perfectionniste, lui apparaît vite non seulement comme un mode d’expression artistique intéressant mais aussi comme un moyen de travailler et d’inventorier plus rapidement et avec plus d’efficacité[15]. Cet intérêt pour les techniques modernes lui a permis de constituer un fonds archéologique important tant au niveau quantitatif que qualitatif[39].

À ces qualités, la personnalité de Lucien Bégule en adjoint une autre : le sens du commerce, de l’entregent, du relationnel. Ses ateliers fonctionnent parce qu’il sait solliciter des entrevues, nouer des relations et cultiver des amitiés[15]. Son carnet d’adresses fourmille de noms qui comptent, de politiques, d’érudits, d’ecclésiastiques de haut rang — il fait bénir ses ateliers le 1er avril 1882 lors de leur ouverture par le cardinal Caverot archevêque de Lyon — d’artistes renommés ou de grands bourgeois lyonnais — Édouard Aynard, Henri Baboin, Joseph Gillet — qui savent, le moment venu, lui procurer des commandes et le propulser sur le devant de la scène artistique lyonnaise[28]. Il obtient notamment des critiques positives dans la presse ecclésiastique[2].

L'œuvre de Lucien Bégule[modifier | modifier le code]

Expositions[modifier | modifier le code]

Lucien Bégule a participé à plusieurs expositions importantes[2] :

Liste des vitraux par les ateliers Bégule[modifier | modifier le code]

Ici se trouve la liste des vitraux civils et religieux ayant eu un impact dans son œuvre :

  • 1882, Lyon (Rhône), chapelle de Fourvière : Le Vœu des échevins[2]. L'un des premiers vitraux des ateliers Bégule. Ce vitrail marque le début de la reconnaissance du savoir-faire des ateliers de Choulans ;
  • 1882, église du Bon-Pasteur. Ensemble complet dans le style du XIIe siècle. Médaillons inspirés par Chartres, Bourges, etc. ;
  • 1886, Primatiale Saint-Jean de Lyon. Vitrail des fonts baptismaux dans le style de la Renaissance. L'admiration qu'avait Lucien Bégule envers SA Cathédrale le détermina à l'offrir au cardinal archevêque Caverot. Lors des bombardements de 1944 la majorité du vitrail fut détruite. La partie haute subsiste ;
  • 1889, Lyon (Rhône), musée des beaux-arts de Lyon : Saint-Georges combattant le dragon[2]. Fruit de la collaboration de Grasset et Bégule, ce vitrail représentant saint Georges a la particularité de ne pas avoir été créé à la suite d'une commande. Présenté à l'exposition universelle de 1889, le vitrail est récompensé d'une médaille d'argent. Malgré son thème religieux, ce vitrail exécuté sans commanditaire est considéré par Lucien Bégule comme un vitrail civil[33] ;
  • 1889-1904, Lyon (Rhône), église de la Rédemption 23 baies dont[41] :
    • 1889 : vitrail du Sacré-Cœur,
    • 1896 : vitrail de Jeanne d'Arc,
    • 1900 : vitrail du Jugement dernier,
    • 1900 : vitrail des Morts ;
  • 1890, vitraux de l'hospice de la Charité ; ensemble de dix verrières et une rosace dessiné par Charles Lebayle ; lors de la destruction des hospices en 1935, seuls cinq furent préservés puis furent détruits à leur tour lors des bombardements de 1944 à Lyon ; les seules traces de ces vitraux sont leurs photographies autochromes ;
  • 1895, Lyon (Rhône), préfecture du Rhône : vitrail du Lyonnais et du Beaujolais ; c'est une verrière réalisée d'après une esquisse de Charles Lebayle pour la nouvelle préfecture du Rhône, le vitrail met en scène figures allégoriques des départements rhodaniens : la soie et la vigne[42] ;
  • 1895, château privé sur le thème de la légende de Saint Hubert ; ensemble complet de toute la demeure ;
  • 1898, Lyon (Rhône), immeuble du 23, cours de la Liberté : vitrail du 23, Cours de la Liberté ; cet autre vitrail civil orne la porte d'accès intérieure de l'immeuble, de par ses propriétés lumineuses et son style décoratif, il est représentatif de l'évolution artistique des ateliers[43] ;
  • 1899, Lyon (Rhône), musées Gadagne : Louise Labbé[40] ; inspiré par un vitrail de Félix Gaudin d'après une esquisse de Grasset, ce vitrail représentant la poétesse Louise Labbé comporte des influences décoratives de type Art nouveau ; une nouvelle fois, Lucien Bégule se rend à l'exposition universelle de Paris en 1900, le vitrail est alors distingué d'une médaille d'or ; acquis par les musées Gadagne en 2000, Louise Labbé est considérée aujourd'hui comme la pièce majeure de l'œuvre de Lucien Bégule[36] ;
  • 1901, Lyon (Rhône) église Saint-Irénée[44] :
    • 1901 : série de huit vitraux sur les martyrs de Lyon : Saint-Pothin, Saint-Irénée, Sainte-Blandine, etc ;
  • 1905, villa privée dans le Beaujolais ; ensemble complet de toute la demeure.

Galerie[modifier | modifier le code]



Liste des ouvrages écrits par Lucien Bégule[modifier | modifier le code]

Monographie de la cathédrale de Lyon par Lucien Bégule, 1880.

Ouvrages d'architecture et d'archéologie écrits par Lucien Bégule[45] :

  • 1879 : Les Peintures murales de Saint Bonnet le Château
  • 1880 : Monographie de la cathédrale de Lyon
  • 1900 : Le Vitrail, un atelier lyonnais de 1880 à 1900
  • 1902 : L'Œuvre de Charles Dufraine, statuaire lyonnais
  • 1903 : Un orfèvre lyonnais, T.-J. Armand-Calliat et son œuvre, 1822-1901
  • 1904 : Peinture sur verre, vitraux d'appartement, Lyon
  • 1905 : Les Incrustations décoratives des cathédrales de Lyon et de Vienne
  • 1907 : L'Abbaye d'Ambronay. Son église, ses vitraux, son cloître
  • 1900 : Fontaine d'ablutions de Carcassonne et Perpignan
  • 1908 : Le Mont-Cassin et ses travaux d'art
  • 1909 : La chapelle de Kermaria Nisquit et sa danse des morts[46]
  • 1911 : Un vitrail profane du XVe siècle
  • 1911 : Les Vitraux du Moyen Âge et de la renaissance dans la région Lyonnaise et spécialement dans l'ancien diocèse de Lyon
  • 1912 : L'Abbaye de Fontenay et l'architecture cistercienne
  • 1914 : L'Église Saint-Maurice, ancienne cathédrale de Vienne en Dauphiné
  • 1925 : Antiquité et Richesse d'Art dans le département du Rhône
  • 1929 : La Cathédrale de Sens
  • 1931 : L'Architecture religieuse à notre époque. Notes et souvenirs

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Les Vitraux du Moyen Âge et de la renaissance dans la région lyonnaise et spécialement dans l'ancien diocèse de Lyon édité par Rey à Lyon en 1911
  2. Antiquités et Richesses d’art dans le département du Rhône édité par Rey à Lyon en 1925

Références[modifier | modifier le code]

  1. Acte de décès des archives numérisées de Lyon no 90 de la page 13/133, cote du registre 2E2676
  2. a, b, c, d, e, f et g Jean-Marie Mayeur, Xavier de Montclos 1994, p. 45.
  3. Thierry Wagner, Martine Villelongue 2005, p. 18.
  4. a, b, c, d et e « Ses origines », www.begule.com (consulté le 12 mars 2010).
  5. Thierry Wagner, Martine Villelongue 2005, p. 19.
  6. Thierry Wagner, Martine Villelongue 2005, p. 20.
  7. a et b Thierry Wagner, Martine Villelongue 2005, p. 21.
  8. a, b et c Lucien Bégule (1848-1935), consulté le 26-03-2010
  9. a et b « Sa formation », www.begule.com (consulté le 12 mars 2010).
  10. « Sociétés Savantes de France - Miciol Pierre », Comité des travaux historiques et scientifiques (consulté le 28 mars 2010).
  11. Thierry Wagner, Martine Villelongue 2005, p. 24.
  12. Thierry Wagner, Martine Villelongue 2005, p. 25.
  13. Thierry Wagner, Martine Villelongue 2005, p. 23.
  14. « Les ateliers de choulans », www.begule.com (consulté le 12 mars 2010).
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Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Thierry Wagner, Martine Villelongue, Lucien Bégule, maître-verrier lyonnais, Éditions La Taillanderie, (ISBN 9782876293168)
  • Jean-Marie Mayeur, Xavier de Montclos, Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine, vol. 6 : Lyon, Le Lyonnais - Le Beaujolais, Éditions Beauchesne, (ISBN 9782701013053, lire en ligne)

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