Luce Fabbri

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Luce Fabbri
Luz D. Alba
Naissance
Rome
Décès (à 92 ans)
Montevideo
Origine italien
Type de militance éditrice
écrivaine
Cause défendue libertaire
féminisme

Luce Fabbri, née le à Rome et morte le à Montevideo, est une écrivaine, poète, éditrice, féministe et militante socialiste libertaire, professeure de littérature italienne à l'université de Montevideo de 1949 à 1991.

Elle est la fille du théoricien anarchiste italien Luigi Fabbri qu'elle accompagne dans son exil en Uruguay.

Jeunesse et exil[modifier | modifier le code]

Fille de Luigi Fabbri, elle côtoie dans son enfance nombre de révolutionnaires dont Errico Malatesta.

Dès 1924, elle contribue à la revue Pensiero e volontà éditée par son père et Malatesta[1].

En 1928, elle obtient un doctorat de lettres à l'université de Bologne, sa thèse porte sur le géographe libertaire Élisée Reclus (non publiée)[2].

En , du fait de la montée du fascisme en Italie, elle rejoint avec sa mère, clandestinement, son père en exil en France, à Paris.

Après leur expulsion de France deux mois plus tard, la famille se réfugie en Belgique et, à nouveau menacée, elle part s'installer en Uruguay, à Montevideo.

Les premières années sont difficiles en raison du manque d'argent. Elle donne des cours d'italien et de grec. Elle noue des relations amicales, notamment, avec l'anarchiste hispano-argentin Diego Abad de Santillan et avec Simón Radowitzky[3], anarchiste argentin tout juste libéré après de nombreuses années de la prison[2].

En 1933, elle se marie avec Ermacora Cressati qui partage ses combats.

Éditrice militante[modifier | modifier le code]

En 1935, elle publie son premier ouvrage, Camisas Negras (Chemises noires), une étude sur le fascisme italien.

En continuatrice de l'œuvre de son père disparu en 1935, elle poursuit la publication de la revue Studi Social jusqu'en 1945, et exerce dans l'enseignement comme professeur d'histoire.

Pendant la révolution sociale espagnole de 1936, elle est impliquée dans le soutien aux anarcho-syndicalistes espagnols. Elle écrit alors sous le pseudonyme de Luz Alba.

Militante active, elle publie des revues comme Rivoluzione Libertaria (distribuée clandestinement en Italie fasciste) ou Volontà, et écrit de nombreux articles, brochures ou livres dont une biographie de son père et une étude sur Machiavel.

Bonne conférencière, elle participe notamment le à un meeting de la Fédération libertaire argentine avec Augustin Souchy et Diego Abad de Santillán[4]

Dans les années 1960, elle publie également des recueils de poésie.

Socialiste libertaire[modifier | modifier le code]

Pendant la dictature militaire en Uruguay de 1973-1985, elle échappe à la répression en arrêtant toute activité politique. Pour éviter la confiscation de ses archives, elle les envoie à l'Institut international d'histoire sociale d'Amsterdam[2].

À la fin de la dictature, elle renoue avec l'activisme politique et aide à la fondation du Grupo de Estudio y Accion Libertaria qui publie, à partir de 1986, le journal Geal devenu Opcion Libertaria[2].

En 1993, elle participe à une conférence à Barcelone. Sa contribution, par le magazine A/Rivista Anarchica de Milan porte sur « Une utopie pour le XXIe siècle ». Elle reste attachée à son idéal socialiste libertaire[5].

Contre tout autoritarisme[modifier | modifier le code]

Dans ses nombreux essais sur Dante, Machiavel et Leopardi, elle développe une critique libertaire du fascisme et du totalitarisme, notamment dans El totalitarismo entre les dos guerras (1948) où elle anticipe les analyses développées ensuite par Hannah Arendt dans les années 1960.

Dans la plupart de ses écrits, littéraires comme politiques, la question de la liberté est centrale, sans doute sous l'influence de son père.

Son idéal, essence même de sa vie, est sa lutte contre tout autoritarisme (de droite ou de gauche) qu'il soit domestique, religieux, partisan ou idéologique.

Ainsi, en 1959, elle s'oppose à la révolution castriste, dénonçant sa dimension autoritaire et anti-libertaire, même si ses positions provoquent de vifs débats au sein de la Fédération anarchiste uruguayenne (FAU) où elle est minoritaire.

Postérité[modifier | modifier le code]

Au début des années 2000, un centre d'archives du Grupo de Estudios y Acción Libertaria et de la revue Option libertaire porte le nom de Luce Fabbri. Cette bibliothèque compte un important stock de livres, de journaux, d'hebdomadaires, de revues et de correspondance collectés durant des années[6].

Œuvres[modifier | modifier le code]

En français[modifier | modifier le code]

Préface
Anthologie

En espagnol et italien[modifier | modifier le code]

(liste non exhaustive)

  • Camisas negras, Ediciones Nervio, Buenos Aires, 1935.
  • 19 de julio. Antologia de la revolucion espanola, Coleccion Esfuerzo, Montevideo, 1937, sous le pseudonyme de Luz D. Alba.
  • Avec Diego Abad de Santillan, Gli anarchici e la rivoluzione spagnola, Carlo Frigerio Editore, Lugano, 1938.
  • La liberta nelle crisi rivoluzionarie, Edizioni Studi Sociali, Montevideo, 1947.
  • El totalitarismo entre las dos guerras, Ediciones Union Socialista Libertaria, Buenos Aires, 1948.
  • L'anticomunismo, l'antimperialismo e la pace, Edizioni di Studi Sociali, Montevideo, 1949.
  • La strada, Edizioni Studi Sociali, Montevideo, 1952.
  • Sotto la minaccia totalitaria, Edizioni RL, Napole, 1955.
  • Problemi d'oggi, Edizioni RL, Napoli, 1958.
  • La libertad entre la historia y la utopia, Ediciones Union Socialista Libertaria, Rosario, 1962.
  • El anarquismo: mas alla de la democracia, Editorial Reconstruir, Buenos Aires, 1983.
  • Luigi Fabbri. Storia d'un uomo libero, BFS, Pise, 1996.
  • Una strada concreta verso l'utopia, Samizdat, Pescara, 1998.
  • La libertad entre la historia y la utopia. Tres ensayos y otros textos del siglo XX, Barcelone, Kea, 1998.
Archives

Ses archives sont consultables à l'Institut international d'histoire sociale à Amsterdam[7]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Margareth Rago, Cartographies d´une anarchiste : Luce Fabbri et l´expérience de l´exil, 4e Congrès international des Recherches féministes dans la francophonie plurielle, Citoyennes sans frontière, Université d’Ottawa, 5 au , lire en ligne.
  • Joana Maria Pedro, Margareth Rago, Entre a história e a liberdade. Luce Fabbri e o anarquismo contemporâneo. (Entre l'histoire et la liberté. Luce Fabbri et l'anarchisme contemporain), São Paulo, UNESP, 2001, 341 p., Clio, Histoire‚ femmes et sociétés, 15|2002, lire en ligne.
  • Freddy Gomez, La pensée libre de Luce Fabbri, À contretemps, no 9, , lire en ligne.
  • Michel Antony, Introduction à la thèse de Gerardo Garay, Anarquismo y utopía en el pensamiento de Luce Fabbri y Rafael Barrett, 2015, lire en ligne.
  • (en) Gianpiero Landi, Luce Fabbri : from Malatesta to the internet, A/Rivista Anarchica, no 266, , Kate Sharpley Library, lire en ligne.
  • (es) Gerardo Garay, Anarquismo y utopía en el pensamiento de Luce Fabbri y Rafael Barret, Thèse soutenue à Montevideo le , lire en ligne

Notices[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (ca) Estel Negre : Pensiero e Volontà.
  2. a b c et d (en) Libcom : Fabbri, Luce, 1908-2000.
  3. Osvaldo Bayer, 1909 - 2009, Simon Radowitzky, le justicier au grand cœur, Página/12, 7 novembre 2009, lire en ligne, texte en espagnol.
  4. (en) The Daily Bleed : voir la photo en ligne.
  5. L'Éphéméride anarchiste : Luce Fabbri.
  6. Les Anarchistes ont une arme les bibliothèques, Le Monde libertaire, n°1307, 13-19 février 2003, lire en ligne.
  7. Institut international d'histoire sociale (Amsterdam) : Archives Luce Fabbri.