Louise Ebrel

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Louise Ebrel
Description de cette image, également commentée ci-après

Louise Ebrel lors de l'élection de la Reine de Cornouaille 2013.

Informations générales
Naissance (83 ans)
Treffrin, Côtes-du-Nord, Région Bretagne, Drapeau de la France France
Activité principale chanteuse
Genre musical chanson bretonne
Années actives depuis les années 1970
Labels Coop Breizh, Keltia Musique, L'OZ Production
Influences musique bretonne, folk rock
Site officiel lozproduction.fr

Louise Ebrel, née le à Treffrin dans les Côtes-du-Nord (actuellement Côtes d'Armor), est une chanteuse bretonne, issue de parents eux-mêmes chanteurs, Eugénie Goadec (une des sœurs Goadec) et Job Ebrel. Son répertoire est composé de chants traditionnels, à danser (kan ha diskan) ou à écouter (gwerz).

De 1991 à 2006, elle a accompagné le chanteur poète Denez Prigent dans le cadre de concerts en duo mais également dans sa formation de musiciens. Depuis 1996, elle chante régulièrement avec Ifig Flatrès en kan ha diskan en fest-noz. Depuis 2006, elle se produit également sur les scènes bretonnes avec le groupe punk Les Ramoneurs de menhirs et les rockeurs de Red Cardell ainsi qu'avec l'ensemble The Celtic Social Club créé en 2014.

Biographie[modifier | modifier le code]

Un héritage musical et culturel refoulé[modifier | modifier le code]

Louise Ebrel est née à Treffrin, en pays Fisel, le 27 juillet 1932. Fille d'Eugénie Goadec, dit Tanie (une des trois sœurs Goadec) et de Job Ebrel, lui-même grand chanteur, elle est initiée au chant breton dès l'enfance[1]. Elle entend ces chansons bretonnes qui fut transmises sur feuilles volantes, en breton, comme la magnifique gwerz Ti Eliz Iza mais aussi en gallo, comme la complainte Maritza, et du chant à danser en kan-ha-diskan[2].

Dès son premier jour de classe, à l'école de Trebrivan, elle vit la discrimination française envers la langue bretonne, en ayant droit à « la vache », un bout de bois en symbole de punition[3], ou en étant enfermée dans un cagibi, âgée de 6 ou 7 ans, après avoir été surprise par l'institutrice à parler en breton avec une copine. À 11 ans, pour le certificat d'études, elle dirige le chant comme le maître ne savait pas chanter[4]. En dehors de l'école, elle chante à la messe et au catéchisme (son grand père était sacristain)[3].

Au début des années 1950, en plein milieu d'une vague d'émigration « qui tenait à la fois à de la saignée et du génocide culturel organisé », elle « monte » à Paris mais n'y reste que six mois[2]. Elle a connu des petits métiers comme employée de maison à Paris[5] et a travaillé pendant vingt ans dans la restauration, où elle chante pour le plaisir des clients, que ce soit en Haute Cornouaille ou en pays Bigouden[2]. Mais Louise Ebrel, mariée à 21 ans, mère de deux filles et veuve à 24 ans, se consacre en priorité à sa famille. Après un deuxième mariage malheureux et une troisième fille, Louise Ebrel se retrouve à Quimper, sans ses filles une nouvelles fois. Elle intègre l'usine de la Bonneterie d’Armor et se remarie avec Albert Quelven de Loctudy[6].

Trop intimidée par la notoriété de sa mère et de ses tantes pour chanter en breton, c'est par Édith Piaf, Marcel Mouloudji ou Luis Mariano qu'elle débute, sollicitée pour animer des mariages et des repas[6]. Jusqu'au jour où elle pousse la porte d'un stage de kan-ha-diskan animé par Yann-Fañch Kemener, qu'elle entend chanter à la radio le répertoire de sa famille[5]. En 1994, à la demande de sa fille, Eugénie Goadec accepte de se produire à nouveau sur scène à l'occasion de son 85e anniversaire et d'enregistrer un album en sa compagnie (Gwriziou)[7]. Sa mère chante sur scène pour la dernière fois en 1997, aux 25 ans de chant de Yann-Fanch Kemener[8].

Kan ha diskan en fest-noz et collaborations[modifier | modifier le code]

Elle se produit sur scène pour la première fois en 1973, aux Fêtes de Cornouaille, à l'invitation de Jean Coroller, en pleine renaissance culturelle[9]. À partir de là, elle enchaîne les prestations et les rencontres ; en couple avec Hervé Vilieu, puis avec Rolland Péron de Riec-sur-Belon, avant d'entamer une carrière à plus grande échelle avec le léonard Denez Prigent. « Une fois les enfants élevés et ma retraite prise, explique t-elle, j'ai eu plus de temps et de facilités pour chanter[10] ».

Denez Prigent en 2014.

Elle rencontre Denez Prigent aux soirées organisées par l'association Emgleo au Guilvinec et chante une gavotte des sœurs Goadec. Elle décide d'aller le voir au Run-ar-Puñs à Chateaulin et il lui propose, après le rappel, de chanter sur scène avec lui E ti Eliz Iza[11]. Sa première prestation officielle a lieu au théâtre Max-Jacob de Quimper. Par la suite, entre 1991 et 1995, elle le rejoint sur beaucoup de concerts et lors de grandes festivals comme les Francofolies de La Rochelle, les Eurofolies de Marne La Vallée, les Hespérides de Plounéour-Trez, à Lorient, Toulouse[12], Paris-Bercy, Cachan[13], dans les îles (Corse, Réunion, ) et à l'étranger (Suisse, Allemagne, Belgique)[14]. Elle lui apporte une « décontraction épanouie » sur scène et envers le public[15]. Lorsqu'il s'entoure de musiciens, elle se fait moins présente lors de ses spectacles, mais leur duo aura duré une quinzaine d'années[12].

En 1994, sur une idée de Jean-Yves Le Corre de Coop Breizh, elle enregistre un disque de kan ha diskan avec sa mère, dont ce sera le dernier enregistrement[16]. Elle enchaîne immédiatement avec un album solo, sous la direction de Denez Prigent, Éric Ollu et Hervé Villeux. Elle a chanté en fest-noz avec Yann-Fañch Kemener et animé des ateliers avec des enfants, sensible à la nécessité de transmettre les trésors de l’oralité aux jeunes générations[14]. Elle chante accompagnée par le sonneur Roland Becker ou la harpe celtique de Dominique Bouchaud[17] et joue avec le groupe Dremmwel, ce qui lui permet d'apprendre à placer sa voix, en studio comme sur scène[16]. Elle transmet sa passion du chant à la nouvelle génération, comme Aurélie Hily[18] , Mael Lhopiteau[19], le rappeur Krismenn[20] ou Devi Roudaut âgé de 9 ans en 2013[21].

En 2004, elle enregistre un nouvel album avec Ifig Flatrès, son compère de kan ha diskan depuis 1996, et les musiciens Pierrick Tardivel et Philippe Gloaguen : Tre Tavrin ha Sant Voran. Elle se produit avec le groupe Dremmwel lors de la tournée de l'album Glazik puis dans un concert intitulé Un tamm amzer, accompagnée d'Ifig Flatrès, un récital proposé jusque fin 2005[22]. Elle fait du théâtre et chante dans L'Abri du Marin d'Alain Meneust en 2001 au théâtre de Cornouaille à Quimper, un spectacle de lectures présenté lors de veillées jusqu'en 2003[23]. En 2005, elle joue dans la création Sur les ailes du temps, mise en scène par Vincent Colin, tournant un peu partout en Bretagne et durant quatre semaines à Paris[24].

Sur les scènes rock et punk[modifier | modifier le code]

Toujours curieuse, elle participe à plusieurs albums de groupes et musiciens bretons dans les années 2000, dont certains rencontrent le succès comme Sarac'h de Denez Prigent, Naître de Red Cardell et le premier album des Ramoneurs de menhirs. Depuis, elle rejoint régulièrement sur scène les rockeurs de Red Cardell et les punks des « Ramoneurs ». Amie avec les sonneurs de couple Éric Gorce et Richard Bévillon, elle rencontre le guitariste Loran, un ex des Bérurier noir, en 2006, qui vient de former le groupe, lors d'un bœuf sur une gavotte et un plinn au off du festival interceltique de Lorient[25]. Sur les trois albums qui suivent, elle y chante deux ou trois chansons[26]. Elle les accompagne en fest-noz, comme au festival Yaouank, en 2007, 2008, 2009[6], mais aussi en concert, où certains la surnomme « Louise attaque »[27] parce qu'elle « envoie de l'air »[28].

Elle intervient sur la tournée Banquet de cristal de Red Cardell, ce qui lui permet de chanter avec Thomas Fersen en 2009[29]. En mai 2009, elle chante sur l'album de Pascal Lamour « Avais-je rêvé »[30] et elle participe à l'enregistrement du concert du 40e anniversaire du bagad Roñsed-Mor le 8 mai 2009, aux côtés de Gilles Servat, Pascal Lamour, Dom Duff, Pat O'May[31]… En juillet 2009, une soirée lui est offerte sur la grande scène du Festival de Cornouaille avec de nombreux invités[32],[33]. De décembre 2009 à mars 2010, elle réalise l'album Ma Zad Ma Mamm, en invitant des jeunes chanteurs à venir lui donner la réplique[34]. Elle reçoit le « prix coup de cœur » du Grand prix du disque Produit en Bretagne 2011[35]. À l'occasion de la fête de la Bretagne et en hommage à Youenn Gwernig, elle se rend durant une semaine à New York en mai 2010 pour chanter Tap da sac'h breur kozh dans le Queens et animer le cyber fest-noz des Bretons de New York avec Ifig Flatres et des sonneurs du bagad de New York dans un pub de Times Square[36].

En 2012, elle fête ses 80 ans lors d'un tour de chant, de la Taverne du Roi Morvan à Lorient le 13 juillet 2012[37] jusqu’au grand fest-noz à Châteauneuf-du-Faou le 29 septembre[38]. Au festival de Cornouaille 2012, elle rejoint Fest-Rock avec le Bagad Kemper et Red Cardell. Après sa participation sur l'album The Celtic Social Club, elle monte sur la grande scène des Vieilles Charrues pour la première fois avec la création 2014 du festival, The Celtic Social Club dirigé par Manu Masko[39]. La captation vidéo donne lieu à la sortie d'un coffret CD-DVD, intégrant notamment son duo avec le rappeur new-yorkais IC Will[40], suivi d'une tournée en 2015. Elle retrouve IC Will en guest du concert au TFF Rudolstadt le 4 juillet, le plus important festival folk, world et trad. d'Allemagne[41].

Discographie[modifier | modifier le code]

Albums personnels[modifier | modifier le code]

Louise Ebrel a toujours privilégié l'animation et la rencontre avec le public et n'a enregistré en solo que 4 disques à ce jour.

Participations[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dossier de presse de Kerne production
  2. a, b et c Jigourel 2009, p. 90
  3. a et b (fr) « Les quatre fois vingt ans de la chanteuse Louise Ebrel », sur Ouest-France.fr,‎ (consulté le 8 février 2016)
  4. Ronand Gorgiard, Louise Ebrel, pasionaria du chant breton, Ouest-France, 23 juillet 2009
  5. a et b Troadec et Gorgiard 2013, p. 9
  6. a, b et c Maiwenn Raynaudon-Kerzerho, « Louise Ebrel: Ma Doué, quelle pêche ! », Bretons, no 68,‎ (lire en ligne)
  7. Michel Toutous, « Eugénie Goadec et Louise Ebrel (Gwriziou) », Musique bretonne, no 133,‎ , p. 18 (lire en ligne).
  8. « Mort de la dernière soeur Goadec », sur Libération.fr,‎ (consulté le 8 février 2016)
  9. Elegoet 2006, p. 340
  10. Cité dans « Louise Ebrel, le chant au naturel », propos recueillis par Ifig Flatrès, Musique bretonne, n°167, juillet-août 2001, p. 38
  11. France3 Bretagne, « Bali Breizh - Sul 24 a viz Mae - Denez Prigent - VOST », sur Dailymotion (consulté le 2 juin 2015)
  12. a et b « ...Avec Denez Prigent » sur le site hanternoz
  13. Caroline Salle, « Les Celtes entrent dans la danse », Le Figaro,‎ , p. 19
  14. a et b « Louise Ebrel, petite agitée », Dossier de presse des Ramoneurs de menhirs, p.11
  15. Patrick Labesse, « Denez Prigent, les horizons ouverts du chant breton », Le Monde,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  16. a et b Elegoet 2006, p. 341
  17. Louise Ebrel : « La voix nue ne sera jamais remplacée », filetsbleus.free.fr
  18. Loïc L'Haridon, « Fest-noz pour Haïti. Louise Ebrel en guest star », sur Le Telegramme,‎ (consulté le 8 février 2016)
  19. « Concert. Rendez-vous avec Mael Lhopiteau », sur Le Telegramme,‎ (consulté le 8 février 2016)
  20. « Krismenn, quand le rap rencontre le breton », sur Culturebox,‎ (consulté le 8 février 2016)
  21. (fr) « Louise Ebrel vient chanter au profit d'Haïti à Tal Ar Groas », sur Ouest-France.fr,‎ (consulté le 8 février 2016)
  22. Dremmwel sur gwerz.com
  23. fr, « Louise Ebrel, tête d'affiche pour un fest-noz avec 600 personnes », Ouest-France,‎
  24. « SUR LES AILES DU TEMPS, mise en scène Vincent Colin », sur www.compagnievincentcolin.com (consulté le 13 juin 2015)
  25. « Les Ramoneurs de menhirs : entrez dans la transe ! », Le Télégramme,‎ (lire en ligne)
  26. (fr) Philippe Attard, « Louise Ebrel, 84 ans et toujours avec les Ramoneurs ! », sur Ouest-France.fr,‎ (consulté le 8 février 2016)
  27. « Gilles Servat aime aussi le rock et le rap ! », Ouest-France,‎ , p. 10
  28. « MJC : concert punk rock trad Breizh, vendredi », Ouest-France,‎ , p. 20
  29. « Ouessant. Les îlophiles de l'Ilophone », Le Télégramme,‎ (lire en ligne)
  30. « Avais-je rêvé ? | Khimaira », sur www.khimairaworld.com (consulté le 13 octobre 2015)
  31. 22e Trophée Roñsed Mor et 40 ans du bagad : Lokoal en fête du 6 au 10 mai, An Tour Tan, 03 avril 2009
  32. « Louise Ebrel fait chanter la Bretagne » JT 13H TF1, 22 septembre 2009
  33. Festival de Cornouaille - En direct. Louise Ebrel : du Chant des Grenouilles au Plinn façon punk !, festival-cornouaille.com, samedi 25 juillet 2009
  34. Ma Zad Ma Mamm, lozproduction.fr
  35. Soirée "Culture et création" de Produit en Bretagne, 20 mai 2011
  36. Even Vallerie, « Le tour de chant de Louise Ebrel à New York », Ouest-France, 27 mai 2010
  37. « Les 80 ans de Louise Ebrel à la Taverne du Roi Morvan », Ouest-France,‎ (lire en ligne)
  38. « Fest-noz. Joyeux anniversaire Louise Ebrel ! », sur Le Telegramme,‎ (consulté le 8 février 2016)
  39. « Celtic Social Club: la tradition celte à l'assaut du XXIe siècle », L'express,‎ (lire en ligne)
  40. Clarisse Lucas (AFP), « Celtic Social Club: la tradition celte à l'assaut du XXIe siècle », sur leparisien.fr,‎ (consulté le 8 février 2016)
  41. « Artistdetail - TFF Rudolstadt 2. - 5. July 2015 », sur tff-rudolstadt.de (consulté le 2 juillet 2015)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ifig Flatrès, « Louise Ebrel. Le chant au naturel », Musique bretonne, n°167, juillet-août 2001, lire en ligne - Ifig Flatrès, « Louise Ebrel. Entre tradition et évolution », Musique bretonne, n°168, septembre-octobre 2001, p. 38-39, lire en ligne
  • Dominique Le Guichaoua, « Louise Ebrel. L'héritière des soeurs Goadeg », Trad Magazine, no 88,‎ (lire en ligne)
  • Patrice Elegoet, La musique et la chanson bretonnes : de la tradition à la modernité, ANRT, thèse en études celtiques à l'Université de Rennes 2,‎ , 468 p. (ISBN 2729569871), p. 340-341
  • Thierry Jigourel (préf. Pascal Lamour), Festoù-Noz: Histoire et actualité d'une fête populaire, CPE, coll. « Reflets de terroir »,‎ (ISBN 2845036833), « Louise Ebrel, passeuse de mémoire », p. 88-91
  • Michel Troadec et Ronand Gorgiard, « La rencontre de deux voix bretonnes majeures », Cultures Bretonnes, Hors-série Ouest-France, no 2,‎ , p. 6-9

Liens externes[modifier | modifier le code]