Louise Contat

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Louise ContatContat aînée
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Louise Contat dans le rôle de Suzanne,
pastel anonyme attribué à Greuze (v. 1786).

Naissance
Paris
Décès
Paris
Activité principale Actrice
Lieux d'activité Paris, Comédie-Française
Années d'activité 1776-1809
Formation Conservatoire de Paris

Louise-Jeanne-Françoise Contat, dite Contat aînée, est une actrice française née le à Paris où elle est morte le . Elle a créé le rôle de « Suzanne » dans Le Mariage de Figaro de Beaumarchais.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fille de Jean-François Contat, soldat de la maréchaussée et marchand de bas privilégié dans le quartier des Halles, et de Madeleine-Françoise Leroy, elle naît le et baptisée le lendemain à la paroisse de Saint-Germain-l'Auxerrois. Elle débute à la Comédie-Française à seize ans le par le rôle d'Atalide dans Bajazet. Protégée par Madeleine-Angélique-Michelle Drouin dite Mme Préville, cliente de la mercerie de son père dont elle devient l'élève, la jeune fille « ne causa d'abord de sensation, dit-on, que par sa ravissante figure : ce dont le parterre, beaucoup plus exigeant alors que depuis, ne se contenta pas ». La Harpe a d'ailleurs dit à ce sujet : « Mlle Contat a débuté avec une charmante figure, mais pas de voix et peu de talent. »

Loin d'être découragée par l'échec qu'elle a éprouvé dans Bajazet, elle se fait donner des cours de déclamation et redouble d'efforts. On lui confie un nouveau rôle dans Zaïre, puis celui de Junie dans Britannicus. Reçue 171e sociétaire en 1777, la belle actrice est courtisée par le fils du chancelier Maupeou qui, dit-on, avait fortement appuyé sa rapide réception à la Comédie française, malgré son « faible talent ». À la fin des années 1780, elle a déjà son petit hôtel, qu'elle partage avec sa sœur cadette Émilie, actrice comme elle, élève deux enfants naturels de Maupeou et mène grand train. Toujours à court d'argent, la « Vénus aux belles fesses » – ainsi la nomme-t-on dans les nouvelles à la main –, se fait remarquer du comte d'Artois qui délaisse la duchesse de Guiche pour lui consacrer quelques semaines. Au mois de décembre 1780, on déclare la naissance d'un enfant, Charles-Louis Philippe, qui fut doté d'une pension de 8 000 livres au capital de 100 000 livres. L'intérêt que lui manifeste dès lors le frère du roi est surtout bénéfique pour la carrière de l'actrice à qui on offre enfin les rôles qu'elle convoite.

Tout en se laissant guider par Mme Préville, comédienne expérimentée, Louise Contat, joue de sa physionomie piquante, et fait surtout valoir son naturel fait de malice et de gaieté. Le premier rôle dans lequel elle se fait remarquer est celui de Cécile, dans le Père de famille, mais c'est dans Le Vieux Garçon, de Dubuisson, , dans les Courtisanes de Palissot, qu'elle obtient, pour la première fois, les applaudissements dont on n'a guère été guère prodigue envers elle jusqu'à ce jour. Dans la première de ces deux pièces, on remarque sa « sensibilité », et dans la seconde, on retient sa grâce et de sa finesse. Elle se fait particulièrement apprécier dans le rôle des ingénues, que lui procure la retraite de Mlle Doligny. Elle incarne à merveille La Coquette corrigée, rôle sur mesure, et où son jeu fait oublier les faiblesses de la pièce.

La consécration vient avec la création du rôle de « Suzanne », dans Le Mariage de Figaro. Lorsque le bruit se répand dans les coulisses que Beaumarchais confierait ce rôle à Louise Contat, Mlle Faniez sa collègue propose le sa propre candidature. Beaumarchais qui sait pouvoir compter sur l'appui du favori du comte d'Artois, le comte de Vaudreuil – qui a donné lecture à Gennevilliers de cette pièce décriée –, fait preuve de diplomatie en annonçant qu'il confierait le rôle de Suzanne à la protégée du prince. Or le comte d'Artois est dans les meilleurs termes avec sa belle-sœur, Marie-Antoinette qui, véritablement, est la seule en état de fléchir Louis XVI alors défavorable à la représentation de cette pièce. Ce jeu d'influence, habituel à la cour et également dans les coulisses des théâtres royaux, auquel la duchesse de Polignac prend part elle aussi, a raison des dernières hésitations du roi.

Cette circonstance est fort heureuse pour Louise Contat dont la brillante réputation doit beaucoup au Mariage de Figaro. Elle est, paraît-il, « remarquable de verve, de gaieté et d'entrain ». Jamais encore la Comédie-Française n'a vu une soubrette si piquante et si délurée. « Impossible d'être plus délicieusement coquine, plus coquette, plus amoureuse, plus honnêtement rouée. » À l'issue de la première représentation, Préville, enchanté, vient embrasser l'élève de sa femme, en disant : « Voilà la première infidélité que je fais à Mlle Dangeville. »

La renommée de Louise Contat qui a enfin conquis l'assurance qui lui manquait, s'accroit rapidement, et c'est, parmi les auteurs, à qui lui offrirait des rôles. Pendant vingt-quatre ans, sa carrière n'est qu'une série de triomphes publics : pour se faire une idée de la qualité de son jeu, il faut (selon les critiques du temps) l'avoir vue dans Julie du Dissipateur ; dans Mme de Volmar, du Mariage secret, et dans Mme Évrard, du Vieux Célibataire. Au fur et à mesure des années, Louise Contat remplit successivement les trois emplois consacrés des femmes de théâtre, les amoureuses, les grandes coquettes et les jeunes mères.

Ses succès l'ont, dit-on, rendue vaniteuse et parfois désagréable. Le dramaturge Alexandre Duval lui ayant ainsi attribué le rôle de la duchesse d'Athol dans son drame, Édouard en Écosse, au cours d'une répétition, elle néglige sciemment les observations très justes de l'auteur, elle finit par lui lancer ses papiers au visage et quitter la scène. Alexandre Duval reprent flegmatiquement son manuscrit au souffleur, et sort du théâtre, emportant son œuvre. Pour finir, la comédienne doit s'excuser de son geste déplacé mais Duval, blessé dans son amour-propre, rapporta son drame.

Louise Contat, à qui, en qualité de comédienne ordinaire du Roi, une pension est accordée sur le trésor royal, depuis, ne cesse pas d'être dévouée à l'Ancien Régime. En 1789, Marie-Antoinette ayant témoigné le désir de voir La Gouvernante[1], fait savoir qu'elle serait bien aise que cette actrice y remplîsse le rôle principal, qui n'était ni de son âge ni de son emploi. Afin de satisfaire la volonté de Marie-Antoinette, Louise Contat doit apprendre près de cinq cents vers. Elle promet de faire l'impossible et tient parole : « J'ignorais écrivait-elle à la personne qui lui avait transmis les ordres de la reine, où était le siège de la mémoire : je sais à présent qu'il est dans le cœur. » Pensée délicate et d'autant plus méritoire que déjà, à cette époque, il n'est pas sans quelque danger d'exprimer des sentiments de dévouement à la famille royale. Aussi cette lettre, publiée par ordre royal, faillit-elle devenir, plus tard, fatale à Louise Contat.

La Révolution renforce Louise Contat dans les principes qui ont été ceux de toute fa vie. Elle prend résolument position contre la Révolution et contre les réformes, à commencer par celles initiées par Talma au Théâtre français. Hostile aux auteurs « libéraux », elle est entichée d'aristocratie, et avec les « Noirs », c'est-à-dire ses camarades royalistes Fleury, Dazincourt et Raucourt, elle se signale à l'attention publique par son mépris de la Révolution. Maîtresse d'Amalric de Narbonne, elle évolue dans les salons monarchistes et intrigue contre ses camarades Talma, Mme Bellecourt, Mme Vestris et ceux qui prétendent ouvrir le répertoire aux idées du jour. Quoique protégée par Fabre d'Eglantine et quelques auteurs républicains après le 10 août, elle est une des premières victimes de la loi des suspects (17 septembre 1793). Visée à la suite de la représentation de la pièce Paméla, de François de Neufchâteau, qui a déplu à Barère de Vieuzac[2], Contat et les « Noirs » du Théâtre de la nation sont envoyés, les hommes aux Magdelonnettes, les femmes à Sainte-Pélagie. L'affaire des comédiens doit être instruite fin juin 1794, à la demande répétée de Barère et Vadier. Mais, au moment de le transmettre à Fouquier-Tinville, le Comité de sûreté générale se montre incapable de retrouver le dossier des comédiens ; on dit que les pièces principales sur lesquelles devait se fonder l'accusation ont été retirées et détruites par un ancien acteur, La Bussière, qui occupe alors en effet une fonction subalterne à l'hôtel de Brionne, siège de la police politique.

S'attendant à être guillotinée, Louise Contat aurait composé ces vers qu'elle prévoyait de prononcer sur la charrette :

Je vais monter sur l'échafaud,
Ce n'est que changer de théâtre.
Vous pouvez, citoyen bourreau,
M'assassiner, mais non m'abattre.
Ainsi finit la Royauté,
La valeur, la grâce enfantine...
Le niveau de l'égalité,
C'est le fer de la guillotine.

Échappée, comme par miracle, à la guillotine, elle rejoint d'abord quelques-uns de ses anciens camarades, placés sous la direction de Sageret. Lors de la reconstitution de la Comédie-Française en 1799, elle prend rang dans la nouvelle troupe et retrouve ses succès d'autrefois. Bien qu'on lui ait reproché une préférence marquée pour le théâtre de Marivaux, elle prouve que Molière a en elle une interprète à la hauteur de ses « immortelles conceptions ».

Depuis longtemps, après une carrière de trente-trois années, Louise Contat, interprète des rôles d'un caractère plus grave, dans lesquels elle conserve son aisance naturelle et son amabilité. Sa représentation de retraite a lieu, le 6 mars 1809, composée d'Othello et des Deux Pages. Elle y remplit le rôle de l'Hôtesse avec la grâce, la finesse et le talent qui l'ont rendue chère au public. Tous ses camarades acteurs se font un point d'honneur de figurer dans le cortège du roi, afin de rendre hommage à la femme célèbre qui va s'éloigner : tant il est vrai, qu'au moment de la séparation définitive, toutes les mesquines rivalités de coulisses s'évanouissent pour ne faire place qu'au seul sentiment du regret.

Louise Contat est à peine âgée de cinquante ans lorsqu'elle quitte la scène, où elle s'était fait un nom parmi les plus éminents du théâtre, et laisse, ainsi que l'a dit Geoffroy : « la réputation d'une actrice pleine de finesse et d'agrément, qui avait porté au plus haut point l'art du débit et la magie du jeu théâtral. »

Le salon de Louise Contat, qui épouse, le , le chevalier Paul-Marie-Claude de Forges de Parny, un neveu du poète élégiaque Évariste de Parny, a pris de l'importance depuis le Directoire. À Ivry et à Paris, il devient bientôt le centre de la meilleure compagnie selon ceux qui le fréquentent. Appartenant à l'élite de la société du XVIIIe siècle, elle a le goût de la mondanité, de l'esprit et un penchant naturel à l'ironie qui, selon un contemporain, « ne blessait pas, parce qu'elle était bonne et que sa raillerie ne dépassait jamais l'épiderme ».

Atteinte d'un cancer, elle ignore d'abord la nature de son mal que Corvisart, le médecin de Napoléon, lui dissimule. Venue à l'improviste chez Corvisart, on la fait attendre dans le cabinet où, sur le bureau, une lettre ouverte à Hallé, le célèbre confrère de Corvisart, indique l'état de sa malade. Elle apprend ainsi qu'elle n'a que quatre mois à vivre. Corvisart qui est entré, aperçoit la lettre. Ne sachant si elle l'a lue, il trouve la comédienne si enjouée, si maîtresse d'elle-même, qu'il fait comme si le mal dont elle souffre n'était que passager, un rien dont elle sera remise avant peu. Et il lui prescrit quelques potions, avant de la congédier, satisfait.

Sa contemporaine Sophie Gay a prétendu que, trois mois avant sa mort, « jamais Louise Contat n'avait été plus gaie, n'avait parut plus heureuse, le soir, en son salon, au milieu de ses amis. Jamais avec une liberté d'esprit plus grande, elle ne présida à la conversation, lançant les mots piquants avec plus d'à-propos ».

Elle est inhumée au cimetière du Père-Lachaise (20e division)[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. comédie en cinq actes et en vers, de La Chaussée, représentée pour la première fois le 18 janvier 1747, à la Comédie française
  2. qui y voit une allusion à ses liens d'argent avec le duc d'Orléans – il est le tuteur pensionné de Mlle Paméla, fille naturelle du prince –
  3. Paul Bauer, Deux siècles d'histoire au Père Lachaise, Mémoire et Documents, (ISBN 978-2914611480), p. 222-223

Sources[modifier | modifier le code]

  • Olivier Blanc, L'Amour à Paris au temps de Louis XVI, Paris, Perrin, 2003. (ISBN 9782262017163)
  • Edmond Denis de Manne, Frédéric Hillemacher, Galerie historique des portraits des comédiens de la troupe de Voltaire, Lyon, N. Scheuring, 1861, p. 305-11.
  • Émile Gaboriau, Les Comédiennes adorées, Paris, E. Dentu, 1878, p. 179.
  • Gilbert Stenger, La Société française pendant le consulat, 4e série, Paris, Perrin et cie, 1905, p. 416.

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