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Louis St-Laurent

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Louis St-Laurent
Illustration.
Louis St-Laurent en 1948.
Fonctions
Député à la Chambre des communes

(16 ans, 1 mois et 22 jours)
Élection 9 février 1942
Réélection 11 juin 1945
27 juin 1949
10 août 1953
10 juin 1957
Circonscription Québec-Est
Prédécesseur Ernest Lapointe
Successeur Yvon-Roma Tassé
Chef du Parti libéral du Canada

(9 ans, 5 mois et 9 jours)
Prédécesseur William Lyon Mackenzie King
Successeur Lester B. Pearson
12e premier ministre du Canada

(8 ans, 7 mois et 6 jours)
Gouvernement Pearson
Législature 18e, 19e et 20e
Prédécesseur William Lyon Mackenzie King
Successeur John Diefenbaker
Président de l'Association du Barreau canadien

(2 ans)
Prédécesseur Richard Bedford Bennett
Successeur Newton Rowell
Bâtonnier du Québec

(1 an)
Prédécesseur Henri Gérin-Lajoie
Successeur George Archibald Campbell
Bâtonnier de Québec

(1 an)
Prédécesseur Roméo Langlais
Successeur Armand Lavergne
Biographie
Nom de naissance Louis-Stephen St-Laurent
Date de naissance
Lieu de naissance Compton (Québec, Canada)
Date de décès (à 91 ans)
Lieu de décès Québec (Québec, Canada)
Sépulture Cimetière Saint-Thomas-d'Aquin, Compton
Nationalité Canadienne
Parti politique Parti libéral du Canada
Diplômé de Université Laval
Profession Avocat
Diplomate
Religion Catholicisme

Image illustrative de l’article Louis St-Laurent
Premiers ministres du Canada

Louis-Stephen St-Laurent (baptisé Louis-Étienne), né le à Compton (Québec), mort le à Québec, est un avocat, professeur et homme d'État canadien. Il est le 12e premier ministre du Canada du au [1].

Jeunesse et carrière

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Louis St-Laurent est né à Compton, dans les Cantons de l'est, au Québec, de Jean-Baptiste-Moïse Saint-Laurent, un père canadien-français et de Mary Anne Broderick, une mère d'origine irlandaise. Il grandit en étant complètement bilingue. Il fait ses études et obtient des diplômes au Séminaire Saint-Charles (en 1902) a Sherbrooke et à l'Université Laval (en 1905) à Québec. On lui offre une bourse Rhodes après sa diplomation de l'Université Laval en 1905, mais il la refuse. En 1908], il épouse Jeanne Renault (1886-1966) avec qui il a deux fils et trois filles[2].

St-Laurent commence sa carrière comme avocat de 1905 à 1914 et devient ensuite professeur de droit à l'Université Laval. Il pratique le droit corporatif et constitutionnel au Québec et devient un des conseillers les plus respectés au pays. Il est président de l'Association du Barreau canadien de 1930 à 1932.

Son père, un petit commerçant de Compton, était un partisan dévoué du Parti libéral du Canada et était particulièrement épris de Wilfrid Laurier. Louis St-Laurent hérite des affiliations politiques de son père mais, bien que partisan libéral, demeure à l'écart de la politique active pour la plus grande partie de sa vie, se concentrant d'abord sur sa carrière d'avocat et sa famille. Il devient l'un des avocats les plus en vue du Québec et est tellement estimé qu'on lui offre un poste au cabinet du premier ministre progressiste-conservateur Arthur Meighen en 1926. Il est bâtonnier du Québec de 1929 à 1930.

Carrière politique

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Ministre dans le cabinet de Mackenzie King

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Mackenzie King et St-Laurent à la Conférence de San Francisco, mai 1945

Ce n'est que vers l'âge de 60 ans qu'il consent enfin à se lancer en politique lorsque le premier ministre libéral William Lyon Mackenzie King en appelle à son sens du devoir en 1941. Ayant grandement besoin de ministres solides venant du Québec, le premier ministre King recrute Saint-Laurent dans son cabinet de temps de guerre pour le nommer au poste de ministre de la justice après la mort de son lieutenant québécois, Ernest Lapointe. St-Laurent consent à se rendre à Ottawa avec l'entente que son incursion en politique est temporaire et qu'il reviendra au Québec lorsque la guerre sera terminée. Le , il est élu lors d'une élection partielle dans la circonscription de Québec-Est, libérée par la mort d'Ernest Lapointe.

St-Laurent appuie la décision de King d'imposer la conscription en 1944, malgré l'opposition de la plupart des Canadiens français (voir crise de la conscription (1944)). Son appui fait en sorte que seuls quelques députés libéraux québécois quittent le parti, et est donc crucial à l'unité du parti et du gouvernement.

Louis St-Laurent et ses petits-enfants durant la fête de Pâques, 1948.

King vient à voir St-Laurent comme le ministre en qui il a le plus confiance et son successeur naturel. Il le convainc qu'il est de son devoir de rester dans le gouvernement après que la guerre soit terminée, afin d'aider à la construction d'un nouvel ordre international d'après-guerre. King le nomme donc secrétaire d'état aux Affaires extérieures en 1945, un dossier que King avait jusque-là toujours gardé pour lui-même. Dans ce nouveau rôle, St-Laurent représente le Canada à la conférence de Dumbarton Oaks et à la conférence de San Francisco, qui mènent à la fondation de l'Organisation des Nations unies (ONU).

Lors de ces conférences, St-Laurent prône l'adoption d'une force militaire onusienne et est poussé par sa conviction que l'ONU serait inefficace en temps de guerre et de conflit armé sans quelque moyen militaire d'imposer sa volonté. Cette force qu'il propose serait utilisée dans des situations qui demandent à la fois du tact et de la puissance pour préserver la paix ou prévenir le combat. En 1956, cette idée est actualisée par St-Laurent et son secrétaire d'état aux Affaires extérieures, Lester B. Pearson, lors du développement des troupes de « maintien de la paix » de l'ONU, qui aident à mettre fin à la crise du canal de Suez. Cela n'empêche guère la mort dans des circonstances non-élucidées de l'ambassadeur du Canada en Égypte d'Herbert Norman le .

Voyant approcher la fin de son temps à la tête du Parti libéral, King persuade St-Laurent qu'il est de son devoir de lui succéder en tant que chef du parti et premier ministre afin d'assurer l'unité du parti et du pays. Cela continuerait également la tradition du Parti libéral qui veut qu'il alterne entre chefs anglophones et francophones.

Premier ministre du Canada

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Louis St-Laurent élu chef du Parti libéral du Canada, 7 août 1948

En 1948, King prend sa retraite et persuade ses ministres d'appuyer la nomination de St-Laurent à la tête du Parti libéral en . St-Laurent est élu, et devient chef du parti et premier ministre du Canada.

À l'élection fédérale de 1949, qui suit son accession à la tête du parti et du pays, plusieurs, même des libéraux, se demandent si cet homme timide et réservé, d'une digne allure de grand-père, attirera la population d'après-guerre du Canada.

« L'oncle Louis ne peut pas perdre! »

En campagne électorale, l'image de St-Laurent est développée pour en faire un « personnage », ce qu'on considère être la première « image médiatique » utilisée en politique canadienne. St-Laurent jase avec des enfants, prononce des discours en manches courtes et possède une allure d'homme ordinaire qui séduit les électeurs. Lors d'un évènement de la campagne de 1949, il débarque du train et gravite vers un groupe d'enfants sur la plateforme, et commence à leur faire la conversation. Un reporter publie un article intitulé « "Uncle Louis" can't lose! » (« L'oncle Louis » ne peut pas perdre!) ; il acquit ainsi le surnom de "Uncle Louis" dans les médias anglophones. Grâce à toute cette imagerie populaire, il mène son parti à la victoire électorale face au Parti progressiste-conservateur, dirigé par George Drew.

Sa réputation en tant que premier ministre impressionne. Exigeant de tous ses ministres et députés qu'ils soient travailleurs, il travaille dur lui-même. Il est réputé pour être aussi compétent dans certains dossiers ministériels que les ministres détenant ces dossiers.

Politique étrangère
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St-Laurent et son cabinet président à l'expansion du rôle international du Canada dans le contexte de l'après-guerre. Son désir explicite est que le Canada occupe dans le monde un rôle de « puissance moyenne » sur les plans social, militaire et économique.

St-Laurent (à gauche) et Lester B. Pearson (à droite) accueillent Winston Churchill (à droite de St-Laurent) et Anthony Eden lors d'une visite en 1954.

Sur la question militaire, St-Laurent est un grand partisan et une force motrice de l'établissement de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord en 1949, jouant le rôle d'architecte et de signataire du document du traité. Son implication dans une telle organisation marque une séparation avec le style de Mackenzie King, qui avait toujours été réticent à se joindre à une alliance militaire. Sous sa direction, le Canada appuie les Nations unies dans la guerre de Corée et engage la troisième plus grande contribution aux troupes, vaisseaux et avions des forces de l'ONU dans le conflit. S'inspirant de Laurier, chef libéral tant admiré par son père, par exemple pour de la manière qu'il s'occupa de la seconde guerre des Boers en Afrique du Sud en 1899, et désirant éviter par-dessus tout une autre crise de la conscription comme celles vécues au Canada en 1917 et en 1944, les troupes envoyés en Corée sont sélectionnés sur une base strictement volontaire. Il évite ainsi le conflit anglais-français, qui avait divisé le pays lors de la participation canadienne aux deux guerres mondiales, et de s'attirer la colère d'une portion grandissante de la population canadienne, qui s'oppose à la guerre, ce qui avait ravagé deux générations successives.

En 1956, sous sa direction, le secrétaire d'État aux Affaires extérieures, Pearson, aide à résoudre la crise du canal de Suez entre le Royaume-Uni, la France, Israël et l'Égypte en mettant de l'avant la position de 1946 de Saint-Laurent pour une force militaire sous le contrôle de l'ONU. Certains affirment que les actions de St-Laurent et Pearson auraient évité une guerre nucléaire. Ces actions sont reconnues en 1957, lorsque Pearson reçoit le prix Nobel de la paix.

St-Laurent appuie très rapidement la proposition du premier ministre britannique Clement Attlee de transformer le Commonwealth britannique d'un club de dominions à majorité blanche en un partenariat multiracial. Les dirigeants des autres « dominions blancs » soent moins enthousiastes. C'est St-Laurent qui propose la formule reconnaissant le roi George VI comme chef du Commonwealth comme moyen de permettre à l'Inde de demeurer membre de l'association internationale une fois transformée en république.

Politique intérieure
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Le gouvernement dirigé par St-Laurent est modérément progressiste et financièrement conservateur en remboursant la totalité de la dette accumulée par le Canada au cours des deux guerres mondiales et la Grande Dépression à l'aide des surplus générés par les impôts, dont l'armée n'a plus besoin. Avec les revenus restants, St-Laurent préside à l'expansion des programmes sociaux du Canada, incluant la création du Conseil des arts du Canada, et l'expansion graduelle des programmes de bien-être social telles que les allocations familiales, les pensions de retraite, le financement gouvernemental de l'éducation post-secondaire et une forme primitive d'assurance-maladie (appelée « assurance-hôpital » à l'époque), qui jette les bases du système d'assurance-maladie de Tommy Douglas en Saskatchewan et du système d'assurance-maladie national de Pearson dans les années 1960. De plus, il modernise et établit de nouvelles politiques sociales et industrielles pour le pays pendant son temps au poste de premier ministre.

Le premier ministre Louis S. St-Laurent et l'honorable A. J. Walsh se serrent la main après la signature de l'entente admettant Terre-Neuve dans la Confédération.

En 1949, St-Laurent institue la Commission royale d'enquête sur l'avancement des arts, des lettres et des sciences au Canada, qui débouchera notamment sur la création de la Bibliothèque nationale du Canada, le déménagement à Montréal et l'agrandissement de l'Office national du film et le début du financement fédéral des universités.

La même année, il met fin à la pratique de porter des causes canadiennes en appel au comité judiciaire du Conseil privé de la Grande-Bretagne, faisant de la Cour suprême du Canada le dernier recours d'appel disponible aux canadiens. Cette même année, il négocie une nouvelle version de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique de 1949, qui donne au Parlement du Canada l'autorité de modifier des parties de sa constitution. De plus, cette même année, suivant deux référendums locaux, St-Laurent et Joseph R. Smallwood, négocient l'entrée de Terre-Neuve dans la confédération canadienne. En 1952, St-Laurent nomme Vincent Massey au poste de gouverneur général, la première personne née en sol canadien à occuper ce poste. Chacune des actions susmentionnées ont depuis été considérées comme significatives pour la cause de l'autonomie canadienne vis-à-vis du Royaume-Uni, ainsi que le développement d'une identité nationale sur la scène internationale.

En 1956, invoquant l'autorité d'imposition accordée au gouvernement fédéral par la constitution, le gouvernement de St-Laurent introduit la politique des « paiements de péréquation », qui redistribue les revenus d'impôts et de taxes entre les provinces dans le but de venir en aide aux provinces les plus pauvres dans la livraison de services et programmes gouvernementaux . Cette décision est considérée par plusieurs comme une bonne contribution à la solidification de l'unité nationale, particulièrement dans sa province natale du Québec. Le gouvernement se lance également dans des travaux publics et des projets d'infrastructure massifs tels la construction de la route transcanadienne (1949), la voie maritime du Saint-Laurent (1954) et le pipeline transcanadien. Ce dernier devait semer les premières graines qui menèrent à la chute de son gouvernement lors du débat sur le pipeline.

St-Laurent est d'abord très bien accueilli par le public canadien, mais en 1957, l'« oncle Louis » et son gouvernement commencent à avoir l'apparence fatiguée, vieillie et déconnectée. Le gouvernement est perçu comme trop près du milieu des affaires. Le débat sur l'oléoduc en 1956 crée l'impression répandue que les libéraux sont devenus arrogants au pouvoir lorsque le gouvernement impose le bâillon à de nombreuses occasions afin de mettre un terme au débat et s'assurer que le projet de loi sur l'oléoduc soit adopté à la date prévue. Les Canadiens de l'Ouest se sentent particulièrement ignorés par le gouvernement et ont l'impression que les libéraux font des courbettes à l'Ontario, au Québec et aux États-Unis. L'opposition accuse le gouvernement d'accepter des contrats inutilement coûteux qui ne peuvent jamais être complétés à l'heure, mais l'oléoduc est finalement complété avant l'échéance prévue en coûtant moins cher que prévu. Le tollé qui s'ensuit au parlement impressionne l'électorat de façon durable et est un facteur décisif dans la défaite du gouvernement aux mains de John Diefenbaker lors de l'élection de 1957. Ironiquement, le conservateur Diefenbaker promet d'être plus dépensier que les libéraux sortants, qui font campagne sur une plateforme qui promet de tenir la route du conservatisme fiscal qu'ils ont suivie tout au long du mandat de St-Laurent dans les années 1940 et 1950.

St-Laurent, de 1951 jusqu'à la fin de son mandat, est le premier chef du gouvernement canadien à habiter dans la résidence officielle actuelle du premier ministre, au 24, promenade Sussex.

Défaite électorale en 1957

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Le gouvernement de St-Laurent subit une défaite électorale aux mains de Diefenbaker aux élections de 1957. La défaite est marquée par la controverse au sein du Parti libéral et du parlement. Les libéraux récoltent une plus grande portion des suffrages populaires que les progressistes-conservateurs (40,75 % aux libéraux contre les 38,81 % accordés au PC), mais ces derniers remportent tout de même un plus grand nombre de sièges à la Chambre des communes en faisant élire 112 députés sur les 265 sièges (42 %) contre les 104 sièges des libéraux (39,2 %). Certains ministres veulent que St-Laurent demeure en poste en offrant de former un gouvernement minoritaire ; ils suivent la logique qu'ils ont l'appui du vote populaire et que leur expérience de gouvernance plus récente feront d'eux un gouvernement minoritaire plus efficace que les conservateurs même si leur minorité parlementaire est plus petite.

Une autre option en circulation dans le parti voit la balance du pouvoir entre les mains des 25 députés du Parti social démocratique (CCF) ou des 15 députés du Parti Crédit social. Certains encouragent St-Laurent à tendre la main aux sociaux-démocrates à au moins 4 des 6 députés indépendants ou de partis mineurs afin de former un gouvernement de coalition, qui détiendrait une faible majorité avec 134 sièges (50,1 % des sièges). Toutefois, St-Laurent juge que la nation a rendu un verdict à l'endroit de son gouvernement et de son parti, et il démissionne du poste de premier ministre plutôt que d'être perçu comme quelqu'un qui s'accroche au pouvoir coûte que coûte.

Après une courte période en tant que chef de l'opposition, St-Laurent, âgé de plus de 75 ans, n'a plus la motivation nécessaire pour être actif en politique. En 1958, il annonce son intention de se retirer de la politique et du poste de chef libéral. Il est remplacé à la tête du Parti libéral par son ancien secrétaire d'état aux Affaires extérieures et représentant à l'ONU, Lester B. Pearson.

Après sa retraite de la politique, St-Laurent revient pratiquer le droit et mène tranquillement une vie privée avec sa famille. Pendant sa retraite, il est appelé une dernière fois à être sous le regard du public lorsque, à l'occasion de la création de cette distinction en 1967, il est fait compagnon de l'Ordre du Canada, le plus grand honneur pouvant être accordé à un civil au Canada.

St-Laurent meurt le à Québec et est enterré au cimetière Saint-Thomas-d'Aquin dans sa ville natale de Compton.

Les archives de Louis St-Laurent sont conservées à Bibliothèque et Archives Canada. Elles comprennent notamment 162,21 mètres linéaires de documents textuels, 74 disques sonores et 1257 photos[3].

  • La circonscription fédérale de Louis-Saint-Laurent dans la région de Québec lui rend hommage.
  • L'avenue Louis-St-Laurent est nommée en son honneur en 2006 dans la ville de Québec.
  • La polyvalente Louis-St-Laurent de East Angus a été nommée en nom.
  • La route Louis-S.-St-Laurent, à Compton, a été nommée ainsi en son honneur.

Références

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Liens externes

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